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Je ne sais pas pondre l’oeuf, mais je sais quand il est pourri

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Une personne sur deux sera touchée par le cancer, et la deuxième sera probablement un aidant naturel. Essai, récit, exercice de réflexion, ce travail journalistique minutieusement documenté aborde la question du cancer à travers l’expérience personnelle de Josée Blanchette et les témoignages qu’elle a reçus. Cette enquête sur un sujet majeur donne la parole à de nombreux spécialistes lucides et parfois critiques. L’auteure remet en question les accointances entre l’oncologie et les compagnies pharmaceutiques, effectue une incursion en médecine intégrative et propose des pistes de prévention et de postvention. Au coeur de sa démarche, elle place le discernement de chaque personne et son pouvoir d’agir. « Un plaidoyer solide. […] Je crois que personne ne restera indifférent. » Dr Jean Rochon, préfacier, ex-ministre de la Santé

***

EXTRAITS DU LIVRE

Refus de traitement

Si c’était à recommencer, combien de gens renonceraient à tout ce cirque? J’en connais plusieurs, mais ils ne sont plus là pour le dire.

Que vous refusiez un Tylenol à l’hôpital ou une chimiothérapie, même combat. On écrira« refus de traitement » au dossier. Ça surprend toujours un peu le personnel soignant.« Les médecins se sentent complètement incompétents lorsque le patient refuse un traitement. Mais c’est à eux de régler leurs bibittes, pas au patient à en faire les frais. » Celle qui me parle est médecin spécialiste et enseigne aux futurs docs à l’université. Elle fait du terrain (en clinique, en salle d’opération) et prend le pouls des futurs résidents.

Refuser un traitement ne signifie pas qu’on doive les refuser tous. On peut demeurer sélectif. Cela ne signifie pas non plus que votre médecin cessera de vous traiter correctement ou d’éprouver de la considération pour vous. Un bon médecin — et la plupart agissent avec professionnalisme — apprend à ne pas mettre son ego dans le chemin entre les décisions de son patient et ses convictions personnelles. La marge d’erreur est toujours grande entre ce qui est prescrit, de quelle façon le patient réagit et comment la nature se charge de nous guérir.

[…]

L’heure du leurre

Ils sont nombreux ceux que cela rassure que vous alliez au front, subir des traitements qui retardent le moment où vous les confronterez à la mort, la vôtre, mais surtout la leur. Eux-mêmes n’ont aucune idée si on vous envoie en Syrie ou à Valcartier. Certains s’imaginent peut-être que c’est le Club Med, étant donné que chaque La-Z-Boy du département de chimiothérapie est assorti d’un écran de télé sur bras télescopique et qu’on fournit l’eau en bouteille.

Sortez vos masques, l’heure est au grand théâtre funèbre. Vous aurez peut-être droit à la décapitation en direct si vos gènes sont incompatibles. Ça ajoute un peu de suspense : mort sur son fauteuil de chimio. Mais les médias ne parlent jamais de cela, sauf si c’est une personnalité du bottin de l’UDA qu’on décapite. La chimiothérapie est un leurre pratique pour cela. Vous mourez à petit feu ou non. Si vous en réchappez, on se prosternera devant l’autel des pharmaceutiques, du corps médical, même de Dieu, car la perspective de la mort rend parfois croyant.

Dans tous les cas, les aiguilles donnent bonne conscience à tout le monde. On « fait » quelque chose. On « agit », même si la période de prolongation n’est que de quelques mois de plus… ou de moins. On se « bat » comme un valeureux petit soldat devant la Grande Faucheuse. On plie l’échine, on tend le bras, on plonge tête baissée et on attend les applaudissements. Ça occupe. Vous vous battrez jusqu’au bout pour leur éviter de trop penser à leur fin. Merci pour eux. Et vous y êtes encouragé par des médecins qui trouvent parfois leur ego flatté de vous prolonger un tant soit peu.

Votre temps est précieux mais jamais autant que lorsqu’il ne vous en reste plus. Et apprendre à mourir n’est pas une répétition générale. Si c’était à recommencer, combien de gens renonceraient à tout ce cirque ? J’en connais plusieurs, mais ils ne sont plus là pour le dire.

Le Devoir

 

ENTREVUE, TLMEP, 2 OCTOBRE 2016

 

http://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/2016-2017/segments/entrevue/9285/josee-blanchette?isAutoPlay=1

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A propos de Gaëtan Pelletier

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    Le refus de traitemennt, même si la chimiothérapie semble parfois inadéquate dans sa façon de faire (ou son dosage précis) fait partie, hélas, de ce vaste mouvement initié par des ignares, qui a consisté par exemple à refuser les vaccins, ce qui conduit à des morts chez des enfants. C’est totalement inepte et irresponsable de véhiculer ce qui n’est qu’une CROYANCE, au même titre que d’attendre le miracle en religion…

    exemples récents de ses inepties :

    « De 1979 à 1996, la Suède interrompit la diffusion du vaccin contre la coqueluche à la suite de quoi 60 % des enfants furent contaminés, la mortalité ne dépassant cependant pas un individu par année98. L’OMS a estimé à 294 000 le nombre de décès en 2002 dus à la coqueluche dans les pays ne pratiquant pas la vaccination101.

    La réapparition significative de la rougeole dans une communauté religieuse aux Pays-Bas a démontré les conséquences de la non vaccination102. Il n’y eut cependant que trois décès pour 2 961 cas.

    Au début des années 2000, un groupe de religieux conservateurs au Nigeria, rejetant la médecine occidentale, conseilla à ses adeptes de ne pas vacciner leurs enfants avec le vaccin oral contre la poliomyélite. Le boycott fut adopté par le gouverneur de la province de Kano et aucun vaccin ne fut administré pendant plusieurs mois. La polio réapparut dans une douzaine de provinces qui ne présentaient pas de cas de la maladie auparavant103 En 2006, le Nigeria avait la moitié des cas de polio du monde104. Une résurgence de la rougeole en 2005 dans l’État d’Indiana aux États-Unis fut attribuée à des parents qui avaient refusé la vaccination pour leurs enfants105.

    La majorité des cas de tétanos chez des enfants surviennent dans les familles où les parents ont refusé de faire vacciner leurs enfants106. »

    Lors, pas de chimio ou pas de vaccins, c’est du kif.

    L’idée comme quoi ce n’est qu’une question de temps est FAUSSE. C’est laisser aussi croire qu’on ne peut pas en guérir, pour certains, qui vont hélas… le croire.

    C’est donc bien au final une CROYANCE, et non un fait de SCIENCE… et ça c’est GRAVE.

    • avatar

      « Lors, pas de chimio ou pas de vaccins, c’est du kif. »
      Ben là, Momo, entre les vaccins et la chimio il y a tout un monde. Le patient a tout de même son mot à dire et en plus le livre – il est dommage qu’il n’y ait qu’un petit passage – est selon les lecteurs, bien étayé.
      Elle n’est pas le premier cas des gens qui ont refusé la chimio. Elle est consciente d’ailleurs des résultats de la chimio pédiatrique qui a énormément évolué.
      On trouve ici la réponse des oncologues: la chimio, ce n’est pas pour tous.

      http://www.ledevoir.com/opinions/libre-opinion/481589/josee-blanchette-a-tlmep-quand-le-prisme-des-perceptions-fausse-les-realites-de-l-oncologie
      Pour les vaccins la « chance » d’avoir des effets secondaires graves est minime. En chimio, certains effets sont si néfastes qu’il vaut sans doute parfois les refuser.
      Je répète que le patient a son mot à dire et qu’on ne meure pas tous d’un refus. Du moins tout de suite.
      Pour les vaccins dont vous faites mention, je suis d’accord. Mais combien de vaccins les enfants états-uniens reçoivent-ils avant l’âge de 6 ans? Je ne me souviens plus du chiffre, mais c’est énorme.

  2. avatar

    pourquoi « Etats-Uniens » ???

    Les mêmes qu’en France !

    http://www.e-sante.fr/etats-unis-conseils-sante-vaccination/guide/1537

    celles de l’OMS

    http://www.who.int/immunization/policy/immunization_tables/fr/

    « L’Organisation mondiale de la santé (OMS), est une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU) pour la santé publique créée en 1948. Elle dépend directement du Conseil économique et social des Nations unies et son siège se situe à Genève en Suisse, sur la commune de Pregny-Chambésy ».

    je ne savais pas que le siège de la santé aux USA était à Pregny-Chambésy, 3635 habitants, Gaetan, vous m’apprenez quelque chose…

    • avatar

      Je n’ai pas dit que OMS était aux États-Unis. Je disais que les États-Unis étaient les champions de la vaccination chez les enfants entre 0 et 6 ans. Et ce n’est pas sans danger d’effets secondaires.
      http://ameriksante.com/information-expatrie-calendrier-vaccinal-aux-etats-unis/
      Je remarque que ça ressemble aux tableaux de l’OMS

      Mais là, on s’écarte du sujet… Si en France il y a de la résistance à la vaccination, ce n’est pas le cas au Québec.
      On parlait de chimio…

  3. avatar

    Je disais que les États-Unis étaient les champions de la vaccination chez les enfants entre 0 et 6 ans.

    c’est faux…