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Jacques Marseille, lib?ral? et r?volutionnaire ?

Il vient de dispara?tre ? soixante-quatre ans. Connu pour ses positions tranch?es, Jacques Marseille ?tait ? la fois observateur et force de proposition. Radical, il n?h?sitait pas ? r?volutionner les perspectives ?conomiques et sociales. Pour preuve, l?allocation universelle ? 750 euros par mois pour tout le monde inconditionnellement.

yartimarseillejacques01Marseille ? Paris. Ce n?est pas midi ? quatorze heures pourtant.
Ni un match de foot OM-PSG.
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C?est juste que l?historien de l??conomie ?tait parisien… L?un des promoteurs qui a le mieux argument? l?allocation universelle pour tous les Fran?ais. ??Une voie lib?rale vers le communisme, en somme?!?? reconnaissait-il.
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Lib?ral
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Il avait de z?l?s adversaires. Peut-?tre ?taient-ce ses anciens camarades du parti communiste?? On lui contestait son militantisme anti-syndicats, son intransigeance face aux abus de l??tat, son souhait d?un monde qui encouragerait un peu plus l?initiative priv?e.
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Les plus m?disants pointaient m?me sur sa suppos?e avarice que rien de tangent n?a pu confirmer. Sur ses ?moluments de professeur d?histoire ?conomique et sociale ? la Sorbonne (la chaire de Marc Bloch) dont les cent vingt-huit heures annuelles de cours (penser quand m?me aux heures pour les pr?parer) lui donnaient quelques cr?neaux horaires pour r?diger des bouquins, et aller dans les m?dias, des chroniques au « Point », ? « L?Expansion », aux « ?chos », des prestations sur Europe 1 et sur France 5 (« C dans l?air ») entre autres, des activit?s qui pouvaient apporter un peu de beurre ? ses ?pinards et une visibilit? accrue de ses r?flexions.
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Inf?od? au pouvoir??
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Bon, c?est vrai que Jacques Marseille n?avait jamais cach? ses id?es, qu?il professait moins d??tat et mieux d??tat. Mais de l? ? dire qu?il ?tait inf?od? au pouvoir en place, c?est se tromper sur ce qu?on pourrait appeler des intellectuels qui r?fl?chissent ? voix haute. Leur ego est bien trop grand pour se r?soudre ? avaler sans raison des couleuvres de la pens?e. Leurs r?flexions les placent dans le r?le (enviable) de l?observateur, pas de l?acteur. Jacques Marseille avait ainsi condamn? le simpliste slogan de campagne de Nicolas Sarkozy ??Travailler plus pour gagner plus?? qu?il assimilait ? ??un slogan datant manifestement du si?cle dernier?? et pr?f?rait le slogan?: ??vivre mieux?? (quel que soit le travailler?: plus, moins, autant) assez similaire ? celui des d?fenseurs de la d?croissance.
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Dysfonctionnements
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Jacques Marseille ?tait surtout connu pour avoir point? du doigt le fameux « Mal fran?ais » d?Alain Peyrefitte comme d?autres, comme Nicolas Bavarez ou ?ric Le Boucher.
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Pour Jacques Marseille, l??lection de 2007 ?tait l?un des huit rendez-vous cruciaux de l?histoire de France?: ??apr?s le choix de l??tat contre les f?odalit?s, celui de la tol?rance religieuse contre le fanatisme, de l?ordre contre les privil?ges, des institutions stables contre le d?sordre (Napol?on), le choix du march? contre le paup?risme (Napol?on III), celui de la r?sistance contre l?accommodement (De Gaulle), du grand large contre la nostalgie coloniale (encore De Gaulle), et le choix du courage contre l??go?sme??. L?, on pourrait dire qu?il avait un peu exag?r?.
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L?un de ses derniers bouquins, paru avant l??lection pr?sidentielle, pr?cisait clairement son contenu avec son titre?: « Les 100 chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».
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L?objectif ?tait de faire un ?tat des lieux de la situation ?conomique et sociale du pays qui pouvait un peu ?tonner. Certes, il y a eu des ?volutions depuis trois ans, mais Jacques Marseille donnait quelques crit?res int?ressants.
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Par exemple, au lieu de parler du nombre de demandeurs d?emploi par nombre d?actifs, il vaudrait mieux calculer le rapport du nombre de demandeurs d?emploi sur le nombre des actifs tributaires de la conjoncture, ? savoir les travailleurs du priv?, en ?liminant les sept millions de fonctionnaires ou assimil?s (dont il ?tait en tant qu?universitaire) qui, eux, n?ont pas ? craindre de perdre leur emploi (m?me s?il peut y avoir d?autres probl?mes). Et par cons?quent, ce taux monterait non pas ? 10% mais ? plus de 20%?! Ceux qui, soumis au secteur marchand, recherchent un travail. Les 20% datent de 2007, nul doute que la crise aura fait exploser ce taux.
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Jacques Marseille pestait aussi contre la fiert? de d?affirmer que la France a une productivit? horaire ?lev?e?: c?est vrai, mais par rapport aux autres pays, il y a beaucoup moins de gens qui travaillent en France, notamment entre 55-64 ans, seulement un tiers au lieu de la moiti? ou des deux tiers dans d?autres pays europ?ens.
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Promoteur de l?allocation universelle
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Jacques Marseille ?tait cependant partisan d?une mesure radicale et r?volutionnaire?: l?allocation universelle. Verser 750 euros par mois ? tous les Fran?ais ?g?s de plus de 18 ans et la moiti? de la naissance ? 18 ans. Les allocations familiales, c?est nettement moins que 375 euros?: 120 euros par enfant par mois au-del? du deuxi?me enfant. Les bourses pour lyc?ens ou ?tudiants, c?est 400 euros, soit nettement moins que les 750 euros par mois. Cette prestation co?terait 510 milliards d?euros. Elle permettrait pour un couple de smicards de recevoir chaque mois pas 2000 euros nets mais 3500 euros net par mois.
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Elle serait financ?e par la suppression de toutes les prestations sociales, y compris le syst?me des retraites par r?partition qui aurait, en 2050, 10 cotisants pour 8 retrait?s (en 1980, 4 cotisants pour 1 retrait? et en 1945, 15 cotisants pour 1 retrait?). Ce syst?me se transformerait alors en syst?me par capitalisation PLUS cette allocation universelle qui avantagerait les moins ais?s et encouragerait ? travailler (malgr? le droit ? ce revenu inconditionnel).
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Seules, les prestations d?assurance maladie resteraient maintenues (de l?ordre de 160 milliards d?euros), ce qui augmenterait globalement de seulement 16% les d?penses de protection sociale, hausse qui pourrait ?tre compens?e par les ?conomies r?alis?es par l??tat dans la suppression de tous les dispositifs sociaux.
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Bref, l?instauration d?une telle allocation ne co?terait pas plus cher. Sa d?monstration d?velopp?e dans un de ses livres para?t ?tre assez convaincante.
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Il est s?r que cette id?e devrait ?tre remise ? jour, notamment pour la rendre compatible avec le financement de la d?pendance (prochain dossier apr?s les retraites) et s?curiser une retraite par capitalisation des risques que la crise financi?re a fait appara?tre au grand jour.
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Contre les id?es simplistes
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Jacques Marseille ?tait contre les solutions simplistes consistant ? prendre aux riches l?argent et le redistribuer aux pauvres.
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Avec une petite d?monstration math?matique assez facile ? saisir?: les 40 patrons du CAC 40 gagnent ? eux seuls 200 millions d?euros par an (enfin, en 2007, s?rement plus aujourd?hui? Henri Proglio ferait « p?le figure » dans ce petit cercle). Si l?on voulait les redistribuer aux plus pauvres (en 2007, pr?s de 4 millions de personnes sont en dessous du seuil de pauvret?), alors chaque « pauvre » n?aurait annuellement que? cinquante euros suppl?mentaires. Pas de quoi r?soudre les choses. Alors que l?allocation universelle, elle, est un dispositif innovant qui accro?trait notablement les plus bas revenus.
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Dernier combat
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Enfin, jusqu?? ce jeudi 4 mars 2010 matin, Jacques Marseille ?tait ?galement contre le cancer, pas seulement ce ??cancer qui ronge le pseudo-mod?le social fran?ais?? (incoh?rences des interactions entre l??tat et le secteur marchand) mais ?galement le vrai, celui qui mine et abat m?me les hommes de soixante-quatre ans au sommet de leur art.
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Sylvain Rakotoarison (5 mars 2010)
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Pour aller plus loin?:
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