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Irak : la Proclamation du Califat et ses cons?quences strat?giques

REN? NABA

Le calife Ibrahim, sup?rieur hi?rarchique du roi d?Arabie et d?Ayman Az Zawahiri, chef d?Al Qaida

Paris ? La proclamation du califat sur l?ancien territoire des deux premiers empires arabes (Omeyade-Syrie et Abbasside-Irak), dimanche 29 juin 2014, premier jour du mois sacr? du Ramadan, au-del? de sa port?e symbolique dans l?ordre religieux et politico-historique, a boulevers? radicalement les donn?es de l??chiquier r?gional.
Aube d?une nouvelle renaissance pan islamique, nostalgie d?une grandeur r?volue ou pathologie pass?iste? Quoiqu?il en soit, l?instauration de ce 5eme califat de l?histoire musulmane (1), dans la foul?e de l?irruption des djihadistes sunnites sur la sc?ne irakienne a, en tout ?tat de cause, officialis? par ricochet la connivence isra?lo-kurde, jusque-l? souterraine, et acc?l?r? le processus d?ind?pendance du Kurdistan irakien, donnant de surcro?t aux djihadistes sunnites acc?s aux gisements p?troliers.

Ces trois facteurs font planer un s?rieux risque de partition de l?Irak et place d?sormais ce pays ? l??picentre du conflit transr?gional; une migration intervenue apr?s quatre ans de guerre en Syrie en ce que les gages territoriaux engrang?s par Dahe?ch en Irak devraient constituer dans son esprit la revanche ? ses revers successifs en Syrie.
Sur le plan rituel, le nouveau calife Ibrahim, de son nom de guerre Abou Bakr Al Baghdadi, cumule pouvoir politique et spirituel avec autorit? sur l?ensemble des musulmans de la plan?te. Une posture qui le hisse au rang de sup?rieur hi?rarchique du Roi d?Arabie, le gardien des lieux saints de l?Islam La Mecque et M?dine, d?Ayman Al Zawahiri, le successeur d?Oussama Ben Laden ? la t?te d?Al Qaida, du pr?sident de la conf?d?ration mondiale des oul?mas sunnites, Youssef Al Qaradawi, le t?l?pr?dicateur de l?Otan. Ah la belle audience califale en perspective.

Ah La belle c?r?monie d?all?geance des augustes oblig?s du nouveau calife Ibrahim Abou Bakr Al Baghdadi.
Si les pr?c?dents califats ont eu pour si?ge des m?tropoles d?empire, -Damas, Bagdad, Le Caire (chiite Fatimide) et Constantinople (Ottoman)-, le dernier venu a plant? son pouvoir dans une zone quasi d?sertique ? proximit? toutefois des gisements p?troliers g?n?rateurs de royalties, les nerfs de sa guerre. De m?me sur le long chemin di Djihad, des Emirats islamiques ont ?t? institu?s au Kandahar (Afghanistan), ? Falloujah (Irak) et au Sahel, mais aucun n?a jamais song? ? planter sa capitale ? J?rusalem. Quelle est loin la Palestine des pr?occupations de ces joyeux guerriers.
Ce bouleversement symbolique dans la hi?rarchie sunnite sur fond d?exacerbation du caract?re sectaire de la rivalit? sunnite-chiite a modifi? sensiblement les termes du conflit en ce que la surench?re int?griste des islamistes sunnites. Un retournement de situation qui a plac? en porte ? faux leurs bailleurs de fonds, principalement l?Arabie saoudite, qui pourrait p?tir de ce d?bordement rigoriste et en payer le prix au titre de dommage collat?ral. La prohibition par le nouveau calife de la d?mocratie aux Musulmans va, ? coup s?r, combler d?aise les Occidentaux, les parrains originels du djihadisme plan?taire, et renforcer leur vive sympathie pour les p?tromonarchies r?trogrades.
Par ses r?percussions sur le Liban et la Jordanie, deux pays alli?s du camp atlantiste, l?alliance si b?n?fique ? ce jour pourrait se r?v?ler encombrante pour les pays occidentaux et difficile la poursuite de la coop?ration islamo-atlantiste en ce que la rengaine ch?re au duo socialiste Hollande Fabius -?La faute ? Bachar?- ne saurait ind?finiment constituer une excuse absolutoire aux turpitudes des pays occidentaux et des p?tromonarchies dont la plus grande r?side pr?cis?ment dans cette alliance contre nature entre deux blocs antinomiques, plut?t que d?accorder un soutien franc et r?solu aux d?mocrates arabes dans leur lutte contre toutes les dictatures.

Le pr?c?dent de La Mecque
Bien qu?? exclure en l??tat des choses, une intervention directe iranienne trouverait n?anmoins sa justification politique et juridique dans le pr?c?dent de la Mecque, en novembre 1979, o? le GIGN fran?ais, bien que constitu? de non musulmans, avait op?r? un nettoyage du sanctuaire, ? la demande de Ryad, pour y d?loger des opposants saoudiens. L?Iran pourrait invoquer le m?me motif pour la d?fense des lieux saints chiites de Najaf et de Kerbala, dans le sud de Bagdad. La neutralit? positive observ?e jusqu?ici par les Etats-Unis envers l?activisme iranien pourrait modifier la nature du conflit et lui substituer un conflit ? fronts renvers?s avec les chiites d?Irak, au-del? l?Iran, comme garde-fou aux nouveaux d?bordements de la n?buleuse terroriste n?o-islamiste d?inspiration sunnite.
De par sa configuration g?o strat?gique, l?Irak est propuls? ainsi, involontairement et paradoxalement, en sentinelle des p?tromonarchies. Limitrophe de la Turquie et de l?Iran, les deux puissances musulmanes non arabes, le premier sunnite, le second chiite, il borde en outre la Syrie et la Jordanie, ainsi que le Kowe?t et surtout l?Arabie saoudite, qui p?tit d?j? au niveau de l?opinion internationale de son parrainage de Dahe?ch, d?une mani?re g?n?rale de l??instrumentalisation de la religion musulmane ? des fins politiques et de ses retomb?es djihadistes en Europe, comme ce fut le cas avec les d?rapages terroristes de Mohamad Merah et de H?di Nammouche.

Moqtada As Sadr, le contre feu chiite de l?ISIS (Dahe?ch).

Cette violente redistribution des cartes a entrain? une r?plique du plus embl?matique dirigeant chiite d?Irak, Moqtada As Sadr, se positionnant en contre feu chiite ? l?offensive djihadiste sunnite. Le puissant dirigeant chiite s?est engag? ? relever le d?fi pos? par l?ISIS, promettant de ??faire trembler la terre sous les pieds de l?ignorance et de l?extr?misme?? des insurg?s sunnites, sur fond de tractations pour la formation d?un nouveau gouvernement irakien, alors que les divers protagonistes du conflit d?Irak se mettent en ordre de bataille pour pallier les effets d?stabilisateurs de l?offensive surprise djihadiste sunnite sur la sc?ne irakienne. Par sa d?claration comminatoire, le dignitaire religieux a voulu rappeler ? l?attention du camp occidental et p?tro monarchique sa force de frappe, -son ?Arm?e du Mahdi?, forte de 200.000 membres-, l??quivalent irakien du redoutable Hezbollah libanais, artisan de s?rieux revers des forces d?invasion am?ricaines notamment ? Najaf, en 2004 et ? Bassorah, en 2008. Moqtada As Sadr s?est en outre d?clar? opposer ? l?envoi de 300 conseillers militaires en Irak, dont 40 ?taient mardi ? pied d??uvre, assurant qu?il n?accepterait qu?un ??soutien international de la part de pays qui n?occuperaient pas l?Irak??, ? l?arri?re-plan des efforts de la diplomatie am?ricaine visant ? mettre sur pied un gouvernement d?Union nationale, faisant place ? une bonne repr?sentativit? sunnite. Ses d?clarations sont intervenues peu apr?s un d?fil? de ses combattants ? Sadr City, dans le nord de Bagdad, alors que, parall?lement, selon le New York Times, l?Iran, alli? chiite du pouvoir de m?me confession ? Bagdad, aurait secr?tement d?ploy? des drones de surveillance en Irak o? elle convoierait ?galement du mat?riel militaire par voie a?rienne et que, de son c?t?, la Russie donnait de la voix, faisant savoir qu?elle ne resterait pas les bras crois?s en cas de progression de Dah?ech (Etat islamique en Irak et au Levant-EIIL).

Sous la banni?re de Dahe?ch, les insurg?s sunnites se sont empar?s en trois semaines de larges pans de territoire dans le nord et l?ouest de l?Irak. Ils ont ainsi ouvert dans l?ouest du pays une voie vers la Syrie en s?emparant du poste-fronti?re de Bou Kamal, pendant de celui d?Al-Qa?m qu?ils contr?lent d?j?, ? la faveur d?une entente locale avec Al-Qa?da.

Moqtada as Sadr, le plus embl?matique opposant ? l?occupation am?ricaine de l?Irak.

N? en 1973 ? Koufa, ville sainte proche du sanctuaire de Najaf, disposant du titre de Sayyed qui signe son appartenance ? la descendance du proph?te, Moqtada As-Sadr occupe une place singuli?re dans l??chiquier irakien. Frapp? d?un triple sceau de l?gitimit? -spirituelle, nationaliste et populaire-, il est le seul dirigeant irakien d?envergure nationale ? n?avoir jamais transig? sur ces principes, encore moins pactis? avec ce qu?il consid?re ?tre ses ?ennemis?, contrairement aux autres factions irakiennes.
Si les dirigeants kurdes d?Irak, particuli?rement le clan Barzani, passent pour ?tre les suppl?tifs des Am?ricains et les Chiites largement sensibles ? l?influence iranienne, notamment les partisans de M. Abdel Aziz Hakim, chef de l?Arm?e Islamique du Salut, les Sunnites se sont, eux, depuis la jonction entre Al Qaida et sympathisants de la gu?rilla baasiste ?paul?e par d?anciens agents des services irakiens, quasiment ralli?s ? l?ISIS. Des groupements de Jobhat an Nosra, la branche op?rationnelle d?Al Qaida en Syrie, ainsi que des segments de l?Arm?e Syrienne Libre (ASL), en position dans les zones frontali?res syro-irakiennes ont eux aussi fait acte d?all?geance ? Dahe?ch.

Curieux cheminement, au passage, des baasistes irakiens, une des composantes de l?ISIS, plut?t que d?opposer un front id?ologique avec leurs fr?res baasistes syriens, rallient leur ancien bourreau saoudien, la caution arabe et musulmane de l?invasion am?ricaine de l?Irak, abandonnant ? son sort le pouvoir syrien, qui fut leur plus ferme soutien dans la gu?rilla anti am?ricaine en Irak et s?attira ? ce titre les foudres de Washington par la ?Syrian Accountability Act?, en 2003. Selon un bilan officiel irakien, 1 922 personnes ont ?t? tu?es dans les violences en juin, le plus haut bilan mensuel depuis mai 2007.

Moqtada As-Sadr ?merge, lui, du lot en tant que dirigeant religieux nationaliste, disposant d?une large autonomie qui le place ? l?abri d?une all?geance contraignante, ? la remorque d?aucune puissance. De par son profil et son parcours, il ?tait consid?r? comme le scalp id?al irakien d?un pr?sident am?ricain en fin de mandat, une ?prise de guerre? ? l?effet de magnifier le bilan de sa ?guerre mondiale contre le terrorisme?, ? l?effet de magnifier son bilan pr?sidentiel tout court. Par deux fois lors de l?invasion am?ricaine de l?Irak, Moqtada a engag? le combat contre les occupants de son pays Am?ricains et Britanniques, ? Najaf, en 2004, soit il y a dix ans, ? Bagdad et Bassorah, en 2008.

La bataille de Najaf en 2004.

En Ao?t 2004, ? Najaf, ville sainte chiite, l?administration n?o-conservatrice avait caress? le projet de d?faire le chef religieux dans son propre sanctuaire, en pleine campagne pr?sidentielle am?ricaine visant ? la reconduction du mandat du Pr?sident George Bush. Dans la foul?e de la destruction du fief sunnite de Falloujah (avril 2004), la bataille de Najaf, marqu?e par l?intervention massive des mercenaires de la firme am?ricaine ?Blackwater? avait constitu? la premi?re ?preuve de force entre Am?ricains et les adversaires chiites de l?occupation am?ricaine de l?Irak, regroup?s autour de Moqtada As Sadr. Par son ampleur, la combativit? des miliciens sadristes, et son d?nouement, Najaf est apparue r?trospectivement comme fondatrice d?une nouvelle l?gitimit? de Moqtada As Sadr, le propulsant au centre du jeu politique irakien, surclassant de loin les autres protagonistes.
Les combats avaient en effet cess? par suite de l?intervention de l?Ayatollah Ali Sistani, l?autorit? supr?me chiite en Irak, qui redoutait un d?saveu de ses coreligionnaires surpris par son silence qu?ils assimilaient ? une complicit? passive. L?ayatollah Sistani s??tait en effet envol? vers Londres ? la veille des combats et n??tait retourn? que pour ordonner un cessez le feu.
En Avril 2004, qui passe pour avoir ?t? l?un des points les plus chauds de la confrontation am?ricano-irakienne, 80 mercenaires avaient ?t? tu?s dans les batailles de Falloujah, de Bagdad et de Nadjaf, dont 14 dans la premi?re quinzaine d?Avril. C?est d?ailleurs la capture et la mutilation de quatre mercenaires ? proximit? de Falloujah, dans le secteur sunnite de l?Irak, qui a d?clench? les batailles d?avril.

La bataille de Bagdad Bassorah, en 2008.

Les Am?ricains sont revenus ? la charge, au printemps 2008, ? Bagdad et Bassorah (sud de l?Irak), en vue de mettre au pas ce jeune dignitaire nationaliste chiite, dans une qu?te d?sesp?r?e d?un succ?s politique et militaire qui gommerait d?un coup la pire catastrophe g?ostrat?gique du monde occidental depuis la chute de Saigon (1975) et du Chah d?Iran (1979), il y a trente ans. Les pertes militaires am?ricaines en Irak s??levaient au 7 avril 2008, ? 4.023 soldats tu?s, 430 suicides au sein des militaires en activit?, un nombre sensiblement plus ?lev? parmi les anciens combattants, soit un taux de suicide chez les fantassins de l?ordre de 17,3 sur 100.000 soldats contre 11,10 pour l?ensemble de la population am?ricaine, selon le ?Departement of Veteran Affairs?, avec en arri?re-plan un surco?t financier de 420 milliards de dollars et des dommages collat?raux substantiels de 200.00 civils irakiens tu?s, pr?s d?un million de bless?s et trois millions de d?plac?s.

Face au bilan calamiteux am?ricain en Irak aux effets corrosifs sans doute comparables ? la d?faite sovi?tique en Afghanistan (1980-1989), Moqtada Al Sadr, le plus embl?matique opposant ? l?occupation am?ricaine, appara?t, au m?me titre que Cheikh Hassan Nasrallah, chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, comme le scalp id?al qui pouvait justifier a posteriori l??quip?e am?ricaine en Irak et l?gitimer toute la strat?gie am?ricaine au Moyen-Orient.
Quatre ans plus tard, la bataille de Bassorah, en Mars-Avril 2008, ?tait intervenue dans un contexte radicalement diff?rent, alors que le 2me mandat de George Bush touchait ? sa fin et que l?administration am?ricaine faisait l?objet de pressions multiples visant au retrait du corps exp?ditionnaire d?Irak. Son objectif visait cette fois-l? ? briser l?emprise du dignitaire chiite et son pros?lytisme religieux sur cette m?tropole situ?e ? la jonction strat?gique du Kowe?t et du Chatt el Arab, la voie d?eau s?parant l?Irak de l?Iran. Les combats de Bassorah avaient fait 700 morts dans les rangs sadristes en mars et 40 autres ? Sadr City, dans son fief chiite de la banlieue populeuse du Nord-Est de Bagdad. C?est dire le tribut de sang pay? par le dignitaire chiite ? la lib?ration de son pays du joug am?ricain.

Epilogue?

A trop laiss? vacante la place aux islamistes sur le champ de bataille.
Face ? la menace Dahe?ch, Moqtada Al Sadr est revenu sur la sc?ne politique qu?il avait n?glig?e depuis le retrait am?ricain de son pays. L?homme, il est vrai, n?a pas pour vocation d??tre une victime sacrificielle que l?on immole pour apaiser la col?re des dieux, selon les rites anciens des soci?t?s primitives, ou dans le cas d?esp?ce, pour satisfaire les ambitions des puissances r?gionales ou internationales. Il n?est pas non plus un ?Imam radical?, comme la presse occidentale se plait ? qualifier quiconque s?oppose ? l?h?g?monie am?ricaine.
C?est un religieux chiite, dont la famille par le double assassinat de son p?re (2000), l?Ayatollah Mohamad Sadek As-Sadr, et de son oncle (1989) a pay? un lourd tribut ? son opposition ? Saddam Hussein, l?ancien prot?g? des Occidentaux. Non un ?exil? de l?ext?rieur? mais un r?sistant de l?int?rieur tant ? Saddam qu?aux Am?ricains.
La d?nomination de la banlieue populeuse du sud de Bagdad du nom patronymique de sa famille ?Sadr-city? t?moigne de la ferveur populaire dont il b?n?ficie au sein des classes d?favoris?es de la soci?t? irakienne. Moqtada As Sadr est en somme le contraire des nouveaux dirigeants irakiens, notamment les Kurdes et une fraction des chiites, tel le banquier Ahmad Chalabi, venus au pouvoir dans les fourgons de l?arm?e am?ricaine.

Au regard des ?tats de service de sa famille, l?assassinat de deux dignitaires religieux, son patriotisme ne saurait souffrir la moindre suspicion. Il ne saurait pr?ter m?me ? la moindre contestation, contrairement ? bon nombre de nouveaux dirigeants y compris chiites, tel l?ancien premier ministre Iyad Allaoui, ancien militant bassiste, opportun?ment reconverti dans la collaboration avec les services occidentaux, dont il a ?t? un agent attitr?, ? l?instar de M. Ahmad Chalabi. A noter toutefois qu?Ahmad Chalabi, son forfait accompli, a retrouv? les gr?ces de T?h?ran par ses prise de distance avec les Etats-Unis; un virage radicale de son positionnement dont il a seule le secret.
Enfin, Moqtada As Sadr, dans la l?thargie arabe, est certainement un agitateur d?id?es, certainement pas un perturbateur. Le jeune chef rebelle, fougueux, est le grand perturbateur de la mise au pas saoudo am?ricaine de l?Irak. C?est le principal grief qui peut lui ?tre adress?. Les nouveaux dirigeants irakiens, tant Chiites que Kurdes, pensaient pouvoir glaner le pouvoir ? Bagdad, dans le sillage docile de l?occupation am?ricaine. Mais l?arrogance, la corruption et les erreurs dont ils ont fait preuve et qui constituent la marque caract?ristique du z?le des opportunistes, a nourri un m?contentement populaire et grossi d?autant les rangs des partisans de Moqtada.

Sa l?gitimit? religieuse est plus authentique que celle des dignitaires religieux chiites, les exil?s de l?ext?rieur, planqu?s ? Londres au temps de la r?pression. Sa l?gitimit? se nourrit d?ailleurs directement, paradoxalement, de l?ill?gitimit? de ses contestataires. Car il n??tait pas sain de d?velopper, depuis son lieu d?exil londonien, toute une litt?rature sur les Droits de l?Homme et les injustices dont a p?ti le chiisme irakien ? travers l?histoire du pays, pour finir par apporter sa caution ? l?assaut des forces am?ricaines contre un des hauts lieux saint de l?Islam chiite, le sanctuaire de Najaf. Une telle attitude d?incoh?rence a discr?dit? le discours de ses auteurs. Cela a ?t? exactement le cas des trois chiites commis d?office par les Am?ricains au premier gouvernement de l?Irak post-Saddam: Le premier ministre Iyad Allaoui, le ministre de la d?fense Hazem Chaalane, ainsi que le conseiller pour la s?curit? Mouaffak Al-Roubai, tous trois titulaires d?un doctorat en m?decine, tous trois d?anciens membres actifs des comit?s irakiens des Droits de l?Homme depuis leur exil londonien et prosateurs des souffrances des chiites irakiens. Noury Al Malki r?cidivera dans les m?mes erreurs, au point que le g?n?ral Qassem Souleimany, le chef de la ?Jerusalem Brigade? des pasdarans iraniens, le qualifiait derni?rement d? ?idiot?.

A trop laisser la place vacante aux islamistes sur le champ de bataille, ? d?serter le terrain, la vacance finit par se prendre et avec elle la direction des op?rations d?autant plus ais?ment que l?Am?rique a renonc? depuis longtemps ? son r?le d??honn?te courtier? entre Isra?l et les Etats arabes et que face ? une d?mission arabe quasi-g?n?ralis?e et leurs d?rives sectaires, les combattants islamistes, tant sunnites que chiites, demeurent, par les armes, au p?ril de leur vie, seuls pr?sents sur le th??tre des op?rations.
Le Hezbollah, artisan du d?gagement militaire isra?lien du Liban sans n?gociation, ni trait? de paix, de surcro?t un des principaux soutiens militaires au Hamas, la branche palestinienne des Fr?res Musulmans, se vit ? ce titre comme un mouvement de lib?ration national. Alli? de la plus importante formation chr?tienne libanaise, le ?Courant Patriotique Libanais? du g?n?ral Michel Aoun, b?n?ficiant de la sympathie agissante de l??lite intellectuelle sunnite libanaise, il se veut une antith?se des djihadistes sunnites en ce qu?il n?a jamais cherch? ? convertir vers le chiisme des personnes d?autres religions ou sans religion, contrairement aux mouvements sectaires sunnites. Si le Hezbollah libanais cible prioritairement Isra?l, les djihadistes sunnites de Dahe?ch, de concert avec Jobhat an Nosra, ?manation d?Al Qaida, s?applique prioritairement ? la destruction des r?gimes s?culiers arabes de la Libye ? la Syrie.
?Ce n??tait pas les fascistes qui avaient fait sombrer la R?publique de Weimar mais le manque de d?mocrates. AU XX me si?cle, souvenons-nous en, les ?tats ont failli ? l??poque du nazisme et du fascisme, en c?dant sous la pression de groupuscules minoritaires? (Richard von Weizs?cker, Pr?sident de la R?publique f?d?rale allemande de 1984 ? 1994).

R?f?rences

1 ? Le califat: Le calife est le successeur du proph?te de l?islam dans l?exercice politique du pouvoir. Depuis la fondation de l?Islam, quatre califats se sont succ?d? ? la t?te du Monde musulman: califat omeyyade de Damas (exil? ? Cordoue); califat abbasside de Bagdad; califat fatimide du Caire; califat ottoman. Durant les trois premiers si?cles de la conqu^te arabe (7?me au 10?me), 39 califes se sont succ?d?s ? la direction du monde musulman. Quatre Rachidoun, 14 omeyades et 21 abbassides ont gouvern? durant 308 ans, soit une dur?e moyenne de r?gne de 7,9 ans. Treize des 39 califes ont p?ri de mort violente.

Pour aller plus loin sur l?Irak

http://www.renenaba.com/l-hecatombe-des-faiseurs-de-guerre/

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