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Intimit

Tu sais que tu es en couple le jour o? tu te retrouves ? te brosser les
dents pendant que ton compagnon chie ? c?t?

Le sac du grimpeurCe que ma fulgurante condisciple en
?thologie voulait immanquablement
?voquer par cette remarque nourrie par l’exp?rimentation continue de la vraie
vie en milieu urbain, c’est la naissance de l’intimit?.?Le
moment o? tu es assez proche de quelqu’un pour te permettre de le laisser
acc?der ? tes contingences biologiques ? lesquelles ressemblent ?trangement aux
siennes ?, mais qu’une soci?t? ?cartel?e entre les arch?types de la nature et
de la culture pr?f?re ignorer franchement. Jusqu’? la psychose
g?n?ralis?e.

  • Du jour o? j’ai vu sa touffe, notre amiti? n’a plus jamais ?t? la
    m?me.

C’?tait au sujet de l’amiti? homme-femme et ce s?millant sexag?naire, qui
n’avait jamais fait myst?re de son go?t immod?r? de la drague en g?n?ral et des
franches saillies en particulier, exprimait l? les limites de l’exercice, ?
savoir une trop grande intimit?, justement, qui n’autorise plus la juste
distanciation ?motionnelle.

  • Je te jure, c’?tait vraiment une amie que j’adorais, on ?tait tr?s
    proches et tout, on ne faisait jamais de chichi entre nous, jusqu’? ce jour o?
    elle s’est d?cullot?e devant moi pendant une randonn?e, juste pour pisser. Je
    n’ai pas pu m’emp?cher de voir son sexe et c’?tait un putain de buisson, comme
    je n’en avais jamais vu (et pourtant, Dieu sait que j’en ai vu!). Et de ce
    jour, je n’ai jamais pu m’enlever cette image de la t?te et chaque fois que je
    pense ? elle ou que je lui parle, je ne vois que ce putain de buisson et ?a
    g?che tout.

  • Un jour, ma meilleure amie est venue chez moi pour chier. Elle venait de
    traverser la moiti? de la ville pour ?a.

J’ai toujours aim? les conversations ? b?tons rompus interg?n?rationnelles,
mais l?, je dois avoir la t?te d’une poule qui vient de d?couvrir qu’elle a
couv? un renard. Elle a la moiti? de mon ?ge, c’est une autre g?n?ration, un
autre monde, un autre univers.

  • Mais pourquoi?
  • Ce soir-l?, elle dormait chez son fianc? et elle a eu tellement envie
    qu’elle a su qu’elle ne pouvait pas se retenir toute la nuit.
  • Vous voulez dire qu’elle ne pouvait pas chier chez lui? Mais ils
    couchaient ensemble, quand m?me, ils n’allaient pas attendre le
    mariage?
  • Oui, oui, mais elle ne pouvait pas envisager de chier dans ses toilettes
    ? lui, avec lui de l’autre c?t? de la porte : les bruits, les odeurs, tout
    ?a…
  • Mais elle ne se doutait pas qu’il devait avoir quelques soup?ons? Que
    vous ?tes biologiquement soumis aux m?mes contraintes? Que les filles ne sont
    pas des princesses et qu’elles ne chient pas de la poudre de licorne?
  • En fait, on ?vite ce genre de chose.
  • Mais vous ?tes la g?n?ration lib?r?e du cul, vous pensez que la sodomie
    est un truc anodin et normal, mais dans le m?me temps, vous ne supportez pas
    d’avoir des poils pubiens ou de faire plouf dans les m?mes chiottes? Mais
    comment allez-vous?faire quand vous vivrez ensemble? Comment vous allez
    g?rer la merde dans les couches ou les corps rattrap?s par l’?ge?

Le monde pornographique n’aime pas avoir le nez dans sa merde. Il pr?f?re
d’ailleurs d?f?quer dans de l’eau potable et ?vacuer le probl?me plus loin ?
grands jets purificateurs.

  • Nos voisins nous ont vraiment fait une vie d’enfer.
  • Ah bon?

Ce n’est pas ? proprement parler un pote. On est le plus souvent en d?saccord
sur tout. J’ai souvent l’impression que nous ne vivons pas sur la m?me plan?te.
Pourtant si, et c’est m?me tout le probl?me.

  • Oui, on a ?t? oblig? de refaire tout le syst?me d’?vacuation de notre
    maison neuve.
  • Pourquoi?
  • Pour rien : quand on tirait la chasse, ?a allait dans le foss? et il
    arrivait que le foss? d?borde et que ?a traverse le chemin.
  • Tu es en train de me dire que votre merde familiale s’exposait au vu de
    tous et que vos voisins devaient rouler dedans? Et ?a ne te d?rangeait
    pas?
  • Ouais, enfin bon, ce n’?tait pas la peine d’en faire tout un plat. En
    tout cas, leurs conneries, ?a m’a co?t? un bras en travaux.

Des fois, je me rend compte que toute ma vie ne me suffira pas ? comprendre
la nature humaine.

J’ai aussi mes pudeurs. Comme beaucoup d’entre nous, je pr?f?re le confort
ouat? de mes toilettes particuli?res pour me laisser aller ? ?vacuer mes
humeurs maussades. J’ai eu aussi des strat?gies d’?vitement assez ?labor?es,
des rep?rages de toilettes lointaines pour ?viter la promiscuit? p?taradante ou
le syndrome de la petite bouse qui refuse de couler alors qu’un coll?gue
engonc? dans ses propres crispations tambourines furieusement ? la porte. Il
m’est aussi arriv? d’?changer les bons coins du soulagement discret avec mes
copines de randonn?es en montagne, tant il est vrai que l’intimit? de l’amiti?
supporte assez mal celle des imp?ratifs digestifs. Je me suis d?j? retrouv?e,
apr?s 10 minutes d’une marche p?rilleuse au milieu des rocs et des fourr?s, ?
exposer royalement mon post?rieur ? un GR bien fr?quent? dont je
n’avais pas anticip? tous les lacets et circonvolutions. C’est m?me un peu ?
cause de cela que je ne raffole pas tant que cela du bivouac en moyenne
montagne, quand on se retrouve ? tous pi?tiner ? la frontale derri?re le m?me
malheureux bosquet enrubann? de PQ nerveusement froiss?.

  • Tu sais, tu ne seras pas une vraie grimpeuse tant que tu n’auras pas
    urin? sur ton partenaire de cord?e.
  • Ah ben tant pis, alors!

Je ne pense pas trahir Alexandre
en r?v?lant cette petite part de v?rit? des grandes histoires de
montagne.

  • Comment tu croyais que ?a se passe quand tu fais une grande voie pendant
    plusieurs heures, voire plusieurs jours?
  • Tu sais, je ne fais que de la couenne,
    ce qui fait que je ne m’?tais jamais pos? cette ?pineuse question. Mais je te
    remercie de m’?clairer sur ce point, m?me si je ne suis pas certaine que
    j’avais vraiment envie de savoir.
  • On prend un sac poubelle qu’il faut se tra?ner pour les grosses
    commissions, mais bon, pour reste, on fait comme on peut.
  • C’est s?r, vu comme ?a, ton bin?me de grimpe prend tout de suite une
    dimension beaucoup plus intime.
  • C’est exactement ?a! D’ailleurs les couples mixtes de grimpeurs sont
    souvent mari?s. Parce que oui, c’est une question d’intimit? et que l’intimit?,
    ?a rapproche forc?ment beaucoup!

O tempora, O mores

Nous profitons d’une belle journ?e d’?t? pour visiter les ruines de la
villa gallo-romaine de
S?viac
. Bon, d’accord, ?a ressemble surtout ? des petits tas de caillasses
avec des trous, de-ci, de-l?. Il y a encore quelques mosa?ques pr?serv?es
miraculeusement des mill?naires. Le guide a le b?ret viss? sur les oreilles et
l’accent chantant en bouche.

  • Et nous voil? dans les thermes de la villa!
  • Oui, tu vois, les gens se lavaient tous ensemble, un peu comme dans les
    hammams aujourd’hui.

J’aime bien contextualiser les explications du guide ? destination de notre
fille.

  • Oui, d’ailleurs, ils ne faisaient pas que se laver tous ensemble,
    rench?rit le guide qui suit notre conversation. Comme on peut le d?couvrir,
    les latrines aussi ?taient collectives.
  • C’est quoi, les latrines?
  • Les chiottes. Et entre chaque place, il n’y avait pas de cloison. En
    gros, les gens se retrouvaient tous les matins pour chier ensemble et commenter
    les nouvelles de la journ?e.

La gamine me regarde avec un air mi-incr?dule, mi-amus?e.

  • Tu te fous de moi, maman?
  • Non, m?me pas!
  • Ouais, comme dirait Ast?rix, ils sont fous, ces Romains!
  • Ou alors, ils avaient un autre sens de l’intimit? que nous…

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    Bonjour Monolecte
    Ça me fait penser aux salles de bains séparées de Belle du Seigneur.
    La totalité de ma maison est « sans porte » sauf celle ( unique) des WC.
    Une soumission honteuse aux conventions 😉 sans doute.