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Le m?me plafond ?cru me tourne le dos et refuse le dialogue que mon chat r?pugne ? partager avec son quota de caresses. Et j?ai comme l’impression d??tre un meuble de plus parmi les autres. Il est tout juste l’heure du crime et la trotteuse me renvoie ? mon sommier sans plus de consid?ration, ni [...]

Inside my nombril (4) : Au milieu du pont

Le m?me plafond ?cru me tourne le dos et refuse le dialogue que mon chat r?pugne ? partager avec son quota de caresses. Et j?ai comme l?impression d??tre un meuble de plus parmi les autres. Il est tout juste l?heure du crime et la trotteuse me renvoie ? mon sommier sans plus de consid?ration, ni marchand de sable ni massage. Alors je compte un ? un les moutons sortant du Mac Donald?s de Porte Dor?e jusqu?? ce que le mur voisin commence ? me parler en couinant, en chuchotant, en soupirant.

Apr?s une br?ve accalmie, voil? le second acte qui retentit dans un bruit strident et lancinant, maladroit et saccad?, j?entends presque le m?tal souffrir sous le coup de l?amour dominical, le fameux matelas de trentenaires s?entra?nant tant bien que mal ? doper le taux de natalit? en m?emp?chant de comater du bad trip du juste. Et pour cause, appartement collectif signifie aucunement intimit?.

Bient?t lass? par les g?missements pr?m?dit?s et les insultes ?touff?es, et vu que personne ne se r?sout ? prendre son pied, je quitte le triolisme. Et, ni une ni deux, je mets pr?cipitamment mon costume de maraudeur ? ayant 15 ans d??ge ? sans pr?ter attention au r?sultat final. Puis, avant de prendre la porte, je pars ? la recherche des clefs du loyer en tentant d??viter le chat et l?angle de cette tra?tresse de table basse.

Enfin libre du co?t mitoyen, je d?vale sur la pointe des pieds les six ?tages de cet escalier plus glissant que rassurant. Attention, au second ?tage, j??vite de justesse une collision frontale avec les italiennes plus ?thyliques qu??tudiantes, puis un regard de bouch?re plus tard j?entrouvre la porte d?entr?e et l?, rien. Le silence, l?angoisse, le noir, l?inconnue, la vie, la rue.

Le dernier m?tro a rendu l??me depuis pr?s de deux heures, les V?libs se cachent pour mourir et leurs cavaliers tueraient pour une ?picerie encore ouverte. Cette population ? connaissant aussi bien les videurs que les balayeurs ? forme un troupeau nomade compos? d?alcooliques mondains et de pucelles anonymes. Ils font plus de bruit qu?ils ne communiquent, d??clats de rires scabreux d?s que le silence revient aux obsessions tactiles du cou ? la taille en passant par les ?paules pour justifier leur part d?oxyg?ne. En somme un rapport bucco-g?nital en collectivit? car la f?te n?en est que plus belle.

La faim du monde est prise en otage dans leurs bouches d?j? trop pleines d??cologie et de crise financi?re, ils entament alors le refrain des g?n?riques de leur enfance pour le faire tourner en boucle. Mais cette charmante peuplade est interrompue malencontreusement par ma voix rauque ? il est vrai que j?ai la mauvaise habitude de parler seul et de refaire le fil de ma journ?e plut?t que le monde en marchant.

Ils me d?visagent au loin, sans m?me me regarder, afin de d?cr?ter s?ance tenante au reste de l?assembl?e mon origine contr?l?e, le HLM ou la poubelle. Pestif?r? parmi les domicili?s, je ne manque pas de prendre un certain ?lan sur la chauss?e avant de foncer dans ce paquet d?ADN en d?composition tenant encore debout par la gr?ce de leurs cigarettes point?es vers le ciel du bout de leurs doigts rong?s et jaunis.

Et tel Mo?se, d?s lors que je traverse le champ de b?tail il s??carte f?brilement de mon auguste passage. Faire peur c?est un m?tier, avoir peur c?est une maladie. Mon bonsoir n?a pas suffi pour dilater l?atmosph?re. Les crispations de fessiers rejoignent les cages thoraciques ? l?arr?t, mais une fois mon d?fil? termin?, ils retournent au bruit aussi vite qu?ils l?avaient quitt?.

Je repars presque en sautillant ? l?assaut du n?ant, les muscles en alerte, la gueule moite et la gorge s?che. Ce soir, j?ai plus de front que de t?te, alors j?ai d?laiss? mon GPS pour mon instinct et il me guide par le bout de mon nez ?pat?. Puis, livr? ? moi-m?me, le ?qui?, le ?o?? et enfin le ?quand? me quittent sans pr?avis.

Les lignes droites deviennent des ombres lorsque les r?verb?res disparaissent les uns apr?s les autres comme les bancs d?lest?s de leurs clochards. Il ne me reste plus qu?? voir avec mes oreilles tout en cherchant du bonheur canin sous ma semelle gauche. Perdu. J?ai obtenu la d?pouille collante d?un chewing-gum en ?change. J?essaie en vain de divorcer de cet odieux parasite en le frottant contre le trottoir le moins humide, le moins ab?m?. Et c?est en frictionnant d?sesp?r?ment ma semelle ? made in China ? que je constate l?absence de fr?quences et de d?cibels aux alentours, pas plus qu?un amical gyrophare ? l?horizon afin d?alimenter ma parano?a de circonstance, car je suis parti sans ma carte d?identit?. Il n?y a rien et c?est tout !

Un m?tronome sous la peau je ralentis le rythme de mes pas jusqu?? ce qu?ils meurent. Au milieu de nulle part avec une arm?e de morts post?s ? chaque coin de rue, je prends le pouls de la ville telle qu?elle est et non comment le jour la voudrait. Le diagnostic?? ?tat v?g?tatif, assistance respiratoire et pl?nitude. Enivr? et abasourdi, je prends ce monde muet comme un aper?u du service apr?s-vente chr?tien. Jamais panorama ne m?est apparu si coh?rent, si vierge.

De minutes en minutes, le bitume moonwalk sous mes semelles dans cet exode sans exil. C?est la ville qui bouge et moi qui la suis.

Une vaste ?tendue de rien sans aucun signe ext?rieur de civilisation auquel se raccrocher, personne apr?s laquelle il faut courir pour ensuite en pourchasser une autre. Juste la ville et moi, ou l?inverse.

Et pour l?une des rares fois de cette ann?e faisant les comptes et le score, je ne pense pas ? ce temps qui m?habite et me d?vore petit ? petit de l?int?rieur, d?anniversaires avec le retour du z?ro en avis d?imposition faisant de moi un meuble. Je souffle, je m??teins, c?est tout. Mais le bonheur on en parle mieux au pass?, et rarement au futur. H?las il m?a d?j? ?chapp?. Et, au bout du tunnel la lumi?re et donc le bruit. L?homme est fait ainsi. L?obscurantisme me manque d?j? et les signal?tiques conseillant ? l?imp?ratif m?angoissent de plus belle.

Le d?cor a continu? ? d?filer sans me demander mon avis. Au bout de quelques dizaines de d?chets de papiers gras, de pr?servatifs usag?s, j?ai ?chou? en plein milieu d?un pont, laiss? ? l?abandon. L?.

Seul au monde sur ma terre de transit, je m?accoude ? son bord comme pour partager ce moment, le regard en contrebas suivant le courant de la Seine o? le spotlight de la lune se refl?te p?niblement. Ses batteries se vident ? mesure que les t?trapodes pinaillent.

Le ciel ne m?int?resse que peu, il d?livre souvent le m?me message trop romantique pour survivre hors d?un livre et l?horizon ?voque des promesses qui d?passent de loin son budget, alors je cherche le vide.

Enfin, je sens quelque chose, mes mains sont froides et la bruine vient corroborer mon sentiment. Tout au loin, j?entends poindre les roulements m?caniques des premiers m?tros ? constitu?s de femmes de m?nage et d?hommes ? tout faire. D?cid?ment la ville gagne toujours, elle respire ? pleins poumons pour nous crachoter les uns apr?s les autres ? l?heure de pointe. Mais nous n?en sommes pas encore ? l?heure des politesses entre hypocrites sur deux pattes.

L?eau sous le pont, s??coulant tranquillement ? mes pieds, me donne un peu de r?ve en gage de bonne foi, il y a une fin silencieuse en bout de course et elle s?y pr?cipite. Elle me stipule tout de m?me que le temps fera son office, et qu?elle a en horreur les passagers clandestins qui auraient le bon go?t de privil?gier la pendaison ? la noyade. Apparemment, les candidats sont nombreux et la Seine garde ses secrets.

En relevant la t?te, je regarde de chaque c?t? du pont pour trouver une solution au moment o? la lune part en cavale avec une poign?e d??toiles mourantes comme si le sommeil ?tait un crime. De quel c?t? du pont vais-je me diriger ?

? gauche, il me faudrait rebrousser chemin et peut-?tre retrouver mes illustres compatriotes ? chaque coin de rue, puis les jouisseurs en ?tat d??bri?t? v?g?tant vers une porte de m?tro avec moins de dignit? que leurs bouteilles. Sans oublier qu?au final, il y peu de chance que je sorte indemne des civilit?s de mon voisinage en escaladant p?niblement l?interminable escalier, qui n?est fait que pour ?tre d?val? d?ailleurs.

? droite, l?inconnue, enfin celle du code p?nal et de la route o? l?on en vient aux mains pour une place assise o? l?on klaxonne plus vite que son ombre au volant d?un corbillard ? cr?dit ! Oui, je mets un peu de na?vet? dans ce choix, il faut bien que je lui laisse une chance entre la dictature des poussettes mal engross?es et les promenades g?riatriques. Heureusement que les prostitu?es aux seins encore ? l?air ? l?avant de leur camionnette et les toxicomanes crasseux redescendant sur terre ?gayent l?ensemble du tableau.

Puisque qu?il faut choisir, je ne le fais pas, je m?assois comme un meuble, en attendant que le soleil vienne me rappeler ? l?ordre ou appeler ? l?aide. Il est 06H00.

Les oiseaux sont de la m?me race que les r?veille-matin, ils sont n?s pour nous faire chier. Il est 06H01, j?ai de la liqueur de pigeon sur le front et nous sommes d?j? demain?



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