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Il y a dix ans, Jean Ferrat prenait le dernier train

Il y a dix ans, le 13 mars 2010, Jean Ferrat nous quittait. Dix ans déjà mais le temps n’efface pas sa popularité et les 200 chansons qu’il a enregistrées. 
 
Bien que peu présent dans les médias pendant sa carrière et malgré son retrait de la scène à quarante-deux ans, il a toujours été apprécié d’un large public et considéré, à l’instar de Georges Brassens, Jacques Brel et Léo Ferré, comme l’un des grands de la chanson française… 

 

Jean Tenenbaum naît à Vaucresson dans les Hauts de Seine, le 26 décembre 1930. Il est le dernier d’une famille de quatre enfants, fils d’un père joaillier et d’une mère fleuriste.

 

Après des études au collège Jules Ferry de Versailles, il doit quitter la scolarité après la seconde pour aider financièrement sa famille car en 1942 son père est séquestré pendant plusieurs mois au camp de Drancy, puis déporté à Auschwitz où il sera assassiné.

Du théâtre à la chanson

Sans diplôme ni expérience, il est embauché comme aide-chimiste dans un laboratoire spécialisé dans le Bâtiment et les Travaux Publics à Paris. De manière à progresser, il prend des cours du soir puis poursuit pendant plusieurs années un cursus au Conservatoire national des arts et métiers en vue de devenir ingénieur chimiste, tout en prenant des cours de théâtre et en expérimentant l’interprétation et l’écriture musicale. En 1954, il quitte le métier de chimiste pour pouvoir se consacrer pleinement à la vie artistique et la chanson.
En fréquentant les cabarets avec ses amis, il se lance dans la musique, en écrivant sous le pseudonyme de Jean Laroche et en jouant de la guitare dans un orchestre de jazz. Ce n’est qu’après avoir vu sur une carte de France la ville de Saint-Jean-Cap-Ferrat, qu’il décide de prendre le nom de Jean Ferrat.

Ses premiers succès, il les doit à Aragon en adaptant « Les yeux d’Elsa » en 1956, poème de l’écrivain français que Jean Ferrat admire.
En 1957, ses débuts sur scène ont lieu à La Colombe, en première partie de Guy Béart puis il chante au Milord l’Arsouille ou à L’Echelle de Jacob.En 1958, il sort chez Vogue son premier 45 tours qui ne rencontre cependant guère de succès. Mais d’autres artistes commencent à interpréter ses titres, comme André Claveau ou Christine Sèvres, une jeune chanteuse qui, en 1961, deviendra son épouse.

En 1959, Jean Ferrat rencontre Gérard Meys, qui deviendra son meilleur ami, et qui lui permettra d’enregistrer en 1960, son premier quatre titres, Ma môme. Son premier album sort en 1961 et lui vaut la même année, le Prix de la Sacem. Il passera en première partie de Zizi Jeanmaire à l’Alhambra.

Nuit et brouillard, La montagne, Potemkine et Ma France

De concerts en albums, Ferrat obtient un succès grandissant, jusqu’au troisième album Nuit et brouillard en 1963, dont le thème principal est la déportation, qui marque les esprits et fait de Ferrat un artiste à part. 
Mais ce sont surtout La montagne (1964) et Potemkine (1965) qui propulsent Ferrat au sommet. L’homme sait rester humble et tout en continuant sa carrière, de Bobino à l’Alhambra, il s’installe à Antraigues, au cœur de l’Ardèche où il participera dès son arrivée à la vie municipale en tant qu’adjoint à la culture.
Quant à sa chanson « Ma France », sortie en 1969, elle fut interdite par l’ORTF pendant deux ans. Motif ? Une attaque insupportable contre le pouvoir gaulliste. « Cet air de liberté au-delà des frontières (…) dont vous usurpez aujourd’hui le prestige », ou encore, cette France, « celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs ». On ne remerciera jamais assez les censeurs de l’ORTF d’avoir fait de Ferrat un immense poète populaire. Il fallut attendre la mort de De Gaulle pour que la chanson passe enfin sur les antennes et que l’artiste soit à nouveau invité sur les plateaux.

Aragon (bis)

C’est encore Aragon qui, au début des années 1970, va donner à Ferrat l’occasion de briller : Aimer à perdre la raison et son album Ferrat chante Aragon font un malheur. Le disque reste encore aujourd’hui encore un des plus grands succès populaires français.

Mais le chanteur, las de la vie de scène et de la notoriété, s’isole. Il fait ses adieux à la scène à la fin de l’année 1972, et malgré la production régulière de nouveaux albums ou de reprises, il se fait plus rare.

Profitant du rachat de la maison Barclay par Polygram, Ferrat réenregistre une grosse centaine de ses chansons et les publie en 1980 dans un coffret de douze disques, énorme travail qui lui vaudra de nombreuses récompenses et une notoriété grandissante.
En novembre 1981, la mort de son épouse Christine Sèvres, le plonge dans un grand désarroi. Il lui faudra plusieurs années avant de revenir sur le devant de la scène grâce à un album, Je ne suis qu’un cri en 1985, et la même année, un passage à la télévision dans l’émission de Bernard Pivot.
Après une intégrale 61-91 sortie en 1991, puis après l’intégrale Ferrat-Aragon sortie peu après, Ferrat nous offre de temps en temps quelques merveilles dont il a le secret.
Chanté par les plus grands (Gréco, Aubret, Jeanmaire, Guichard pour lequel il écrit Mon vieux…) écouté et aimé par de nombreuses générations de public, de 7 à 77 ans, Jean Ferrat restera un chanteur unique, à l’écriture remarquable, aux idées fidèles et humanistes, discret et humble…
En 1985, pour la sortie de Je ne suis qu’un cri, sur des textes de son ami Guy Thomas, Antenne 2 présentait Ferrat 85, un entretien de Bernard Pivot avec Jean Ferrat, chez lui à Antraigues avec une quinzaine de chansons – dont certaines restent une découverte. À noter, « La Porte à droite », où Ferrat dénonce le « tournant de la rigueur » de 1983, c’est-à-dire la conversion de la gauche socialiste au néolibéralisme…

Albert Ricchi

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A propos de Albert Ricchi

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Journaliste citoyen, mon blog est consacré à la politique, la démocratie, l'économie, l'environnement ainsi qu'à plusieurs réformes essentielles à entreprendre aujourd'hui afin de réconcilier les citoyens avec la République et la justice sociale.

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