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Jeunesse en qu?te d?utilit? sociale

Par Simon Gouin (7 novembre 2011)

Exp?rimenter de nouveaux rapports au travail, de nouvelles relations entre producteurs et consommateurs, privil?gier l?utilit? sociale et non le profit. C?est ce que propose le R?seau d??changes et de pratiques alternatives et solidaires (Repas) ? des jeunes, ? travers un compagnonnage de trois mois, pour s?initier ? l??conomie solidaire et au travail collectif. On y apprend, entre autres, la gestion, la coop?ration, la confiance en soi et les autres. Une formation originale qui donne envie de travailler autrement.

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Nicolas Formet ?tait d?veloppeur de logiciels dans une entreprise parisienne. ??Apr?s la fin de mon ?cole d?ing?nieurs, j?ai encha?n? les boulots, sans vraiment trouver de sens ? mon travail??, explique-t-il. ??28?ans, il d?cide de tout arr?ter. Changer de cadre de travail, de vie. Faire une pause. En f?vrier 2011, il a commenc? le compagnonnage du r?seau Repas (R?seau d??changes et de pratiques alternatives et solidaires). Une formation atypique, cr??e il y a quinze ans, qui propose chaque ann?e ? une vingtaine de jeunes de 18 ? 35?ans de d?couvrir le fonctionnement et de s?impliquer dans la vie d?une dizaine d?entreprises/structures alternatives fonctionnant en collectif (voir la liste des structures).

??partir de f?vrier 2011, Nicolas Formet a pass? trois semaines au centre de formation agro?cologique et culturel du Battement d?ailes, en Corr?ze. Avant de d?couvrir le Gaec de la Feve, une ferme exp?rimentale ? vocation environnementale sur le plateau de Millevaches dans le Limousin, puis une ferme p?dagogique dans le Doubs, et une en polyculture ?levage dans l?Orne. Le parcours de trois mois est d?abord impos??: ??L?id?e est que toutes les structures peuvent apporter quelque chose et susciter des ?changes entre nous??, explique l?ancien informaticien.

Apprendre ? travailler en collectif

??trois reprises au cours du compagnonnage, les jeunes se regroupent, souvent au hameau coop?ratif du Viel Audon, en Ard?che, pour faire le bilan de leurs exp?riences. C?est l?occasion d?apprendre ? s?exprimer en public, ? formuler sa pens?e, son jugement. Et de choisir la suite du parcours?: pour les cinq derni?res semaines, le compagnon fait le choix du lieu et de son mode de participation ? immersion dans la vie de la structure ou projet particulier ? en fonction de ses objectifs.

Nicolas Formet souhaite, sur le plan personnel, retrouver confiance en lui-m?me et trouver sa place dans un groupe. Et sur le plan professionnel, r?fl?chir ? son projet de devenir boulanger. ??Mais le compagnonnage nous apprend une philosophie de travail, pas des comp?tences techniques??, pr?cise Nicolas Formet. Pour lui, cette nouvelle philosophie est une vraie rupture avec son ancien m?tier?: coop?ration, cr?ativit?, ?changes d?id?es, absence de rapports hi?rarchiques… On lui fait confiance. ??L?important, c?est de faire les choses autrement??, d?crit le compagnon, qui, au c?t? de jeunes de tous horizons, a ?t? conquis par les cadres de vie et de travail qu?il a d?couverts.

Un mode de vie qui attire de plus en plus de jeunes

Laurent Bouyneau est l?un des sept associ?s du collectif de la Bourdini?re, membre du r?seau Repas. L?exploitation, par o? est pass? Nicolas Formet, rassemble un vacher, deux fromagers, un mara?cher, un herboriste et deux paysans boulangers. Au d?part, ils ?taient quatre. Quatre ? vouloir ??mutualiser des id?es et des forces??, ??vivre une aventure humaine passionnante?? o? le partage des t?ches ?vite la monotonie et r?duit la p?nibilit? ? gr?ce ? un roulement, chaque associ? travaille un week-end sur sept. ? la Bourdini?re, la recherche d?autonomie, notamment alimentaire, est une priorit?. Et la convivialit?, entre autres par des repas collectifs ou des soir?es musicales, est omnipr?sente. Un mode de vie qui attire aujourd?hui de nombreux jeunes. Tellement que le r?seau Repas est oblig? d?effectuer une s?lection parmi les candidatures qu?il re?oit, pour n?en garder qu?une vingtaine.

??La dynamique de ce r?seau nous a beaucoup plu, explique Laurent Bouyneau, qui fait aussi partie du comit? de pilotage du compagnonnage. ??C?est un accompagnement privil?gi? de jeunes en recherche de changement.?? Un engagement pour ces structures qui passent du temps lors des regroupements et dans le comit? de pilotage?: environ quatre semaines de travail par an en dehors de la ferme. Et une transmission de savoir-faire, de savoir-vivre, de notions d??conomie et de gestion. Un enseignement, mais pas uniquement?: ??Les compagnons ont des questionnements qui nous mettent en face de nos convictions et de nos id?es, explique-t-il. Qui nous font avancer. Un r?seau d?amiti?s, d?esprit d?alternatives, de solidarit?s, se cr?e.??

Quel statut pour les compagnons??

C?t? r?seau, la formation d?un compagnon revient ? 3?800?euros pour assurer la gestion administrative et p?dagogique de la formation, les d?placements, une partie de l?h?bergement, des frais d?assurance, etc. Soit au total entre 65 000 et 80 000 euros par an pour l?ensemble des jeunes qui suivent la formation. Pendant longtemps, les r?gions Rh?ne-Alpes et Limousin, o? sont pr?sentes plusieurs structures du r?seau, assuraient une grande part de ce budget. Puis la r?gion Rh?ne-Alpes s?est d?sengag?e? mais pourrait renouveler son soutien en 2012. Le financement de la formation est de plus en plus difficile. ??Les structures font aujourd?hui du b?n?volat, explique Laurent Bouyneau. On cherche d?sormais d?autres partenaires publics ou priv?s, comme des fondations.??

C?t? compagnons, si l?h?bergement est offert par les structures, les frais de nourriture et de d?placement sont ? leur charge. Et il faut d?bourser 300?euros pour les trois p?riodes de regroupement, afin d?assurer une partie des frais d?h?bergement et de nourriture. Des sommes relativement faibles pour ceux qui ont la chance de toucher le ch?mage et d?avoir un statut. Car si la formation a longtemps ?t? reconnue par P?le emploi, ce n?est souvent plus le cas aujourd?hui. ??Ils ne voient pas l?int?r?t d?une formation qui n?est, a priori, ni qualifiante ni dipl?mante, explique Nicolas Formet. Pourtant, c?est tout l?inverse?!??

Le go?t d?entreprendre autrement

En groupe, les compagnons trouvent des solutions pour assurer le quotidien, en fonction des ressources de chacun. ??D?s le d?but, on se met autour de la table et on d?cide de notre fa?on d?agir, indique Nicolas Formet. On met de l?argent en commun, on paie en fonction de nos revenus. Et on se d?connecte de ce probl?me d?argent, pour pouvoir avancer.??

Depuis d?but septembre, l?ancien informaticien a entrepris un Brevet professionnel de responsable d?exploitation agricole (BPREA), option paysan boulanger, ? Montmorot dans le Jura, pour acqu?rir des connaissances dans la culture des c?r?ales et la fabrication du pain. Et pour son premier stage, il est revenu chez une paysanne boulang?re, ? la ferme de la Bourdini?re, dans l?Orne, qu?il avait rencontr?e lors de son compagnonnage. Avant, peut-?tre, de se lancer dans un projet collectif avec d?autres compagnons avec qui le courant est pass?.

Simon Gouin

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