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Je me fais étudiant pour quelques minutes.

Donc je suis un étudiant du CEGEP et j’essaie d’accumuler des connaissances qui pourront servir un jour, dans ma société. Je suis heureux de vivre dans une démocratie qui me permet d’afficher ma position même lorsqu’elle n’est pas celle des autorités. Je suis prêt à me battre pour défendre cette démocratie et je suis prêt à manifester contre ce qui me semble être contraire au bien-être de mes concitoyens. Lorsque le gouvernement prend des décisions qui favorisent une partie de la société à l’encontre de la majorité, j’ai nettement l’impression d’avoir le « devoir » de manifester mon opposition. Je ne suis pas « omniscient », mais j’ai quand même le droit d’exprimer ce que je pense quel que soit le sujet.

Le gouvernement décide, un jour, de compresser les sommes normalement attribuées à la Santé et à l’Éducation. Et dans le même souffle, il ajoute vouloir « alléger » les impôts des entreprises, sauf celui des petites entreprises (ce qui me semble assez indicatif). Même si je ne suis pas « omniscient », je perçois bien clairement qu’il y a quelque chose de « croche » dans ces décisions gouvernementales. En fait c’est toujours le même « pattern » qui revient : améliorer le sort des plus nantis au dépend de la majorité. Cela n’est pas nouveau, mais c’est évident que cela va directement à l’encontre de l’équité sociale même si on se torture les méninges pour le justifier. Des étudiants de mes amis ont la même impression et nous décidons de nous servir de notre droit démocratique pour organiser une manifestation contre cette austérité hypocrite.

Une loi existe demandant aux manifestants de dévoiler leur itinéraire pour ne pas nuire à la circulation des voitures en ville. Nous sommes conscients que si notre manifestation ne dérange personne, nous perdons notre temps à manifester. On ne dévoile donc pas notre itinéraire et nous nous réunissons devant le bâtiment de l’Assemblée Nationale.

On se rend rapidement compte que des policiers entourent toute la surface où nous nous sommes rassemblés. Mais ce n’est pas trop inquiétant puisque nous ne nous déplaçons pas encore et qu’on ne dérange personne. Par contre, peu à peu, les policiers resserrent l’encerclement. Encore une fois, nous ne sommes pas vraiment inquiets. D’ailleurs les policiers ne sont pas là pour nous attaquer, ils sont là pour assurer le calme, la paix et la non-violence. Lorsque nous nous sentons un peu trop « compressés, nous faisons front commun et poussons sur le mur de policiers qui nous pressure trop à notre goût. Ceux-ci reculent et reviennent en poussant encore plus fort que nous. Nous sommes alors projetés vers l’arrière. Comme je suis sur la ligne de front, je suis l’un des derniers à rejoindre mes compagnons qui sont repoussés.

C’est alors qu’un policier reçoit l’ordre de tirer une bombe lacrymogène ou quelque chose du genre.  Le policier s’approche de moi me fout son arme dans le visage et tire. D’autres policiers font la même chose autour de moi, mais ceux qui sont visés ont le dos tourné et, eux, ne sont pas grièvement blessé, heureusement.

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Ce soir-là, nous, les étudiants, avons reçu une leçon sur la « démocratie » réelle qui dirige notre société et qui ne s’effacera jamais de nos esprits. Nous connaissons dorénavant ce que valent les belles paroles moralistes et « démocratiques » de nos gouvernants et ce que vaut l’esprit de dévouement envers notre société de ces baudruches hypocrites. Nous allons certainement réfléchir à ce qu’il est possible de faire pour améliorer la situation des citoyens devant de telles politiques.

Voilà donc ce que je « ressens » quand je m’installe à la place de nos étudiants. Quant à dire ce que j’en pense, cela ne servirait à rien car il y a trop de citoyens « beiges-fades » dans cette société d’invertébrés dirigée par des mollusques. Par contre, pour mon équilibre psychologique, il fallait que je l’écrive.

André Lefebvre

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2 Commentaire

  1. avatar

    Que dire de la réaction du marie de Québec Régis Labeaume qui a déclaré: « Moi, j’ai envie de dire, qu’est-ce que vous faites là ? Les gens, qu’est-ce qu’ils font là à deux pouces du nez des policiers ?

    Dans les médias, on ne cherche même pas à cacher le fait que les policiers ont probablement reçu l’ordre de ne pas faire dans la dentelle. Mépris total de la part des autorités (gouvernementales, municipales et policières)!

    La ville de Québec fortifiée… l’ennemi étant le peuple insatisfait qui a la prétention d’exercer son droit de manifester. Que d’irrespect envers les citoyens, leurs droits et libertés.

    Dans un article, on peut lire que le maire Labeaume se tient prêt à faire face aux nombreuses manifestations que tous prévoient. On est clairement en présence de violations de droits et d’abus de pouvoir. C’est la démocratie qui sort les armes pour faire taire l’unanimité …

    http://ici.radio-canada.ca/regions/quebec/2015/03/26/009-rassemblement-asse-budget-leitao.shtml

    • avatar

      Le maire a parlé comme si c’était les étudiants qui s’étaient rapprochés des policiers quand c’est exactement le contraire qui s’est produit. La question devrait être: Qu’est-ce que ces policiers faisaient-là, à deux pouces du nez des étudiants?

      Remarquez qu’il est d’usage de présenter les choses inversement pour un politiciens. Ils sont fervents du « relativisme » de salon.