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Jean-Marie et l’argent… des autres (2)

Voici donc Jean-Marie devenu riche avec cet héritage inespéré (voir l’épisode précédent), ou bien plutôt surveillé de près par lui-même. Mais l’argent appelant l’argent, il ne va pas pour autant s’en satisfaire et apparaître dans des affaires extravagantes, via des supporters de longue date.  Jean-Marie Le Pen, ont dit les auteurs de sa biographie, présente un rapport ambigu à l’argent, qui tourne à l’obsession, selon eux, au « fétichisme » ont-ils même écrit.  Prêt à tout pour empiler les lingots au fond d’un coffre, il est même prêt pour cela à soutenir certains hommes politiques à l’étranger.  Ce qui met fort à mal son nationalisme, tant revendiqué !

La grande bâtisse acquise auprès de l’héritier Lambert va se vmontretoutider progressivement (ci-contre la villa, à droite de la photo aérienne et derrière elle, à gauche, les anciennes écuries). L’aînée des trois filles de la maison  Marie-Caroline, qui travaillait chez National vidéo, filiale de la la SERP et produisait les cassettes vidéos du Front national, s’est sauvée (avec Philippe Olivier, un mégretiste !), Yann le Pen un temps standardiste au FN est aussi partie (avec Samuel Maréchal), elle deviendra la mère de Marion-Maréchal LePen, et seule donc Marine est restée au siège du parti, c’est à dire chez elle… puisqu’elle a habité à Montretout jusqu’à une date fort récente. « En 1993, Marine Le Pen abandonne une carrière d’avocate balbutiante pour un poste d’assistante juridique au FN et un salaire de 30 000 francs par mois » peut-on lire, au grand dam des caciques tels Bernard Anthony, qui n’apprécient pas son mode de vie (elle sort trop souvent en boîte à ses yeux). Elle y reçoit pour faire des fêtes des gens comme Basile de Koch, alias Bruno Tellbourreau de béthuneenne, le rédacteur des discours de Pasqua (et l’époux de Frigide Barjot, il a comme frère Karl Zero). Et on mélange allègrement plaisir et fonction :  selon Libération « l’essentiel des frais de réception et d’entretien de la maison est pris en charge par le parti« .  Montretout devient vite un vrai cirque, puisqu’on y trouve même aussi un catcheur, Robert Moreau dit Freddy, alias « le Bourreau de Béthune« , qui vit sur place et sert de gardien et de garde du corps. Selon d’aucuns, ce n’est pas le véritable (le vrai s’appelait Jacques Ducrez, on le voit ici sur le ring) et ce second bourreau est parti s’installer après avoir servi LePen à Laa-Mondrans près d’Orthez. Comme l’écrit Liberation en 2006, « o

exemple beauvalL’argent dont dispose désormais celui qu’on surnomme le Menhir ne lui suffit pas semble-t-il. Le voilà branché sur un moyen d’en avoir plus. C’est un vieil ami à lui – ils ont fait de la voile ensemble – et un éditeur plutôt prolixe de livres en vente à distance (il possède les éditions Luc Janvile, Socardis, mais aussi les Editions François Beauval, qui imprime souvent au Portugal ses livres reliés skivertex, comme ici à droite les ouvrages sur la Gestapo, des sociétés toutes mises en faillite en 1992) qui va lui amener l’idée sur un plateau : il s’appelle Jean-Pierre Mouchard (1). Il habite au château de Moncé une propriété de famille située à Saint-Firmin-des-Prés, dans le Vendômois. L’homme possède aussi encore deux autres sociétés d’édition, « Punch » et « Direct Publicité » et également les éditions Lumen (voir ici le litige où apparaît sa propriété de Moncé). Il est né à Phnom-Penh (Cambodge) et réside en Suisse, où là aussi il édite sous les noms des Editions de Grémille ou Edicraft (3)…  Mouchard possède aussi « Le Monde du livre » société dont le conseil d’administration cle pen livresomporte Marcelle Napoléone Perrigault, alias Dominique Marcas, une comédienne au nombre impressionnant de rôles, souvent citée comme mécène de plusieurs mouvements d’extrême droite dans les années 70, par conviction politique. A noter que sur une photo de LePen à Rueil, sa cheminée croule sous les ouvrages en skivertex des éditions Beauval (il y en a partout!!!  Le curieux éditeur lui présente Jean Garnier, un belge qui lui aussi égrène derrière lui d’étranges sociétés :« aucune des multiples entreprises dans lesquelles il est actionnaire, administrateur, gérant ou PDG en France (Audi-Press, Cemi-Segimo, Immobel, Auximo, Sopimo, Sip Industries, etc.) souvent depuis plus de vingt ans, n’a publié de bilan, en infraction au décret du 23 mars 1967 sur le droit des sociétés. Aucune ne possède réellement de salariés et, bizarrement, aucune ne semble en réelle activité financière » remarque avec étonnement Libération en 1996. L’homme mène paraît-il grand train de vie, pourtant, le plus souvent à Marbella….

375254_020244-hd_460x306Les deux hommes ont fondé ensemble une autre société, encore, appelée Ecotec, qui a été immatriculée au tribunal de Corbeil et qui domiciliée à Wissous. Au départ une énième société immobilière, mais qui a ajouté à ses statuts le fait de pouvoir « déposer des brevets« .  Car les deux larrons en ont dégotté un, de brevet : c’est l’invention de  Charles Miriel, un chilien d’origine et une ancienne barbouze (en Rhodésie) qui fait alors la promotion… d’un moteur fonctionnant à l’eau !!!  « Charles Miriel est alors directeur chez Ecotec tout en possédant 49 % des parts de l’entreprise. C’est aussi une barbouze très lié au clan des gabonais d’Elf-Aquitaine et grand ami du capitaine Barril« .  Mouchard est un vieil ami de Jean-Marie, en effet, puisqu’il apparaît déjà au moment de la SERP. « Vieil ami du fondateur du FN, Mouchard avait déjà ouvert un compte à l’Union des Banques suisses (UBS) pour Jean-Marie Le Pen, en mars 1981. Marine Le Pen justifie l’ouverture de ce compte suisse par « un emprunt souscrit à l’UBS ». Quant à Jean-Marie Le Pen, il en conteste purement et simplement l’existence. Or, en 1981, l’administration fiscale entreprend de redresser les déclarations de Monsieur le Pen pour 3 raisons : l’omission de plus-values boursières, l’estimation ridicule du loyer de Montretout  et l’écart entre ses comptes en banque et ses revenus, en l’espèce 5 millions de francs d’origine indéterminée. L’avocat fiscaliste Alain Guilloux dénoncera alors l’acharnement de l’administration fiscale envers son client ». C’est donc bien lui qui a en effet orienté  très tôt Le Pen vers la Suisse : « les documents d’ouverture de ce compte numéro 386.047.00.W, révélés par feu L’Evénement du jeudi, portent pourtant bel et bien la signature de Jean-Marie Le Pen. Dans un premier document du 10 mars 1981, M. Mouchard apparaît comme le titulaire du compte. Puis, dans un second document daté du 11 décembre 1981, M. Mouchard déclare « agir pour le compte de M. Le Pen ». Jean-Marie Le Pen s’étonne : « Le compte de Jean-Pierre Mouchard, c’est Jean-Pierre Mouchard. Je ne suis pas Jean-Pierre Mouchard, moi ! Il ne peut pas y avoir d’ouverture de compte de M. Mouchard au nom de M. Le Pen », assure-t-il. Avant d’évoquer une autre hypothèse : cette opération serait liée à sa société d’édition de disques, la Société d’études et de relations publiques (Serp). » Pour Jean-Marie, la piste suisse est vite éludée : « de toute façon, son cabinet indique qu’il « ne dispose d’aucune des archives de la société Serp, dont il a quitté la gérance en novembre 1999 », et que « cette même société a été liquidée judiciairement en 2000 ». Les Le Pen père et fille laissent donc en suspens toutes les interrogations sur l’ouverture de ce compte et sa gestion. » Et pourtant… la Suisse est toujours là, et ses coffres aussi.

Miriel, trop dépensier, est vite écarté de l’affaire, ses parts sont rachetées, et des démarches sont entreprises auprès d’un potentiel acheteur qui est… Elf-Antar France. Le pétrolier qui en l’occurrence va faire office de parfait client. En fait de moteur à eau on a un système qui semble faire baisser la pollution, sans plus, consistant en une injonction d’eau supplémentaire au carburant proprement dit, un procédé qui n’a rien de révolutionnaire : il s’appelle d’ailleurs « Aquazole ». « Le liquide a l’aspect du lait caillé, légèrement nacré, mais, à l’odeur, pas d’erreur c’est du diesel. «C’est une émulsion. Nous rajoutons 10% d’eau dans le gazole avant de battre énergiquement le mélange, ce qui lui donne cette curieuse couleur», explique Bernard Tramier, directeur de l’environnement du groupe pétrolier ». Mais bien présenté, le projet est en effet acheté à 6,5 millions de francs pour chacun des deux propriétaires : Elf vient de versr 13 millions de francs en échange d’un procédé plus qu’incertain : presqu’aussi fort encore que les avions renifleurs de Giscard, et de Bonassoli !!! Dans le deal, un drôle de contrat a été discrètement passé : entre temps en effet, Jany Paschos, l’ex-épouse de Jean Garnier, est en effet devenue la seconde épouse de JM LePen (en 1991, ils s’étaient rencontrés en 1985), et Ecotec réglera discrètement pendant des mois le loyer de sa maison de Rueil où habite désormais Jean-Marie.dieudo_jeny-76c5c Une Jany qui est loin d’être neutre politiquement : on la verra par exemple en compagnie de Dieudonné lorsque celui-ci tentera une croisade à propos du sort des pygmées (voir ici à droite). Elle n’hésitera pas à poser non plus avec Charles-Alban Schepens, l’un des dirigeants du Renouveau français. Un homme avait joué les intermédiaires pour conclure le mirifique contrat pétrolier : Eric Vandersher, le directeur des filiales grands produits chez Elf Antar. En fait c’était aussi et surtout le beau-frère de Mouchard !!! Mais le fameux JP Mouchard n’est pas que cela, un grand admirateur de Jean-Marie apporteur de coups de pouce financier : c’est aussi le trésorier du micro-parti Cotelec créé par ce même Jean-Marie. « M. Mouchard avait déjà ouvert un compte à l’Union des banques suisses (UBS) pour Jean-Marie Le Pen en mars 1981. Environ 2 millions de francs ont été déposés sur le compte 386.047.00.W entre juin 1984 et avril 1986, sous la forme de placements fiduciaires » relève le Monde, le jour où il constate avec Mediapart que le fameux Mouchard est aussi gestionnaire de deux sociétés offshore, « Overseas Property Services Limited » à Gibraltar, et « Hadret Al-Raiss » au Panama, agissant cette fois au nom de … Marine le Pen. JM Le Pen en droit de réponse dans Le Monde précisant que « le compte suisse était porteur « d’un prêt consenti par l’UBS à la société SERP-disques dont j’étais le gérant » et que » Il a d’ailleurs été clos lorsque le prêt a été remboursé« ..  « Je n’étais strictement pour rien dans cette affaire-là, moi, se plaint Jean-Marie Le Pen. C’était une affaire entre M. Garnier et M. Mouchard, qui ont vendu un brevet à une société quelconque. M. Garnier était son associé et le premier mari de ma femme. Ce sont des affaires qu’ils ont faites en association, tout à fait en dehors de moi. Il n’y a strictement aucun rapport entre cette affaire et Jean-Marie Le Pen et le Front National. » Euh…

cotelec_fn-comptes_0La Cotelec, c’est en fait un long fleuve d’approvisionnement tranquille pour Jean-Marie aux multiples affluents :  » Cotelec est la structure de financement parallèle du FN. Depuis 1991 et la loi Rocard de financement des partis politiques qui était censée mettre un terme aux affaires, avec le succès que l’on connaît, Cotelec est un Janus à deux faces. D’un côté le parti Cotelec qui ne peut recevoir de dons, de l’autre la Jean-Marie Le Pen-Cotelec qui peut palper sans se confondre avec le compte bancaire de Monsieur Le Pen. Outre Monsieur Mouchard, on trouve son successeur Hubert de Rougé et un certain Pierre Peres chargé de la gestion des héritages favorables à Jean-Marie Le Pen. Cotelec se nourrit donc en fonction des cours de quatre rivières, les dons des particuliers (plus de 400 mille euros en 2007), les prêts des particuliers, les héritages des particuliers et les intérêts des prêts octroyés par le président éternel à son parti. En 2007, Cotelec affichait une modeste recette de 415 mille euros ». Un président de parti touchant les dividendes de ses prêts à son parti, avouez que c’est une belle invention ! Plus il emprunte, plus il touche de dividendes ! Le parti vit à crédit , mais c’est son président qui s’enrichit !

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reveau-bis-223x300La saga de l’argent et de Le Pen n’a jamais de fin. Etrangement, on retrouvera un scénario similaire à celui de l’héritage Lambert, mais cette fois-là ne se passera pas comme prévu pour JM Le Pen.  C’est l’affaire de l’héritage d’Henri Bussière, décrit comme « influençable » par sa propre sœur, à partir d’un testament rédigé en 1992 et un peu trituré par Jean-Pierre Reveau, le secrétaire administratif et financier du FN (ici à droite). « En 1994, ce gendarme retraité voulait léguer ses biens (une maison et 500 000 francs d’économies) au Front national, mais le trésorier du FN, sur commande, lui avait fait modifier son testament en faveur de Jean-Marie Le Pen en son nom propre. Après intervention de la sœur d’Henri Bussière, le tribunal de grande instance d’Epinal avait fait annuler la succession, arguant que le parti s’était « livré à une manœuvre prohibée » par le Code civil. Marine Le Pen, déjà avocate, avait pourtant plaidé devant la cour, « au nom de la morale », pour « respecter la volonté d’un mort ». » avait écrit L’Humanité le 17 avril 2012. Le fait le plus intéressant étant que ce jour-là, en effet, sa propre fille (Marine, alors avocate) était venue argumenter en faveur de son père, dont elle ne pouvait donc ignorer la tentative de récupérer l’argent du gendarme retraité… « Selon sa soeur, il en avait fait un précédent en faveur du Parti communiste » note avec ironie Libération. Et en effet, relève aussi la Croix, qui évoque les remarques acerbes de la sœur du défunt : « Mon frère a été manipulé. Il voulait léguer ses biens à un parti, pas à un homme », souligne Yvonne Perrot, qui entretenait avec son frère des relations distantes, « mais sans être en mauvais termes avec lui ». « Henri était un peu spécial. Il était influençable et changeait souvent d’avis », poursuit cette retraitée de Saône-et-Loire, selon qui Henri Bussière aurait même rédigé, autrefois, « un testament en faveur d’un parti de gauche »...

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Cela finit quand même par inquiéter l’administration fiscale, à force, ses mouvements d’argent divers. Les versements de partisans au parti sont en effet retrouvés « transiter » sur son compte personnel, ce qui est interdit par la loi et moralement condamnable : « dès qu’on touche à l’argent, Jean-Marie Le Pen a toujours nourri les soupçons. En 1998, il est « redressé » pour un montant d’un million de francs, pour dissimulation de revenus : il a oublié de déclarer deux millions de francs de plus-values sur des placements boursiers. L’administration épingle également le patron du FN suite à la découverte d’un million de francs «  d’origine indéterminée », versé en chèques et espèces par des militants du Front national et transitant sur les comptes personnels de son président. Dans le journal Le Matin du 13 décembre 1983, son ancien mentor Pierre Poujade définit Le Pen comme un être amoral, un battant et un orateur de talent. Sa stratégie a réussi. Il est même devenu milliardaire grâce à cela. Une manne dont, publication de patrimoine personnel ou pas, sa fille profite toujours. » Et c’est bien ça le problème : comment pourrait-elle aujourd’hui jouer à celle qui ne savait pas en ayant été l’avocate de son père dans une des affaires d’héritage ? Dans la presse comme dans le tribunal, une expression revient les concernant : «Mauvaise foi». Jean-Marie Le Pen a aussi utilisé de grossières ficelles pour payer un loyer modeste. Lorsqu’il a hérité de la propriété de Montretout, à Saint-Cloud, il a créé une société civile immobilière, dite du Pavillon de l’écuyer, dont il détenait la quasi-totalité des parts en compagnie de son épouse de l’époque, Pierrette. Le couple payait le loyer à cette SCI. Le fisc a relevé que ce loyer était «anormalement bas» (9 150 francs en 1978) et correspondait à un avantage en nature. En 1992, le tribunal administratif a à nouveau condamné Le Pen pour le niveau des loyers payés entre 1989 et 1991. Dans ce dossier, toujours traité par la cour d’appel de Paris, le juge lui a aussi infligé des pénalités de retard pour «mauvaise foi»…

le rachinelMais ce n’est pas tout, outre JP Mouchard, Jean-Marie Le Pen s’est aussi fait aider par une autre connaissance, elle aussi dans le secteur de l’impression. L’homme s’appelle Fernand Le Rachinel, et sans lui aussi Le Pen n’aurait possiblement pas aussi vite grandi dans les consciences : c’est en effet lui qui va pendant des années imprimer les affiches du FN.  Le Rachinel a plusieurs imprimeries qui marchent plutôt bien, et il est d’extrême droite : il est devenu député européen dès 1994. Normand, il assume aussi un rôle d’élu au conseil général de la Manche depuis 1979 (jusque 2001 dans le canton de Canisy), et au conseil régional de Basse-Normandie pendant 20 ans, de 1986 à 2006. Grand admirateur de Jean-Marie, il imprimera des années tout ce que le parti lui demande, sans rechigner… et sans toujours se faire payer, malgré des engagements répétitifs pris. Jusqu’au jour où il s’endettera, pour le parti, lui aussi, mais décidera de lui présenter la note (plutôt salée) :« À l’échelle nationale, Fernand Le Rachinel a été un important bailleur de fonds du Front national. Lors des élections législatives, présidentielle, et municipales de 2007 et 2008, il a apporté 8 millions d’euros, somme qu’il a lui-même refinancée par de l’emprunt bancaire. Face au refus de rembourser de la direction du parti nationaliste, il entame une procédure de saisie conservatoire sur le montant de la vente dpaaqebot le penu Paquebot, le siège historique du FN à Saint-Cloud. La Cour d’appel de Versailles condamne le parti à lui rembourser 6,3 millions d’euros et à lui verser 600 000 euros d’intérêts, condamnation confirmée en cassation« . b9f24a84554f11585a1d20abb92baa95L’industriel a qui tout avait réussi a été placé en difficulté financière par le parti auquel il avait toujours crû, après ses déboires : en 2007, le voilà obligé de céder une première entreprise, « Cotentin Etiquettes », à Carentan, en 2007, puis sa principale entreprise, la SIAL (à St Lo), en juillet 2008 (l’imprimerie Diamen qui avait succédé n’avait pas tenu longtemps). Ecœuré par l’attitude intransigeante du parti à son égard, il rejoint dès  le , le groupe dissident de Carl Lang. Mais ce dernier réalise des scores ridicules et il est marginalisé :  Rachinel aura tout perdu dans son aveuglément à suivre LePen. Le 15 novembre 2013, il gagne pourtant devant les tribunaux, mettant à lui seul le parti en extrême difficulté : le FN qui a perdu son procès doit en effet lui rembourser les 6,5 millions qu’il lui réclamait, après une longue procédure, le FN ayant été débouté au final de son pourvoi en cassation (parmi les 9 millions reçus récemment, une grande partie devrait servir à le rembourser). Dans la crainte du jugement en sa défaveur, Le FN avait déjà été obligé de se séparer auparavant de son fleuron immobilier, le fameux « Paquebot » (ici à gauche). L’immeuble avait été vendu avant, en 2011; il deviendra en 2015 une résidence pour seniors, acquis par François Bouniol, président de Repotel, responsable d’un groupe de maisons de retraites spécialisées. On ne sait si Jean-Marie y finira ses jours et on peut fortement en douter.

On était loin de l’état de grâce de 2008, où Jean-Marie partait en vacances avec Fernand : « au temps du FN prospère, Jean-Marie aimait à séjourner à Saint-Barth, chez l’ami Le Rachinel, député européen, mais surtout l’imprimeur historique du Front« . Saint-Barth, Punta Cana : Jean-Marie rejoint l’hiver toujours la même région du globe; s’exilant alors pendant plusieurs semaines de Rueil pour aller vivre à l’hôtel dans les Caraïbes. Avec quel argent, voilà ce à quoi on pense à nouveau : il est certes député européen, mais bon… surtout qu’il ne choisit pas le moins cher. « Dans la propriété de Rueil, Jean-Marie Le Pen et Jany ne sont jamais tout à fait seuls : Gérald habite ici. Personnalité fantasque affichée, cet homme au style et à l’entretien impeccables officie comme majordome pour le vieil homme politique. Lui épongeant le front quand il a chaud lors d’une séance de dédicace. Lui apportant de l’eau lors des meetings, de l’intimité quand le besoin s’en fait sentir et de la compagnie en tous endroits, y compris lors du traditionnel séjour en République Dominicaine, dont les Le Pen sont revenus, cette année, le 20 novembre. Dans cet hôtel aux sept restaurants, niché au milieu d’une immense cocoteraie et surplombant les eaux turquoise de Punta Cana, Gérald (Gérin) s’assure que son employeur dispose dans son bungalow d’un ordinateur et d’une imprimante ». De là aussi il invective, s’en prenant aux nouveaux amis de sa fille en des phrases scandaleuses telles que « la mafia des hétérophobes du FN« , qui vise on le sait Florian Philippot. A Punta Cana, il habite dans un hôtel appartenant à un « ami corse » sait-on, sans plus de précisions. En vacances là-bas, Il fait lui-même, en personne, et de façon étonnante, le lien avec la Frenh Connection d’antan appelée aussi rappelons-le  la »Corsican Connection »… alors que sa villa de Montretout est perquisitionnée en son absence. Or, fait troublant, comme le rappelle Wikipedia, le gang de la Brise de Mer avait aussi eu des vues jadis sur l’hôtellerie à Punta Cana : « au mois de mai 1998, des informations selon lesquelles fiesta« un groupe de corses » serait arrivé en République Dominicaine en novembre 1997 pour acheter un hôtel-casino, « le Dominican Fiesta », (ici à droite) pour une valeur de 12 millions de dollars. Parmi les membres de ce groupe figurent MM Luciani et Rossi ainsi qu’une femme prénommée « Marie-Claire », architecte de profession. Les points de contact du groupe, implantés dans la partie hollandaise de l’île de Saint-Martin, sont deux sociétés d’acheminement de courriers et de valeurs. Ces sociétés, « Fernandez Courrier Services et « Caribe United », acheminent l’argent, de Miami à l’aéroport international de Saint-Domingue où il est récupéré par le patron, d’origine corse, d’une société implantée sur l’aéroport. La somme transférée au mois de mars 1998, s’élève à 6 millions de dollars, et est portée à la connaissance de la police française mais le manque de coopération des autorités de la République dominicaine ne permettait pas d’approfondir, ni de vérifier ces renseignements« … En somme, à Punta Cana, on pouvait facilement planquer son argent sans craindre que les autorités françaises ne le retrouvent. Pour ce qui est de Jean-Marie, on venait de découvrir que ses lingots d’or amassés étaient désormais abrités non pas en République Dominicaine, mais pas trop loin, par une banque des Bahamas (à la Compagnie bancaire helvétique – CBH)  !!! Le compte s’y serait accru de 1,1 million d’euros en 5 ans, entre 2004 et 2009... A partir de quelles sources, voilà bien toute la question. Un député européen (il a été  élu en 2004) gagne tout compris environ 12 000 euros par mois. Soit 144 000 par an. C’est 200 000 par an qui a été ajouté au compte durant la même période…

Et il y a encore d’autres moyens de garnir le coffre suisse. Dans un savant mélange d’apport d’argent au parti et à son chef, comme à l’habitude avec ce qu’on vient de lire. Le 22 novembre 2014, surprise : on apprenait que le FN avait emprunté de l’argent… à une banque russe. L’homme à la manœuvre pour réussir ce coup étant le député européen Jean-Luc Schaffhauser, un ancien consultant chez Dassault Aviation. Le rapprochement aurait eut lieu selon le journal suisse Tages Anzeiger grâce à l’entregent de l’oligarque Konstantin Malofeev, un des membres du FPÖ (Autriche) et de l’extrême droite bulgare, ainsi qu’un « conseiller officieux de Poutine », qui n’est autre qu’Alexandre Douguine (lire ici qu’il il est), celui qui a tenu des réunions au Local de l’identitaire Serge Ayoub, en France; tous contactés par Aymeric Chaupradele roi des complots pas trop trop réussis à Punta Cana, quel hasard encore (et depuis profondément fâché avec Marine le Pen). Bref, une belle brochette d’extrémistes de droite. Si les contacts peuvent surprendre, c’est davantage la répartition de l’argent qui étonne. En effet, si d’un côté un prêt de 9,46 millions d’euros de la First Czech-Russian Bank (FCRB), basée à Moscou a été mis en place pour le parti, 450 000 euros ont bien,  selon le Canard Enchaîné, été versés à  Schaffhauser, ce que ce dernier a aussitôt démenti. Il reconnait en revanche le versement de 140 000 euros à une société qui lui est proche. La fameuse banque est détenue par Roman Popov, un ancien directeur financier de Stroytransgas, elle-même liée à Gazprom, entre 1992 et 2002. jirinowksiL’homme est également lié au milliardaire Guennadi Timochenko, un proche de Poutine. Et  Sergueï Narychkine, le président de la Douma rencontré par Marine le Pen en personne le 26 mai 2015.  Mais il y a mieux encore, quand on apprend qui a été servi en premier : le 18 avril, l’association de financement de la Cotelec, toujours présidée par Jean-Marie Le Pen, en effet reçu « un prêt de 2 millions d’euros d’une société chypriote  (Vernonsia Holdings Ltd) alimentée par des fonds russes« , versés sur un compte ouvert à la banque Julius Baer, en Suisse !!! Les 9 millions au parti faisant partie d’un deuxième virement. La fameuse société chypriote étant dirigée par Yuri Kudimov, un ancien du KGB !!! Qu’est ce qui avait valu au FN ce soutien appuyé par Poutine en personne, au vu des intermédiaires cités ?  Le FN avait apporté son soutien politique à une puissance étrangère, énoncé au micro des télévisions françaises, faisant part de son adhésion lors de lannexion de la Crimée en 2014 par la Russie.  Voilà qui fait tache, chez le parangon de la souveraineté nationale ! Les contacts russes de Jean-Marie sont connus, pourtant depuis longtemps : JM Le Pen s’était déjà rendu en Russie, pour y rencontrer l’ineffable Vladimir Jirinovski, (et assister à son faux mariage !) un Jirinowski (ici en 1996 avec JM LP), qui, il n’y a pas si longtemps encore déclarait qu’il ne fallait pas compter sur les femmes pour gouverner !!! Or, à bien y regarder, c’est encore le patriarche qui tient une partie des cordons de la bourse du parti désormais dirigé par sa fille !

Devenu riche il y a maintenant longtemps, l’homme est aussi resté fondamentalement avare. Persuadé que l’Etat lui réclame à tort, il semble avoir développé des techniques d’évitement pour ne pas accepter cette théorie du complot financier, comme celles qu’il admire tant et qui sont sa marque de fabrique en politique. Le Pen a donc beaucoup bataillé pour ne pas payer ce qu’il devait au fisc : cela lui a pris parfois 15 ans de procédure pour éviter de payer !!! « De constestation en mémoire, Jean-Marie Le Pen (aidé d’un avocat fiscaliste redoutable, Alain Guilloux) est parvenu à éviter près de 2,5 millions de francs de redressement fiscal portant sur les années 1979-1981, et à faire redescendre la note à 900 000 francs. Un résultat obtenu grâce à une guerre d’usure. A l’origine, cette vérification avait débouché sur trois catégories de redressement. Le premier redressement portait sur la faiblesse du loyer dont le président du Front national s’acquittait pour sa villa Montretout de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine): 11 pièces, des dépendances et 4 800 m2 de jardin comme l’a rappelé hier Dominique Kimmerlin, le commissaire du gouvernement. Il en était propriétaire, avec son épouse, à travers une société civile immobilière (SCI): montage qui permettait à Jean-Marie Le Pen de déduire de son revenu les charges excessives supportées par cette SCI au regard des loyers qu’elle encaissait. Le deuxième redressement portait sur la discordance importante entre l’état de ses comptes bancaires et sa déclaration de revenus. Le troisième concernait l’oubli par Jean-Marie Le Pen de plus-values effectuées à la Bourse du commerce et lui ayant rapporté 754 000 francs en 1979 et 391 000 francs en 1980. » Lors du procès de 1995, il était apparu que c’est près de 5 millions de francs dont on ne connaissait même pas la provenance !!!  « En 1979, les comptes bancaires de Le Pen comptait 7,8 millions de francs; 17,77 millions en 1980, et 4,6 millions en 1981. A la même époque, il a déclaré 406 000 francs de revenus pour la première année, 129 000 pour la seconde, et 176 000 pour la troisième. Depuis lors, un long dialogue s’est engagé entre le fisc et Jean-Marie Le Pen. Sur l’ensemble des trois années, près de 5 millions de francs de revenus sont d’une origine indéterminée. Après les dégrèvements accordés par l’administration et les justifications qu’il a apportées, il reste aujourd’hui près d’un million dont l’origine est incertaine… » C’était en francs. Aujourd’hui, ce sont plus de deux millions d’euros… (13 millions de francs !)… qu’il aurait dissimulé ! Comme quoi il n’a jamais arrêté de dissimuler.  Une obsession chez lui : quand il se fait écarter du parti, que réclame-t-il en premier ? 2 millions d’indemnités !!!

6828730Le 27 janvier 2015, autre épisode surprenant : la maison de Rueil de Jany Le Pen  (et de Jean-Marie) brûlait entièrement, suite à un incendie déclaré dans un conduit de cheminée en réfection. Voila le menhir hébergé chez …Marine le Pen qui venait de s’acheter une maison à la Celle Saint-Cloud, où elle s’était installée récemment, en août 2014. Fait amusant, la maison de Rueil qui faisait  200 mètres carrés habitable sur 1 600 mètres carrés de jardin avec piscine avait été vendue en 1987 à une société immobilière…  et pourtant, le couple Le Pen y est resté jusque 1995 sans avoir à acquitter de loyer (de 26 000 francs mensuels parait-il  – 4000 euros !), grâce au fameux contrat pétrolier …  En 2006, le Pen avait bien tenté de vendre Montretout. La valeur estimée à l’époque avait été chiffrées à 6,45 millions d’euros. Il avait dû estimer que ce n’était pas assez. « Le militant Jean-Marie Le Pen est un homme d’argent, dévoré par la passion de l’argent. Quiconque s’est un tant soi peu intéressé à son parcours, à sa biographie, à ses incartades, a découvert ce trait de caractère depuis fort longtemps » écrivait avec justesse le 28 avril dernier Maurice Safran. On ne saurait mieux conclure, en rappelant la duplicité du personnage dont l’un des slogans-phare avait été rappelons-le « Mains propres, tête haute« … la grande lessive tant promise par le leader du FN ne serait-elle pas plutôt la marque d’une fabrique de blanchiment ?

PS : la liste des condamnations de Le Pen

 

La grande comédie du FN (avec en bonus la liste des condamnations de Jean-Marie Le Pen)

 

(1) c’est aussi le père de Laurent (dit) Joffrin, de Libération ! Des photos le montrent en effet jeune, en vacances avec son père et Jean-Marie LePen.

(2) pour y intenter en juin 2015 un procès à Karl Zero, ami de ses filles, pour avoir mis en ligne sur son site You Tube (« Karl Zéro Absolu« ) une interview datant du 19 avril 1998 (« dans un manoir du Quercy où elle avait trouvé refuge auprès de son nouveau compagnon ») sans rappeler la vidéo d’Ardisson où elle affirmait que son ex-mari avait été payé en liquide par au moins trois personnes mais en précisant que pour elle, personne n’avait repris ce qu’elle avait dit à ce moment là. Le débat portait alors sur le côté raciste évoqué par Pierrette et non sur l’argent. L’interview de Karl Zero de Pierrette est en ligne ici. Le reproche fait est aussi d’être un violent, « son plus gros défaut » instable dans l’humeur, et bagarreur pour rien. Elle y affirme aussi qu’il n’a aussi pas été résistant, contrairement à ce qu’il a (aussi) prétendu. Et insiste sur le changement chez lui provoqué par l’attrait pour l’argent. « Le jour où il a hérité, il est devenu radin » affirme-t-il. « L’argent l’a beaucoup changé ». Elle y décrit aussi comment elle faisait venir l’argent de Suisse par « million de francs » successifs, par un simple coup de fil… à la cabine téléphonique du coin (Montretout étant visiblement déjà sur écoute !).

(3) un collectionneur curieux notera les noms fort divers« des Éditions de Crémille, des Éditions de l’Érable, des Éditions de La Hardière, des Éditions Famot sur une seule édition d’œuvres d’Alexandre Dumas. À la fin de chacun des ouvrages, on trouve la mention suivante avec quelques légères variantes: «Cet ouvrage a été réalisé d’après les maquettes originales des Éditions …, composé en Garamond corps 9, et tiré sur papier bouffant de luxe. Les illustrations ont été spécialement recherchées, pour cette édition, dans les archives de la Bibliothèque Nationale. Le tirage est exclusivement réservé aux souscripteurs.» La plupart des volumes portent la mention «Imprimé en Belgique», l’un au moins porte la mention «Imprimé en Suisse». Le gentilhomme de la montagne porte la mention «Imprimerie M. Déchaux, Paris, Dépôt légal 1er trimestre 1968.» Il y a au moins 53 volumes dans la collection, correspondant à 21 titres. » Des textes hors-droits, des illustrations disponibles à faible prix, des mises en pages faites à l’étranger par des opérateurs (avant l’arrivée de la PAO) payés avec un lance-pierres, Mouchard avait tout compris déjà… à l’édition bénéficiaire !!!

Le journal citoyen est une tribune.  Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

 

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