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Jour de gloire pour Boris Johnson

Boris Johnson, le jour de gloire

 

« La gloire est comme un cercle dans l’onde qui va toujours s’élargissant jusqu’à ce qu’à force de s’étendre, il finisse par disparaître. » (Shakespeare, 1592).

Il en rêvait depuis vingt ans au moins et c’est officiel depuis ce mardi 23 juillet 2019 à 13 heures (heure de Paris) : Boris Johnson a été choisi par les 160 000 adhérents du parti conservateur comme leur leader, ce qui le hisse automatiquement à la fonction de Premier Ministre de Sa Majesté. Il sera désigné formellement le mercredi 24 juillet 2019, après une séance où Theresa May répondra encore aux questions des parlementaires. Elle ira ensuite présenter sa démission à la reine. Boris Johnson a recueilli 92 143 voix, soit 66,4%, contre 46 656 voix à Jeremy Hunt (33,6%), sur les 139 318 adhérents qui ont pris part au vote. Il y a quelques années, il avait dit qu’il avait autant de chance de devenir Premier Ministre que de rencontrer Elvis Presley sur la Lune !

Arrière-petit-fils d’un Ministre de l’Intérieur ottoman, Boris Johnson (55 ans) est avant tout un Britannique fier de son insularité. Il fut le leader du Brexit lors du référendum du 23 juin 2016 organisé par David Cameron sans se douter un instant que le Brexit l’emporterait. Trois années plus tard, le paysage politique britannique est un champ de ruines.

Boris Johnson, député depuis le 7 juin 2001 (au siège de Michael Heseltine), fut élu maire de Londres du 4 mai 2008 au 9 mai 2016 (élu deux fois au second tour le 1er mai 2008 avec 53,2% des voix et le 3 mai 2012 avec 51,5% des voix), et nommé Ministre des Affaires étrangères du 13 juillet 2016 au 9 juillet 2018 dans le gouvernement dirigé par Theresa May.

Pour beaucoup d’éditorialistes, Boris Johnson serait un Donald Trump britannique (à la chevelure aussi hétérodoxe pour l’un que pour l’autre). C’est probablement plus compliqué que cela. Boris Johnson est d’abord un politique qui a souvent changé de positions en fonction de ses stratégies personnelles. Il semble clair que son ambition est plus forte que ses convictions et qu’une fois au sommet du pouvoir, ce qui était son but depuis plusieurs décennies, il pourra donner une autre mesure de ce qu’on pouvait appeler jusqu’à maintenant ses postures. Il ne sera évidemment pas Churchill, mais sa forte personnalité pourra surprendre.

Les prochaines élections législatives britanniques devront avoir lieu avant le 5 mai 2022. Cependant, la situation politique reste toujours dépendante du Brexit, car la Chambre des communes est très divisée sur la manière de quitter l’Union Européenne, tant du côté des conservateurs que des travaillistes. La dernière date proposée par l’Union Européenne, le 31 octobre 2019, pourrait être encore retardée : c’est ce qu’a envisagé la future Présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen dont la nomination le 2 juillet 2019 par le Conseil Européen a été ratifiée le 16 juillet 2019 par le Parlement Européen. Elle prendra ses fonctions précisément le 1er novembre 2019.

Cependant, Boris Johnson a déclaré sans cesse refuser de faire le Brexit au-delà du 31 octobre 2019, alors qu’il était déjà prévu pour le 29 mars 2019 et que la date a été retardée deux fois. Insistons d’ailleurs sur ce fait : si le Brexit a dû mal à se concrétiser, s’il a du mal à se faire, ce n’est en aucun cas à cause de l’Union Européenne qui préférait au contraire voir le Royaume-Uni exclu des opérations de vote des élections européennes et des désignations des différents responsables institutionnels au sein du Parlement Européen et plus généralement de l’Union Européenne.

Ce délai supplémentaire a été demandé par les seuls parlementaires britanniques pour qu’ils se mettent eux-mêmes d’accord. Ceux-ci ont d’ailleurs réaffirmé au cours d’un vote le 18 juillet 2019 leur ferme opposition à un Brexit sans deal qui serait une catastrophe économique et réglementaire dans le pays. En clair, les députés britanniques sont opposés à toutes les voies possibles : contre l’abandon du Brexit, contre l’accord négocié avec Michel Barnier, contre le no deal… Une situation très surréaliste qui ne pourrait aboutir, sans déblocage politique provoquée par l’arrivée du nouveau Premier Ministre, que sur un vote populaire, soit un second référendum (mais les parlementaires y sont opposés), soit des élections législatives anticipées.

On voit ainsi que la légitimité politique et parlementaire de Boris Johnson est très fragile puisqu’il est partisan d’un Brexit sans accord. D’ailleurs, au-delà de la légitimité, il y a aussi les affaires à gérer, et le Brexit ne sera probablement pas le dossier le plus brûlant (et urgent) pour Boris Johnson qui devra prendre une décision rapide à propos de la crise qui oppose son pays à l’Iran au détroit d’Ormuz.

La légitimité institutionnelle de Boris Johnson est de toute façon incontestable. Depuis les élections législatives du 8 juin 2017, les conservateurs contrôlent la majorité absolue des sièges, eux-mêmes avec 313 sièges sur 650 et l’alliance avec les députés d’Irlande du Nord leur permet d’atteindre la majorité absolue. Et puisque Theresa May a démissionné le 7 juin 2019 (démission annoncée le 24 mai 2019), c’est le successeur de Theresa May comme leader du parti conservateur qui automatiquement devient son successeur comme Premier Ministre.

Or, la désignation du leader des conservateurs a été très balisée. La procédure est très rigoureuse. Il y a eu d’abord une phase de choix par les 313 députés conservateurs dont le but est de qualifier deux seuls candidats qui, eux, sont ensuite départagés par les adhérents du parti conservateur. Ce n’est donc pas une primaire ouverte (aux sympathisants et électeurs), c’est une primaire fermée (réservée aux adhérents) mais influencée d’abord par un vote du groupe parlementaire (qui décide du nom des deux concurrents).

Dix candidats se sont présentés pour succéder à Theresa May. À chaque tour de désignation par les députés conservateurs, Boris Johnson s’est retrouvé en tête, et entre chaque tour, s’est retrouvé à rallier le plus de nouveaux partisans. À l’issue du 1er tour du 13 juin 2019, Boris Johnson a obtenu 114 voix (36,4%), et quatre candidats ont été éliminés (Andrea Leadsom, Mark Harper, Esther MacVey et Matthew Hancock, ce dernier s’est retiré de lui-même). À l’issue du 2e tour du 18 juin 2019, Boris Johnson a continué la course en tête avec 126 voix (40,3%), tandis que Dominic Raab a été éliminé. Au 3e tour du 19 juin 2019, Boris Johnson a eu 143 voix (45,6%) et Rory Stewart a été éliminé. Au 4e tour du 20 juin 2019, il a eu 157 voix (50,2%) et Sajid Javid a été éliminé. Enfin, au 5e tour toujours le 20 juin 2019, il a recueilli 160 voix (51,1%) et Michael Gove a été éliminé.

Son dernier concurrent, qui a toujours été classé en deuxième position, est Jeremy Hunt (52 ans), son successeur à la tête de la diplomatie britannique depuis le 9 juillet 2018. Au cours des cinq tours avec les députés conservateurs, Jeremy Hunt a reçu respectivement 43 voix (13,7%), 46 voix (14,7%), 54 voix (17,3%), 50 voix (18,8%) et a fini avec 77 voix (24,6%), ce qui l’a placé avec un handicap de légitimité parlementaire face à Boris Johnson qui, lui, au fil des scrutins, a fini par rassembler la majorité absolue des parlementaires conservateurs.

Du 21 juin au 22 juillet 2019, les adhérents du parti conservateur ont été appelés à se prononcer par un vote postal, en désignant celui des deux qui a leur préférence. La légitimité institutionnelle de Boris Johnson est donc indiscutable avec les 66,4% des voix qu’il a obtenu au sein de son parti.

En revanche, la légitimité électorale et représentative est faible pour une raison simple. Si Theresa May, après trois ans où elle a résisté, seule, isolée, à toutes les pressions, a finalement renoncé à la tête du gouvernement, c’était à cause du score désastreux des conservateurs aux élections européennes du 23 mai 2019 au Royaume-Uni.

L’abstention était très importante, 63,1%, ce qui était logique dans la mesure où 51,9% des électeurs avaient déjà déclaré vouloir quitter l’Union Européenne le 23 juin 2016 (avec une participation de 72,2%). Mais le plus grave, c’était que le parti conservateur s’était écroulé à 8,8% des voix (perdant plus de 14 points !), renvoyé au cinquième rang dans le classement des partis politiques britanniques, derrière les travaillistes (13,7%), les écologistes (11,8%), mais surtout les brexiters de Nigel Farage (30,7% !) et les libdem, libéraux démocrates, centristes pro-européens (19,8%).

Les conservateurs ont perdu ainsi plus des trois quarts de leur représentation au Parlement Européen de 2014, passant de 19 à 4 sièges sur les 73 sièges attribués (encore) au Royaume-Uni.

En clair, Boris Johnson, dans le paysage électoral britannique le plus récent, ne représente au mieux que deux tiers des à peine 9% que représentent les conservateurs sur le plan électoral. L’issue des prochaines élections législatives, surtout si elles sont anticipées, avant ou après le Brexit, sera d’ailleurs très incertaine en raison de l’éclatement (observable dans de nombreux pays, y compris en France) des deux grands partis traditionnels de gouvernement. Le travail de Boris Johnson s’annonce donc loin d’être reposant !…

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu

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