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Jours de destruction, jours de r?volte

Hedges ? Sacco ? Futuropolis - 2012

Deux ann?es de travail auront ?t? n?cessaires pour recueillir les t?moignages contenus dans cet ouvrage. Pine Ridge, Camden, Immokalee et Welch sont des zones sinistr?es.

carte des US

Si certaines ont connu un essor flamboyant au d?but du XX?me si?cle (Camden a notamment ?t? le fleuron de l?industrie am?ricaine avec l?activit? de ses chantiers navals), d?autres n?ont jamais eu ce privil?ge (Pine Ridge a toujours connu le ch?mage et la ghetto?sation de la population am?rindienne).?Joe Sacco?et?Chris Hedges?se sont rendus dans ces villes laiss?es ? l?abandon. Leur objectif?: ??rendre compte de l?impact du capitalisme sauvage?? sur ces r?gions. Ch?mage, pauvret?, violences urbaines, alcool, drogue? font le quotidien des habitants. Leurs t?moignages sont ici au c?ur du d?bat alors qu?habituellement, leurs propos sont ?touff?s par l?Etat et les grandes entreprises. Pourquoi ? Parce que les hommes politiques, corrompus jusqu?? la moelle, sont ? la solde des grandes firmes avides de profits. Le bilan est sans concession?: le syst?me capitaliste doit disparaitre sans quoi, il nous emportera tous dans sa chute.

L?ouvrage se d?coupe en cinq chapitres. Premi?re destination 😕Pine Ridge. D?une interview ? l?autre, des termes r?currents?: racisme, ch?mage pour pr?s de 80% de la population, alcool, drogue, incarc?rations, r?glements de compte, corruption. On est pris ? la gorge par les propos amers et r?sign?s d?une population am?rindienne contrainte de nier sa propre identit? culturelle. Pourtant, ils ne sont pas int?gr?s, ils n?acc?dent pas aux emplois, ils ne sont pas respect?s. Depuis la colonisation, le gouvernement am?ricain n?a cess? de revenir sur ses promesses mais depuis peu, l?Etat l?gif?re et leur permet de renouer avec les rituels ancestraux de leur peuple. Le chapitre se cl?t sur une conclusion pessimiste ? l??gard du devenir de ces familles.

Nous nous rendons ensuite ??Camden, en banlieue de Philadelphie. De nouveau, il est question de ch?mage, de pauvret?, d?insalubrit? des logements, de gens ? la rue, d?alcool, de drogues, de guerre des gangs. L?arriv?e subite des grands industriels au d?but des ann?es 1900 avait permis ? la ville de conna?tre un essor rapide puis, en 1960, les industries ont d?localis?. La ville s?est peu ? peu d?sert?e laissant la population livr?e ? elle-m?me. Pr?s de 60% de ch?mage, des emplois pr?caires? ??A Camden, le monde est divis? entre proies et pr?dateurs. Plus vous ?tes faible ? immigr?s ill?gaux, familles d?sh?rit?es ? plus il y a de vautours qui r?dent autour de vous??. Il ne semble pas y avoir d?issue possible pour Camden, la corruption scl?rose toute perspective de changement.

A?Welch, ancienne ville mini?re situ?e au c?ur des Appalaches, les firmes d?exploitation du charbon imposent leur diktat sur les ?lus et sur la population (tributaires des grands patrons qui les embauchent). Ici aussi, la r?gion a ?t? prosp?re. D?localisations et m?canisation du travail ont apport? le ch?mage. La demande d?emploi d?passe largement l?offre, ce qui permet aux industries d?imposer des conditions de travail draconiennes? Sans compter les ravages caus?s par les carri?re d?extraction [du charbon] ? ciel ouvert qui d?truit l??cosyst?me de la r?gion ? une vitesse vertigineuse. A cela s?ajoutent la pollution de l?air, de l?eau? Les industries mentent sur la nature de leurs rejets et le traitement de leurs d?chets. Des poign?es de locaux tentent d?obtenir le soutien de l?opinion publique? en vain.

D?tour par la Floride enfin, ??Immokalee, un des fiefs des exploitants agricoles. L?, les travailleurs clandestins venus du Mexique ou du Guatemala sont sous le joug des contremaitres. Fid?le ? des valeurs qu?elle entretient depuis pr?s de deux si?cles, la Floride est le bastion de l?esclavage par le travail. Les ouvriers agricoles, g?n?ralement des clandestins, sont contraints d?accepter des conditions de travail effroyables. Coups, harc?lements sexuels, violences verbales, salaires de mis?re, journ?es de travail de 14 heures? certains sont m?me s?questr?s dans des hangars d?s la fin de leur journ?e de travail (les employeurs s?assurant ainsi qu?ils ne s??chapperont pas durant la nuit et qu?ils seront en mesure de reprendre leur poste d?s les premi?re heures du jour).

Dans tous ces lieux, des gens combattent les agissements des industriels et des politiques. C?est le pot de terre contre le pot de fer. A Immokalee cependant, des individus se sont rassembl?s. Le syndicat de ??La Coalition des travailleurs d?Immokalee?? met ? la disposition de ses membres (les rares ouvriers agricoles qui acceptent de rejoindre le mouvement et de t?moigner) des juristes et des aides financi?res. Le mouvement s?inscrit dans la veine de celui d?Occupy lanc? en septembre 2011 par les Indign?s.

D?ailleurs, le dernier chapitre de?Jours de destruction ? Jours de r?voltes?int?resse ? ce mouvement. Joe Sacco et Chris Hedges sont all?s ??New Yorkpour rencontrer des manifestants et soutenir cette action pacifique militante. Outre les nombreux t?moignages contenus dans cette partie, Chris Hedges se dresse ouvertement contre les pratiques capitalistes, contre les agissements de l?Etat-entreprise, contre cette politique de profit qui creuse un foss? de plus en plus large entre le 1% de privil?gi?s et le reste de la population.

Hedges & Sacco ne le mentionnent pas, mais le mouvement des Indign?s se r?f?re notamment au livre de St?phane Hessel,?Indignez-vous?!, pour lequel vous ?tes nombreux ? avoir r?agi (Chez Lo,?OliV,?Colimasson,?Enna?). Seulement dans cet album, on est loin des trente pages d?Hessel? Pour r?aliser cet ouvrage, les auteurs ont ?galement r?alis? un gros travail de recherche documentaire (chaque chapitre contient une biographie tr?s riche). Les propos sont ?tay?s, argument?s et propices ? la r?flexion. Le lecteur est interpell? et invit? ? s?allier ? la contestation.

Si les propos de Chris Hedges sont abondants dans ce livre, les bandes dessin?es et illustrations de Joe Sacco le sont moins. Chaque chapitre propose un t?moignage en bande dessin?e d?une dizaine de pages. Des illustrations apparaissent ?? et l?, une demi-douzaine par partie, et proposent soit des portraits soit des illustrations d?crivant l?environnement g?ographique.

Regard sur les Usa : les pauvres et la dictature des march?s

Pour ?crire notre livre Days of Destruction, Days of Revolt (Jours de destruction, jours de r?volte), Joe Sacco et moi avons pass? deux ans ? enqu?ter sur les endroits les plus pauvres des ?tats-Unis. Nous sommes all?s dans les ?mis?rables zones sacrifi?es? de notre pays ? les premiers endroits oblig?s de s?agenouiller devant la dictature des march?s ? pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme d?r?gul? et l?expansion ?conomique illimit?e s?en donnent ? coeur joie.

(..) Ce qui s?est pass? dans ces zones sacrifi?es ? les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l?ouest de la Virginie o? les compagnies mini?res ont fait exploser le sommet des montagnes, les r?serves indiennes o? le projet d?ment de l?expansion et l?exploitation ?conomiques sans fin a caus? ses premiers d?g?ts et la culture intensive o? les travailleurs sont trait?s quasiment comme des esclaves ? est en train se propager au reste du pays. Ces zones sacrifi?es sont tomb?es les premi?res. C?est maintenant notre tour.

Les multinationales font les lois. Elles contr?lent nos m?dias. Elles g?rent le th??tre politique des ?lections et imposent les programmes ?ducatifs. Le syst?me judiciaire est ? leur service. Elles ont d?truit les syndicats et les autres organisations ind?pendantes de masse, et elles ont achet? le Parti D?mocrate qui d?fendait autrefois les droits des travailleurs. Comme il n?y a plus de r?formes au fur et ? mesure des besoins ? c??tait le r?le principal des institutions lib?rales d?mocratiques ? nous sommes laiss?s sans protection contre le pouvoir des multinationales.

La saisie secr?te par le minist?re de la Justice de deux mois de conversations t?l?phoniques entre des reporters et des r?dactions de l?Associated Press est le dernier avatar d?une s?rie d?assauts sans pr?c?dents contre nos libert?s civiles. Le minist?re de la Justice tentait de tracer le ou les officiels du gouvernement qui avaient transmis secr?tement des informations ? l?AP sur un complot visant ? faire sauter un avion de voyageurs qui avait ?t? d?jou?. Des informations enregistr?es sur les t?l?phones des agences de l?AP de New York, Washington, D.C., et Hartford, Connecticut, ainsi que sur les portables et les t?l?phones fixes priv?s de plusieurs chefs de r?daction et reporters ont ?t? confisqu?es. Cet incident, ajout? aux mesures comme l?emploi du Espionage Act contre les lanceurs d?alerte va porter un coup fatal ? toutes les enqu?tes ind?pendantes sur les abus du gouvernement et des multinationales.

La saisie des appels t?l?phoniques fait partie d?un effort plus large de l??tat-entreprise pour faire taire tous ceux qui contestent la narrative officielle, la Novlangue ?tatique, et pour cacher au public le fonctionnement interne, les mensonges et les crimes de l?empire. La personne, ou les personnes, qui a transmis ? l?AP de l?information classifi?e sera, si elle est arr?t?e, s?rement poursuivie en vertu de l?Espionage Act. Cette loi, quand elle a ?t? promulgu?e en 1917, n??tait absolument pas destin?e ? museler les lanceurs d?alerte. Et de 1917 jusqu?? la pr?sidence d?Obama en 2009 elle a ?t? utilis?e seulement trois fois contre des lanceurs d?alerte, la premi?re fois contre Daniel Ellsberg qui avait fait fuiter les Papiers du Pentagone en 1971. L?Espionage Act a ?t? utilis? six fois par l?administration Obama contre des lanceurs d?alerte gouvernementaux comme Thomas Drake.

La violente pers?cution de la presse par le gouvernement ? men?e par un grand nombre d?agences gouvernementales ligu?es contre WikiLeaks, Bradley Manning, Julian Assange et des militants comme Jeremy Hammond ? se combine avec l?emploi de la loi de 2001 autorisant ? se servir de l?arm?e pour assassiner des citoyens ?tasuniens ; et avec l?emploi du FISA Amendments Act, qui l?galise apr?s coup ce que notre Constitution ne permettait pas autrefois : la surveillance et la mise sur ?coute sans mandat de dizaines de millions de citoyens ?tasuniens ; et avec l?emploi de la Section 1021 du National Defense Authorization Act qui permet au gouvernement de se saisir de citoyens ?tasuniens, de leur retirer tous leurs droits et de les maintenir ind?finiment en d?tention. Toutes ces mesures prises ensemble sonnent le glas de presque toutes nos libert?s civiles.

Une poign?e d?oligarques internationaux du monde des affaires concentre tout ? la richesse, le pouvoir et les privil?ges ? et le reste d?entre nous doit lutter pour survivre ? l?int?rieur d?une vaste classe de sous-citoyens de plus en plus pauvres et r?prim?s. Il y a des lois pour nous ; et d?autres lois pour une puissante ?lite qui fonctionne comme une mafia sans fronti?res.

Nous assistons impuissants au d?sastre. Le droit de vote ne nous sert ? rien contre la puissance des multinationales. Les citoyens n?ont pas les moyens d?attaquer en justice les banquiers et les financiers de Wall Street pour fraude, ni les officiels de l?arm?e et des services secrets pour torture et crimes de guerre, ni les officiers de surveillance et de s?curit? pour atteinte aux droits de l?homme. La r?serve F?d?rale n?a plus pour seule fonction que d?imprimer de la monnaie qu?elle pr?te aux banques et aux organismes financiers ? 0% d?int?r?t, pour que ces entreprises priv?es nous la pr?tent ensuite ? des taux usuraires qui vont jusqu?? 30%.

Je ne sais m?me plus quel nom donner ? ce syst?me. Ce n?est certainement pas du capitalisme. C?est plut?t de l?extorsion. L?industrie fossile pendant ce temps saccage sans rel?che l??cosyst?me pour faire du profit. La fonte de 40% des glaces de l?Arctique est une excellente affaire pour les multinationales. Elles s?y ruent pour en extraire les derniers restes de p?trole, de gaz naturel, de min?raux et de poissons, sans se soucier des soubresauts de la plan?te moribonde. Ces m?mes entreprises toutes puissantes qui nous r?galent de feuilletons interminables en lieu et place d?informations dignes de ce nom, du dernier proc?s impliquant O.J. Simpson aux croustillants d?tails du proc?s pour meurtre de Jodi Arias, ont fait monter les taux de dioxyde de carbone dans l?atmosph?re ? plus de 400 parts par million. Elles nous fascinent avec leurs hallucinations ?lectroniques pendant que nous tombons, paralys?s par la terreur ? l?instar des marins d?Ulysse, de Charybde en Scylla.

On ne trouve rien en 5000 ans d?histoire ?conomique pour justifier la croyance que les soci?t?s humaines doivent adapter leur conduite aux fluctuations du march?. C?est une id?ologie aussi absurde qu?utopique. Les promesses d?sinvoltes de l??conomie de march? se sont toutes r?v?l?es mensong?res. Les entreprises ont d?localis? r?duisant ? n?ant notre capacit? de production. Les salaires ont baiss?, appauvrissant la classe laborieuse et ravageant la classe moyenne. Des secteurs entiers de la population ? y compris les ?tudiants ? ont ?t? oblig?s de contracter des emprunts qu?ils mettront des d?cennies ? rembourser. Des paradis fiscaux se sont cr??s permettant ? des compagnies comme General Electric de ne pas payer d?imp?ts. Les multinationales emploie une main d?oeuvre esclavagis?e au Bengladesh et en Chine et en tirent des profits obsc?nes. Elles aspirent les derni?res ressources des communaut?s et du monde naturel en laissant derri?re elles, comme Joe Sacco et moi avons pu le constater dans les zones sacrifi?es, des humians en grande souffrance et des paysages morts. Plus la destruction est importante, plus l?appareil s?emploie ? ?craser la protestation.

Plus de 100 millions d??tasuniens ? un tiers de la population ? vit sous le seul de pauvret? et de ce qu?on appelle ?quasi-pauvret??. Pourtant le sort de ces pauvres ou quasi-pauvres et leurs souffrances sont rarement ?voqu?s par les m?dias aux mains des multinationales ? Viacom, General Electric, News Corp. de Rupert Murdoch, Clear Channel et Disney. Les souffrances des sous-citoyens, tout comme les crimes de l??lite pervertie, sont pass?s sous silence.

Dans la r?serve des Indiens Dakota ? Pine Ridge, S.D., le second comt? le plus pauvre des ?tats-Unis, l?esp?rance de vie d?un homme est de 48 ans. C?est la plus basse esp?rance de vie de l?h?misph?re occidental en dehors de Ha?ti. Pr?s de 60% des maisons de Pine Ridge, dont la plupart sont des huttes en tourbe, n?ont pas d??lectricit? ni d?eau courante ni d?isolation ni d??gouts. Dans les vieux camps miniers du sud ouest de Virginie, l?eau, l?air et le sol sont si empoisonn?s que le cancer y est end?mique. Il n?y a pas de travail. Et les montagnes Appalaches d?o? provient l?eau d?une grande partie de la c?te est, sont parsem?es d??normes bassins artificiels remplis de m?taux lourds et de boues toxiques. Pour pouvoir respirer les enfants vont ? l??cole avec des inhalateurs. Les habitants, coinc?s ? l?int?rieur de villes en ruine, souffrent d?une mis?re et d?une violence assortie d?emprisonnements de masse si grandes qu?ils sont bris?s ?motionnellement et psychologiquement. Et les travailleurs agricoles de la nation, qui n?ont droit ? aucune protection l?gale, sont souvent oblig?s de travailler sans ?tre pay?s, comme des serfs.

Voil? comment se d?cline l??pouvantable domination des multinationales. C?est ce qui nous attend tous. Dans cette course acc?l?r?e vers l?ab?me, nous finirons tous serfs ou esclaves.

?Se soulever ou mourir (truthdig)

Pour ?crire notre livre?Days of Destruction, Days of Revolt?(Jours de destruction, jours de r?volte), Joe Sacco et moi avons pass? deux ans ? enqu?ter sur les endroits les plus pauvres des ?tats-Unis. Nous sommes all?s dans les ??mis?rables zones sacrifi?es?? de notre pays ? les premiers endroits oblig?s de s?agenouiller devant la dictature des march?s ? pour montrer ce qui arrive quand le capitalisme d?r?gul? et l?expansion ?conomique illimit?e s?en donnent ? coeur joie.

Nous voulions montrer les cons?quences de l?exploitation sans foi ni loi des multinationales sur les familles, les communaut? et la nature. Nous voulions pourfendre l?id?ologie r?gnante du mondialisme et du laissez-faire capitaliste en montrant ce que devient la vie quand les ?tres humains et l??cosyst?me ne sont plus que des marchandises ? exploiter jusqu?? ce qu?il ne reste plus rien ni personne. Et nous avons voulu mettre en lumi?re l?impuissance des institutions lib?rales et gouvernementales officielles autrefois capables de diriger mais qui n?ont plus aujourd?hui assez de pouvoir pour contrecarrer l?assaut des multinationales.

Ce qui s?est pass? dans ces zones sacrifi?es ? les villes post-industrielles comme Camden, N.J., et Detroit, les mines de charbon de l?ouest de la Virginie o? les compagnies mini?res ont fait exploser le sommet des montagnes, les r?serves indiennes o? le projet d?ment de l?expansion et l?exploitation ?conomiques sans fin a caus? ses premiers d?g?ts et la culture intensive o? les travailleurs sont trait?s quasiment comme des esclaves ? est en train se propager au reste du pays. Ces zones sacrifi?es sont tomb?es les premi?res. C?est maintenant notre tour.

Les multinationales font les lois. Elles contr?lent nos m?dias. Elles g?rent le th??tre politique des ?lections et imposent les programmes ?ducatifs. Le syst?me judiciaire est ? leur service. Elles ont d?truit les syndicats et les autres organisations ind?pendantes de masse, et elles ont achet? le Parti D?mocrate qui d?fendait autrefois les droits des travailleurs. Comme il n?y a plus de r?formes au fur et ? mesure des besoins ? c??tait le r?le principal des institutions lib?rales d?mocratiques ? nous sommes laiss?s sans protection contre le pouvoir des multinationales.

La saisie secr?te par le minist?re de la Justice de deux mois de conversations t?l?phoniques entre des reporters et des r?dactions de l?Associated Press est le dernier avatar d?une s?rie d?assauts sans pr?c?dents contre nos libert?s civiles. Le minist?re de la Justice tentait de tracer le ou les officiels du gouvernement qui avaient transmis secr?tement des informations ? l?AP sur un complot visant ? faire sauter un avion de voyageurs qui avait ?t? d?jou?. Des informations enregistr?es sur les t?l?phones des agences de l?AP de New York, Washington, D.C., et Hartford, Connecticut, ainsi que sur les portables et les t?l?phones fixes priv?s de plusieurs chefs de r?daction et reporters ont ?t? confisqu?es. Cet incident, ajout? aux mesures comme l?emploi du Espionage Act contre les lanceurs d?alerte va porter un coup fatal ? toutes les enqu?tes ind?pendantes sur les abus du gouvernement et des multinationales.

La saisie des appels t?l?phoniques fait partie d?un effort plus large de l??tat-entreprise pour faire taire tous ceux qui contestent la narrative officielle, la Novlangue ?tatique, et pour cacher au public le fonctionnement interne, les mensonges et les crimes de l?empire. La personne, ou les personnes, qui a transmis ? l?AP de l?information classifi?e sera, si elle est arr?t?e, s?rement poursuivie en vertu de l?Espionage Act. Cette loi, quand elle a ?t? promulgu?e en 1917, n??tait absolument pas destin?e ? museler les lanceurs d?alerte. Et de 1917 jusqu?? la pr?sidence d?Obama en 2009 elle a ?t? utilis?e seulement trois fois contre des lanceurs d?alerte, la premi?re fois contre Daniel Ellsberg qui avait fait fuiter les Papiers du Pentagone en 1971. L?Espionage Act a ?t? utilis? six fois par l?administration Obama contre des lanceurs d?alerte gouvernementaux comme Thomas Drake.

La violente pers?cution de la presse par le gouvernement ? men?e par un grand nombre d?agences gouvernementales ligu?es contre WikiLeaks, Bradley Manning, Julian Assange et des militants comme Jeremy Hammond ? se combine avec l?emploi de la loi de 2001 autorisant ? se servir de l?arm?e pour assassiner des citoyens ?tasuniens?; et avec l?emploi du FISA Amendments Act, qui l?galise apr?s coup ce que notre Constitution ne permettait pas autrefois?: la surveillance et la mise sur ?coute sans mandat de dizaines de millions de citoyens ?tasuniens?; et avec l?emploi de la Section 1021 du National Defense Authorization Act qui permet au gouvernement de se saisir de citoyens ?tasuniens, de leur retirer tous leurs droits et de les maintenir ind?finiment en d?tention. Toutes ces mesures prises ensemble sonnent le glas de presque toutes nos libert?s civiles.

Une poign?e d?oligarques internationaux du monde des affaires concentre tout ? la richesse, le pouvoir et les privil?ges ? et le reste d?entre nous doit lutter pour survivre ? l?int?rieur d?une vaste classe de sous-citoyens de plus en plus pauvres et r?prim?s. Il y a des lois pour nous?; et d?autres lois pour une puissante ?lite qui fonctionne comme une mafia sans fronti?res.

Nous assistons impuissants au d?sastre. Le droit de vote ne nous sert ? rien contre la puissance des multinationales. Les citoyens n?ont pas les moyens d?attaquer en justice les banquiers et les financiers de Wall Street pour fraude, ni les officiels de l?arm?e et des services secrets pour torture et crimes de guerre, ni les officiers de surveillance et de s?curit? pour atteinte aux droits de l?homme. La r?serve F?d?rale n?a plus pour seule fonction que d?imprimer de la monnaie qu?elle pr?te aux banques et aux organismes financiers ? 0% d?int?r?t, pour que ces entreprises priv?es nous la pr?tent ensuite ? des taux usuraires qui vont jusqu?? 30%. Je ne sais m?me plus quel nom donner ? ce syst?me. Ce n?est certainement pas du capitalisme. C?est plut?t de l?extorsion. L?industrie fossile pendant ce temps saccage sans rel?che l??cosyst?me pour faire du profit. La fonte de 40% des glaces de l?Arctique est une excellente affaire pour les multinationales. Elles s?y ruent pour en extraire les derniers restes de p?trole, de gaz naturel, de min?raux et de poissons, sans se soucier des soubresauts de la plan?te moribonde. Ces m?mes entreprises toutes puissantes qui nous r?galent de feuilletons interminables en lieu et place d?informations dignes de ce nom, du dernier proc?s impliquant O.J. Simpson aux croustillants d?tails du proc?s pour meurtre de Jodi Arias, ont fait monter les taux de dioxyde de carbone dans l?atmosph?re ? plus de 400 parts par million. Elles nous fascinent avec leurs hallucinations ?lectroniques pendant que nous tombons, paralys?s par la terreur ? l?instar des marins d?Ulysse, de Charybde en Scylla.

On ne trouve rien en 5000 ans d?histoire ?conomique pour justifier la croyance que les soci?t?s humaines doivent adapter leur conduite aux fluctuations du march?. C?est une id?ologie aussi absurde qu?utopique. Les promesses d?sinvoltes de l??conomie de march? se sont toutes r?v?l?es mensong?res. Les entreprises ont d?localis? r?duisant ? n?ant notre capacit? de production. Les salaires ont baiss?, appauvrissant la classe laborieuse et ravageant la classe moyenne. Des secteurs entiers de la population ? y compris les ?tudiants ? ont ?t? oblig?s de contracter des emprunts qu?ils mettront des d?cennies ? rembourser. Des paradis fiscaux se sont cr??s permettant ? des compagnies comme General Electric de ne pas payer d?imp?ts. Les multinationales emploie une main d?oeuvre esclavagis?e au Bengladesh et en Chine et en tirent des profits obsc?nes. Elles aspirent les derni?res ressources des communaut?s et du monde naturel en laissant derri?re elles, comme Joe Sacco et moi avons pu le constater dans les zones sacrifi?es, des humians en grande souffrance et des paysages morts. Plus la destruction est importante, plus l?appareil s?emploie ? ?craser la protestation.

Plus de 100 millions d??tasuniens ? un tiers de la population ? vit sous le seul de pauvret? et de ce qu?on appelle ??quasi-pauvret?. Pourtant le sort de ces pauvres ou quasi-pauvres et leurs souffrances sont rarement ?voqu?s par les m?dias aux mains des multinationales ? Viacom, General Electric, News Corp. de Rupert Murdoch, Clear Channel et Disney. Les souffrances des sous-citoyens, tout comme les crimes de l??lite pervertie, sont pass?s sous silence.

Dans la r?serve des Indiens Dakota ? Pine Ridge, S.D., le second comt? le plus pauvre des ?tats-Unis, l?esp?rance de vie d?un homme est de 48 ans. C?est la plus basse esp?rance de vie de l?h?misph?re occidental en dehors de Ha?ti. Pr?s de 60% des maisons de Pine Ridge, dont la plupart sont des huttes en tourbe, n?ont pas d??lectricit? ni d?eau courante ni d?isolation ni d??gouts. Dans les vieux camps miniers du sud ouest de Virginie, l?eau, l?air et le sol sont si empoisonn?s que le cancer y est end?mique. Il n?y a pas de travail. Et les montagnes Appalaches d?o? provient l?eau d?une grande partie de la c?te est, sont parsem?es d??normes bassins artificiels remplis de m?taux lourds et de boues toxiques. Pour pouvoir respirer les enfants vont ? l??cole avec des inhalateurs. Les habitants, coinc?s ? l?int?rieur de villes en ruine, souffrent d?une mis?re et d?une violence assortie d?emprisonnements de masse si grandes qu?ils sont bris?s ?motionnellement et psychologiquement. Et les travailleurs agricoles de la nation, qui n?ont droit ? aucune protection l?gale, sont souvent oblig?s de travailler sans ?tre pay?s, comme des serfs. Voil? comment se d?cline l??pouvantable domination des multinationales. C?est ce qui nous attend tous. Dans cette course acc?l?r?e vers l?ab?me, nous finirons tous serfs ou esclaves.

Il faut se rebeller. M?me si nous ?chouons, m?me si nous ne r?ussissons pas ? vaincre les forces d?exploitation du capital, nous auront au moins sauv? notre dignit? en tant qu??tre humains. Nous aurons d?fendu ce qui est sacr?. Se rebeller c?est entrer en r?sistance permanente. C?est r?sister comme Bradley Manning et Julian Assange, comme Mumia Abu-Jamal, le journaliste radical ? qui Cornel West, James Cone et moi avons rendu visite en prison la semaine derni?re ? Frackville, Pa. C?est refuser de c?der ? la peur. C?est refuser de s?avouer vaincu, m?me si comme Manning et Abu-Jamal, on vous met en cage comme un animal. C?est dire non. Etre en s?curit?, ?tre ??innocent?? aux yeux de la loi ? cette ?poque de l?histoire, c?est se rendre complice d?un mal diabolique. Quand il a ?crit son po?me de r?sistant, ??Si nous devons mourir??, Claude McKay savait que les Afro-am?ricains qui s?opposaient ? la supr?matie blanche n?avaient quasiment aucune chance, mais il savait que r?sister ? la tyrannie sauve nos ?mes. Et il a ?crit?:

Si nous devons mourir ? que ce ne soit comme porcs

Traqu?s parqu?s dans un coin d?shonorant

Alors qu?autour de nous, les chiens affam?s,

Se moquant de notre sort maudit, aboient de rage.

Si nous devons mourir, ? oh, que ce soit dignement,

Que notre sang pr?cieux ne soit pas vers?

En vain?; car, s?ils sont oblig?s d?honorer

Notre mort, nous d?fierons m?me des monstres?!

Oh, mes Fr?res?! Affrontons notre ennemi commun?;

Bien que beaucoup moins nombreux, soyons courageux,

Et ? leurs multiples coups r?pondons d?un coup fatal?!

Qu?importe si devant nous s?ouvre une tombe??

Comme des hommes, nous braverons la l?che meute meurtri?re

Dos au mur, mourants, mais en se d?fendant?!

Il est temps de construire des mouvements de masse radicaux qui s?opposent sans concessions aux centres officiels de pouvoir. Il est temps d?employer le langage brut de la r?bellion ouverte et de la lutte des classes. Il est temps de marcher au son de nos propres tambours. La loi a toujours ?t? un outil tr?s imparfait pour obtenir justice, comme le savent les Afro-am?ricains, mais aujourd?hui elle est toute enti?re au service des puissances d?argent qui nous oppriment?; elle est devenue l?arme de l?injustice. Ce sont les grandes entreprises qui nous contr?lent qui ont d?clar? la guerre. Pas nous. Si nous nous r?voltons nous serons qualifi?s de criminels. Nous serons repouss?s dans l?ombre. Mais si nous ne nous r?voltons pas, nous ne pourrons plus prononcer le mot ??espoir??.

Dans son livre?Moby Dick, Herman Melville a imag? le diabolisme du capitalisme global. Nous sommes tous ? bord du navire maudit, Pequod, dont le nom est celui d?une tribu indienne ?radiqu?e par g?nocide, et Achab est aux commandes. ??Tous les moyens que j?emploie sont sains??, dit Achab, ??mes motivations et mon but sont fous??. Nous voguons compulsivement vers l?auto-destruction et ceux qui nous dirigent m?me s?ils voient ce qui nous attend, n?ont plus la capacit? ni la volont? de l?emp?cher. Ceux, sur le Pequod, qui avaient une conscience, comme Starbuck, n?ont pas eu le courage de s?opposer ? Achab. Ce sont les habitudes, la l?chet? et l?arrogance qui ont caus? la perte du bateau et de son ?quipage. Nous devons ?couter Melville. Et nous soulever ou mourir.

Note?:

*?. ??Lundi l?AP a r?v?l? que les enregistrements t?l?phoniques saisis par la justice pouvait impliquer 100 employ?s qui ont utilis? les lignes de t?l?phones sur lesquelles porte l?enqu?te ? qui semble ne concerner qu?une seule information de l?AP datant du 7 mai 2012 selon laquelle la CIA avait d?jou? un complot d?Al-Qaida dans la p?ninsule arabique visant ? faire exploser en vol un avion de voyageurs en route pour les ?tats-Unis. Pourtant il s?est av?r? plus tard que le complot ?tait en r?alit? un pi?ge mont? de toutes pi?ces par la CIA. Comme l?a r?cemment confirm? le directeur de la CIA, John Brennan, ??Nous avions le contr?le du complot qui n?a jamais repr?sent? une menace pour le public ?tasunien.??

Alors pourquoi l?administration Obama cible-t-elle des reporters et des chefs de la r?daction qui ont travaill? sur une nouvelle qui selon l?aveu m?me de la CIA n?avait rien ? voir avec un r?el danger pour la s?curit? nationale?? ??Il y a une guerre plus large contre [ceux qui r?v?lent] des informations?? a r?pondu Radack. ??Les lanceurs d?alerte, les hackers et tous les dissidents. C?est une attaque en r?gle contre ceux qui contr?lent l?information??.

Chris Hedges

Traduction?: Dominique Muselet sauf le po?me traduit par Jean-Pierre Balpe.

rollingstone.com

et/ou?:?lemonde.fr

Pour consulter l?original?:?truthdig.com

http://www.truthdig.com/report/item/rise_up_or_die_20130519/++cs_INTERRO++ln

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