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L?agonie commerciale des quartiers centraux dans les petites villes : l?exemple de Parthenay

Depuis les ann?es soixante, le mode de vie des Fran?ais a consid?rablement chang?, et pas seulement sur le plan de la lib?ration sexuelle, h?rit?e des ?v?nements de Mai 68. Plusieurs ?volutions majeures ont profond?ment modifi? les habitudes de nos compatriotes?: la spectaculaire croissance du parc automobile, l?entr?e massive de la t?l?vision dans les foyers, l??quipement de l?habitat en sanitaires, en appareils ?lectrom?nagers, en mat?riel hi-fi. Des mutations qui, durant quelques d?cennies, ont jou? un r?le positif dans le d?veloppement commercial de petites villes assoupies et nostalgiques d?un pass? plus prosp?re et parfois glorieux. D?sormais, il semble pourtant que l?on d?chante ici et l?, au c?ur des vieilles cit?s, telle Parthenay (Deux-S?vres) dont les rues boutiqui?res agonisent dans un silence de cimeti?re. La faute ? la r?volution commerciale… ??

Tout commence le 3 juin 1960 dans la jolie ville d?Annecy (Haute-Savoie). Ce jour-l? est inaugur?, ? l?initiative des familles Fournier et Defforey, le premier v?ritable supermarch? fran?ais sous l?enseigne Carrefour. Le concept, n? aux ?tats-Unis, connait un succ?s fulgurant confirm? l?ann?e suivante par l?ouverture ? Roubaix (Nord) d?un supermarch? Auchan, propri?t? de la famille Mulliez. Dans le m?me temps apparaissent les stations-service accol?es ? ces magasins d?un nouveau genre. ?clatant succ?s, l? aussi, qui ne sera jamais d?menti par la suite, au grand dam des distributeurs ind?pendants condamn?s ? fermer les pompes en laissant derri?re eux des portiques rouill?s, d?risoires vestiges d?une entreprise parfois mort-n?e.

Trois ans apr?s sa premi?re implantation savoyarde, le groupe Carrefour franchit une nouvelle ?tape en ouvrant ? Sainte-Genevi?ve-des-Bois (Essonne) le premier hypermarch? de France. Sur 2600 m? ??bien loin du petit commerce traditionnel?! ?, on vient en famille faire ses emplettes?: de l?alimentation ? la papeterie, en passant par les produits d?entretien et le petit bricolage, tout est l?, ? disposition en libre-service. ? l?am?ricaine?! Et comble de f?licit?, la voiture est gar?e ? 50 m?tres des caisses sur le parking g?ant au bout duquel tr?ne la station-service. Le ??r?ve consum?riste?? ? avoir tout ou presque sous la main?? devient r?alit?. D?s cette ??premi?re??, le mouvement est lanc?. Il sera irr?sistible ? la France compte aujourd?hui plus de 6000 grandes surfaces*?? et ne pourra jamais ?tre enray? par le commerce de proximit?, tr?s largement condamn? ? p?ricliter puis ? dispara?tre, avec la complicit? des ?lus locaux. Seules exceptions?: ici, quelques boutiques chics?; l?, a contrario, de modestes boutiques de v?tements ainsi que des ?piceries de d?pannage tenues par des maghr?bins ou des personnes trop ?g?es pour se reconvertir, ou dans l?impossibilit? de revendre un fonds de commerce par trop d?valoris?.

Parthenay est, ? cet ?gard, un exemple typique de cette ?volution. Longtemps prosp?re, cette superbe cit? m?di?vale, b?tie au c?ur de la G?tine et dont les quartiers historiques sont fi?rement enserr?s dans des remparts au-dessus de la paisible boucle du Thouet, a connu un d?veloppement li?, d?s le Moyen-?ge, ? des foires aux bestiaux parmi les plus importantes de France, puis ? l?implantation de fabriques textiles et de tanneries. Si l?activit? du textile et de la tannerie a disparu, les march?s aux bestiaux continuent de drainer chaque mercredi une certaine animation dans la ville, et Parthenay a tent? de jouer un r?le dans le d?veloppement de l?activit? num?rique. Un pari partiellement gagn?, mais insuffisant pour permettre ? la ville de maintenir sa population comme en t?moigne l??rosion qui, depuis les ann?es soixante-dix, s?est traduite par un net reflux?: 10?415 habitants en 2007 contre 12?728 en 1975, au profit, il est vrai, de communes environnantes, la communaut? de communes, en progression depuis 1990, comptant 17?227 habitants en 2008. Les NTIC sont d?ailleurs loin d??tre au centre de l?activit? du bassin, beaucoup plus tourn? vers l?industrie a?ronautique et, comme un lien naturel avec la tradition des foires, vers l?agro-alimentaire.

Dans le m?me temps, et conform?ment au constat que l?on peut faire dans de nombreuses villes de taille comparable, c?est ? un vieillissement de la population et ? une demande croissante d?habitat individuel que doivent faire face les ?lus locaux conduits par le maire et pr?sident de la communaut? de communes Xavier Argenton (Nouveau-Centre). Des facteurs qui favorisent incontestablement la fr?quentation des grandes surfaces pour des raisons de commodit? que l?on ne retrouve plus dans le centre-ville, et notamment dans le quartier Saint-Laurent, nagu?re le c?ur commercial de Parthenay. Conditionn?s par le marketing, et progressivement d?shabitu?s de la marche ? des fins d?achat dans les boutiques du centre-ville, les parthenaisiens, comme tant d?autres de leurs concitoyens, sont d?sormais attir?s, tels des papillons par une lanterne, vers les grandes surfaces et leur offre diversifi?e de produits et de services. Trois enseignes majeures dominent ? Parthenay?: E. Leclerc et Hyper U, le supermarch? Casino faisant figure de parent pauvre.

Ouvert en 2008, l?hypermarch? Leclerc, outre ses propres services, regroupe sur son parking et dans sa galerie marchande une vingtaine de commerces allant de la banque ? la presse en passant par le cordonnier ou les in?vitables franchises Phildar et Yves Rocher. Sans oublier la cafeteria Eris ou l?incontournable Mac Donald, ?tablissements o? l?on vient d?sormais d?jeuner en famille pour la plus grande gloire de la gastronomie fran?aise?!

R?sultat?: le commerce de centre-ville s?est effondr? de mani?re spectaculaire en quelques ann?es seulement. En un an, ce sont m?me une cinquantaine de boutiques et de magasins qui ont mis la cl? sous la porte dans les deux principales rues o? se concentrait l?activit? commerciale de Parthenay?: la rue Jean-Jaur?s, et plus encore la rue Louis Aguillon, totalement sinistr?e comme le montre la photo qui illustre cet article.

De tout cela, il semble malheureusement que M. Argenton n?ait cure. Fier de son Plan local d?urbanisme (PLU) qui fait la part belle ? la p?riph?rie et ? un projet embl?matique de lotissement ?cologique, il semble se laver les mains de la d?cr?pitude d?un centre-ville constitu? dor?navant d?un quartier bas historique, certes s?duisant et pr?serv?, mais sans la moindre activit? commerciale, et d?un quartier Saint-Laurent abandonn? ? l?errance des chiens et des chats. Il est vrai qu?en termes de recettes fiscales les grandes surfaces rapportent beaucoup plus ? la municipalit? que le commerce de proximit?. Difficile dans ces conditions pour les habitants de Saint-Laurent de faire entendre leur voix lorsque les ?lus eux-m?mes se plient ? la logique du profit, quitte ? sacrifier le c?ur de la cit??dont ils ont la charge?!? ??

*?En 2007, le nombre des hypermarch?s ?tait de 1452 (nettement domin? par Leclerc avec 447 ?tablissements) et celui des supermarch?s de 4613 (nettement domin? par Intermarch? avec 1269 surfaces commerciales)

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