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Julie Couillard et les motards : Les ann?es dangereuses

Comme on le sait, Julie Couillard, l’ex-copine de Maxime Bernier, a eu au cours des quinze derni?res ann?es trois conjoints qui ont tous ?t? li?s, ? des degr?s divers, ? l’univers des groupes de motards. De 1993 ? 1996, Julie Couillard partagea sa vie avec Gilles Gigu?re, qui fut l’associ? de l’un des usuriers les plus prosp?res de Montr?al, Robert Savard. Proche de Maurice « Mom » Boucher, un des plus c?l?bres membres des Hells Angels qu?b?cois, Gigu?re mourut assassin? peu de temps avant la date pr?vu de son mariage avec Couillard. L’ann?e suivante, Julie Couillard fr?quenta St?phane Sirois, un membre des Rockers, un club affili? aux Hells. Couillard ?pousa Sirois apr?s son d?part des Rockers, mais leur union ne fit pas long feu. Notons que tout ceci se passait ? l’?poque o? les Hells Angels et une coalition de rivaux appel?e l’Alliance se livrait une guerre sans merci qui fit 165 morts et donna lieu ? 181 tentatives de meurtre en l’espace de sept ans.

Puis, de 2004 jusqu’au d?but de 2005, Julie Couillard entretint une liaison avec Robert P?pin, un individu condamn? pour recel qui s’?tait endett? aupr?s d’un usurier proche des Hells. ? cela s’ajoute le fait que son fr?re, Patrick Couillard, offre des services de massoth?rapeute au Pro-gym, un centre d’entra?nement reconnu comme ?tant un point de rencontre r?put? pour des membres et sympathisants des Hells. Quant ? son p?re, Marcel Couillard, il fut trouv? coupable d’avoir produit de la marijuana avec un syst?me hydroponique mis sur pied par Sirois. Enfin, avant m?me de se lier ? des hommes du milieu des motards, Julie Couillard avait ?t? l’amie de coeur de Tony Volpato, un des hommes de confiance du c?l?bre mafieux Frank Cotroni, aujourd’hui d?c?d?.

« J’ai jamais ?t? accus?e d’aucun acte criminel », se d?fendait Couillard lors de la fameuse entrevue qu’elle accordait au r?seau TVA, le 25 mai, soit la veille de la d?mission de Maxime Bernier de son poste de ministre des Affaires ?trang?res. C’?tait la premi?re fois que Couillard s’exprimait en public depuis qu’elle s’?tait retrouv?e bien malgr? elle au coeur d’une temp?te m?diatique qui avait d?but? trois semaines plus t?t. Tout en reconnaissant que ses anciens amours n’?taient pas des enfants de choeur, Couillard n’eut que de bons mots ? dire au sujet de son ancien milieu. « Premi?rement, ces gens-l?, j’ai absolument rien ? dire contre eux », commen?a-t-elle. « Ils m’ont toujours bien trait?. Et puis, je tiens ? dire, y ont peut-?tre pas le panache et l’allure des diplomates, mais je vais vous dire une chose, je me sentais beaucoup plus respect?e et beaucoup plus en s?curit? que je me suis senti au cours des trois derni?res semaines, aussi invraisemblable que ?a peut sembler aux gens. » Bref, Couillard ne cacha pas qu’elle se sentait tout ? fait ? son aise au sein du milieu interlope.

Bien entendu, l’intense couverture m?diatique de l’affaire Bernier-Couillard occasionna des d?bats relativement ? l’int?r?t journalistique de fouiller le pass? de cette femme. Il faut tout de m?me reconna?tre que la relation Bernier-Couillard avait quelque chose de particuli?rement tordu sur le plan politique. N’oublions pas que Bernier fut un ministre de premier plan d’un gouvernement conservateur ouvertement pro-flic qui avait fait de la lutte ? la criminalit? l’un de ses principaux cheval de bataille ?lectoral. Or, Bernier a pourtant choisit d’avoir pour amie de coeur une femme qui, non seulement a eu plusieurs hommes li?s au milieu interlope dans sa vie, mais entretenait aussi une haute estime des motards par-dessus le march?.

Lors de son entrevue ? TVA, Couillard d?clara que Bernier, aujourd’hui devenu simple d?put?, « ?tait tout ? fait au courant de tout ». Bernier l’a r?cemment contredit sur ce point, en affirmant que ni elle, ni personne d’autre, ne l’avait « inform? de ses liens pass?s avec des personnes impliqu?es dans le crime organis? ». Lors d’un discours prononc? devant ses partisans, en Beauce, l’ex-ministre conservateur pr?tendit n’avoir appris l’existence du pass? trouble de Couillard seulement le 20 avril dernier, soit environ deux semaines avant que l’affaire n’?clate sur la place publique. Cette affirmation fut toutefois accueillie avec un certain scepticisme ? Ottawa. En effet, selon Le Devoir, le bureau du premier ministre Stephen Harper avait ?t? contact? ? ce sujet par des journalistes de la colline parlementaire bien avant le 20 avril. (1) Aux yeux de plusieurs observateurs, il appara?t peu vraisemblable que Bernier soit demeur? dans l’ignorance apr?s que le bureau de Harper eut ?t? mis au parfum.

Il va de soit que ce n’est pas un crime en tant que tel que d’?tre la blonde d’un homme vivant des fruits de la criminalit?, aussi bandit soit-il. Cela ?tant, il reste que les femmes qui unissent leur destin?e ? celle d’hommes du milieu des motards ne peuvent faire autrement que d’avoir une assez bonne id?e de ce qui se passe dans la vie de leur conjoint. Apr?s tout, ces femmes ne vivent pas dans une bulle qui les isolent de tous les aspects du monde criminel, au contraire. Elles se retrouvent par la force des choses ? partager certains des bons et des mauvais c?t?s de la vie de motards. Si elles profitent n?cessairement d’une partie des dividendes d?coulant des activit?s criminelles de leur conjoint, il peut aussi leur arriver de partager les risques inh?rents au mode de vie de gangster. Fait significatif, l’?tat qu?b?cois juge que les liens de ces femmes avec les groupes de motards sont si ?troits qu’il leur refuse l’acc?s au programme d’indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC) lorsque leur conjoint trouve la mort de mani?re violente. (2)

Comme la plupart des femmes du milieu, Couillard n’?tait pas dupe et savait elle aussi ce qui se passait. « Je ne suis pas ici pour passer pour une innocente », a elle-m?me dit Couillard ? un certain moment durant son entrevue ? TVA. Ainsi, La Presse rapporta r?cemment que Couillard ?tait parfois pr?sente lorsque Gilles Gigu?re faisait pression sur des cr?anciers tardifs. D’ailleurs, selon St?phane Sirois, Couillard n’aurait jamais vraiment coup? les ponts avec le milieu. La GRC l’avait m?me plac?e sous surveillance lors de l’enqu?te antidrogue qui mena ? l’arrestation de son p?re, en 1998. Puis, lorsque Sirois confia ? Couillard que « Mom » Boucher aurait envisag? de l’?liminer, c’est ? un personnage bien connut du milieu qu’elle s’adressa pour tirer cette affaire au clair. Enfin, les r?centes all?gations de Marie-Claude Montpetit, une ancienne conseill?re en immigration, ? l’effet que Couillard aurait ?t? tenanci?re de deux maisons de d?bauche dans lesquelles des immigrantes auraient ?t? forc?es de se prostituer sugg?rent que l’ex-petite amie de Bernier pourrait avoir jou?e un r?le plus actif qu’on ne l’aurait cru ? prime abord dans le monde criminel. (3)

Bref, il semble difficile de ne pas se salir un peu les mains de temps ? autres quand on c?toie d’aussi pr?s un milieu aussi criminalis? que celui des motards… au m?me titre qu’il ne doit pas ?tre particuli?rement ?vident de se tenir loin de la magouille lorsqu’on trempe jusqu’au cou dans le monde politique !

?tonnamment, en d?pit d’un int?r?t m?diatique soutenu pour tout ce qui touche aux affaires de motards, tr?s peu de choses ont ?t? ?crites au sujet de la place qu’occupent les femmes dans ce milieu tr?s masculin. Le BUREAU DES AFFAIRES LOUCHES a donc d?cid? de se pencher sur la question de la complicit? des conjointes ou ex-conjointes de motards afin de mieux discerner le sens qu’il faut donner aux r?v?lations entourant le pass? de Julie Couillard. Nous entendons nous limiter ? ?num?rer quelques cas qui apparurent dans l’actualit? qu?b?coise au cours des dix derni?res ann?es. Apr?s avoir fait un petit survol de cette question, nous vous proposerons ensuite d’examiner plus en d?tail le parcours de vie de Gilles Gigu?re (dans la 1?re partie) et de St?phane Sirois (dans la 2i?me partie) ainsi que leur relation respective avec Julie Couillard sur fond de « guerre des motards » et d’enqu?tes polici?res.

De la complicit? des conjointes

Si l’on se fie aux arrestations effectu?es par les escouades sp?ciales, l’implication de la gente f?minine dans les activit?s criminelles des groupes de motards existe mais reste marginale. Prenons par exemple la gigantesque rafle de l’op?ration Printemps 2001. Sur les 118 membres, aspirants ou complices des Hells Angels qui furent arr?t?s le 28 mars 2001, on d?nombra seulement trois femmes. (4) Les accusations auxquelles celles-ci durent r?pondre d?coulait de l’enqu?te appel?e Projet Oc?an, qui visait la vaste de machine de narcotrafic des Hells. Fait inusit?, c’est une femme qui avait permit ? la police d’amasser suffisamment de preuves pour clore le Projet Oc?an. (5) D’origine bolivienne, Sandra Craig avait introduit certains Hells ? des narcotrafiquants colombiens. Craig n’avait pas particuli?rement appr?ci?e de faire l’objet d’une tentative d’assassinat apr?s s’?tre faite roul?e par ses contacts chez les Hells. Elle se vengea en remettant aux policiers des documents incriminants qui ?tablissaient un lien entre le trafic de drogue et « la banque des Hells », un appartement inhabit? de la rue Beaubien, ? Anjou, qui servait de comptoir bancaire aux motards.

Parmi les trois femmes accus?es du Projet Oc?an, on retrouvait Monique Gauthier, qui ?tait l’ex-?pouse de Michel Rose, un membre du chapitre des Nomads, le club-?lite des Hells. Lors de son arrestation, Gauthier fut trouv?e en possession de 3,78 millions $CAN et de 161 000 $US. Bien que son r?le s’?tait limit?e au comptage de l’argent sale ? la « banque des Hells », Gauthier fut condamn?e ? purger cinquante-quatre mois de prison apr?s avoir plaid?e coupable ? des accusations de trafic de stup?fiants, de complot pour faire du narcotrafic et de gangst?risme. (6) Chantal Contant, une autre des femmes accus?es, avait ?t? arr?t?e pour avoir transport?e des sommes d’argent totalisant 40 000 $ ? la « banque des Hells ». Elle d?posait les fonds dans un compte au nom de « Gertrude », que la police relia ? son ami, Walter Stadnick, lui aussi des Nomads. Sans ant?c?dent judiciaire, Contant fut l’une des rares accus?es ? b?n?ficier d’une remise en libert? en attente de proc?s. Elle ?copa d’une amende de 15 000 $ et d’une probation de deux ans apr?s avoir avou?e sa culpabilit? ? une accusation de possession d’un produit de la criminalit?. (7)

Mais les statistiques polici?res en mati?re d’arrestation ne disent pas tout sur le ph?nom?ne de la complicit? des conjointes de motards. Si l’on reste dans le registre de l’argent sale, on peut mentionner le cas de la criminologue Danielle Saint-Arnaud, ex-?pouse de Normand B?langer, dit « Pluche ». St-Arnaud n’a jamais ?t? accus?e pour avoir cach?e dans un r?frig?rateur une somme s’?levant ? 245 000$ que les policiers saisirent lors de l’op?ration Printemps 2001. (8) Surnomm? « l’homme ? la valise », B?langer ?tait r?put? ?tre le « grand argentier » des Rockers. Il ?tait devenu un « prospect » des Nomads lorsqu’il fut arr?t? sous onze accusations de meurtre d’individus associ?s ? l’Alliance, ainsi que complot pour meurtres, trafic de drogue et gangst?risme, lors de la grande rafle de mars 2001. Gravement atteint d’une maladie mortelle incurable, le juge Pierre B?liveau de la cour sup?rieure du Qu?bec autorisa sa remise en libert? sous de s?v?res conditions, en septembre 2002. Le tribunal lui ordonna notamment de s’abstenir de tout contact avec des membres ou des proches des Hells et leurs conjointes, et de demeurer chez… son ancienne ?pouse.

Dans son jugement, le juge B?liveau mentionna qu’« il faut prendre acte que lorsqu’elle faisait vie commune avec M. B?langer, Mme St-Arnaud ?tait consciente du fait que ce dernier vivait dans l’ill?galit?, sans n?cessairement conna?tre son appartenance aux Hell’s Angels, qu’elle a profit? de la situation et qu’elle l’a m?me aid?, notamment en lui servant de pr?te-nom et en d?tenant un coffret de s?ret? o? ce dernier a plac? d’importantes sommes d’argent. » (9) Le juge exprima ensuite l’avis que St-Arnaud et son nouveau conjoint ?taient « des personnes s?rieuses qui ne sauraient ?tre d?finitivement discr?dit?es du fait de leur complaisance pass?e, sinon de leur complicit? ». Pour cette raison, le tribunal se disa « convaincu qu’ils ne tol?reraient pas que M. B?langer profite de la situation pour contacter ses complices ». Toutefois, le 26 f?vrier 2004, lorsque la police lan?a l’op?ration Sud qui visait les Hells qui auraient pris la rel?ve apr?s Printemps 2001, B?langer figurait parmi les quelques quarante accus?s… (10) « Pluche » retourna donc derri?re les barreaux en attendant de r?pondre ? des accusations de pr?t usuraire et de gangst?risme. Toutefois, en mai 2004, la maladie eut raison de B?langer, qui rendit l’?me dans un centre de soins palliatifs.

Selon journaliste Andr? C?dilot, de La Presse, les biens que les motards acqui?rent avec l’argent sale sont souvent enregistr?s au nom de leur femme, ainsi que les membres de leur famille. (11) Dans la foul?e de Printemps 2001, les tribunaux prononc?rent plusieurs ordonnances de blocage de biens. Il ne s’agissait-l? que de la premi?re ?tape d’un processus menant ultimement ? la confiscation des biens jug?s suspects par l’?tat. On parle notamment de maisons qui, selon la police, auraient ?t? acquise avec les profits faramineux du narcotrafic. Moins de deux semaines apr?s la vague d’arrestations du 28 mars 2001, Claude Olivier, un avocat criminaliste, fut mandat? pour contester devant les tribunaux les ordonnances de blocage de biens. (12) « Actuellement, j’ai comme clients huit femmes ou conjointes de Hells d?tenus et d’autres viendront bient?t s’ajouter », d?clara-t-il ? La Presse ? l’?poque, ajoutant qu’il ne fallait pas oublier qu’il y avait des femmes et des enfants derri?re les motards arr?t?s et qu’? la suite des ordonnances de blocage, ces personnes se retrouv?rent sans le sou.

L’?tat qu?b?cois chercha notamment ? confisquer les avoirs de Normand Robitaille, un Nomad qui avait plaid? coupable ? des accusations de complots pour meurtres, trafic de stup?fiants et gangst?risme plus de deux ans apr?s son arrestation de mars 2001. La valeur combin?e des biens vis?s s’?levait ? un million de dollars, ce qui incluait des immeubles, des v?hicules, des meubles, 200 000 $ argent liquide, mais aussi une maison de 140 000 $, ? La Prairie, que Robitaille avait achet? en 1993 avant de la revendre deux ans plus tard ? sa conjointe de fait, Annie-Sophie B?dard, une avocate criminaliste. Selon la poursuite, les revenus d?clar?s de Me B?dard, qui s’?tablissaient ? seulement 14 000 $ en 1995, ne permettait pas ? celle-ci de d?bourser une hypoth?caire mensuelle de 1050 $. (13) En mars 2005, la cour sup?rieure rendit jugement en ordonnant la confiscation de 500 000 $ en biens, soit la moiti? des avoirs vis?s. La maison de La Prairie figura parmi les biens qui ?chapp?rent ? l’?tat. « Bien qu’on puisse avoir des doutes sur les intentions v?ritables des parties au contrat de vente », ?crivit le juge R?jean Paul, « ces doutes sont insuffisants pour ordonner la confiscation de cet immeuble ». (14)

Il n’y a pas que chez les Hells que les conjointes peuvent ?tre appel?es ? jouer un r?le dans le recyclage des produits de la criminalit?, commun?ment appel? le blanchiment d’argent. Certaines conjointes des membres et associ?s des Rock Machine, le groupe le plus connut et le plus important de l’Alliance, se retrouv?rent dans le collimateur de la justice ? la suite du blocage en biens totalisant 4,4 millions $, incluant les repaires fortifi?s de Montr?al et de Qu?bec des Rock Machine. En mai 1998, l’enqu?te polici?re aboutissa au d?p?t de quatre-vingt treize accusations de narcotrafic et de blanchiment d’argent contre neuf personnes, dont certaines des principales t?tes dirigeantes des Rock Machine, tels que les fr?res Salvatore et Giovanni Cazzetta, de Montr?al, et Claude V?zina, dit « Ti-Loup », et Dany L?gar?, de Qu?bec. (15) Parmi les autres accus?s, on retrouvait pas moins de quatre femmes, soit Maria Cazzetta et Suzanne Poudrier, dont les conjoints respectifs mourront tous deux assassin?s durant la « guerre des motards » (16), ainsi que France Gauthier et H?l?ne Filion, respectivement la conjointe et l’ex-femme de V?zina.

Apr?s un long proc?s, Maria et Giovanni Cazzetta, Suzanne Poudrier et un quatri?me accus?, Gilles Lambert, furent tous trouv?s coupables de complot pour possession et possession de produits de la criminalit?, en juin 1999. Les deux veuves s’en tir?rent chacune avec une peine d’un an avec sursis, en plus de la confiscation des biens vis?s par l’accusation, dont la valeur s’?tablissait ? 655 093 $ dans le cas de Maria Cazzetta et ? 345 387 $ dans le cas de Poudrier. (17) Giovanni Cazzetta re?ut quant ? lui une sentence de cinq ann?es d’emprisonnement cons?cutive ? la peine qu’il purgeait d?j? pour trafic de coca?ne, tandis que Lambert ?copa de trois ans de p?nitencier. Trois mois plus tard, V?zina et L?gar? plaid?rent tous deux coupables aux accusations de possession de produits de la criminalit?. (18) Ils re?urent respectivement des sentences de quatre et de trois ans d’emprisonnement ? ?tre purg?es de fa?on concurrente avec les peines de sept et de cinq ans d’incarc?ration auxquelles ils avaient ?t? condamn?s, deux ans plus t?t, pour possession d’explosifs et narcotrafic. Quant ? l’ancienne et la nouvelle conjointe de V?zina, qui n’avaient fait qu’agir comme pr?te-nom, elles b?n?fici?rent d’un arr?t des proc?dures.

R?gle g?n?rale, la blonde d’un homme du milieu des motards ne s’impliquera pas directement dans les activit?s de trafic de drogue de son conjoint. Mais il existe des exceptions. Manon L’Esp?rance en ?tait une. M?re de trois enfants, L’Esp?rance ?tait la conjointe de Pierre Tremblay, dit « Gros Pit », un individu que la police d?crivait comme ?tant « le roi du PCP » au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Tremblay ?tait une relation d’affaires des Satan’s Guards, un club-?cole du Saguenay qui ?tait parrain? par le chapitre de Trois-Rivi?res des Hells Angels. « Gros Pit » ?tait notamment l’un des neuf copropri?taires du local des Satan’s Guards, situ? ? Chicoutimi. Selon la police, les membres des Satan’s Guards et leurs acolytes exerc?rent un quasi-monopole sur la vente de drogue et firent la loi dans les bars de la r?gion durant une dizaine d’ann?es. (19) Leur mainmise sur le march? fut quelque peu ?branl?e par une s?rie de razzias polici?res, ? commencer par l’op?ration Tip lanc?e le 29 mars 2000.

Ce jour-l?, la police perquisitionna le local des Satan’s Guards et proc?da ? l’arrestation de dix-huit personnes, qui durent r?pondre d’un total de soixante-quatorze accusations, dont celles communes de complot pour faire le trafic de stup?fiants. Parmi les accus?s, on retrouva le couple L’Esp?rance-Tremblay, chez qui les polici?res saisirent un kilogramme et demi de PCP. Alain L’Esp?rance, le fr?re de Manon, fut ?galement arr?t?. Accus?e de complot et de narcotrafic, Manon L’Esp?rance ?tait consid?r?e par la police comme l’une des principales t?tes de ce vaste r?seau d’approvisionnement et de revente de PCP, dont les ramifications s’?tendait jusqu’? la ville de Qu?bec et m?me aux Escoumins, sur la C?te-Nord. Depuis au moins trois ans, L’Esp?rance dirigeait deux ?tablissements, l’un ? La Baie et l’autre ? Chicoutimi, o? se transigeaient entre 300 et 500 quarts de gramme de coca?ne par semaine, selon l’?valuation polici?re. (20)

Quant ? son conjoint, « Gros Pit » Tremblay, il d? r?pondre ? lui seul d’une cinquantaine de chefs d’accusations. Lui et Alain L’Esp?rance furent d’ailleurs les seuls accus?s ? demeurer d?tenu en attente de leur proc?s. Bien que la police pla?ait Manon L’Esp?rance au sein de la cellule de commandement du r?seau, la couronne a consenti ? sa remise en libert? sous diverses conditions. Puis, en juin 2001, la couronne d?cida de faire la monter la pression en se pr?valant de la loi antigang contre six accus?s, incluant Manon L’Esp?rance, son conjoint et son fr?re Alain. Ceux-ci durent d?sormais r?pondre de deux nouvelles accusations, soit complot et trafic de stup?fiants au profit d’une organisation criminelle (gangst?risme). (21) Il s’agit d’infractions criminelles dont la peine maximale est de quatorze ann?es d’emprisonnement qui doivent ?tre purg?es de fa?on cons?cutive au reste de la sentence.

Les proc?dures prirent fin le 3 avril 2002, lorsque l’ensemble des accus?s enregistr?rent des plaidoyers de culpabilit?. Manon L’Esp?rance se reconnut coupable des accusations de complot, de trafic et de gangst?risme et s’en tira avec une sentence de deux ans moins un jour ? purger dans la collectivit?, une suggestion commune de son avocat et du procureur de la couronne. (22) Tenant compte de l’absence d’ant?c?dents judiciaires de la m?re de famille, le juge Jean-Claude Beaulieu d?crivit L’Esp?rance comme une femme soumise ? son conjoint. Selon les observations du magistrat, Tremblay aurait d’ailleurs exerc? une emprise sur tous les accus?s dans ce dossier. Une lettre que Manon L’Esp?rance avait adress? ? son conjoint et qui fut saisie par la police lors de la perquisition joua ?galement en la faveur de l’accus?e. ?crite deux mois avant l’op?ration Tip, la lettre r?v?lait que la conjointe de « Gros Pit » en avait assez de cette vie-l?. Le juge Beaulieu profita d’ailleurs de l’occasion pour lancer un appel ? toutes les femmes de d?noncer leurs conjoints lorsqu’ils les incitent ? briser la loi. Quant ? Tremblay lui-m?me, il fut condamn? ? une peine ? de deux ans moins un jour d’emprisonnement.

Bien entendu, la complicit? des conjointes de motards peut prendre des formes diverses et varier selon les circonstances. En avril 2003, lorsque les policiers parvinrent ? mettre le grappin sur Andr? Chouinard, un ex-Nomad qui ?tait en cavale depuis l’op?ration Printemps 2001, ils proc?d?rent ?galement ? l’arrestation de sa conjointe, Lynn Maybury. (23) Celle-ci fut accus?e de complicit? apr?s le fait pour avoir aid? Chouinard ? ?chapper aux autorit?s qui le recherchait pour l’inculper du meurtre de huit individus associ?s ? l’Alliance, ainsi que d’importation de milliers de kilos de coca?ne, de trafic de stup?fiants et de gangst?risme. Le mariage du couple Chouinard-Maybury avait ?t? c?l?br? en grande pompe au Ch?teau Vaudreuil, un chic h?tel de la banlieue ouest de Montr?al, en mai 1999. La noce fut immortalis?e sur une bande vid?o qui fut diffus?e lors du m?gaproc?s des Hells, ce qui avait fait beaucoup jaser ? l’?poque car on y voyait notamment certains avocats de la d?fense s’en donner ? coeur joie sur la piste de danse. Notons que Chouinard avait ?t? l’un des Hells avec qui Sandra Craig avait fait affaire.

Vers la fin de l’ann?e 2000, le scandale des taupes ? la Soci?t? d’assurance automobile du Qu?bec (SAAQ) r?v?la que deux femmes ayant entretenu des liaisons amoureuses avec des motards avaient vendus des renseignements aux Hells Angels et aux Rock Machine, selon le cas. Il y a d’abord eut le cas de France Garon, une employ?e de la SAAQ vivant ? Charlesbourg qui avait ?t? la conjointe d’un Rock Machine. Garon travaillait depuis une dizaine d’ann?es au d?partement du support technique pour les permis et immatriculation de la SAAQ, ce qui lui donnait acc?s ? des banques de renseignements personnels contenant des noms, adresses et num?ros de plaques. (24) Se sentant mis sous filature, certains Rock Machine recherchaient des informations sur des v?hicules qu’ils jugeaient suspects. Garon, qui avait des dettes de jeu, leur vendit des renseignements sur une vingtaine de plaques, dont une seule appartenait ? un Hells, soit un membre du chapitre de Trois-Rivi?res. (25) Elle fut pi?g?e par un proche des Rock Machine devenu informateur. Arr?t?e en d?cembre 2000, Garon plaida coupable ? des accusations d’abus de confiance et re?ut une peine d’un an avec sursis.

La deuxi?me affaire de fuite ? la SAAQ eut des cons?quences beaucoup plus s?rieuses. Une femme qui, selon la police, ?tait une ancienne ma?tresse d’un haut dirigeant des Hells avait utilis?e ill?galement le fichier informatique de la SAAQ pour recueillir des renseignements personnels sur onze individus associ?s aux Rock Machine ainsi que sur le journaliste Michel Auger. (26) Au moins trois de ces personnes furent ensuite tu?es et six autres furent victimes de tentative d’assassinat, dont Michel Auger, ce qui porta ? croire que les informations ainsi recueillies servaient ? pr?parer des meurtres. La taupe ne travaillait pas ? la SAAQ, mais bien chez un de ses mandataires, en l’occurrence Acc?s-Sport, un organisme vou? ? la r?insertion socio-?conomique. En mai 2001, Ginette Martineau et son conjoint, Raymond Trudeau, durent r?pondre d’un total de cent chefs d’accusation d’abus de confiance et d’utilisation frauduleuse des ordinateurs de la SAAQ. L’enqu?te permit d’?tablir que c’?tait Trudeau qui se chargeait de fournir les renseignements de la SAAQ ? un contact chez les Hells. (27) En juin 2002, Martineau et Turgeon plaid?rent coupable et furent condamn?s respectivement ? trente-huit mois et ? cinq ans de prison.

Les femmes du milieu de motards ne s’exposent pas seulement ? des risques d’arrestation et d’emprisonnement. Comme nous le verrons dans la deuxi?me et derni?re partie de cette s?rie d’articles, l’ex-Rocker St?phane Sirois affirme aujourd’hui que Julie Couillard aurait ?t? en danger de mort parce qu’un influent membre des Hells Angels l’aurait soup?onn? d’?tre de m?che avec la police. Durant la « guerre des motards », il arriva ? au moins deux reprises que des conjointes li?es aux deux camps bellig?rants se fassent tirer dessus. Bien qu’il n’y a rien qui d?montre que les balles leur ?tait sp?cifiquement destin?es, il convient tout de m?me de remarquer que les deux incidents survinrent ? moins de deux semaines d’intervalle.

Ainsi, le 20 septembre 1999, Sandra Gloutney, la conjointe du Nomad Denis Houle, dit « Pas Fiable », vit la mort de pr?s lorsqu’un tireur embusqu? ouvrit le feu sur son v?hicule alors qu’elle quittait sa r?sidence, ? Piedmont. (28) L’un des projectiles manqua de peu la t?te de Gloutney, qui ?tait au volant du v?hicule, tandis que son fr?re qui ?tait passager s’en tira indemne. Bless?e au bras gauche, Gloutney fut conduite ? l’h?pital, mais refusa de porter plainte. Quatre ans plus t?t, Houle avait lui-m?me ?t? la cible d’une tentative de meurtre. Puis, le 1er octobre suivant, Sunny Doucet fut ? son tour bless?e par balles lors de l’assassinat de son conjoint, Tony Plescio, un membre des Rock Machine. Plescio sortait d’une f?te pour enfants qui se d?roulait dans un restaurant McDonald, ? Montr?al-Nord, lorsqu’il fut abattu. De son c?t?, Doucet se trouvait dans le stationnement du McDonald et cherchait des couches dans le coffre arri?re de sa voiture lorsqu’elle re?ut une balle au pied ? peine quelques instants avant de voir son conjoint s’?crouler sous les balles. (29) Le fr?re de Tony, Johnny Plescio, un membre fondateur Rock Machine, fut quant ? lui assassin? l’ann?e pr?c?dente, ? Laval.

Bien que les assassinats de conjointes de motards soit un ph?nom?ne rarissime, la chose reste dans le domaine du possible. Natacha Desbiens, la conjointe de St?phane Hilareguy, dit « Archie », un membre des Rockers, devint la 146e victime de la « guerre des motards » lorsque son corps carbonis? fut d?couvert dans sa maison incendi?e ? Saint-Roch-de-Richelieu, sur la Rive-Sud de Montr?al, le 16 juin 2000. (30) Desbiens avait ?t? abattue d’une balle dans la t?te tandis que les restes de Hilareguy seront retrouv?s ? Potton, en Estrie, le 6 avril 2002. (31) L’unique survivant de la tuerie fut le b?b? du couple, ?g? de deux mois et demi, qui fut d?couvert la nuit du sinistre par des secouristes sur le terrain adjacent ? la r?sidence. Dans le milieu des motards, la rumeur voulait que Hilareguy a ?t? liquid? parce qu’il avait n?glig? de mettre le feu ? une camionnette qui avait ?t? utilis?e pour commettre un meurtre ? Montr?al-Nord. Lorsque les polici?res mirent la main sur le v?hicule des tueurs, ils trouv?rent une foule d’indices ? l’int?rieur, dont des empreintes digitales. Quant ? sa conjointe Desbiens, elle ?tait per?ue comme un danger par certains Hells parce que Hilareguy aurait eu la mauvaise id?e de lui faire trop de confidences… (32)

L’avocat, l’ex-flic, le shylock
et le chum de Julie Couillard

N?e le 21 juin 1969, Julie Couillard est issue d’une famille de trois enfants. Elle v?cut une enfance apparemment sans histoire ? la ville de Lorraine, dans les Basses-Laurentides, avant de d?m?nager dans le secteur de Ville-?mard, dans le sud-ouest de Montr?al. Elle occupa divers petits emplois avant de tenter sa chance dans le showbiz qu?b?cois en tant que com?dienne et mannequin durant les ann?es ’90. Membre de l’Union des artistes, Julie Couillard interpr?ta quelques petits r?les ? la t?l?vision, notamment ? l’?mission de Surprise sur prise o? elle prit part ? un gag visant ? pi?ger le com?dien Serge Th?riault, en 1995. (33) Elle a aussi tenu un r?le de ma?tresse dans la s?rie Ren? L?vesque, ? TVA, rempla?a une h?tesse ? l’?mission La poule aux oeufs d’or en plus de livrer une prestation au Salon de la mari?e et de danser dans un vid?oclip du groupe Gipsy Kings. Ironiquement, ce ne sont pas ses incursions dans le monde artistique qui la rendirent c?l?bre, mais plut?t ses diverses relations avec des hommes du milieu interlope, ? commencer par Tony Volpato, avec qui elle entretint une liaison, entre 1991 et 1993. (34)

Propri?taire d’une compagnie de c?ramique, Volpato fut l’homme de confiance de Frank Cotroni, dit « Le Gros », membre d’une c?l?bre famille criminelle li?e ? la branche calabraise de la mafia. Le fr?re a?n? de Frank, Vic Cotroni, dit « l’Oeuf », fut consid?r? comme le parrain de la mafia montr?alaise durant des d?cennies avant que le clan sicilien des Rizzuto ne prenne le pouvoir, dans les ann?es ’80. Les Cotroni s’?taient impliqu?s dans les clubs de nuit et les maisons de jeu, la contrebande internationale d’h?ro?ne, l’industrie alimentaire et le trafic ill?gal d’immigrants italiens aux ?tats-Unis. Leur influence s’?tendait aux syndicats de la construction, de l’h?tellerie et de la restauration, ainsi qu’aux milieux politiques qu?b?cois. (35) Dans un rapport sur la pr?sence de la mafia dans l’industrie de la boxe publi? en 1986, le juge Raymond Bernier d?crivit Volpato comme un personnage ayant « une main de fer dans un gant de velours » qui aida Frank Cotroni ? exercer un « contr?le complet sur la famille Hilton ». ? l’?poque, Volpato n’eut d’ailleurs aucune h?sitation ? se porter ? la d?fense de son ami Cotroni. « Frank Cotroni est un gentleman, le genre de type qui donne tout le temps et qui ne re?oit jamais », plaida-t-il. (36)

Lorsque Julie Couillard rencontra Volpato dans un bar, en 1991, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) l’avait mis sous enqu?te pour son r?le dans le trafic de cigarettes de contrebande. L’?coute ?lectronique avait r?v?l?e que Volpato agissait ? titre de repr?sentant « d’un groupe de financiers » aupr?s des contrebandiers, soit les Warriors de la r?serve de Kahnawake et la famille Ouellette, de Lanaudi?re. (37) Volpato sera plus tard condamn? ? verser une amende de 8000 $ pour son r?le dans cette affaire. L’escouade des stups de la GRC s’int?ressait aussi ? Volpato dans le cadre d’une enqu?te sur un projet d’importation de coca?ne qui avait d?but?e en 1992. Volpato avait alors jou? le r?le d’interm?diaire entre le clan Cotroni et des agents doubles de la GRC qui se faisaient passer pour des narcotrafiquants. Il fut plus tard condamn? ? six ans de prison pour avoir complot? en vue de faire entrer 180 kg de coca?ne au Canada. Notons enfin que Volpato n’?tait pas ?tranger au monde des motards. Ainsi, lorsque Maurice « Mom » Boucher, le plus c?l?bre des Hells Angels qu?b?cois, fut arr?t? pour possession d’arme, en mars 1995, le nom et le num?ro de t?l?phone de Volpato figuraient dans le carnet de num?ros de t?l?phone du motard. (38)

Selon The Toronto Star, Couillard et Volpato se fr?quent?rent de temps ? autre, ce qui laisse supposer une relation qui n’avait rien de stable. En fait, le grand amour de Julie Couillard fut Gilles Gigu?re, dit « L’indien », qui ?tait ?g? de pr?s de vingt ans de plus qu’elle. Leur idylle dura de 1993 ? 1996. « J’ai aim? ?perdument quelqu’un dans ma vie, et c’?tait Gilles », affirma-t-elle dans une r?cente entrevue accord?e au magazine 7 Jours. (39) « Il a ?t? mon plus grand professeur. Gilles a ?t? mon p?re, ma m?re, mon fr?re, mon meilleur ami, mon amant, mon partenaire de vie et de business. » Entrepreneur en construction, Gilles Gigu?re a eut sa part de d?m?l?s avec le syst?me judiciaire. En juillet 1991, lorsque l’escouade antigang du Service de police de la communaut? urbaine de Montr?al (SPCUM) d?mantela un vaste r?seau de voleurs et de receleurs li? au gang de l’Ouest, Gigu?re figurait parmi les suspects. (40) Deux ans plus tard, il fut m?l? ? une affaire d’extorsion.

Gigu?re n’a jamais ?t? membre d’une bande de motards en tant que tel, mais il gravitait autour des Hells Angels. ? l’?poque, les m?dias le d?crivaient g?n?ralement comme le « bras droit » de Robert « Bob » Savard, un homme d’affaires qui ?tait r?put? ?tre un important pr?teur usuraire proche des Hells. Savard a lui aussi eut maille ? partir avec la loi. ? partir 1976, il se fit arr?t? r?guli?rement sous divers chefs d’accusations, tels que complot, menaces, extorsion et trafic de drogue, mais il arrivait ? s’en sortir indemne pratiquement ? chaque coup, par manque de preuve. Sauf en 1985, o? il ?copa d’une peine de trois ans d’emprisonnement pour une affaire de menaces et d’intimidation.

Au cours de l’ann?e 1995, le nom de Gilles Gigu?re revint ? quelques reprises dans l’actualit? judiciaire. D’abord, le 20 f?vrier, Gigu?re fut arr?t? en lien avec la d?couverte d’une cache d’armes, ? Montr?al-Est. Quatre fusils mitrailleurs, quatre gilets pare-balles ainsi que trente-trois kilos de marijuana et vingt-sept appareils de vid?opoker furent saisis par l’escouade antigang du SPCUM dans le sous-sol d’un immeuble ? logements dont Gigu?re ?tait le propri?taire. (41) Pour les journalistes de la presse ?crite, il ne faisait aucun doute que cet incident ?tait li? ? la guerre meurtri?re opposant les Hells Angels ? l’Alliance, une coalition regroupant notamment les Rock Machine et les Dark Circle. (42) Le nom de Gigu?re refit ? nouveau surface lorsque « Mom » Boucher fut arr?t? en rapport avec une histoire de chicane de bar, en octobre 1995. La couronne n’ayant pu convaincre le tribunal que « Mom » repr?sentait un danger pour la soci?t?, celui-ci fut remis en libert? sous diverses conditions, dont celle de ne pas communiquer directement ou indirectement avec dix-sept individus, dont Gilles Gigu?re et Robert Savard. (43)

Julie Couillard peut difficilement plaider l’ignorance des fr?quentations de Gigu?re, elle qui fut photographi?e par la police en compagnie de Gigu?re, Savard et « Mom » Boucher. (44) En fait, on raconte qu’elle et Gigu?re ?taient devenus « quasi ins?parables », au point o? il arrivait m?me ? Couillard d’?tre ? ses c?t?s lorsqu’il faisait pression sur des individus qui avait du mal ? respecter leur ?ch?ance de paiement sur des pr?ts consentits ? des taux usuraires. Voici comment Julie Couillard expliqua au magazine 7 Jours l’attitude qu’elle avait semble-t-il adopt?e ? l’?poque : « J’avais 22 ans lorsque j’ai rencontr? Gilles. Nous avons ?t? ensemble pendant quatre ans. J’?tais tellement na?ve ! Je savais qu’il connaissait des gens qui connaissait des motards, mais je ne prenais pas les motards au s?rieux. Pour moi, c’?tait des durs qui faisaient de la moto. Les vrais criminels, c’?tait la mafia, c’?tait les Italiens. » (45)

Voil? qui est tout de m?me quelque peu difficile ? croire. Car les faits d’armes li?s ? la guerre sanguinaire entre les Hells ? l’Alliance faisaient r?guli?rement les manchettes des journaux ? l’?poque. En ao?t 1995, lorsqu’un gar?on ?g? de onze ans du nom de Daniel Desrochers perdit la vie dans le quartier d’Hochelaga-Maisonneuve, dans l’est de Montr?al, des suites de l’explosion d’une bombe destin?e ? un narcotrafiquant, les motards apparurent comme des ennemis publics en puissance aux yeux d’une partie grandissante de l’opinion publique. C’est ainsi qu’un mois plus tard, un troisi?me protagoniste s’ajouta ? la « guerre des motards » : une escouade sp?ciale appel?e Carcajou compos?e d’enqu?teurs de la S?ret? du Qu?bec (SQ), du SPCUM, de la GRC. Carcajou se vit confier le mandat de mettre les bouch?es doubles pour faire la vie dure aux bellig?rants engag?s dans cette guerre ? finir. Julie Couillard ne se doutait probablement pas qu’elle allait bient?t go?ter elle-m?me ? la m?decine de Carcajou.

Ainsi, le matin du 18 d?cembre 1995, Julie Couillard eut la surprise de sa vie lorsque des policiers du SWAT d?fonc?rent la porte de sa r?sidence, ? Pointe-aux-Trembles, et firent brusquement irruption dans sa chambre ? coucher alors qu’elle se trouvait encore au lit avec son conjoint Gigu?re. « Ils ont tir? les couvertes et je me suis retrouv?e nue devant eux parce qu’ils ont aggrip? mon chum pour le projeter par terre », raconta-t-elle par la suite ? un journaliste du All? Police. (46) La journ?e de Julie Couillard ?tait encore loin d’?tre termin?e puisqu’elle fut ensuite emmen?e au quartier g?n?ral de la SQ, rue Parthenais. Marcel Couillard, le p?re de Julie, fut ?galement arr?t?. De 8h ? 23h, un enqu?teur de la SQ du nom de Gilles Malenfant la cuisina sans m?nagement, en alternant mensonges et sous-entendus mena?ants.

Voici comment Couillard relata son exp?rience au journaliste Jean-Pierre Rancourt du All? Police, qu’elle rencontra en pr?sence de Gigu?re : « J’ai demand? pourquoi j’?tais l? et il m’a dit, en me regardant, l’air m?prisant : pour extorsion et complot pour meurtre de Loretta Lavall?e. Les bras m’ont tomb?. Je me demandais de quoi il parlait. Je n’en revenais pas. Le policier savait tout sur moi. Il me disait que ma carri?re, s’il le voulait, serait termin?e, qu’il pourrait me br?ler partout ? Montr?al, dans toutes les agences de casting et ? la t?l?. C’est simple, il n’avait qu’? mettre ma photo dans la premi?re page du Journal de Montr?al et ma carri?re serait termin?e. »
Le policier ne cessait de lui r?p?ter que Gigu?re ?tait devenu un d?lateur et qu’elle sera oblig?e d’aller vivre dans un autre pays car sa vie ?tait d?sormais menac?e. Couillard, qui ne sera jamais accus?e en rapport avec cette affaire, fut finalement rel?ch?e tard en soir?e. Elle logera ?ventuellement une plainte en d?ontologie polici?re pour son arrestation qu’elle estimait abusive.

Pour ce qui est de son conjoint Gigu?re, celui-ci d?t r?pondre d’une kyrielle d’accusations aux c?t?s de « Bob » Savard, ainsi que de l’avocat criminaliste Gilles Daudelin et de l’ex-caporal de la SQ Ga?tan Rivest. L’affaire fit les gros titres des journaux, et pour cause. Me Daudelin ?tait un avocat bien connut qui comptait des membres et des associ?s des Hells parmi ses clients. Avant son arrestation, il repr?sentait Gigu?re dans l’affaire de la cache d’armes. Quant ? Rivest, apr?s une carri?re polici?re de quatorze ans, il ?tait devenu un bruyant d?tracteur de la SQ. Six mois plus t?t, Rivest s’?tait mis ? d?noncer sur toutes les tribunes ses anciens coll?gues de la SQ, qu’il accusait de se livrer au parjure et ? la fabrication de preuves. (47) L’ex-policier alla m?me jusqu’? s’auto-incriminer, en affirmant avoir battu un suspect pour le forcer ? confesser un meurtre. Il reconnut ?galement avoir prit part ? la contrebande de cigarettes « ? grande ?chelle » apr?s son d?part de la SQ, en 1991. (48)

L’avocat Daudelin fut accus? d’avoir complot?, avec Gigu?re et Savard, en vue de faire assassiner une agente immobili?re, cette fameuse Loretta Lavall?e dont le nom avait ?t? ?voqu? lors de l’interrogatoire de Couillard. De plus, Me Daudelin fut ?galement inculp? d’avoir incit? un t?moin ? se parjurer relativement ? l’affaire de la cache d’armes pour laquelle Gigu?re ?tait en attente de proc?s. Rivest fut quant ? lui accus? d’avoir menac? de voies de fait graves, avec la complicit? de Gigu?re et de Savard, un ancien partenaire d’affaires qui ?tait propri?taire d’un restaurant de l’est de Montr?al, Gerry Etchevery. (49)

Bien qu’aucune accusation ne fut retenue contre Julie Couillard et son p?re marcel, leurs noms furent n?anmoins cit?s dans un article de La Presse sign? par Andr? C?dilot. ? en croire l’article, « Julie Couillard, l’amie de Gigu?re, et son p?re, Marcel, auraient ?galement particip? » ? une tentative d’extorsion contre Mme Lavall?e. (50) Les noms de Julie et de Marcel Couillard furent ?galement mentionn?s dans un article du quotidien The Gazette en rapport avec cette affaire. (51) Peut-?tre l’enqu?teur de Carcajou avait-il d?cid? de mettre ? ex?cution sa menace de saboter la carri?re de mannequin et de com?dienne de la conjointe de Gigu?re ?

? l’?poque, les avocats des accus?s avaient imm?diatement cri?s au coup mont?. (52) Cette hypoth?se se trouvait renforc?e quand on tenait compte du fait que Rivest avait ?t? accompagn? de Me Daudelin et de Savard lorsqu’il avait rencontr? le ministre de la S?curit? publique du Qu?bec, Serge M?nard, pour le sensibiliser aux abus de certains membres de la SQ, en avril 1995. (53) Quelques semaines plus tard, M?nard avait fait part de son sentiment « d’avoir ?t? pi?g? », en affirmant que cette rencontre s’inscrivait dans le cadre d’« un plan pour jeter le discr?dit sur la SQ » qui aurait ?t? concoct? par les Hells. (54) Le sentiment de M?nard ?tait apparu apr?s qu’il eut apprit que « Mom » Boucher, alors incarc?r?, s’?tait f?licit? d’avoir pouss? l’id?e de cette rencontre lors d’une conversation t?l?phonique intercept?e par la police. « Mo? chu en prison, j’pense ? ?a, j’me crosse pi j’viens, j’viens s’a police », avait alors lanc? « Mom » ? un de ses amis motard. (55) Rivest avait r?pliqu? ? ces all?gations en intentant une poursuite en dommages-int?r?ts de 1,3 millions $ contre le ministre M?nard, de m?me que le Journal de Montr?al. (56)

Les premiers doutes concernant la solidit? des accusations apparurent lorsque les quatre accus?s purent reprendre tour ? tour leur libert?. Rivest fut le premier ? pouvoir prendre cong? des cellules. Il sera ensuite suivi de Me Daudelin. Quant ? Gigu?re et Savard, ils passeront tous deux le temps des f?tes derri?re les barreaux avant d’?tre lib?r?s sous conditions apr?s avoir sign?s un engagement s’?levant ? 100 000$ chacun, le 3 janvier 1996. Les doutes se confirm?rent lorsque les accusations contre le quatuor s’?crouleront comme un ch?teau de cartes seulement deux mois plus tard. La preuve contre les accus?s reposait essentiellement sur les dires du d?lateur L?o Lemieux, un personnage tra?nant un casier judiciaire plut?t charg?. D?crit dans les pages de La Presse comme un fer-?-bras responsable de la « collection » pour des usuriers de l’est de la m?tropole, Lemieux aurait travaill? avec Gigu?re sur la construction.

De l’aveu m?me de la poursuite, Lemieux « semblait assez peu cr?dible ». (57) Or, c’est Lemieux qui avait pr?tendu aux policiers que Daudelin, Gigu?re et Savard complotaient en vue d’extorquer puis de liquider Mme Lavall?e. Toutefois, aucune preuve ind?pendante ne venait corroborer ses all?gations. Un second d?lateur du nom de Normand Major s’?tait bien montr? pr?t ? t?moigner contre le trio. Mais le probl?me, c’?tait que Major tenait ses informations de… Lemieux. On apprendra par la suite qu’une agente de probation avait d?j? ?crit que le d?lateur Lemieux avait l’« habitude de vivre dans le mensonge » et ?prouvait m?me un « besoin pathologique de mentir ». (58)

Le dernier clou fut enfonc? dans le cercueil de la poursuite lorsque Lemieux ?choua au test de d?tecteur de mensonge. Le 26 f?vrier 1996, la couronne annon?a donc qu’elle n’avait aucune preuve ? pr?senter ? l’enqu?te pr?liminaire, ce qui entra?na l’acquittement de Gigu?re, Savard et Daudelin. Deux jours plus tard, les accusations port?es contre Rivest, qui s’appuyaient ?galement sur le m?me d?lateur, tomb?rent ? leur tour. (59) Ce d?nouement ?tait ?videmment fort peu glorieux pour Carcajou. Le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse parla d’« un premier faux pas pour l’escouade Carcajou ». Me Daudelin intentera ?ventuellement une poursuite au civil et recevra la somme de 200 000 $ quelques ann?es plus tard en d?dommagement pour les torts qu’il a subit en rapport avec cette histoire. (60) Gigu?re n’?tait toutefois pas tout ? fait au bout de ses peines car il devait encore subir son proc?s pour possession d’armes et de drogue, qui devait s’ouvrir le 17 mai suivant.

? ce moment-l?, son avocat, Me Daudelin ?tait devenu un t?moin potentiel pour sa d?fense, faisant en sorte qu’il n’?tait d?sormais plus en position de le repr?senter ? son proc?s. Cons?quemment, Gigu?re d?t retenir les services d’un nouvel avocat, soit Me Michel-Charles Charlebois, qui repr?sentait d?j? Ga?tan Rivest dans d’autres dossiers. Le 26 avril, Me Charlebois contacta le procureur de la couronne affect? au dossier pour l’informer de son intention d’interroger le d?lateur L?o Lemieux ainsi que son contr?leur, l’ex-sergent-d?tective de l’escouade antigang du SPCUM Robert Octeau, qui ?tait devenu membre de Carcajou. Lorsque Gigu?re quitta son domicile lors de cette m?me journ?e, ce sera la derni?re fois que Julie Couillard le verra en vie. « Un beau jour, il est parti au d?panneur et il n’est jamais revenu », raconta-t-elle ? 7 Jours. « Comme il rentrait ? la maison tous les soirs, je n’ai rien vu venir. C’est avec le recul que j’ai compris des choses, mais j’?tais jeune ? l’?poque. »

Deux jours plus tard, la disparition de Gigu?re fut signal?e dans un entre-filet parut dans La Presse. Rappelant qu’en d?cembre 1995, la police avait mis trente-trois heures avant de reconna?tre qu’elle d?tenait Gigu?re sous sa garde, Me Charlebois souleva alors la possibilit? que son client puisse « avoir ?t? ’enlev?’ par la police pour fin d’interrogatoire ». (61) La m?me journ?e, le corps sans vie de Gigu?re fut retrouv? par un passant dans un foss? inond? en bordure d’une route ? l’?piphanie, au nord-est de Montr?al. (62) Gigu?re avait ?t? atteint de deux projectiles d’armes ? feu au visage. ? premi?re vue, l’auteur du meurtre n’aurait laiss? aucune trace derri?re lui, laissant croire qu’il pourrait s’agir de l’oeuvre d’un « professionnel ». Le camion de Gigu?re fut retrouv? sur le terrain de stationnement du bar-restaurant O’Tooles, ? Charlemagne. Le v?hicule, qui ?tait verrouill?, fut ensuite remorqu? au quartier g?n?ral de la SQ, pour qu’il soit examin? par des sp?cialistes qui tenteront de d?nicher des indices.

« Le meurtre de Gilles est survenu trois mois avant la date pr?vue de notre mariage », se rappella Couillard. « Les invitations ?taient lanc?es, et la robe, choisie. Tout ?tait pr?t. » Le couple avait aussi choisit sa destination pour le voyage de noces, soit la Floride. Les billets d’avion avaient d’ailleurs ?t? pay?s par « Bob » Savard, qui devait aussi agir agir ? titre de t?moin au mariage. Comme on peut s’en douter, la mort soudaine de Gigu?re laissa un gros vide dans la vie de Julie Couillard. « ? 26 ans, apr?s avoir perdu mon conjoint, assassin?, je suis rest?e enferm?e chez moi pendant deux mois », confia-t-elle ? 7 Jours. « Je n’arrivais pas ? assimiler ni ? accepter ce qui m’?tait arriv?. Pour ne pas devenir folle, je me suis lanc? dans le travail. Le meurtre de Gilles avait d?truit ma carri?re de mannequin, je n’arrivais plus ? contr?ler mon trop-plein d’?motions. J’ai mis cinq ? faire mon deuil. »

Personne ne sera jamais ?t? inculp? en rapport avec cette affaire, comme dans bien d’autres cas d’individus li?s au milieu interlope qui perdirent la vie de mani?re violente ? cette ?poque. ?videmment, dans le contexte de la « guerre des motards », les r?glements de compte et homicides en tous genres ?taient devenus monnaie courante. Les liens de Gigu?re avec « Mom », de m?me que le fait qu’il soit accus? en rapport avec la d?couverte d’une cache d’armes, pouvaient avoir fait de lui une cible tentante pour les tueurs de l’Alliance. Certains chroniqueurs de la sc?ne judiciaire semblaient privil?gier une autre th?orie : Gigu?re aurait d?cid? de passer dans le camp de la police, ce qui ?tait une autre fa?on de r?duire son esp?rance de vie dans ce bas-monde. On se rappellera d’ailleurs que Julie Couillard avait racont? au All? Police qu’un enqu?teur de la SQ avait cherch? ? lui faire croire que son conjoint ?tait devenu un d?lateur durant son interrogatoire, en d?cembre 1995.

Selon Michel Auger du Journal de Montr?al, Gigu?re aurait fourni aux policiers des informations concernant des crimes violents, des affaires d’extorsion et de pr?ts usuraires et d’autres complots impliquant des motards. (63) Il aurait fait des r?v?lations incriminantes au sujet de « Mom » Boucher, de Savard et de Rivest et s’?tait m?me montr? pr?t ? r?p?ter ses dires en cour. De son c?t?, le All? Police rapporta que le meurtre de Gigu?re « ?tait pr?visible » pour le milieu interlope montr?alais « parce que des rumeurs de plus en plus persistantes circulaient ? l’effet qu’il avait joint le rang des d?lateurs en donnant plusieurs d?clarations aux policiers ». (64)

Michel Auger, qui fut tr?s proche des milieux policiers tout au long de sa carri?re, pr?cisa toutefois que Gigu?re n’?tait pas devenu d?lateur. Me Charlebois confirma par contre que Gigu?re avait sign? sept d?clarations qu’il avait faites aux policiers. Gigu?re lui en avait d’ailleurs remis quatre d’entre elles et devait lui apporter les trois autres le 27 avril, soit la veille de la d?couverte de son cadavre. Voil? qui pouvait accr?diter la th?se voulant que Gigu?re aurait ?t? abattu pour avoir trop parl?. Cependant, Me Charlebois, qui avait eu le r?flexe de soup?onner la police d’?tre derri?re la disparition de son client, semblait nourrir une toute autre hypoth?se. Selon lui, le proc?s de Gigu?re ?tait susceptible de donner lieu ? des r?v?lations fort embarrassantes pour certains policiers. Quelques mois plus tard, l’avocat affirma publiquement que la police avait omis d’explorer certaines pistes concernant le meurtre de Gigu?re, sous-entendant ainsi que l’enqu?te avait ?t? b?cl?e. (65)

Il faudra attendre jusqu’? la publication d’un article choc dans le d?funt journal Le Juste Milieu pour conna?tre plus en d?tails le fond de la pens?e de Me Charlebois. Le Juste Milieu ?tait un journal de format tablo?d qui avait ?t? lanc? par Rivest et Savard, en octobre 1997. Tir? ? 100 000 exemplaires et distribu? dans 9000 points de vente partout au Qu?bec, Le Juste Milieu d?non?ait sur un ton souvent lapidaire des cas d’abus policier et de corruption politique et polici?re. (66) Tous les articles ?taient r?dig?s par Rivest et Savard et il n’?tait pas rare que ceux-ci se r?f?rent ? leur propre v?cu dans les pages du journal. Ainsi, dans un article parut dans le premier num?ro du Juste Milieu, Rivest ?voqua son arrestation de d?cembre 1995. Sur une m?me page, il dressa ? trois reprises la liste de ses co-accus?s qui avaient ?t? incrimin?s par le d?lateur L?o Lemieux. Curieusement, ? chaque fois il passa sous silence le nom de Gigu?re… Comme s’il n’avait jamais exist? ! (67)

Puis, dans le num?ro trois du journal, Rivest et Savard co-sign?rent un article de deux pages portant sur le meurtre de Gigu?re. Le nom de Julie Couillard y revient d’ailleurs ? quelques reprises. L’article ne va pas jusqu’? accuser directement la police d’?tre derri?re l’assassinat, mais il demeure n?anmoins lourd de sous-entendus en ce sens. Les deux auteurs semblaient orienter leurs soup?ons vers Robert Octeau et all?rent m?me jusqu’? ?crire que Gigu?re aurait sign? « son arr?t de mort » en insistant pour faire t?moigner cet ancien enqu?teur de l’escouade antigang lors de son proc?s. (68) Dans une ?dition pr?c?dente du Juste Milieu, Octeau avait d?j? eut droit ? un article peu flatteur ? son ?gard. Bas? sur des sources polici?res anonymes, cet article avan?ait que Octeau aurait sabot? une enqu?te de la police provinciale de l’Ontario (OPP) concernant le vol de deux remorques de cigarettes qui s’?tait produit ? Cornwall, au d?but de 1996. (69)

L’enqu?te de l’OPP avait permit d’apprendre que certaines des cigarettes vol?es s’?taient retrouv?es dans un d?panneur montr?alais. Mais lorsque la police ontarienne effectua une perquisition au d?panneur, les cigarettes en question avaient myst?rieusement disparues des tablettes. Press? de questions par des policiers contrari?s, le propri?taire du d?panneur aurait finit par avouer qu’il avait ?t? averti de l’imminence de la perquisition par Octeau lui-m?me. Selon l’article du Juste Milieu, le SPCUM avait suffisamment d’?l?ments de preuve ? sa disposition pour porter des accusations criminelles contre Octeau. Mais la haute direction du SPCUM aurait renonc? ? le faire apr?s que Octeau mena?a de r?v?ler tous les crimes qu’il aurait commis avec ses coll?gues policiers durant ses vingt-huit ann?es de service. Octeau se serait alors fait faire une offre qu’il ne pouvait pas refuser : une retraite imm?diate, et pas d’accusations. Le principal int?ress? aurait alors accept?, mettant ainsi fin ? sa carri?re.

Dans l’article du Juste Milieu consacr? ? l’assassinat de Gigu?re, il fut d’abord question de la strat?gie de d?fense qu’entendait mettre de l’avant le d?funt accus? lors de son proc?s concernant la cache d’armes. Le tablo?d all?gua que L?o Lemieux aurait avou? ? Gigu?re qu’il ?tait celui qui avait entrepos? les armes et la drogue dans l’immeuble ? logements de Montr?al-Est. Le d?lateur aurait m?me t?l?phon? ? Julie Couillard pour tout confesser. Selon l’avocat Charlebois, Lemieux signa un affidavit dans lequel il reconnut qu’il ?tait le propri?taire des biens saisis. C’est justement cet affidavit qui valut une accusation d’incitation au parjure contre l’avocat Daudelin. Me Charlebois, qui fut largement cit? dans l’article, commenta le manque apparent d’int?r?t de la part des policiers charg?s de l’enqu?te sur la mort de Gigu?re. « Bizarre : apr?s l’enterrement, on n’entend plus parler de la police », d?plora-t-il.

L’?l?ment le plus intriguant de l’article fut probablement ce passage o? Me Charlebois relata une conversation qu’il avait eu au sujet d’Octeau avec Claude McIntosh, le propri?taire du bar-restaurant O’Tooles, l? o? le camion de Gigu?re avait ?t? retrouv? : « En juillet, je revois McIntosh et je lui demande s’il conna?t Robert Octeau. La premi?re r?ponse de Claude : ’C’est bizarre, t’es le cinqui?me ? me demander ?a… La police n’est jamais venu me voir pour me poser cette question-l?’… Eh bien oui, McIntosh conna?t Octeau depuis quinze ans. Il y avait une sorte de pacte entre eux : McIntosh avait toujours dit ? Octeau de ne jamais lui demander d’informations et, en retour, il n’y avait aucune information ? donner ? personne sur Robert Octeau. Et cela a termin? la conversation qu’on a eue ensemble. Il m’a quand m?me avou? qu’Octeau avait travaill? au O’Tooles, qu’il allait souvent ? ce bar, qu’il jouait souvent au golf, et que justement il avait jou? au golf avec lui la semaine d’avant… »

?videmment, tout ?a peut para?tre bien gros. Il faut cependant noter que Le Juste Milieu ne fera jamais l’objet de poursuite en libelle diffamatoire. Au bout d’une ann?e d’existence, le journal s’?teignit apr?s avoir publi? seulement six num?ros. Rivest essaya d’obliger Octeau ? t?moigner dans le cadre de sa poursuite au civil qu’il intenta suite ? son arrestation par l’escouade Carcajou, mais en vain. (70) Dans Le Juste Milieu, on all?gue que le huissier charg? de remettre la convocation ? Octeau s’?tait fait dire par la police que celle-ci ignorait o? se trouvait l’ex-policier de l’antigang. Rivest ne connut pas davantage de succ?s en cherchant ? amener dans le box des t?moins le d?lateur L?o Lemieux, qui avait affirm? sur les ondes de CKAC ?tre un homme traqu? vivant sur du « temps emprunt? ». Tant Octeau que Lemieux seraient devenus introuvables…

L’affaire Gigu?re conna?tra un dernier rebondissement lorsque les administrateurs de la compagnie du d?funt conjoint de Julie Couillard intent?rent une poursuite contre la SQ, qui se voyait reprocher d’avoir dispos? ill?galement du camion de Gigu?re. En octobre 1997, La Presse r?v?la d’ailleurs que deux copies d’un m?me rapport interne de remisage et de remorquage de la SQ qui avaient ?t? d?pos?s au palais de justice de Saint-J?r?me contenaient des informations de nature contradictoires ? ce sujet. Dans l’un des documents, la SQ laissait entendre que le SPCUM avait ?t? saisi du dossier et que le v?hicule avait ensuite ?t? revendu par la compagnie d’assurance. « Et ceci sans aucune intervention de notre part », pr?cisa par ?crit le capitaine Carmel Patry, responsable de l’acc?s ? l’information ? la SQ. Or, une copie conforme dudit rapport, obtenu cette fois-ci du SPCUM en vertu de la loi d’acc?s ? l’information, affirmait plut?t que le camion de Gigu?re avait ?t? lib?r? par la SQ. (71)

Encore aujourd’hui, le meurtre de Gigu?re continue d’?tre entour? de myst?re. Avec trois th?ories diff?rentes pouvant expliquer son assassinat, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il devait y avoir beaucoup de gens qui pouvait avoir un int?r?t ? ce que Gigu?re soit liquid?. Comme il n’avait pas sign? de contrat de d?lateur avec Carcajou, il n’est pas clair quel int?r?t Gigu?re pouvait avoir trouv? ? collaborer avec la police. M?me s’il faisait face ? des accusations plut?t graves, Gigu?re ne semblait pas pour autant accul? au pied du mur, comme le sont souvent les truands qui choisissent de trahir leurs complices. Compte-tenu de la confession du d?lateur L?o Lemieux qui avait reconnu sa responsabilit? dans l’entreposage des armes et de la drogue dans l’immeuble de Montr?al-Est, Gigu?re ne pouvait-il pas entretenir un espoir raisonnable qu’il finirait par ?tre lav? des accusations pesant contre lui ?

Certains aspects du comportement de Gigu?re laissent aussi pour le moins perplexes. Pourquoi avait-il choisit d’?tre repr?sent? par Me Charlebois s’il s’?tait mis ? r?v?ler des informations incriminantes ? la police au sujet d’un autre de ses clients, Ga?tan Rivest ? (D’ailleurs, cette situation pour le moins inusit? ne pla?ait-elle pas Me Charlebois dans une position de conflit d’int?r?t potentiel ?) En prenant si peu de pr?cautions, Gigu?re ne s’exposait-il pas au risque que la nouvelle de sa collaboration avec la police finisse par se r?pandre parmi le milieu interlope ? Cela semble d’ailleurs ?tre devenu le cas comme en font foi les rumeurs qui circulait ? son sujet que rapporta All? Police apr?s sa mort. Comment quelqu’un d’aussi familier avec le milieu que lui pouvait-il ignorer les dangers, parfois mortels, qu’il courrait en se montrant si bavard aupr?s des autorit?s ? Apr?s tout, ce n’est pas pour rien si les contrats de d?lation offrent un certain niveau de protection ? ceux qui d?cident de se mettre ? table. Et pourtant, Gigu?re semblait prendre toute l’affaire avec une l?g?ret? d?concertante. Comme quelqu’un qui voulait en finir avec la vie, mais qui pr?f?rait que d’autres se charge ? sa place de mettre fin ? ses jours. On pourrait ?tre tent? de pencher pour la th?se d’un comportement suicidaire… s’il n’?tait pas sur le point d’?pouser une jeune et jolie demoiselle !

S’il fut ? nouveau question de la mort de Gigu?re dans l’actualit? r?cente, ce n’?tait pas tant parce des journalistes s’?taient donn?s pour mission d’?lucider son assassinat une fois pour toute, mais bien plut?t parce que les m?dias canadiens coast-to-coast s’acharn?rent tous en choeur ? fouiller le pass? de celle qui avait ?t? l’amie de coeur de Maxime Bernier ? l’?poque o? celui-ci occupait encore le poste prestigieux de ministre des Affaires ?trang?res au sein du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Une r?v?lation de taille concernant l’assassinat de Gigu?re passa pourtant inaper?ue dans le flot quasi intarissable d’all?gations, de commentaires ?ditoriaux et de blagues de mauvais go?t que suscita l’affaire Couillard-Bernier.

Comme nous le verrons plus en d?tails ci-dessous, celui qui allait prendre pour ?pouse Julie Couillard, soit le motard St?phane Sirois, aurait eu une conversation avec « Mom » Boucher lors de laquelle le « chef de guerre des Hells » lui aurait confi? ? mot couverts qu’il ?tait celui qui avait ?t? derri?re le meurtre de Gigu?re. Il y a d’ailleurs tout lieu de penser que Sirois rapporta les dires de « Mom » ? des policiers. Apr?s l’?clatement de son mariage avec Couillard, Sirois se mis ? travailler pour la police, ? qui il raconta tout ce qu’il savait sur le milieu de la drogue et les Hells Angels. Sirois, qui ?tait bien au fait de l’int?r?t particulier que la police portait envers l’influent membre des Hells, n’a certainement pas pass? sous silence le petit secret que « Mom » lui aurait r?v?l?. Cette confidence a-t-elle relanc?e l’enqu?te polici?re sur l’assassinat de Gigu?re ? On est en droit d’en douter. Malgr? l’apparente volont? de coop?ration de Gigu?re, la police semblait se laver les mains de sa mort au m?me titre que les m?dias trait?rent cette funeste affaire avec d?sint?r?t et nonchalance.

Sources :

 (1) Le Devoir, « Maxime Bernier contredit Julie Couillard ? L’ex-ministre jure qu’il ne savait pas », H?l?ne Buzzetti, 26 juin 2008, p. A1.

 (2) La Presse, « Des indemnit?s de 100 000 $ aux victimes des motards », Katia Gagnon, 29 juin 1996, p. A6.

 (3) http://www.corusnouvelles.com/nouvelle-julie_couillard_ex_danseuse_nue-1000091-2.html#

 (4) La Presse, « Op?ration Printemps 2001 ? Liste des accus?s », 29 mars 2001, p. A6.

 (5) SHER Julian, MARSDEN William, « La route des Hells : comment les motards ont b?ti leur empire », Editions de l’Homme (2003), p. 286-287.

 (6) La Presse, « 54 mois de pen ? une compteuse d’argent », 9 d?cembre 2001, p. A12.

 (7) La Presse, « Deux accus?s de Printemps 2001 plaident coupables », Christiane Desjardins, 5 mars 2002, p. E1.

 (8) The Gazette, « Judge frees dying biker », George Kalogerakis, September 11, 2002, p. A1.

 (9) http://www.canlii.org/fr/qc/qccs/doc/2002/2002canlii11175/2002canlii11175.html

 (10) La Presse, « Normand B?langer, ’grand argentier’ des Rockers, tient bon face ? la mort », Andr? C?dilot, 27 f?vrier 2004, p. A3.

 (11) La Presse, « Des petits motards devenus richissimes », Andr? C?dilot, 13 novembre 2001, p. E3.

 (12) La Presse, « Les Hells ripostent ? Ils contestent les ordonnances de blocage de leurs biens », Jean-Paul Charbonneau, 11 avril 2001, p. A4.

 (13) The Gazette, « Biker’s wife hid cash », Paul Chaerry, April 22, 2004, p. -A6.

 (14) http://www.canlii.org/fr/qc/qccs/doc/2005/2005canlii8540/2005canlii8540.html

 (15) La Presse, « Pluie d’accusations contre cinq Rock Machine », Andr? C?dilot, 8 mai 1998, p. A4.

 (16) Bien que les m?dias parl?rent de « guerre des motards », les bellig?rants qui y prirent part ne provenaient pas tous des rangs de clubs de motards, ce pourquoi nous avons choisi de mettre des guillemets.

 (17) La Presse, « Peines exemplaires et confiscation de biens pour deux fondateurs des Rock Machine », Marcel Laroche, 13 ao?t 1999, p. A7.

 (18) Le Soleil, « Les dirigeants des Rock Machine plaident coupable ? Leurs biens pourront ?tre confisqu?s », Richard H?nault, 29 septembre 1999, p. A7.

 (19) Le Quotidien, « Drogues dans la r?gion ? Les Satan’s Guards contr?lent tout », Serge Lemelin, 28 mars 2002, p. 2.

 (20) Le Quotidien, « Le r?seau de vendeurs de PCP durement ?branl? », Louis Tremblay, 30 mars 2000, p. 3.

 (21) Le Quotidien, « R?seau de distribution de PCP ? Accusations de gangst?risme ajout?es », Serge Lemelin, 19 juin 2001, p. 4.

 (22) Le Soleil, « La femme d’un proche des Hells ?vite la prison », Guy Benjamin, 4 avril 2002, p. A15.

 (23) Le Journal de Montr?al, « D’autres artistes au mariage d’un Hells », St?phane Alarie et Marc Pigeon, 29 avril 2003.

 (24) Le Soleil, « Pr?sum?e infiltration par une amie des Rock Machine ? La SAAQ tombe des nues », Isabelle Mathieu et Guy Benjamin, 8 d?cembre 2000, p. A3.

 (25) Le Soleil, « La taupe ? la SAAQ plaide coupable », Richard H?nault, 6 juin 2001, p. A3.

 (26) La Presse, « SAAQ : des fuites qui co?tent des vies », Andr? No?l, 16 d?cembre 2000, p. A21.

 (27) Le Devoir, « Taupe sous arr?t », Rollande Parent, 31 mai 2001, p. A1.

 (28) La Presse, « La conjointe d’un Nomad bless?e par balles », Jean-Paul Charbonneau, 21 septembre 1999, p. A3.

 (29) The Gazette, « Bikers’ kids close to killings, Hells trial told », George Kalogerakis, February 7, 2003, p. A6.

 (30) La Presse, « Mort plus que suspecte de la conjointe d’un motard », Jean-Paul Charbonneau, 17 juin 2000, p. A9.

 (31) La Presse, « La police a perdu la trace de plusieurs accus?s », Marcel Laroche, 12 septembre 2003, p. A4.

 (32) La Presse, « Des ossements retrouv?s pourraient ?tre ceux d’un Rocker disparu », Marcel Laroche, 21 ao?t 2003, p. E1.

 (33) La Presse, « Surprise, c’est Julie Couillard ! », Hugo Dumas, 4 juin 2008.

 (34) The Toronto Star, « Couillard linked to mobster », Sean Gordon and Peter Edwards, June 4, 2008, p. A2.

 (35) EDWARDS Peter, « Fr?res de sang », Trait d’Union (2002), p. 19.

 (36) The Globe and Mail, « Boxing and the mob ? Bernier says Cotroni ran all Montreal boxing », Scott Disher, April 29, 1986, p. D1.

 (37) La Presse, « Julie Couillard : avant les motards, les mafiosi », Andr? C?dilot et Andr? No?l, 3 juin 2008, p. A2.

 (38) OUELLETTE Guy, LESTER Normand, « Mom », Les Intouchables (2005), p. 86.

 (39) 7 Jours, vol. 19 no. 33, « L’avenir de Julie », Mich?le Lemieux, p. 12.

 (40) La Presse, « Les pr?sum?s receleurs arr?t?s en Ontario devront r?pondre ? une pluie d’accusations », Marcel Laroche, 18 juillet 1991, p. A3.

— (41) La Presse, « La guerre des motards se poursuit », Marcel Laroche, 23 f?vrier 1995, p. A3.

 (42) Le Journal de Montr?al, « La guerre entre Hells et Rock Machine ? La police d?couvre une seconde cache d’armes », Michel Auger, 22 f?vrier 1995, p. 2.

 (43) La Presse, « « Mom » Boucher, chef de guerre des Hells, est lib?r? », Marcel Laroche, 28 octobre 1995, p. A20.

 (44) La Presse, « Portrait de Julie Couillard ? La tombeuse », Andr? C?dilot, Hugo Dumas et Andr? No?l, 14 juin 2008, p. A8.

 (45) 7 Jours, vol. 19 no. 33, « Julie Couillard ? Tout ce qui n’a pas ?t? dit ? la t?l? », Mich?le Lemieux, p. 11.

 (46) All? Police, « La com?dienne Julie Couillard d?nonce Carcajou », Jean-Pierre Rancourt, 4 f?vrier 1996, p. 12-13.

 (47) La Presse, « Des policiers de la SQ se parjurent et fabriquent des preuves, dit un ex-enqu?teur », Yann Pineau, 31 mai 1995, p. A7.

 (48) La Presse, « La Couronne entend contredire l’ex-caporal Rivest », Yves Boisvert, 11 novembre 1995, p. A4.

 (49) La Presse, « Carcajou arr?te un avocat et l’ex-flic Ga?tan Rivest », Andr? C?dilot, 19 d?cembre 1995, p. A3.

 (50) Op. cit.

 (51) The Gazette, « Case against me is total garbage : ex-Surete officer », Geoff Baker and Lisa Fitterman, December 20, 1995, p. A3.

 (52) La Presse, « Un cadeau de No?l de Carcajou ? M?nard, clament les avocats de Daudelin et Rivest », Andr? C?dilot, 20 d?cembre 1995, p. A3.

 (53) Le Devoir, « Pr?sum? plan des Hell’s ? Mise en demeure de l’ex-caporal Rivest au ministre M?nard », Caroline Montpetit, 6 juin 1995, p. A6.

 (54) La Presse, « M?nard aurait ?t? pi?g? par les Hell’s », Denis Lessard, 6 juin 1995, p. A5.

 (55) « Mom », p. 91.

 (56) La Presse, « Le Journal de Montr?al et Serge M?nard poursuivis », Lucie C?t?, 17 juin 1995, p. A30.

 (57) La Presse, « L’avocat Daudelin lib?r? de toutes les accusations », Yves Boisvert, 27 f?vrier 1996, p. A3.

 (58) La Presse, « Affaire Daudelin : le d?lateur de Carcajou est un manipulateur », Bruno Bisson et Andr? C?dilot, 11 avril 1996, p. A1.

 (59) La Presse, « Pas de preuve contre Ga?tan Rivest », 29 f?vrier 1996, p. A3.

 (60) La Presse Canadienne, « Gilles Daudelin touchera un d?dommagement de 200 000 $ », 10 mai 2001.

 (61) La Presse, « Gilles Gigu?re enlev? par la police ? », 28 avril 1996, p. A3.

 (62) La Presse, « Un homme li? au milieu criminel trouv? assassin? », Raymond Gervais, 29 avril 1996, p. A3.

 (63) Le Journal de Montr?al, « Gigu?re, le p?greux, avait parl? avant d’?tre liquid? », Michel Auger, 30 avril 1996, p. 6.

 (64) All? Police, « Bras droit du caid ’Bob’ Savard liquid? », Jean Fortier, 12 mai 1996, p. 10-11.

 (65) La Presse, « Les policiers surveillaient l’avocat de Ga?tan Rivest », Mathieu Perreault, 9 ao?t 1996, p. A7.

 (66) La Presse, « M?chants flics et bons bandits », Nathalie Petrowski, 1 d?cembre 1997, p. A5.

 (67) Le Juste Milieu, vol. 1 no. 1, « Les polices (SQ, SPCUM, GRC)… Toutes du pareil au m?me ? », Ga?tan Rivest, p. 22.

 (68) Le Juste Milieu, vol. 1 no. 3, « L’inculp? assassin? », Ga?tan Rivest et Robert Savard, p. 3-4.

 (69) Le Juste Milieu, vol. 1 no. 2, « Corruption ? Robert Octeau est chass? », Robert Savard, p. 3-4.

 (70) La Presse, « L’ex-policier Rivest veut forcer ses accusateurs ? t?moigner », Marcel Laroche, 31 juillet 1996, p. A10.

 (71) La Presse, « L’?nigme du camion du p?griot assassin? Gilles Gigu?re rebondit en cour », Andr? C?dilot, 9 octobre 1997, p. A3.

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