Accueil / A C T U A L I T É / Internet : les puissants reprennent les r?nes

Internet : les puissants reprennent les r?nes

Le sp?cialiste de la s?curit? informatique, Bruce Schneier, vient de livrer?sur son blog?un texte tr?s pertinent sur comment l’internet transforme les rapports de pouvoir. Il y explique que la technologie amplifie la puissance non seulement des internautes, mais aussi – et de plus en plus – des pouvoirs en place.

« Toutes les technologies de rupture bouleversent les ?quilibres de pouvoir traditionnels, et l’internet ne fait pas exception. Le sc?nario classique est qu’il donne du pouvoir aux moins puissants, mais ce n’est que la moiti? de l’histoire. L’internet donne de la puissance ? tous. Les institutions puissantes peuvent ?tre lentes ? faire usage de ce nouveau pouvoir, mais, comme elles sont puissantes, elles peuvent l’utiliser plus efficacement. Gouvernements et entreprises ont pris conscience du fait que non seulement ils peuvent utiliser l’internet, mais qu’ils peuvent aussi y contr?ler leurs int?r?ts. »
« D?sormais, de puissants int?r?ts cherchent ? orienter d?lib?r?ment cette influence ? leur avantage. » Des entreprises ont cr?? des environnements internet qui maximisent leur rentabilit?, des industries font pression sur la l?gislation pour rendre leurs mod?les d’entreprise plus rentables, les op?rateurs veulent ?tre en mesure de distinguer les diff?rents types de trafic, les soci?t?s de divertissement veulent policer l’internet et les annonceurs un acc?s illimit? aux donn?es sur nos habitudes et pr?f?rences. « Du c?t? des gouvernements, davantage de pays censurent l’internet – et ce, de mani?re plus efficace que jamais. La surveillance d’internet – par les gouvernements comme par les entreprises commerciales – est ? la hausse et pas seulement par les Etats totalitaires, mais aussi dans les d?mocraties occidentales. »

Les int?r?ts des puissants en reprennent les r?nes, et la r?alit? s’av?re bien plus compliqu?e que ne le chantaient les louanges de la d?claration d’ind?pendance du cyberspace de John Perry Barlow.?« C’?tait une utopie que beaucoup d’entre nous ont crue. »?Nous avons cru que la g?n?ration internet, celle qui embrasse le changement social apport? par ces nouvelles technologies pouvait subvertir les institutions de l’?re pr?c?dente. Il est temps de d?chanter.
« La r?alit? s’est av?r?e ?tre beaucoup plus compliqu?e. Nous avons oubli? que la technologie amplifie la puissance dans les deux directions. Quand les moins puissants ont d?couvert l’internet, ils ont pris le pouvoir, mais les puissants mastodontes ont fini par se r?veiller. L’internet n’a pas seulement chang? de puissants, mais les puissants ont aussi chang? l’internet. »?Et d?sormais, les int?r?ts des puissants en ont repris les r?nes, constate d?sabus? Bruce Schneier.
« Les d?bats sur l’avenir de l’internet sont moralement et politiquement complexes. Comment concilier respect de la vie priv?e et renforcement de la loi pour pr?venir les violations au droit d’auteur ? Ou la pornographie infantile ? Est-il acceptable d’?tre jug?s par des algorithmes invisibles quand nous sommes servis par leurs r?sultats ? (…) Avons-nous le droit de corriger les donn?es nous concernant ? De les effacer ? Voulons-nous de syst?mes informatiques qui oublient des informations apr?s quelques ann?es ? Ces enjeux sont compliqu?s et n?cessitent un d?bat constructif, une coop?ration internationale et des solutions it?ratives. Mais sommes-nous ? la hauteur de ce d?bat ? »
Non. Et c’est ce qui inqui?te Schneier.?« Parce que si nous n’essayons pas de comprendre comment fa?onner l’internet de sorte que ses effets positifs l’emportent sur les effets n?gatifs, de puissants int?r?ts le fa?onneront. La conception d’internet n’est pas fix?e pour toujours », rappelle le sp?cialiste de la s?curit?.
« Son histoire est un accident fortuit r?sultant d’un d?sint?r?t commercial initial, d’une n?gligence gouvernementale et militaire et de l’inclinaison des ing?nieurs ? construire des syst?mes ouverts simples et faciles. Mais ce m?lange de forces qui a permis de construire l’internet d’hier ne sera pas celui qui cr?era l’internet de demain. Les batailles pour l’internet de demain ont lieu maintenant : dans les parlements ? travers le monde, au sein d’organisations internationales comme l’Union internationale des t?l?communications ou l’Organisation mondiale du commerce et dans les organismes de normalisation. L’internet de demain risque d’?tre recr?? par des organisations, des soci?t?s, des pays selon leurs int?r?ts et agendas sp?cifiques. Il va falloir nous battre pour avoir un si?ge aux tables de n?gociations, sinon son avenir ne nous appartiendra pas ! »

Le nationalisme internet

Dans une tribune ? la?Technology Review, Schneier revient sur la mont?e de ce qu’il appelle le « nationalisme internet ». Alors que la technologie ?tait cens?e ignorer les fronti?res, rapprocher le monde et contourner l’influence des gouvernements nationaux, voil? qu’elle favorise un nouveau nationalisme. Les Etats-Unis s’inqui?tent du mat?riel provenant de Chine, les entreprises europ?ennes s’inqui?tent des services d’informatique dans les nuages am?ricains, personne n’a tr?s confiance dans le mat?riel isra?lien et la Russie et la Chine d?veloppent leurs propres syst?mes d’exploitation pour ?viter d’utiliser du mat?riel et logiciel ?tranger…
« Les grandes nations du monde sont entr?es dans les premi?res ann?es d’une course ? la cyberguerre, et nous allons tous ?tre bless?s par les dommages collat?raux. »
Le cyberespionnage et les cyberattaques ne sont pas que chinois. Tout le monde cherche d?sormais ? espionner tout le monde, via les r?seaux.
« Dans le m?me temps, de plus en plus de pays mettent en place un contr?le de l’internet ? l’int?rieur de leurs propres fronti?res. Ils se r?servent le droit d’espionner, de censurer, de limiter la capacit? des autres ? faire de m?me. »?C’est ce qu’on appelle – d’un euph?misme – « le mouvement pour la cybersouverainet? »… qui a connu un sommet ? la derni?re r?union de l’Union internationale des t?l?communications qui se d?roulait en d?cembre 2012 ? Duba?. Un analyste a appel? ce sommet?le Yalta de l’internet, le moment o? l’internet s’est coup? entre les pays d?mocratiques et les pays autoritaires.?« Je ne pense pas qu’il exag?rait », confie Schneier.
Les technologies de l’information sont un outil ?tonnamment puissant pour l’oppression, la surveillance, la censure et la propagande, rappelle l’expert.?« Le probl?me est que plus nous croyons que nous sommes en guerre, plus nous donnons du cr?dit aux rh?toriques chauvines, et plus nous sommes pr?ts ? offrir notre vie priv?e, nos libert?s et le contr?le de l’internet ? d’autres. »
La course aux armements est aliment?e par l’ignorance et la peur et se traduit par l’escalade du d?veloppement de cyberarmes pour l’attaque et plus de cybersurveillance pour la d?fense. Le danger est bien l?. Il risque d’avoir pour cons?quence de d?placer le contr?le gouvernemental jusqu’aux protocoles de l’internet, quand bien m?me cela r?duirait l’innovation n?e de la libre concurrence sur le r?seau.
« Sommes-nous sur le point d’entrer dans une Guerre froide de l’information ? », interroge Schneier.?« Ce qui est s?r, c’est que ceux qui battent les tambours de la cyberguerre ne proposent pas de d?fendre les meilleurs int?r?ts de l’internet ou de la soci?t? »?conclue Schneier, en appelant ? ne pas laisser la dangereuse propagande de la cyberguerre prendre le dessus.

Internet est un Etat policier

Dans?une tribune livr?e ? CNN?et?traduite par le Framablog, Bruce Schneier… fait un autre constat, tout aussi gla?ant : Internet est un ?tat policier.
Apr?s ?tre revenu sur trois affaires r?centes d’arrestation et d’identification via l’internet, Schneier ass?ne 😕« internet est un ?tat de surveillance. Que nous l?admettions ou non, et que cela nous plaise ou non, nous sommes traqu?s en permanence. »

Image : Big Brother ? par?_mixer_.

« Tout ce que nous faisons aujourd?hui implique l?usage d?un ordinateur, et les ordinateurs ont comme effet secondaire de produire naturellement des donn?es. Tout est enregistr? et crois?, et de nombreuses entreprises de big data font des affaires en reconstituant les profils de notre vie priv?e ? partir de sources vari?es. »Nous avons beau tenter de nous en pr?munir,?« il y a simplement trop de fa?ons d??tre pist? », admet Schneier. L’ampleur m?me de l’espionnage dont nous sommes victimes nous est d?lib?r?ment cach?e et les alternatives n’existent pas. La libre concurrence ne peut pas r?parer cet internet, car tous ceux qui nous fournissent des services internet ont int?r?t ? nous pister. Quoi que vous fassiez,?« conserver sa vie priv?e sur l’internet est d?sormais presque impossible », confesse Schneier. Et l’expert en s?curit? de d?noncer la collusion entre entreprises et gouvernements : personne n’agit r?ellement pour mettre en place de meilleures lois pour prot?ger notre vie priv?e.
« Bienvenue dans un monde o? tout ce que vous faites sur un ordinateur est enregistr?, corr?l?, ?tudi?, pass? au crible de soci?t? en soci?t? sans que vous le sachiez ou ayez consenti, o? le gouvernement y a acc?s ? volont? sans mandat.
Bienvenue dans un Internet sans vie priv?e, et nous y sommes arriv?s avec notre consentement passif sans v?ritablement livrer une seule bataille? »
Assur?ment, Schneier n’en restera pas aux constats. Nous pouvons esp?rer que dans les prochains mois, le sp?cialiste travaille – avec d’autres – ? clarifier ce que devrait ?tre un internet plus respectueux de la vie priv?e. Fomenter un plan de bataille ne suffira d’ailleurs pas. Il va nous falloir trouver les moyens de le d?velopper, de le financer… et de le faire respecter.
Nous ne pouvons pas accepter que la technologie la plus stimulante du XXIe si?cle se r?sume ? la mise en place du pire Etat policier que nous n’ayons jamais imagin?.

Source

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Coke en Stock (CCLVII) : par bateaux, aussi…

Aujourd’hui, exceptionnellement, et les jours suivants, on va parler bateaux.  Et surtout voiliers.  Lors du ...