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Centpapiers

  • Israël et ses démons (I)

    2 novembre 2008 | 2 commentaire(s) | vu 941 fois

    Un excellent livre récent de Marius Schattner, « Israel, l’autre conflit » décrit parfaitement ce glissement progressif vers l’option religieuse prioritaire et son grand danger. Selon lui, ce sont deux dangers exactement qui guettent l’état d’Israël : d’une part le sionisme religieux, qui conduit à étendre les colonies pour agrandir l’influence de la religion de façon territoriale, et de l’autre un danger bien pire encore : celui de la radicalisation religieuse, ce qu’il appelle « l’ultranationalisme au nom de la Torah », et qui conduit obligatoirement à la catastrophe : « Le potentiel dévastateur du mélange de nationalisme et de religion, quand brader la moindre parcelle d’Eretz Israël est considéré comme pire qu’une trahison : un sacrilège. » On songe immédiatement au retrait des colonies nécessaire à l’établissement d’un dialogue avec les Palestiniens. Tout le monde s’accorde à dire que si d’un côté comme de l’autre aucun geste n’est fait, la paix ne pourra jamais s’établir. Or les ultra-orthodoxes, par leur comportement excessif, font tout pour empêcher la notion même de retrait. Dans les endroits religieux sensibles comme Jerusalem, ce n’est déjà même plus la peine de l’envisager sans imaginer de futures sanglantes émeutes, car on en est au stade de l’alliance malsaine de la religion juive avec le nationalisme le plus extrême. Les ultra-orthodoxes sont prêts à tout, y compris à flirter avec l’extrême droite, une extrême droite qui elle-même se radicalise, en acceptant pour la première fois l’existence de groupes néo-nazis sur le territoire même d’israël. La chose était impensable il y a quelques mois encore, et pourtant cela s’est produit et réapparaîtra encore : le pays né de la réaction à l’holocauste est capable de recréer lui-même ses bourreaux. C’est désolant, surprenant et surtout très affolant.

    En cause, une jeunesse israëlienne fort déboussolée : d’un pays socialisant et laïc, aux forts relents de partage utopique et de vie communautaire (en kibboutz) on est passé en à peine deux générations à des égoïstes forcenés cherchant de nouveaux repères dans des mouvements religieux ésotériques et sectaires : « Le mouvement de « retour » au judaïsme orthodoxe « s’accorde avec la montée de l’individualisme, avec la déperdition des idéologies collectives et la fragmentation de la société : toutes les caractéristiques de la modernité qui s’appliquent à Israël » dit Marius Schattner. Entraînés par des vedettes sans cervelle en mal de religiosité en pleine ménopause ou en plein divorce (il faut bien s’occuper, comme Madonna), les jeunes tentent de suivre des préceptes de vie totalement ineptes en étant persuadés que leur bonheur passait par là. Or chez les colons, il y a beaucoup de jeunes, dont certains venus d’ailleurs. A Holon, par exemple, créé en 1936, où étaient venus s’implanter les samaritains chassés de Naplouse, et où les plus récents immigrants posent de sérieux problèmes. Surtout les jeunes venant de l’ex-URSS, intoxiqués par une propagande d’extrême droite très virulente, comme il en existe un peu partout dans l’ex-Urss.

    Parmi ceux-ci, un de 16 ans à peine, nous apprend le journal Haaretz, un garçon enrôlé depuis son plus jeune âge dans un groupuscule néo-nazi comme il existe plein de nos jours en Russie et quelques uns en Israël. Faisant partie d’une bande de néo-nazis, huit ici, qui s’en sont pris sur les lieux mythiques de Petah Tikva à tout ce qui leur tombait sous la poigne, obnubilés par leur délire raciste : travailleurs arabes, mendiants ou même des juifs orthodoxes en train de pratiquer leur religion ! Petah Tikva étant important, car étant aussi le nom du village de « la « Mère des Implantations » juives », à savoir celles les tout premiers arrivants de 1947. Des incidents sérieux, donc, de la part de nos skinheads néo-nazis israéliens, au point de finir par se faire arrêter pour troubles à l’ordre public, aggravé par la découverte dans le groupe d’explosifs, destiné selon le groupe à venir à bout d’une autre bande rivale. Auparavant, en mai 2006, des inscriptions néo-nazies avaient souillé la grande synagogue du lieu, acte insensé dont ils étaient également les auteurs. Des faits confirmés un an après, par la saisie chez eux de leurs ordinateurs, comportant des films montrant le saccage de la dite synagogue. Impensable ! inimaginable ! Et pourtant… On les voit distinctement, ornés de leurs tatouages de groupe de hard néo-nazi des années 70 (« Skrewdriver » de sinistre mémoire), paradant chez eux en faisant le salut nazi, en pleine terre d’Israël, à en rester abasourdi. Inimaginable, impensable, dément, et pourtant… ils sont là et bien là. Israël a bien enfanté les descendants des bourreaux de ses fondateurs. Soixante ans après, c’est un constat plus qu’amer le jour de l’anniversaire de la naissance du pays. Comment en est-on arrivé là ?

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  • 2 commentaires

    • Fred-E

    Article courageux et respectueux sur un sujet difficile. Je me souviens de certaines images à la télé il y a quelques années – article sur LCI :
    http://tf1.lci.fr/infos/monde/2005/0,,3239004,00-evacuation-colonies-juives-est-terminee-.html

    Effectivement, l’extrémisme est mauvais conseiller de quel côté qu’il soit.

    http://old.rtbf.be/rtbf_2000/bin/view_something.cgi ?type=article&id=0178454_article&menu=default&pub=RTBF.PORTAIL%2FPORTAIL.FR.la_taille.HOME

    • Huniadi

    Ultranationalism est un désastre pas seulement pour Israel. Mais en israel est surtout dangereusement parce’que l’etat est entoure des autres ultranationalists militants – http://uk.youtube.com/watch ?v=z8K7G_-ZepM

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