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Je me souviens

 

 

Je me souviens de notre arrivée à Montréal en 1990 : c’est là mon «chez moi» et nulle part ailleurs!

 

Chaque personne émigre pour une raison, mais toutes le font pour « un monde meilleur » !

Les uns émigrent pour une raison économique, d’autres pour une raison plus grave, comme la guerre.

Je me souviens de notre arrivée à Montréal, en 1990.

Nous avions décidé alors d’y poser définitivement nos valises : finies les fuites d’un quartier à un autre, d’une ville à une autre à cause de la guerre qui sévissait au Liban, ou d’un pays à un autre à la recherche d’un travail bien rémunéré en attendant la fin d’une guerre qui ne nous appartenait pas !

Les années ont passé, d’autres guerres et crises ont balayé le pays, et ça continue !

Vingt-cinq ans à Montréal déjà, et vingt-cinq ans à passer Noël loin de notre pays d’origine et loin de la famille.

Année après année, c’est toujours avec un serrement de coeur que je décore le sapin. Nostalgie ! Émotion que personne ne peut me ravir !

J’adore Montréal : c’est là mon « chez-moi » et nulle part ailleurs !

Néanmoins, c’est toujours le coeur serré que je vois venir les Fêtes.

Pourtant, tous les artifices sont là pour rappeler la fête, toutes les décorations et les célébrations.

Cependant, il reste un coin dans mon coeur réservé à ce pays qui m’a vue naître, cette famille auprès de qui j’ai vu le jour et où j’ai passé une partie de ma vie.

Émigrer n’est pas évident, pas du tout.

Ce n’est pas simple de décider de tout laisser derrière soi : pays, famille, amis, biens, et de tout recommencer à nouveau.

Ce n’est pas facile de couper une partie de sa vie, une partie de son coeur, de regarder devant soi et de continuer comme si de rien n’était.

La guerre, ce monstre vivant qui déracine les gens et les prive de vivre sereinement auprès des leurs.

Émigrer est un déchirement, un tiraillement continu !

Rester ou partir ?

Tout abandonner et recommencer à zéro ?

Revenir ? Mais les enfants ? Leur faire revivre le même déracinement vécu ?

Rester à tout prix !

Quel prix ?

Chacun émigre pour une raison, les uns le font par choix, d’autre par obligation, par nécessité, par urgence.

Jamais urgence ne fut plus grande : sauver sa peau, choisir une vie meilleure et l’offrir à ses enfants.

Et le déchirement est encore plus grand lorsqu’il est orchestré par les autres.

Je me souviens de notre arrivée au Québec, cette belle et bonne terre d’accueil où, dès le jour un, nous nous sommes sentis chez nous ! Un peuple accueillant et courtois.

Je me rappelle la première fois ou j’ai voulu prendre le métro : j’étais debout sur le quai quand le premier wagon s’arrêta à mon niveau. Quand la porte s’ouvrit, j’en ai profité pour demander au monsieur assis à l’avant : « Pour aller à Atwater, quelle direction faut-il prendre ? »

Il descendit du wagon et me montra rapidement la direction sur la carte, en ajoutant avant de remonter : « J’ai un métro à conduire ! » Éberluée, j’ai réalisé qu’il était le conducteur !

C’était ma première « bonne impression » de cette terre d’accueil.

Une dizaine d’années auparavant, de passage à Paris, j’avais demandé l’heure à un passant qui me répondit : « Je n’ai pas acheté ma montre pour vous ! »

Ce jour-là à Montréal, je fus aussi éberluée et surprise par la spontanéité et la gentillesse du conducteur du métro que je l’avais été autrefois par l’attitude désagréable de ce passant à Paris.

Ce jour-là, j’ai senti que j’étais la bienvenue à Montréal !

Je me souviens de notre arrivée à Montréal, en 1990.

MetroArrive2

Nicole Abdul-Massih

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