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« C’est comme si c’?tait hier, j’avais une barbe de salafiste et une surcharge pond?rale d’irr?ductible Gaulois… » Au r?veil, ma t?te est quotidiennement encastr?e dans la moquette couleur radio associative, s?rement en lieu et place des cadavres d’une famille d’acariens. Ma premi?re vision c?est la collection de trous constellant la semelle de ma basket gauche. Et [...]

Inside my nombril (5) : 31/08/2005 ? Part 1 : Les Pr?liminaires

??C?est comme si c??tait hier, j?avais une barbe de salafiste et une surcharge pond?rale d?irr?ductible Gaulois???

Au r?veil, ma t?te est quotidiennement encastr?e dans la moquette couleur radio associative, s?rement en lieu et place des cadavres d?une famille d?acariens. Ma premi?re vision c?est la collection de trous constellant la semelle de ma basket gauche. Et les effluves de celle-ci flirtent sans permission avec ce qu?il me reste de syst?me olfactif. Putain d?acariens !

Il est 05h30, le jour de mes 25 ans et les stagiaires fourmillent d?j? de l?autre c?t? de la porte. Ils s?affairent tant bien que mal ? recopier scrupuleusement les d?p?ches AFP, qui seront red?bit?es machinalement au journal de six heures par l?un de ces apprentis sorciers avec une carte de presse ? la place du bon sens. Je ferais mieux de me d?barbouiller dans le lavabo lorgnant sur les toilettes ? et les approximations de mes contemporains ? avant que le quatri?me pouvoir ne vienne qu?mander la prononciation d?un Premier Ministre renvers? dans le Caucase ou le dernier gros coup du mercato. Oui, si Jules Ferry le pouvait, il ressusciterait pour se suicider. Mais je suis coup? dans mon fantasme par le philharmonique des fournitures de bureau et la chasse d?eau d?j? fatigu?e. Dormir, enfin vivre sur son lieu de travail, je le d?conseille fortement, ne serait-ce que pour se rem?morer que les choses ont une fin et un d?but. Que le travail, un jour, cela a ?t? la sant?. Que vos coll?gues, vos subalternes et votre patron ne sont pas qu?un paquet de conneries ficel? ? la h?te par l?h?ro?sme politique et la libert? ? tout prix, enfin surtout sur les dos des autres, sp?cialement le mien.

Mais avant que l?avenir du journalisme ne revienne t?ter maman, je c?l?bre dignement le jour de ma naissance avec une bi?re ?vent?e ? temp?rature ambiante et l?ultime repr?sentante d?une pizza entour?e par plus de graisses que de carton. Un petit-d?jeuner de champion ! ? d?faut de cotiser pour ma retraite, je le fais pour mon cholest?rol. Et comme j?ai la ventilation ?conome, je m?empresse de b?iller une derni?re fois pour ?ructer ? la face du monde mon amour de la fermentation. BLURPPPPP?

Apr?s le toilettage de rigueur, je jette mon t-shirt de la veille ? la poubelle. A 99 centimes le bout de tissu chinois XXXL, je gagne du temps et de l?argent en remettant un neuf chaque jour que Dieu ou Darwin fait. Soyons s?rieux, la laverie automatique regroupe deux cat?gories de gens, des pauvres et des ?tudiants, les premiers sont les voisins plaintifs de la radio et les seconds consomment mon oxyg?ne en g?missant sur l?importance capitale de leur in?luctable rapport de stage.

Enfin propre comme un sous neuf, j??coute d?une oreille les banalit?s dites objectives mais effectivement orient?es, assen?es par l?animateur de service, quand mon attention est retenue par une pile de dossiers de partenariat et un monticule de CV n?ayant pas saisi que prostitu?e c?est le seul m?tier digne de ce nom.

Entre ces deux pr?tendants ? la poubelle sans tri s?lectif, se trouve mon ch?que du mois, tra?nant depuis pr?s de deux jours. Et oui je ne suis plus un h?ro?que b?n?vole, mais un employ? r?sign?. Le plus caustique, c?est mon titre : directeur d?antenne. Hum, un directeur d?antenne avec un salaire ? 3 chiffres, ?a donne envie de rester stagiaire toute sa vie. Mais c?est ?galement le prix de la libert? pr?caire !

Je sais, vous vous demandez pourquoi une personne normale avec un emploi de base dort sur son lieu de travail ? J?ai bien une r?ponse, mais elle me m?nerait ? la misanthropie ou ? un mass murder. Alors disons simplement que lorsque mon interlocuteur ? ? la banque, ? un entretien d?embauche, ? l?agence immobili?re ? prononce de plus de trois mani?res diff?rentes mon nom de famille, je peux entendre un ? non d?sol? ? avant de prendre cong? avec le sourire. A croire que l??quilibre r?publicain d?pend de celui-ci sous peine de voir fleurir le racisme ordinaire chez mon prochain. L??galit? des chances, c?est comme le droit du sol, ?a n?existe pas.

Aujourd?hui, gr?ce ? ce ch?que ? faire mourir de rire les minima sociaux, je vais pouvoir ?ponger ma dette chez l??picier et compl?ter ma collection de T-shirt D?cathlon noirs. Parfois dans un acc?s de folie, j??conomise dans l?espoir vain d?acheter un paillasson ? message ou ce genre de plaque avec son nom, au cas o? l?on perd son domicile. Happy Birthday to me !!

Je ne suis pas vraiment f?tichiste, alors vouer un culte annuel ? l?ut?rus de ma g?nitrice, tr?s peu pour moi. Sans oublier que le caract?re de la vie est un peu surfait lorsqu?il m?ne au fanatisme di?t?tique et chirurgical. Ma vie, elle est tout ce que j?ai, mais je ne cr?verai pas pour elle pour autant.

Vous savez, je ne suis pas un homme ? famille, je suis un homme ? ?quipe. Avoir quelqu?un pour prot?ger ses arri?res, cela peut-?tre plus salvateur que des noces d?argent. Mais parfois la camaraderie la plus fid?le tourne ? la pression sociale, voire morale. Apparemment f?ter son quart de si?cle ?a n?arrive que deux ou trois fois dans l?existence, comme un ? Bonjour Monsieur ? lors d?un contr?le de police. Il faut donc le c?l?brer et le savourer. Jusqu?? la lie, jusqu?? la bile.

La perspective de normaliser mon alcool?mie au nom du ? tout le monde le fait ? ne m?enchante gu?re. De plus je n?ai besoin de rien, ma vie tient dans un sac ? dos que je porte telle une carapace durant mes trajets interminables d?une p?riph?rie ? l?autre, ? la recherche d?un coin de canap?. Oui, je le confesse, j?ai pass? l??ge jouissif des courses poursuite avec les contr?leurs dans les coursives du m?tro lyonnais. J?estime avoir tenu le coup jusque-l? et je n?attends rien d?autre de cette farce pour gens trop s?rieux.

Alors pourquoi diable allais-je c?der au tribalisme p?tissier accompagn? de son hymne plus subliminal que convaincant ?

Je crois que l?affaire s?est ent?rin?e comme cela si mes souvenirs sont bons :

? ? Attend, Sylvain, on va passer du bon temps ensemble, on va boire et s?amuser !

– Premi?rement, je vois ta t?te de white trash tous les jours et secondo si l?amusement est cons?cutif ? l?alcool, comment dirai-je ? Hum tu as une vision positive du suicide ! Et puis le delirium tremens et la liquidation de nos foies, nous faisons d?j? ?a tous les soirs.

– Non mais t?arr?te jamais avec tes th?ories ? la con et ton charabia ? stagiaires, amuse-toi deux minutes, juste une fois pour changer ! Et tu vas faire une overdose de flegme, t?te de chien !

– Je ne peux pas ?tre plus jouasse qu?aujourd?hui, j?ai regard? les infos nationales et je me dis que j?ai le choix entre la tr?panation ou l?expatriation si je ne veux pas me radicaliser?

-? Non mais de quoi tu parle n?gro ? C?est ton anniversaire, un truc simple, avec tes potes, rien de plus ! Va pas chercher midi ? quatorze heures ce qu?il y a sous le bout de ton nez !

– Je t?ai pas dit que j?ai perdu ma carte d?identit?, ce n?est pas que j?ai peur de sortir, mais bon finir le glorieux jour de sa naissance au poste, c?est?

– La ferme, bla, bla, bla, tu vois mon gun l?, je te le pointerai sur les couilles jusqu?? ce que tu dises oui ! Et en plus, c?est pas toi qui payes !

– Tu sais ma pingrerie, ?a c?est un vrai argument et ton flingue se baladant de mes narines ? mon entrejambe aussi. Ok, vendu je ferai t?te de gondole ? la fiesta?

Sachant que le sp?cimen en question se balade parfois ?m?ch? avec son arme, je me pr?pare psychologiquement ? f?ter je ne sais pas quoi et en public qui plus est. Une arm?e de gens heureux pour moi, comme ?a naturellement, comme on leur a enseign?. La spontan?it? automatique, il n?y a que ?a de vrai pour vivre avec des souvenirs standards.

Mais il me reste une journ?e ? abattre, ? moins que ce ne soit l?inverse.

Une radio associative c?est comme un corps humain, depuis le d?but ?a dysfonctionne. Le tout est d?osciller entre la jeunesse id?ologique et la sagesse mat?rielle sans finir soi-m?me dans le formol. Et puis la derni?re semaine d?ao?t est particuli?re, elle cristallise les s?quelles de la grille d??t? et les b?gaiements de celle de la rentr?e. Pr?cisions approximatives et vrais faux d?parts en s?rie, bienvenue dans la m?canique humaine.

Du coup je dois pr?parer mon ?mission estivale pour honorer mes derni?res interviews, tout en jonglant avec le retour de mon magazine culturel du soir.

La routine me direz-vous, mais entre les fins et les d?buts de contrat, les pannes d?antenne, les bugs de Protools, les ultimes partenariats, toujours eux, ? signer et les sempiternelles complaintes de la voisine ? en peignoir rose g?riatrique ? dont le mari refuse d?finitivement de mourir, je me rends compte que m?me en tra?nant les pieds il est l?heure de la normalit? annuelle avec des bougies ? souffler et 3 grammes dans le sang ? ingurgiter.

Et puis surtout, le lieu des r?jouissances a ?t? choisi coll?gialement ? mon insu, la Croix-Rousse. Je hais les Canuts, je hais la Croix-Rousse, encore plus que des St?phanois.

Et je ne parle m?me pas de ceux pr?sents au dit anniversaire, si vous saviez?



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  • Samedi 17 :?31/08/2005, Part 2 : Orgie conviviale
  • Lundi 19 :?31/08/2005, Part 3 : La cigarette d?apr?s

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