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L?afro-optimisme ambiant doit ?tre temp?r

Plusieurs signes sont encourageants, mais le poids de l??conomie du continent demeure presque inchang?, tout comme sa structure

Johannesburg

Johannesburg

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9 novembre 2013?|?Khalid Adnane – ?conomiste ? l??cole de politique appliqu?e, Universit? de Sherbrooke?
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Depuis quelques ann?es, on assiste ? une situation plut?t particuli?re : des travailleurs portugais qui immigrent en Angola (pays d?Afrique et ancienne colonie portugaise) pour y trouver du travail et esp?rer avoir, enfin, un peu plus de prosp?rit? que ce qu?ils trouvent ces temps-ci chez eux, en Europe. Ce fait, parmi tant d?autres, traduit bien cette euphorie qui s?est empar?e de l?Afrique et qui laisse croire que le continent est enfin en train de r?ussir son d?collage ?conomique. Mais le pari est loin d??tre gagn? !

Il est vrai que, depuis quelques ann?es, l?heure est ? l?afro-optimisme. Plusieurs journaux et magazines ont publi? des articles sur les avanc?es en Afrique et sur les potentialit?s que repr?sente le continent africain sur le plan ?conomique. The Economist et le Time Magazine lui ont m?me consacr?, chacun ? son tour, une ?dition sp?ciale intitul?e ? Africa Rising ?. Et, il y a ? peine un mois, l?Organisation de coop?ration et de d?veloppement ?conomiques (OCDE) avait organis? ? Paris un forum international sur l??lan ?conomique du continent africain.

Cet optimisme se comprend. Si on exclut l??pisode n?gatif relatif ? la crise financi?re de 2008, l??conomie africaine se porte tr?s bien. Depuis 2000, son PIB affiche, en moyenne, un taux annuel de croissance d?environ 5 %, si bien qu?il a plus que doubl? pour se situer aujourd?hui ? pr?s de 3500 milliards de dollars. Pendant cette p?riode, le revenu per capita a lui aussi enregistr? une hausse substantielle, passant de 2000 $ ? environ 3200 $ (OCDE : 2013). Par ailleurs, ses ressources mini?res et ?nerg?tiques (p?trole et gaz) sont devenues un moteur de d?veloppement majeur dans cette croissance et font l?objet de toutes les convoitises, aussi bien de la part des puissances industrielles occidentales que de la part des puissances ?mergentes.

De plus, sur le plan de la demande int?rieure, on assiste ? l??mergence d?une nouvelle ? classe moyenne ?, de plus en plus urbaine, avide de consommation de biens et de services de toutes sortes. Par exemple, dans le domaine des communications, les ventes de t?l?phones mobiles fracassent des records et t?moignent de cette effervescence qui traverse le continent.

Revers de la m?daille

Mais, derri?re ce beau tableau et ces progr?s, quelques ombres demeurent. En effet, malgr? cette croissance observ?e, le poids ?conomique du continent africain demeure presque inchang? depuis une dizaine d?ann?es : l?Afrique repr?sente ? peine 4 % de l??conomie mondiale et 3 % des exportations mondiales (FMI : 2013). De plus, rappelons que l??lan ?conomique des derni?res ann?es est largement dop? par les exportations des mati?res premi?res et des produits ?nerg?tiques, notamment ? destination des pays asiatiques, la Chine et l?Inde en premier. ? titre d?exemple, des analyses faites par le FMI en 2010 ?tablissaient qu?un point de croissance chinoise cr?ait environ 0,4 point de croissance en Afrique : c?est consid?rable. Cela veut dire que la transformation structurelle des ?conomies africaines n?a toujours pas eu lieu, comme ce fut le cas, par exemple, en Asie. Autrement dit, l?Afrique n?a pas att?nu? sa d?pendance vis-?-vis de ses ressources extractives et encore moins envers l?ext?rieur.

Sur le chapitre des apports financiers priv?s, notamment les investissements directs ? l??tranger (IDE), le bilan est, encore une fois, mitig?. Les IDE ont certes connu une certaine hausse depuis quelques ann?es, passant de 43 milliards de dollars en 2010 ? 56,6 milliards de dollars en 2013. Cependant, pendant cette m?me p?riode, les apports publics en mati?re d?aide au d?veloppement et de transferts d?immigrants ont augment? plus vite. Ces derniers, ? eux seuls, repr?sentent plus du quart de tous les apports financiers priv?s, soit 10 milliards de dollars de plus que l?ensemble des IDE.

 

Prosp?rit? : vraiment ?

Enfin, cette prosp?rit? nouvelle ne s?est pas g?n?ralis?e partout en Afrique, et m?me pas ? l?int?rieur des pays qui connaissent un v?ritable envol ?conomique. D?une part, les trajectoires sont tr?s diff?renci?es d?un groupe de pays ? un autre : les pays ayant des dotations mini?res ou ?nerg?tiques pris?es s?en sortent tr?s bien et les autres, encore confin?s dans la sp?cialisation primaire, notamment celle des produits agricoles, se trouvent carr?ment ? l??cart de cette belle aventure. Il n?est donc pas ?tonnant que seuls cinq pays (l?Alg?rie, l?Afrique du Sud, l?Angola, l??gypte et le Nig?ria) repr?sentent plus de la moiti? de l?ensemble du PIB du continent qui en compte une cinquantaine.

D?autre part, ? l?int?rieur m?me des pays qui traversent cette belle p?riode de prosp?rit?, celle-ci n?arrive pas ? se mat?rialiser dans l?ensemble du tissu social. ? preuve, lorsqu?on jette un coup d?oeil au coefficient de Gini (indice statistique qui mesure les in?galit?s dans une soci?t?) en Afrique, celui-ci se situe ? des niveaux pour le moins alarmants, et ce, particuli?rement dans les pays les plus prosp?res d?Afrique : 63 en Afrique du Sud, 58 en Angola et 49 au Nig?ria. On est loin du 40 qu?affichent les ?tats-Unis, pays souvent ?tiquet? comme in?galitaire, et encore plus du 25 qu?affiche la Su?de, pays mod?le en mati?re de redistribution de la richesse. Enfin, l?Afrique fait encore face ? des d?fis ?normes sur les plans de l??ducation, de la sant?, de la gouvernance et de l?environnement. Dans une enqu?te r?cente, men?e par l?Afrobarometer Research Project aupr?s de 51 605 r?pondants provenant de 34 pays, 20 % affirmaient manquer souvent de nourriture, d?eau potable et de soins m?dicaux, plus de 50 % attestaient vivre ces situations de p?nuries au moins ? quelques occasions chaque ann?e et plus des trois quarts estimaient que leur gouvernement est inapte ? am?liorer la situation de leur pays.

Scepticisme l?gitime

En ce sens, entre cet afro-optimisme ? la mode, qui d?signe ce si?cle comme ?tant celui de l?Afrique, et l?afro-pessimisme qui a r?gn? pendant trop longtemps, il y a moyen de trouver un juste ?quilibre et une dose de r?alisme. Et ?a, les Africains sont les premiers ? le savoir. Ils sont conscients que leur continent change et avance, mais ils se gardent de trop pavoiser. Car, au d?but de combien de d?cennies on leur a fait miroiter qu?une ?re de prosp?rit? allait commencer, avant de leur annoncer quelques ann?es plus tard que c??tait, encore une fois, une d?cennie perdue?

Khalid Adnane -??conomiste ? l??cole de politique appliqu?e, Universit? de Sherbrooke

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