Krach test

À quel moment sait-on que l’on vit dans un monde dirigé par d’immondes raclures?

 

C’est quand, au onzième jour de confinement, Astrid t’appelle à l’heure de la sieste pour te proposer posément de discuter de la meilleure manière de faire des économies sur ta putain de facture d’électricité.

Dead calm

L’absence (remarquable) du harcèlement téléphonique commercial a fait les belles heures des confinés qui se tiennent chaud dans les réseaux sociaux comme leurs ancêtres se blottissaient au coin du feu pour affronter la nuit, le froid, les prédateurs, la peur en général et la solitude en particulier. Les plus moqueurs parlaient de prendre des nouvelles de leur santé… par les temps qui courent, un sale rhume est si vite arrivé en Open space.

Parce que l’affaire était entendue : tout le monde reste à la maison! Voilà la seule parade — elle aussi venue du fond des âges — à cette mort qui a l’air spécialement designée pour attraper un maximum d’animaux sociaux comme nous, surtout depuis que nous nous sommes mis en tête de nous grégariser dans des mégapoles bien au-delà de la densité maximum pour notre espèce.

 

Confinés à géométrie variable

Bien sûr, dans une organisation sociale et économique aussi organique que la nôtre, le fameux tout le monde est plutôt à géométrie variable et c’est bien sur cet obstacle majeur que toute stratégie de distanciation sociale se casse les dents. Sortir une fois pas semaine pour égaliser le niveau des réserves stratégiques et croiser de loin 4 ou 5 personnes, ça, c’est ma vie normale de blédarde. Mais le faire quand on vit au cœur d’une ville dans un clapier où chaque centimètre carré compte, où les espaces de vie sont tellement étriqués qu’on préfère encore aller trainer dans la rue ou au pied de l’immeuble, c’est une tout autre histoire que l’on préfère ne pas raconter aux autres.

Quoi qu’il en soit, au début, il y avait l’idée que dans notre société, il y a des gens dont on peut moins se passer du travail que de celui des autres, que — bizarrement — ce ne sont pas du tout les plus estimés·e·s et encore moins les mieux payé·e·s et que surtout, les démarcheurs téléphoniques n’en faisaient pas partie.

Faites ce que je dis…

Mais ça, c’était avant que les ordures ne sortent de leur sidération et se remettent à faire ce qu’elles font de mieux au monde : prendre des décisions d’ordures au mépris de toutes autres considérations que leur saloperie de profit immédiat.

Il a donc été décidé que la décision finale de savoir qui allait devoir prendre des risques avec son unique richesse — c’est-à-dire sa vie — ne serait pas du ressort des médecins ou des scientifiques, mais bien de celui des patrons et que rien n’était plus efficace et urgent pour lutter contre un virus hautement contaminant et plutôt virulent que de finir de dynamiter le droit du travail et de livrer les plus précaires pieds et poings liés à la cupidité des patrons, cette classe sociale héroïque qui s’est dépêchée d’affréter des jets privés pour aller coller leur cul fripé à l’abri de leur résidence secondaire la mieux paumée tout en ordonnant à leurs salariés de retourner se contaminer en rond, bien planqués et bien soutenus par un gouvernement d’eugénistes sociaux et leur bras armé de la maréchaussée en roue libre… laquelle devrait se dépêcher de comprendre qu’elle est elle-même au rang des sacrifiables.

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