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Je vous l’avais bien dit

et j’ai tout compris

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Ça promet

Les augures ne sont pas que des oiseaux de joyeux présages. Ils ne sont pas non plus des diseurs de bonne aventure, des lecteurs assidus du marc de café ou de la boule de cristal. Ils se griment maintenant en hommes ou femmes politiques, candidats à la primaire ou directement à la présidence, sondeurs et journalistes et ils prétendent, en chœur, avoir tout compris, tout anticipé et tout vu venir à propos de l’avènement du canard boiteux d’Outre-Atlantique.

Il y a d’abord ceux et celles qui se voient un destin national par mimétisme ou curieuse imitation improbable. L’une se voit la copie conforme du milliardaire de pacotille, sa petite sœur de lait, nourrie aux mêmes phantasmes, jetant les mêmes anathèmes, proférant les mêmes énormités et usant de toutes les ficelles de la démagogie ; l’autre s’imagine être le parfait prototype de mec qui en a, qui ose dire ce que les autres n’osent pas, qui parle vrai contre les élites et les milieux autorisés en oubliant tout de son parcours et des casseroles … Les belles blagues que voilà !

D’autres prennent de la hauteur, se drapent dans leur dignité outragée et affirment que la leçon essentielle est de prendre en considération la colère des laissés-pour-compte, des oubliés du progrès, des désespérés de la démocratie. Il est vrai qu’il leur a fallu ce grand coup de pied au cul pour découvrir que le peuple ne sortait pas des grandes écoles et ne comprenait rien à leurs discours alambiqués mais qu’il était en mesure de voir combien son niveau de vie souffrait durablement de leur incapacité chronique .

Hélas, la seule conséquence qu’ils en tirent est de la nécessité d’un parler vrai, d’un discours qui s’appuie réellement sur un pragmatisme sans fard, comportant des données objectivées qu’il convient de confronter au réel et au quotidien des masses laborieuses. Ils nous promettent de recentrer leur programme sur les interrogations qui émergent d’une base désorientée par une mondialisation dont elle n’a pas encore perçu les bienfaits … Vous pouvez vous rendre à l’évidence : ils ont tout compris et l’expriment du mieux qu’ils le peuvent.

Passée l’émotion, les bonnes habitudes vont reprendre. La petite sœur qui a cherché à se payer une stature respectable ne va pas donner dans l’outrance du brave Donald. Il convient de ne pas imiter le faux borgne pour conserver sa nouvelle ligne. Le couillu va aller chercher des fonds auprès de ses amis les capitaines d’industrie, tout en se prétendant le porte-parole des exclus et en sortant les pires énormités. Il se dit même prêt à prendre triple ration de frites. Les autres ne vont rien changer à leur langue vide de sens et d’empathie.

Flambi en personne qui disait pis que pendre du canard candidat va faire des courbettes au vainqueur. Il va sans doute s’imaginer que les sondages sont faits pour être battus en brèche, renforçant ainsi sa conviction de croire en son étoile en dépit d’un niveau d’exécration jamais atteint. Car chacun voit midi à sa porte en regardant à l’ouest. C’est là le miracle de l’élection américaine. Elle donne à tous des raisons d’espérer même aux cas de mort clinique, juridique ou politique.

Les sondeurs, quant à eux, une fois encore, ont fait leur introspection. Ils ont saisi les rouages du ressort qui vient de leur revenir en pleine poire. Les citoyens qui trouvent refuge dans le vote de protestation leur mentent. Oui, ils osent ne pas passer à confesse et refusent de dire ce qu’ils ont vraiment dans le ventre. Ce qui, reconnaissez-le est particulièrement ennuyeux quand on se livre à l’exercice intime du sondage.

Ils vont donc modifier leurs variables, de plus en plus aléatoires, introduire des correctifs saisonniers et des inconnues pondérables. Ils vont sans doute exiger un serment sur l’honneur, des personnes qui tombent sous l’escarcelle de leur échantillon représentatif afin de reprendre sans fin la ronde de leur activité inutile et anti-démocratique. Ils se rêvaient faiseurs de roi par la simple annonce de leur couronnement futur et se découvrent porte-la-guigne !

Quant aux journalistes, ils vont s’étrangler quelques jours sur la faille que l’on doit déplorer entre la qualité de leurs analyses et la médiocrité de sa compréhension par leurs lecteurs. Ils oublient de penser qu’ils ne sont plus rien ou presque, que l’opinion se fait dans les réseaux sociaux, qu’elle se goinfre de messages truqués, de fausses rumeurs qu’ils sont incapables de démentir. Tout va trop vite et est devenu parfaitement incontrôlable.

Malgré tout, ils vont tous en tirer des conclusions et changer de logiciel pour être parfaitement en phase avec les prochaines présidentielles françaises. Naturellement, ils vont se fourrer le doigt dans l’œil, comme le dirait Donald, et, une fois encore, ils vont se trouver confrontés à un nouveau séisme.

Il serait plus sage de se dire que plus rien n’est raisonnable, que plus rien de logique ne peut sortir du chapeau et que tout cet argent, vainement dépensé en meetings, en affiches, en déplacements, en professions de foi, pourrait être économisé. Contentez-vous d’un tirage au sort et en attendant, fichez-nous la paix ! Vos candidats sont aussi misérables que ceux d’en face ; leur impuissance est notoire et ils ne feront rien de ce qu’ils ont promis, comme le brave vilain petit canard qui va s’empresser de rentrer dans le rang. Merci.

Amériquement vôtre.

C’est Nabum

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