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JACQUES PARIZEAU DE LA RH?TORIQUE AU SOPHISME

Texte de Robert Bibeau:

 

L?ex-premier-ministre p?quiste (1994-1996), ma?tre Jacques Parizeau, ?conomiste de sa profession, s?est commis d?un article sur l?endettement de l??tat qu?b?cois qui serait, selon lui, largement dramatis?. L??minent ?conomiste h?ros et h?raut de la mouvance ind?pendantiste pr?tend que la situation des finances publiques qu?b?coises situe la province au milieu du peloton des pays de l?OCDE, et donc que rien n?est ? craindre de plus que ce qui devrait effrayer tous les autres pays surendett?s [http://www.ledevoir.com/politique/quebec/378283/ne-surdramatisons-pas-notre-endettement].

Sit?t l?article publi? un groupie s?est r?joui qu?un grand oligarque l?ait ainsi apais?; la Gr?ce en faillite, trois fois plus endett?e que le Qu?bec en sursis, c?est rassurant pour ce fan. Tout va tr?s bien, Madame la marquise. Ma?tre Parizeau sur son arbre perch? ? tenant en son bec un livre de comptabilit? ? enseignait les concepts et les conventions comptables les plus indiqu?s pour dissimuler un bilan financier d?glingu?.

L?expert ?conomiste, du temps de son passage aux finances publiques, n?avait-il pas ainsi semonc? un milliardaire?: ? Une entreprise qui paie l?imp?t devrait changer de comptable??, r?sumant ainsi la pens?e du financier. Aujourd?hui, le docte professeur en rajoute?: ??Un pays qui a une dette insoutenable devrait changer de convention comptable??. Et la crise syst?mique du capitalisme? Balay?e sous le tapis r?pond l?ami?repenti! Vous cherchez l?huissier ? la porte de l?Assembl?e nationale? Ne cherchez plus, Jacques vient de le renvoyer?manu militari!

L?argumentaire de Monsieur Parizeau tient en ceci?: Afin de faire para?tre plus svelte la dette souveraine d?un Qu?bec qu?il souhaite ? ind?pendant??, il suffit de changer de convention comptable et plut?t que d?afficher la dette qu?b?coise selon le concept de la ?dette brute?, ou encore selon le concept de la ?dette nette?, il propose plut?t de la calculer et de l?afficher selon le concept de la ?somme des d?ficits cumul?s?. Si en plus, le gouvernement ?vite comme le font les ?tats-Unis d?utiliser la norme comptable s?v?re de l?IFRS (International Financial Reporting Standards) et adopte la convention comptable ?tatsunienne ? plus accommodante ? pour le calcul des revenus, des d?penses, des avoirs et des amortissements, il parvient ? sur papier du moins ? ? r?duire la dette publique de 117?% ? ?seulement? 65?% du PIB ?national? qu?b?cois. Et cela, sans avoir rembours? un sou.

Ce type de fumisterie financi?re ne sert qu?? distraire la galerie populaire et n?est d?aucune utilit? quand vient le temps de confronter les banquiers comme vous serez ? m?me de le constater.

Le c?ur de la man?uvre ?parizienne?? consiste ? effectuer une double soustraction ? la dette souveraine qu?b?coise. Ma?tre Parizeau soustrait d?abord la valeur des actifs financiers du gouvernement (imp?t en souffrance, obligations rembours?es pendant l?ann?e, placements des soci?t?s d??tat, pr?ts aux ?tudiants, etc.), ce qui lui donne la dette nette du Qu?bec; de laquelle il retranche les actifs non financiers (immeubles, barrages, centrale thermique, lignes de haute tension, traversiers, usines des soci?t?s d??tat, etc.). C?est ainsi qu?un ?conomiste ?fait dispara?tre? 52?% de la dette provinciale sans rembourser un sou aux cr?anciers. La dette provinciale totale est toujours d?environ 255 milliards de dollars, mais son pourcentage en proportion du PIB ? national?? est radicalement r?duit. C?est ainsi que comme en Gr?ce et ? Chypre on prolonge l?agonie d?un syst?me d??conomie politique en faillite [http://www.iedm.org/fr/57-compteur-de-la-dette-quebecoise].

Le professeur de conclure?:

? (?) dans l?hypoth?se o? le Qu?bec serait un pays, aujourd?hui, sa dette serait de 65 % du PIB. Ce serait tout ? fait g?rable. Et si on compare la dette totale du Qu?bec ? celle des pays industrialis?s, en se servant de la m?thode de l?OCDE, on constate qu?elle est (en % du PIB) plus ?lev?e que celle du Canada, mais moins ?lev?e que celle de la moyenne des pays de l?OCDE.? (1).

Le Qu?bec est donc toujours aussi endett? et sur le bord du gouffre financier, mais pas davantage que les autres pays cotisants ? l?OCDE, tous menac?s de faillite et de d?faut de paiement. Quand on veut son ?pays? ? tout prix, toute supercherie est comme un gri-gri contre la pluie, anesth?siant.

Pas facile de trouver l?erreur n?est-ce pas? La base de l?argument du professeur Parizeau tient dans cet ?nonc??:

?Tous les montants que j?ai mentionn?s jusqu?? maintenant sont ?tablis sur la base de la dette brute, c?est-?-dire qu?on ne tient pas compte des actifs. C?est ? peu pr?s comme si un individu, se pr?sentant ? sa banque pour ?tablir son bilan financier, d?clarait sa dette sur cartes de cr?dit et son hypoth?que, mais pas le montant de ses d?p?ts bancaires ni l??valuation de sa maison.? (2).

Appliquons le proc?d? ici sugg?r? ? l?analyse de la crise des ?surprimes? am?ricaine de 2008. D?but des ann?es 2000, des millions de travailleurs-producteurs ?tatsuniens s?ach?tent une maison ? cr?dit. Apr?s quelques ann?es de paiement, chacun de ces travailleurs-consommateurs fait son bilan financier chez son banquier. Comme ma?tre Parizeau le sugg?re, ils alignent d?un c?t? leur paiement hypoth?caire, les taxes, les co?ts d??nergie, les paiements sur l?automobile, les d?penses hebdomadaires et la dette hypoth?caire globale restante, ainsi que les dettes sur cartes de cr?dit. De l?autre c?t?, ils alignent leurs revenus familiaux, leurs avoirs financiers, l??valuation de leur maison et m?me la valeur du mobilier et la valeur r?siduelle des automobiles.

Voil? le bilan financier sugg?r? par l??conomiste Jacques Parizeau. Mais catastrophe, pour des millions de propri?taires am?ricains, malgr? la valeur en hausse de leur r?sidence sur?valu?e, les paiements ? rencontrer s?av?rent si ?lev?s qu?un emprunt suppl?mentaire s?impose. Cette fois non pas pour payer l?hypoth?que, mais pour payer l??picerie, comme disait l?ex-ministre des Finances Jacques Parizeau, du temps qu?il n?gociait avec les syndicats de la fonction publique qu?b?coise.

En fait, un nouvel emprunt pour payer l?essence, la nourriture, les v?tements, l?entretien de l?auto ou les sorties du week-end. Que s?est-il donc pass? depuis la derni?re n?gociation de l?hypoth?que? La sp?culation et l?inflation ont fait augmenter le prix des maisons, mais en contrepartie, aussi celui de chaque poste budg?taire ainsi que le taux d?int?r?t ? payer sur l?hypoth?que. Le ch?mage croissant laisse peu d?espoir que le travailleur-propri?taire fasse des heures suppl?mentaires ou qu?il se d?croche un deuxi?me emploi. C?est la faillite, le d?p?t de bilan personnel. Le banquier ne cherche pas ? savoir si la dette de l?ouvrier-propri?taire ?quivaut ? 117% ou ?seulement?? ? 65% de son revenu personnel. Le banquier fait un calcul de solvabilit? ? il ?value le risque encouru s?il continue ? pr?ter ? ce paum? ? et il jauge la probabilit? de recevoir son loyer sur l?argent octroy?.

Ainsi, en l?ann?e 2008, ? la suite d?une l?g?re hausse des taux hypoth?caires am?ricains, des centaines de milliers de r?sidants-travailleurs-emprunteurs ?tatsuniens ont ?t? saisis, d?pouill?s de leur maison, jet?s ? la rue. Pourtant, tous ces gens ?taient endett?s dans des proportions respectant la moyenne am?ricaine. Ce constat n?a pas suffi ? rass?r?ner les banquiers. Les r?sidences ont ?t? saisies par millions. En l?espace d?environ deux ans, leur valeur a chut? drastiquement, tout b?tement parce que des millions de maisons ? vendre et tr?s peu de clients pour acheter font chuter l??valuation municipale et s?effondrer le march? immobilier. Des centaines de milliers de ces foyers ont ?t? tout simplement d?molis plut?t que d??tre remis ? leurs propri?taires insolvables.

La construction immobili?re s?est effondr?e, la consommation des travailleurs s?est effondr?e, l??conomie am?ricaine est entr?e en r?cession. Moins d?emplois et donc moins de revenus et donc moins de cr?dit et donc moins de consommation, la spirale infernale ne s?arr?tait plus, entra?nant une nouvelle chute de la production et donc moins d?emplois et de nouveaux ouvriers ch?meurs incapables de rembourser leur dette.

Il en va de m?me pour les actifs d?Hydro-Qu?bec et de toute soci?t? d??tat. Les barrages appartenant ? Hydro ont effectivement une valeur qui r?sulte de deux facteurs; premier facteur, la quantit? de travail qui a ?t? requise pour construire ce barrage (moyens de production et travail salari?); ainsi que la plus-value produite par les travailleurs pendant la construction et accapar?e par l?entreprise, peu importe que ce soit une entreprise d??tat ou une compagnie priv?e.

Mais pour que cette ??valeur??, du barrage Manic 5 par exemple, puisse se r?aliser, Hydro-Qu?bec doit vendre l??lectricit? produite et ? un prix suffisant pour compenser les salaires pay?s et la plus-value expropri?e. Et c?est le deuxi?me facteur, si Hydro-Qu?bec ne parvient plus ? vendre l??lectricit?, alors les barrages de l?Hydro n?ont plus aucune valeur marchande, car ils n?ont plus de valeur d?usage. Certains barrages au Qu?bec ont ainsi perdu leur valeur marchande et ils ont ?t? abandonn?s.

C?est la raison pour laquelle on ne comptabilise pas la valeur des actifs immobiliers dans le calcul de la dette gouvernementale, car cette valeur est d?j? incluse sous forme d?amortissement annuel dans la comptabilit? de la Soci?t? immobili?re du Qu?bec et de l?Hydro et dans les dividendes que la soci?t? d??tat verse annuellement au gouvernement (environ 2 milliards de dollars en 2011) [http://affaires.lapresse .ca/economie/energie-etressources/2011 03/23/01-4382348-les-profits-dhydro-quebec-en-baisse-le-dividende-aussi.php ].

Autrement dit, pour ?tablir la cote de cr?dit d?un particulier ou d?un ?pays? et donc leur taux d?emprunt respectif, ce qu?un banquier et une agence de notation (Standards and Poor, Moody?s) appr?cient ce n?est pas la valeur comptable de chaque emprunteur, mais sa capacit? de rembourser ? donc ses revenus et ses liquidit?s. Dans ce cas, le niveau d?endettement brut de l?emprunteur est le vecteur le plus r?v?lateur de cette capacit? ou de cette incapacit? (Chypre, Gr?ce, Qu?bec, etc.).

Voil? pourquoi le ministre des Finances Nicolas Marceau grappille dans les poches des travailleurs, coupe dans les d?penses de fait dans les services gouvernementaux, hausse les taxes et les imp?ts, gonfle la facture d??lectricit?, etc.. Il lui faut augmenter ses capacit?s de rembourser les financiers sur le dos des travailleurs et un gouvernement d?un Qu?bec soi-disant ?ind?pendant? devrait en faire autant.

Il n?y a rien de rassurant au fait de constater que le Qu?bec est endett? ? peu pr?s autant que tous les autres pays d?Occident qui se dirigent tous all?grement vers leur d?p?t de bilan. ?videmment, on r?pliquera qu?un ?tat ne peut faillir. C?est pourtant faux. Quand en 1924 le gouvernement allemand a d?valu? radicalement l?ancien mark, il a fait faillite et il a reb?ti son ?conomie sur de nouvelles bases comprenant un nouveau mark allemand. Sauf que des millions de travailleurs germaniques ont ainsi tout perdu, et leurs ?conomies et leur caisse de retraite et parfois leur foyer dans ce coup fourr?. ? l?identique, quand l?Union sovi?tique s?est ?croul?e, des millions de travailleurs des diff?rentes r?publiques se sont retrouv?s sans ?pargne, sans le sou, sans caisse de retraite avec le d?fi de reb?tir leur vie ? partir de rien, souvent sans emploi et sans secours public, peu importe qu?ils aient 20, 40 ou 70 ans.

Le gouvernement de Barak Obama jongle pr?sentement avec cette ?ventualit?. La banque centrale europ?enne songe ?galement ? cette ?chappatoire, alors que la r?cession ?crase l??conomie des pays de l?Union europ?enne et des ?tats-Unis. Alors songer un peu ? la futilit? de ce cri d??tourdi de l?ex-ministre des finances du Qu?bec?:

??Il n?y a pas de crise financi?re (!) Il faut cesser de se faire peur et se d?barrasser de cette hantise comptable qui paralyse. Il faut aborder de front les vrais probl?mes ?conomiques du Qu?bec : sa croissance ?conomique trop lente, la s?rieuse d?t?rioration de sa balance des ?changes ext?rieurs, la faible productivit? d?un trop grand nombre de ses entreprises (soulign? par nous NDLR), les insuffisances de la formation professionnelle et technique? (3).

Le Qu?bec, qu?il se retrouve ou non en dehors de la f?d?ration canadienne, n?a pas la capacit? d?influer puissamment sur le cours de l??conomie mondiale et il subit, et subira ? sous ce syst?me d??conomie politique ? les contrecoups des grandes d?cisions financi?res, boursi?res, mon?taires, industrielles et militaires qui se prennent ailleurs en Occident. Jouer ? l?apprenti sorcier et finasser avec les chiffres, les statistiques, les d?ficits, les concepts et les conventions comptables ne r?gleront aucunement la crise ?conomique syst?mique qui s?abat sur le syst?me d??conomie politique mondial.

La confusion qu?entretient l?ex-premier ministre, ce n?est pas seulement de remodeler le syst?me comptable afin de le faire correspondre aux utopies des milliardaires et des politiciens complaisants. La confusion, c?est aussi de laisser penser que 255 milliards de dette souveraine est une situation qu?il ne faut pas trop dramatiser et surtout de laisser entendre que le peuple qu?b?cois pourrait un jour rembourser cette dette l?onine.

 

ROBERT BIBEAU

 

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[http://www.iedm.org/fr/57-compteur-de-la-dette-quebecoise] [http://www.ledevoir.com/ politique/quebec/378283/ne-surdramatisons-pas-notre-endettement].
http://www.ledevoir.com/politique/quebec/378473/pas-de-deficit-mais-un-surplus-d-un-milliard

 

 

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