Accueil / A C T U A L I T É / Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (9)

Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (9)

En juin 1969, un mois avant qu’ils ne débarquent sur la Lune, les américains savaient déjà qu’ils avaient gagné et qu’ils ne pouvaient plus être rattrapés :  c’est ce qu’on a appris bien après, soit plus de trente ans, en ouvrant des archives de la CIA.  Pendant longtemps les russes avait pourtant catégoriquement nié avoir tenté eux aussi une exploration lunaire faite par des cosmonautes et non par des robots (ce qu’ils tenteront aussi en désespoir de cause !).  Dans le grand public, tout le monde l’ignorait.  C’était un secret qui avait été soigneusement gardé, car les russes avaient réussi à dissimuler une fusée faisant la même taille que la gigantesque Saturn et c’est aujourd’hui le secret qui étonne le plus… Retour sur un des plus gros mensonges entretenus de l’histoire contemporaine… 

Enfant, puis adolescent, j’ai suivi l’avancée de l’ère spatiale sans jamais me rendre compte qu’on me trompait (1).  Passionné par ces images de cosmonautes triomphants élevés au rang de héros, j’avais tout gobé tel quel.  Paris-Match m’avait gavé de belles images couleurs (la saga des Mercury avec Grissom, la bravoure d’un Alan Shepard, le premier rendez-vous spatial des Gemini, le tour de la Lune un soir de Noël 1968, etc) et était passé rapidement sur les drames ou les erreurs.  Le cadavre calciné de Komarov réduit à un amas informe de 80 cm, on ne pourra le voir que des décennies après :  la censure soviétique était passée par là.  Les vilenies endurées par Virgil Grissom, rendu responsable de la perte de sa capsule Mercury (2), de même que l’entraînement dégradant des premiers astronautes, je ne les connaîtrai que bien après (3).  La sortie dans l’espace de Léonov qui avait failli lui coûter la vie, elle m’avait été présentée comme une simple formalité, alors qu’il avait failli en mourir (voir ici notre épisode 6).  Plus tard, je découvrirai qu’on m’avait trompé sur pas mal de choses encore.  Parmi celles-ci, un énorme mensonge entretenu par les deux partis en lice :  celui des efforts incommensurables des russes pour mettre le pied sur la Lune avant les américains.  On me les avait effectivement cachés…  Avant qu’Armstrong ne s’envole pour la gloire, il savait.  Il savait qu’il ne pouvait plus être battu.

Pour moi, en tout cas c’était simple, en effet :  les soviétiques n’en avaient jamais eu le projet, puisque jamais ils n’en avaient parlé et leur concurrent direct non plus ! Les deux avaient donc menti !  Des années après je découvrirai en effet qu’on m’avait dissimulé un monstre volant de plus de 100 mètres de haut, aussi gros que Saturn V, resté longtemps complètement ignoré de tous.  Des deux côtés, on m’avait donc caché la vérité :  du côté russe, qui l’a toujours nié, et du côté américain, qui le savait mais n’avait rien dit (pour ne pas révéler l’existence de ses satellites espions, qui lui avaient appris l’infortune des russes)… La propagande avait marché à fond et la conquête spatiale si enthousiasmante avait dissimulé des programmes militaires monstrueux ou inavouables, héritiers direct des assassins hitlériens, dont les coûts faramineux finiront par avoir la peau de l’Ours russe et feront des USA un pays où une mafia militaro-industrielle avait pris le pouvoir, malgré les injonctions à ne pas le faire d’Eisenhower.

Le savaient-ils ?

La fusée lunaire russe découverte, la question qui venait alors aussitôt à l’esprit était de savoir si Neil Arsmstrong, décédé le 25 août 2012, et ses deux collègues de galère spatiale savaient ou non à quel stade en étaient les russes au moment où leur Saturn V les emportait vers la gloire.  Savaient-ils qu’ils gagneraient la course, faute de combattants, s’ils revenaient vivants eux-mêmes de leur expédition ? Aujourd’hui, la réponse est sans nul doute possible… positive : oui, ils le savaient.  Les américains, au moment même où ils posaient le pied sur la Lune savaient en effet qu’ils ne risquaient plus d’être battus par les russes.  Leurs espions au sol ainsi que leurs satellites d’observation, dont j’ignorais alors l’existence et la forme, leur avaient prouvé que les russes ne pourraient plus le faire avant eux.  Plus tard, le secret, qui ne sera révélé au final qu’avec la Perestroïka et l’aveu de l’effondrement d’un système économique exsangue, sera révélé.  Certains journalistes l’avaient flairé.  Dès le mois de juin 1980, le magazine américain Aviation Week and Space Technology avait présenté un croquis du modèle « J », qui avait repris ce qui avait déjà filtré dès 1971 sur l’existence de la fusée géante.

Récit d’une tromperie manifeste qui m’aura au moins appris à être plus suspicieux avec les communiqués annonçant de grandes réussites astronautiques ou technologiques (le coup de la fusion froide par exemple de 1989 avec Pons et Fleischman.  Ou avec tous les communiqués, la succession d’annonces de propagande m’ayant rendu plutôt suspicieux, depuis.  D’autres nous l’ont plutôt bien résumé, ce qui s’était passé pendant… et avant :  « La victorieuse mission Apollo-11 a abouti au premier atterrissage de l’homme sur un autre corps céleste.  Mais il faut aussi regarder ce qui s’est passé chez les soviétiques et leurs efforts dans les derniers jours de la course lunaire qu’ils ont perdue. L’impact sur l’humanité de l’effort spatial américain triomphant a produit un effet d’aubaine diplomatique majeur pour les Etats-Unis.  L’administration Nixon a cherché à tirer pleinement parti de la réussite de soutenir les efforts diplomatiques américains dans les affaires mondiales.  Mais le président Lyndon Baines Johnson, le président Richard M. Nixon et le conseiller de sécurité nationale Dr. Henry A. Kissinger (HAK), avaient gardé un œil au-dessus de l’épaule, en regardant ce que l’autre tentait en même temps » a-t-on pu lire quelque part.  La surveillance du rival étant dévolue au programme Corona…

Découverte par les satellites espions

Kissinger et Nixon savaient, car la gigantesque fusée soviétique avait été photographiée sur son pas de tir, à plusieurs reprises, par le satellite Gambit KH-8A.  Le premier cliché, d’ailleurs, sera un véritable coup de chance (4) :  lors d’une mission, lancée le 25 octobre et terminée le 5 novembre 1967, un satellite avait en effet surpris, le 2 novembre 1967 et le lendemain encore, les trois premiers étages d’une énorme fusée baptisée alors « modèle J » couchée sur un bâti tout aussi colossal, lentement poussé sur deux voies parallèles par deux paires de locomotives diesel.  L’engin était gris et blanc et son premier étage présentait un diamètre incroyable (ici vu de beaucoup plus près on distingue les deux voies ferrées).  Ce ne sera pas le seul cliché ramené par les satellites « Keyhole ». La toute première photo de la photo redressée était celle de la maquette de calibration, sur son site de lancement avec une N1-L-3 en attente de remplissage d’essai de Lox et de kéroséne, saisie dès le 24 septembre 1968, lors de la mission-1024-1 d’un Corona, (sur l’image N° 028, de la bobine 12572).  Une seconde photo avait été prise le 2 octobre 1968 du modèle N1-L3 toujours en tests de remplissage (lors de la mission-1048-2, sur l’image 153, et la bobine 12721).  Un travail rondement mené par les interprétateurs US sur les ombres portées (notamment celle de tour ombilicale accompagnatrice) avait vite donné la taille de la bête. L’estimation  » top secrète  » donnait 317 pieds : 96 mètres.  En y ajoutant la tour de sauvetage à poudre qui n’y figurait pas lors des deux passages, on obtenait bien les 105 mètres du monstre de Korolev.  La Saturn faisant en comparaison… 363 pieds (110 mètres).  Il n’y avait donc pas de mystère : c’était bien un projet lunaire, les lois de l’astronautique étant simples pour envoyer plus de 30 tonnes en orbite, il fallait ça en effet.  A droite, la maquette en bleu et blanc est celle réalisée par les experts des renseignements US à partir des photos de satellites espions Gambit et de Corona. A gauche, la photo au sol de la réalité.  Ils ne s’étaient pas trompés ! (et non lunaire)

D’octobre 1967 à juin 1969, les américains photographieront 13 fois la N1 ou ses maquettes, depuis la mission 47 jusque la mission 60 des Corona : difficile d’imaginer qu’ils ne savaient pas à quoi s’attendre… et pourtant, ils n’auront pas à la craindre. Un cliché pris sous un fort angle, d’une provenance inconnue, avait aussi localisé le « VAB » des soviétiques, le MIK, là où ils montaient leur fusée…couchée, sur son berceau de transport et non debout comme les américains le faisaient avec Apollo. Devant l’entrée, le berceau vide de transport et d’érection de la fusée géante.  Sur un autre cliché pris à la verticale du bâtiment de construction, un indice important avait été relevé :  l’écartement des deux voies ferrées (ici à gauche pris en photo par les russes) montrait via la taille du berceau porteur le diamètre du plus gros étage de la fusée :  le premier.  Il devait faire… 17 mètres.  Saturn n’en fait que 10 à la base.  Les américains, à ce moment-là, craignaient surtout que la géante soit plus puissante que la leur !
On ôte aussi que les russes ont bâti deux énormes pads de lancement :  ils ont choisi le rendez-vous terrestre pour se rendre sur la Lune, mais il leur faut pour cela… au moins deux fusées (ici à droite) !  Le but étant de lancer des « tankers » 21K pour fabriquer en orbite le train lunaire russe (6).

Mais c’était déjà joué et certains, comme ici Marcus Lindross, affirment que la course à la Lune a basculé bien avant : « trois ans auparavant, les soviétiques, qui ont fait la course en tête depuis 1957 ont perdu aux alentours de 1966 déjà :  lentement mais sûrement, les Américains rattrapent.  Malgré l’opposition du Congrès qui a augmenté les dépenses de la guerre du Vietnam, la NASA a dépensé un montant record de 2 967 millions de dollars sur le projet Apollo en 1966 – bien plus que les Soviétiques ne pourraient se le permettre. La fusée géante Saturn V, ses installations de lancement à plusieurs milliards et des infrastructures connexes étaient prêts pour les tests basés au sol dès le moi de mai 1966. Les sondes Surveyor et Lunar Orbiter peuvent bien avoir été les secondes sur la Lune, elles étaient beaucoup plus avancés que les Lunas soviétiques et ont rapidement accompli dix missions réussies vers la Lune en quinze mois (voir ici notre épisode 2). Coté vols spatiaux habités, le vaisseau Gemini (un précurseur à deux hommes d’Apollo) avait été un beau succès. Gemini 8 a fait un amarrage spatial crucial pour la première fois en mars 1966. Les dernières Gemini ont mis en place seulement à deux mois d’intervalle, la pratique de longue durée des vols habités, des rendez-vous et des sorties dans l’espace. Les Soviétiques ont dû se démener pour garder le rythme. Un troisième vol de deux semaines Voskhod a été retardé de deux mois, puis annulé en quelques semaines après son décollage prévu en mai 1966. Le reste du programme a été annulé pour gagner du temps et de se préparer pour le premier vol du nouveau vaisseau Soyouz (selon Harvey, 1996). Il semble également que la station spatiale militaire géante OS-1 – suspendue depuis la chute de Khrouchtchev du pouvoir deux ans plus tôt – a pris fin la même année (selon Vick, 1994), pour être remplacé par une version plus petite lancée par Proton, une version appelée Almaz. Chelomei était maintenant en charge du projet et les capsules LK-1 (ici à droite et à gauche) feront partie à la place de la nouvelle station spatiale, mais il a continué à proposer ses plans alternatifs de conquête de la Lune. En 1967, il a commencé à travailler sur l’ingénierie des maquettes des baies des moteurs pour l’UR-700 et des zones inter-étages (selon Vick, 1996), contestant l’autorité de Mishin en tant que chef de file du programme lunaire ».

Les russes ont perdu Korolev la même année cruciale de 1966 et son successeur Mishin (il l’avouera lui-même) n’a pas son charisme pour éviter les coteries du Kremlin.  Korolev avait rêvé en fait d’une Multirole Space Base Station, alimentée à l’énergie nucléaire, mais l’URSS, ruinée par la conquête spatiale, n’avait déjà plus l’argent pour la construire.

Car les russes avaient été confrontés au même dilemme que les américains :  il y avait bien trois façons de se rendre sur la Lune.  Comme l’indique ce schéma repris du Numéro de Time-Life  » L’homme et l’espace « , imprimé en 1965 (avec en couverture Saturne 1B haute de 51 m), américains comme russes avaient à soupeser les trois méthodes et, selon chacune, une fusée différente ou la même fusée lancée deux fois pour réaliser un « trains spatial » pour la Lune.

La plus simple était le tir direct, mais il fallait un monstre, que les américains appelleront longtemps le projet Nova, ou une Saturn seule pour la version la plus difficile à réaliser :  le rendez-vous lunaire avec un engin spécialisé pour descendre sur la Lune.  Entre deux, l’envol de deux fusées Saturn à peu de temps de décalage pourrait suffire.

Une fusée connue de quelques uns seulement ?

La fusée russe du rendez-vous lunaire avait été photographiée sur demande, car les services secrets US se doutaient que depuis… 1964 un projet de ce genre avait été proposé par les ingénieurs russes.  Le plus étrange, c’est que pendant au moins 4 ans un homme n’en a jamais parlé : James (« Jim ») Webb, le responsable de la NASA de 1961 à 1968.  Pourquoi, voilà bien tout le mystère en effet, car il lui suffisait d’ouvrir le journal pour le savoir en 1966 : « en septembre 1966, des histoires parues dans le Washington Post et le New York Times affirmaient que les Etats-Unis disposaient d’informations comme quoi l’Union soviétique était en train l’élaborer une fusée plus grande et plus puissant que leur propre gargantuesque fusée lunaire Saturne-V ». Le New York Times estimait que la poussée de la fusée était de 7,5 à 10 millions de livres par rapport à la Saturn V et ses 7,5 millions.  Mais ces deux articles, parus aux États-Unis, déclaraient que les analystes du renseignement n’avait pas encore vu la fusée elle-même.  Les estimations antérieures de la fusée encore invisible avaient dit qu’elle aurait une poussée de près de cinq millions de livres.  Mais à l’été 1966, cette estimation a été augmentée:  mais exactement quand et pourquoi la CIA a ainsi augmenté son estimation reste classé. Là encore, ce n’est sans doute pas un hasard si ces fuites dans la presse ont eu lieu en septembre, alors que Centre d’Interprétation Nationale photographique mettait la dernière main à ce qui était un rapport annuel sur l’ensemble des lancements.  Ce rapport a été officiellement daté d’octobre 1966, mais son avant-projet aurait été distribué au préalable dans toute la communauté du renseignement et chez certains responsables de la NASA.  En somme, la CIA avait appris quelque chose dès 1966 qui lui avait permis d’affiner son savoir : les russes préparaient bien une fusée de la taille de Saturn V.  Et le directeur de Nasa n’aurait pas été au courant (5) ?

Difficile à imaginer !  Ses liens avec les nazis de l’affaire (voir ici la photo avec Debus et Von Braun) auraient-ils eu une une influence dans son mutisme ?  En fait, le programme Apollo coûtait les yeux de la tête, et l’annonce, le 27 janvier 1967, de la catastrophe d’Appollo 1 avait fait craindre à Jim Webb qu’il puisse être arrêté, faute de crédits.  Il avait fait jusqu’alors un intense lobbying pour la NASA et craignait avant tout de voir ses crédits supprimés.  Ceux d’Apollo, mais aussi des sondes de programme d’exploration planétaire avec Mariner et le programme Pioneer. Résultat, en février 1968, voilà que Jim Webb (à gauche ici avec LB Johnson) lâche le morceau :  devant le Science House and Astronautics Comity, il affirme que les Soviétiques « seront bientôt en mesure de lancer une fusée avec une plus grande poussée que Saturn V » (alors qu’il n’en avait rien dit pendant des mois !) ; maintenant que son programme est menacé, il condescend à avouer qu’il s’avait quelque chose depuis au moins deux ans. « En septembre 1968 Webb a appelé la CIA pour obtenir l’autorisation de montrer au président Johnson des photographies de reconnaissance par satellite du Complexe « J » . David Brandwein, le directeur du Foreign Missile and Space Analysis Center de la CIA a déclaré Webb qu’il n’y avait pas de problème pour le faire. Johnson, et Brandwein le savaient, avait déjà été mis au courant de cette information ». Johnson savait donc déjà pour la « J », autrement dit la N-1 :  seule la CIA avait pu le brieffer sur la question.  A droite un cliché pris par un Gamin-Corona en mars 1968 du pas de tir.

Pas tout à fait soulagés : les russes ont toujours un plan B !

En réalité, les américains ne seront « libérés » de ce poids psychologique de l’existence de ce monstre, que fort peu de temps avant leur voyage victorieux.  Ils auront à craindre leur adversaire jusqu’en juin 1969, où leurs incertitudes et la peur de se faire battre sur le fil auront ce mois-là presque totalement disparues.  Ils craignent toujours un projet à deux fusées pour un « train spatial » lunaire.  Les russes, ce mois-là, s’agitaient en effet beaucoup, après des mois d’inactivité, et deux éléments significatifs permettaient de supposer qu’ils préparaient un événement d’importance :  à Baikonour, où des préparatifs s’intensifiaient, et plus exceptionnellement en mer où de très nombreux navires avaient appareillé, comme si une mission de récupération de satellite se profilait à l’horizon.  Le retour de la Lune a une vitesse phénoménale n’assurait plus obligatoirement de se poser en URSS seulement :  il fallait prévoir comme chez les américains une flotte de récupération, au cas où…

Or, phénomène fort rassurant pour ces américains, leur adversaire potentiel n°1 avait été éliminé dans le mois même qui précédait l’aventure lunaire américaine.  Le 3 juillet 1969, avec l’échec du lancement soviétique de l’immense fusée  appelée « J » par les services secrets US, qui explosait le 3 juillet 1969 à 20:18:32 UT sur son pas de tir à Baikonour, le programme lunaire russe se retrouvait en effet en situation d’échec total.

C’était la deuxième tentative ratée, déjà, en prime.  L’ironie de l’histoire étant que l’armada de satellites espions Gambit KH-8, leurs largages de capsules, leur récupération acrobatique et le développement obligatoire de leur films, n’avaient servi à rien dans la découverte de la catastrophe :  c’était en réalité un satellite météo qui avait découvert la lueur de l’explosion de l’engin et non un de ces « Gambit » ! Cette explosion catastrophique de la fusée, en revanche, avait été connue de la Maison Blanche dans les 24-36 heures suivant l’accident, soit dès le 4 ou le 5 juillet. Un rapport depuis déclassifié montre en effet comment les USA avaient appris, 12 jours avant le décollage de Saturn V-Apollo XI (qui avait décollé le 16 Juillet 1969 à 14 h32-heure française), qu’ils ne pouvaient plus être rejoints et qu’ils seraient les gagnants de la course à la Lune… si tout se passait bien pour le trio Armstrong-Aldrin-Collins.

Beaucoup de gens le savaient, donc

Mais la preuve photographique de cet échec, les américains n’en disposeront qu’après le retour de la Lune d’Apollo XI.  Ils savaient, donc, en partant… mais ils ne savaient pas tout.  Ce rapport montre que beaucoup savaient des choses, cependant.  Depuis, on a pu relever le nombre d’administrations US qui l’avaient appris :  la CIA, en premier, mais aussi la National Security Agency (NSA) et, à un degré moindre, l’Air Force Systems Command et sa division Foreign Technology Division (DFT) – devenue depuis le National Air & Space Intelligence Center (NASIC), ainsi que le Département d’État, le Bureau du renseignement et de la recherche (BIR) et la Defense Intelligence Agency (DIA) ou l’Office of Naval Intelligence (ONI).  Ils ont bien indiqué qu’ils avaient tous appris l’échec russe, mais peu d’entre eux l’avaient alors commenté, même des années après encore.  Motus complet sur toute la ligne, telle était la consigne !  Les russes, eux, ne diront rien avant longtemps.  Il faudra attendre l’effondrement de l’URSS pour que le voile soit levé sur cette aventure aussi imposante que le programme Apollo et dont ils avaient toujours nié l’existence.  Officiellement, les russes n’avaient en effet aucun programme lunaire… alors qu’ils en avaient deux sur le grill (et même un troisième comme on va le voir plus loin) !

Les russes trahis par leurs navires-espions

Une autre grande inquiétude US en juin 1969 provenait également des mouvements des navires de la flotte de guerre russe.  Les Soviétiques avaient entrepris, en juin et juillet 1969, le plus grand déploiement de navires jamais vu.  Cette intense activité navale aurait dû servir de support à un événement spatial attendu.  En juin et juillet 1969, ils avaient en effet déployé la flotte de soutien de l’espace, déjà rencontrée sur les mers du monde, à laquelle ils avaient ajouté 9 nouveaux navires.  Cela n’avait jamais été vu avant ce moment et n’a pas été revu par la suite, sauf pour les cinq exercices suivants d’Okean, dans les années de guerre qui ont suivi cet événement ou par la suite à chaque plan quinquennal.  Les soviets avaient déployé 65 navires divers, allant de la marine marchande (dont les fameux chalutiers) aux vaisseaux spécialisés de la marine russe pour suivre destinés à soutenir les événements spatiaux. Pendant cette période de juin à juillet 1969, on dénombrait effectivement 13 à 18 bateaux dans l’océan Pacifique, 10-15 dans l’Atlantique et 10-20 dans l’océan Indien :  quelque chose d’important était donc attendu.  Et les russes attendant l’arrivée de capsules en pleine mer, c’était plutôt inhabituel chez eux ! A droite ci-dessus c’est le navire suiveur de satellite russe Komarov.  A gauche le Korolev.  A droite ici le SSV-33 Ural est plus tardif (années 80)

Le retour sur scène triomphant du Soyouz

Ce qu’attendait la flotte russe, ce n’était pas seulement la capsule qu’aurait pu satelliser La N-1, c’était un tout nouveau vaisseau Soyouz, le premier ayant connu les déboires que l’on sait ayant entraîné la mort du regretté Komarov (les américains avaient capté avec leurs grandes antennes ses cris de rage contre les concepteurs de sa capsule maudite, alors qu’il sait qu’il n’a plus aucune chance de s’en sortir).

Les russes ont en fait rejoint la course à la Lune… mais ils ont beau l’avoir fait tardivement, leur Soyouz profondément remanié montre des capacités inquiétantes, bien supérieures à celle de Gemini, sinon même à la capsule Apollo.  Les russes, en prime ce jour-là, se sont payés le luxe de lancer deux vaisseaux et non pas un, et les deux Soyouz de voler carrément de concert :  la seule mission officiellement attribuée à Soyouz 3 était de réaliser des rendez-vous par pilotage manuel, analogues à ceux réussis par les Américains lors des expériences Gemini.

« Deux fois, pendant le weekend, Beregovoï se rapprocha d’un vaisseau Soyouz 2, vide, qui avait été lancé le vendredi et qui regagna la Terre le lundi. On a presque l’impression d’un retour en arrière sur le plan technique. Sur d’autres points, en revanche, le vol de Soyouz 3 semble indiquer une avance des Soviétiques (ici-contre l’agrandissement de la conclusion du texte du dessus : les russes seraient fort tentés par une « fenêtre de tir » lunaire en novembre.. (1968 !!). Le vaisseau spatial, qui comporte une cabine de pilotage et une cabine de repos séparées, apparaît plus vaste et plus lourd que la cabine Apollo. Le confort cosmique y est également plus poussé, puisque les téléspectateurs, admis pour la première fois au spectacle d’un lancement, ont pu constater que Beregovoï pour embarquer, n’avait pas eu besoin de revêtir un scaphandre. Autre avantage : la possibilité de lancer simultanément deux masses aussi lourdes que les Soyouz. Comme certaines déclarations autorisées le suggèrent, les Russes auraient en effet choisi pour atteindre la Lune, la formule du rendez-vous en orbite terrestre. Qui exige plus de puissance, mais risque d’être moins acrobatique que le rendez-vous en orbite lunaire des Américains. Où en est leur technique des rendez-vous et des arrimages dans l’espace ? Les prochaines semaines peuvent fournir une indication. En effet, à deux reprises, les 9 novembre et 6 décembre, la Lune se trouvera en position privilégiée, tant du point de vue optique que des communications radio, par rapport au territoire de l’URSS… » et effectivement, car c’est ce que vont faire deux Soyouz (Soyouz 4 et 5)… début 1969, réussissant le premier amarrage de deux vaisseaux habités et, en même temps, le premier transfert d’équipage céleste… via l’extérieur des vaisseaux, solution risquée et complexe.

La télévision soviétique retransmettra en direct les préparations d’Elisseïev et de Khrounov pour leur sortie dans l’espace :  les russes étaient très sûrs d’eux, on pourra les voir sans scaphandre dans leur capsule.  On verra Volynov les aider à revêtir leur combinaison « Yastreb » dans le module orbital de Soyouz 5 (7) .  Khrounov sortira le premier au-dessus de l’Amérique du Sud, pendant qu’Elisseïev se dirigera à son tour à bord de Soyouz 5, au-dessus de l’Union Soviétique.  Dans Soyouz 4, rentreront donc sur Terre Chatalov, Khrounov et Elisseïev, Boris Volynov restant seul dans Soyouz 5.  Les russes avaient tout prévu : les deux cosmonautes transférés avaient avec eux des journaux, lettres et télégrammes imprimés après le lancement de Soyouz 4, pour prouver que le transfert avait bien eu lieu !

Un vaisseau lunaire en puissance

Ce fameux Soyouz 7K-L1 (exactement) devenu un vaisseau simplement circumlunaire, dénué de module de descente, mais équipé d’un dock d’amarrage nouveau. Fait inquiétant pour les USA, l’année 1968 avait vu plusieurs tentatives de lancement de ce vaisseau par une fusée puissante d’un autre modèle, la Proton.  La première tentative du 2 mars 1968 ne le fut pas vraiment, cirumlunaire, à vrai dire :  l’engin ratera son décollage, montera tout juste à 330 000 km d’apogée et n’atteindra donc pas la banlieue lunaire.  Le suivant, Zond 5, engin tout aussi lourd (5 375 kg !) inquiétera davantage les américains.  Lancé le 14 septembre 1968, il avait redonné le sourire aux russes :  il avait atteint la Lune le 18 septembre 1968, l’avait survolée tranquillement, à 1 950 km d’altitude et était revenu de façon surprenante… le 21 septembre 1968 en pleine mer, intact, avec ses occupants vivants (des tortues de Horsfield, des mouches et des plantes !).  C’était le premier engin spatial à faire le tour de la Lune et revenir sur terre (après avoir pris une belle photo de la Terre) !

La réussite de cette mission inquiétait donc fortement les USA, qui n’avaient prévu de faire de même qu’en décembre seulement de la même année avec Apollo VIII. Les craintes s’accentueront encore quand, le 10 novembre 1968, un nouveau vaisseau Zond 6 était parti refaire la même chose que le précédent :  l’inquiétude augmentait alors d’un cran à la NASA.  Le 14 novembre 1968, il survolait la Lune à une distance minimale de 2 420 km cette fois et la photographiait au passage :  les russes étaient en repérage et préparaient un alunissage prochain, c’était évident !  Les américains craignaient au départ que la capsule ne contienne des cosmonautes.  Ce n’était pas le cas, les russes étant de nature prévoyants.  Ce qui va surtout « rassurer » les américains, c’est que Zond 6 va marcher moins bien que prévu :  le 17 novembre 1968, en rentrant dans l’atmosphère, la cabine se dépressurise (préfigurant hélas une catastrophe bien pire !), tuant ses bestioles à bord, ce qui oblige les ingénieurs à faire des modifications qui seront longues à bord du vaisseau.  Son parachute se déployant trop tôt et la cabine se crashant à moitié au sol (et non en mer) :  on ne pourra sauver qu’un seul négatif du rouleau de sa caméra. Zond 7 ramènera en revanche une superbe photo couleur de la Terre, le 9 août 1969.  C’était sans nul doute un vol de reconnaissance pour un tour de Lune en vaisseau habité.  En photos, la capture en mer à la gaffe de Zond 5 , le véhicule emprunté à Bombay pour la transporter et des exemplaires des fameuses tortues circumlunaires !

Le plan B :  la Proton de Chelomeï !

Les soviétiques, qui clameront que la mission avait été une réussite totale, s’étaient montrés trop présomptueux cette fois-là : (très) satisfaits de Zond 5, ils avaient tenté plus difficile encore : une rentrée avec rebond atmosphérique (« skip reentry ») pour atterrir pile en URSS et non plus en mer.  Une opération trop délicate à réaliser, en fait, d’où la fin ratée d’une mission effectivement réussie jusque là.  Les américains, qui avaient suivi les déboires en direct avec leurs stations radio d’espionnage disposées en mer, pouvaient jubiler :  ce n’est pas tout de suite que les russes enverront des cosmonautes autour de la Lune via le programme concocté par Chelomeï, dont la puissance de la fusée est si impressionnante, mais dont les déboires s’accumulaient (après un nombre conséquent d’échecs successifs, elle deviendra une des plus fiables et des plus efficaces de l’arsenal russe : elle existe toujours et se charge des plus lourds lancements).  Les américains ne savent pas non plus à ce moment-là que Chelomeï a été écarté pour son projet de gigantesque fusée lunaire UR-700, au profit de la N1 de Korolev.  Dès fin novembre 1968, ils savent que le programme « de secours » des soviétiques va subir un retard important et, 7 mois plus tard, que le programme N°1 est mort-né :  ils peuvent partir confiants en juillet 1969.  Ils ne peuvent donc plus être battus !

Les russes toujours aussi peu loquaces sur leurs objectifs réels

Les américains craignaient beaucoup le périple des vaisseaux Zond, car leur capsule Apollo, handicapée par le terrible accident qui a carbonisé Grissom, White et Shaffee, avait pris beaucoup de retard (20 mois exactement) avec les modifications obligatoires après la catastrophe (les russes en perdront 18 avec Soyouz 1). C’est tout d’abord les russes qui ont ré-ouvert le bal, comme on l’a vu :  « placé sur orbite terrestre, le samedi 26 octobre, à 11 h 34, heure de Moscou, le vaisseau spatial Soyouz 3, après quatre jours de manoeuvres, est redescendu sur le territoire de l’URSS mercredi dernier, à 10 h 15. Mission accomplie, assure l’agence Tass. « Nous n’avons pas l’habitude, en Union soviétique, de dévoiler nos programmes spatiaux », rappelait, le 16 octobre, à New York, l’académicien Leonid Sedov » nous expliquait L’Express dans son numéro spécial de juillet 1993. « Que nous enseigne donc ce nouveau vol ?

« D’abord, que la course à la Lune, relancée par le succès de Zond à la fin de septembre, puis par le vol triomphal d’Apollo 7 pour les Américains, bat désormais son plein et ne se ralentira sans doute plus maintenant jusqu’au débarquement du premier homme sur notre satellite. Ensuite, que les deux pays connaissent sensiblement les mêmes impératifs techniques. Vingt mois s’étaient écoulés depuis l’incendie au sol de la cabine Apollo 6, avant que les Etats-Unis puissent recommencer l’expérience prévue avec Apollo 7. De même, il aura fallu dix-huit mois, après le lancement de Soyouz 1, le 24 avril 1967, qui s’était terminé par la mort de Vladimir Komarov, pour que l’Union soviétique s’estime capable de risquer la vie d’un homme sur un vaisseau du même type » (…) Ce vol de Soyouz 3 (à droite ici au musée et à gauche son lanceur) semble augurer d’une réorientation de la doctrine spatiale russe, qui jusqu »ici privilégiait les sondes automatiques aux vaisseaux habités : Gagarine avait été un coup politique, pas le vœu des scientifiques russes « .  A travers certaines de ces déclarations à l’agence Tass, avant le vol, on discerne une véritable querelle de doctrine chez les responsables de l’espace soviétique.  « L’académicien Korolev, constructeur en chef des vaisseaux soviétiques, reconnaissait, certes, toute l’importance des dispositifs automatiques, a rappelé le colonel Beregovoï, mais il demandait en même temps avec insistance que le rôle principal fût réservé, à bord d’une cabine cosmique, au pilote. » Korolev mourut pendant l’hiver 1966. Et il est frappant de constater qu’après l’échec de Soyouz toutes les expériences soviétiques furent réalisées automatiquement par des vaisseaux inhabités, y compris des rendez-vous en orbite que les Américains n’avaient jamais tentés ».

Le rush final devient dantesque

Car en 1968 et jusque la mi-69, la course à la Lune se montrera effrénée des deux côtés.  Le premier vol habité de la cabine américaine refaite à neuf n’a lieu avec retard que le 11 otobre 1968, avec Apollo 7, qui emporte Cunningham, et Eisele.  Le vaisseau est parti sans son module lunaire, qui n’est toujours pas terminé ni testé.  En ce sens, l’annonce les 14 et 15 janvier 1969 d’un rendez-vous spatial entre deux Soyouz était vécue comme une fort mauvaise nouvelle par les USA, qui étaient alors persuadés que les russes iraient sur la Lune en « train spatial » de vaisseaux assemblés, à deux fusées, une hypothèse qu’ils avaient eux-mêmes imaginée dans les années 60 pour la rejeter ensuite, avec la construction d’une fusée hyper-puissante, la Saturn V, l’engin le plus puissant jamais créé au monde.  A ce moment-là, en fait, russes et américains étaient donc plutôt à égalité… dans leurs retards respectifs.  Les russes ont surtout perdu (bêtement, lors d’une opération chirurgicale ratée) leur maître à penser Korolev, deux ans auparavant, et son successeur n’a ni son aura ni son impitoyable exigence de qualité, ce qui explique en partie l’échec de la N1 (comme le dira Boris Chertok), qui est en fait revenue à une architecture « ancienne » :  la technologie russe ne sait pas fabriquer de grands corps de fusée auto-contenant et doit se contenter de faire des sphères (voir le schéma interractif ici), empilées les unes sur les autres et recouvertes d’un profil aérodynamique léger.  Les russes ne savent pas non plus faire de gros moteurs.  Aussi ont-ils multiplié à bord de leur N1 de plus petits, performants certes, mais que leur informatique très en retard ne saura pas gérer efficacement : leur fusée est… fondamentalement mal conçue (« doomed »). Handicapés par une sidérurgie en retard, les russes en sont revenus aux principes de Grottrüp !  « Cela peut être dû à un contrôle-qualité très peu répandu dans les usines. Il n’y a pas de discipline dans ces usines, et peu de travailleurs qualifiés. Les commissions d’enquête peuvent invoquer des raisons spécifiques pour chaque échec après tout ce qu’ils veulent, mais pour ce qui concerne Nikolai Kamanin (le responsable des cosmonautes), il s’agit d’un problème général dans le système industriel soviétique « .   A noter que le second étage dispose quand même de moteurs bien plus grands des NK-43 (8).

L’échec sur toute la ligne de la N1, une fusée… trop lourde !

Si les américains savent qu’elle ne marche pas, en revanche ils ignorent toujours à ce moment-là pourquoi.  Glouchko, responsable des moteurs évincés au profit de ceux de Kuznetsov, efficaces mais trop petits, le savait et il le dira plus tard de façon acerbe : « la N1 ne pouvait transporter que du vent. Sa masse brute au lancement était d’environ celle d’un Saturn V, mais sa masse à vide était entre 2,5 et 3,5 fois plus importante« .  Donnée pour emporter 45 tonnes en mission lunaire, comme la Saturn, elle ne pouvait en soulever que 30.  Impossible d’alunir avec ça.  Ses moteurs alimentés avec un mélange de kérosène et d’oxygène liquide, le principe des V-2, n’avaient pas le rendement de ceux de Saturn, nourris au mélange oxygène-hydrogène liquides qu’avait souhaité pourtant Korolev sur la N1. Les américains, avec Apollo 7, ont rattrapé leur retard :  ils n’ont toujours pas testé le LEM mais ont réussi un rendez-vous avec l’étage de la Saturn S-IVB qui les a lancés :  si le « train spatial » US n’est pas encore prêt, leur fusée est au bord de l’être.  La NASA lancera treize fusées Saturn V consécutives, sans avoir à déplorer la moindre perte… 15 modèles ont été commandés dès le départ. Le 9 novembre 1967, déjà, la première Saturn 5 (avec Apollo IV, un module vide dont le LEM factice appelé « LTA pour Lunar Module Test Article ») s’est élevée du LC 39 au Kennedy Space Center de Floride.  Les russes ont perdu beaucoup de leurs chances déjà et Armstrong, Aldrin et Collins peuvent se préparer avec un souci de moins en tête…  Mais tout n’est pas encore totalement joué, et nous verrons demain pourquoi exactement.

(1) attention, rien à voir, je le précise d’emblée avec ceux qui pourraient vous parler d’un hoax lunaire : l’être humain a bien mis le pied sur la Lune et cet article, comme le suivant, en font foi : on voit mal en effet les russes construire des engins aussi gigantesques, dont on possède toujours les vestiges, pour lutter contre du vent…

(2) «  Liberty Bell 7 » retrouvée 38 ans après par Curt Newport au fond de l’Atlantique au large Cap Canaveral.  Elle est exposée depuis au Kansas Cosmosphere and Space Center. 

(3) grâce à Tom Wolfe et l’Etoffe des Héros.

(4) « Au début, les services de renseignement américains ont eu une chance incroyable de voir le véhicule « J » à trois étages à découvert, sur la chaussée du chemin de fer de son énorme transporteur plat TUA Transport Erector (TE) avec deux paires de locomotives diesel sur deux voies parallèles lors d’un test de recul ou de déploiement. Cette image est une image très contrastée oblique à l’avant-plan très sombre avec un sol très humide après l’éblouissement par la neige. La vue était telle que les moteurs de la première étape ne pouvaient pas être vus. L’engin se présentait sous la forme d’une longue « grosse balle » (fat bullet) ou sous la forme d’une longue ogive en forme de cône de rentrée. Il était de couleur grise sauf le blanc au dernier troisième étage. Des dômes supérieurs arrondis sur les premier, deuxième et troisième étages et des fermes couvertes entre les étages étaient visibles. Apparemment, l’activité a débuté le 2 novembre 1967 mais s’est terminée le 3 novembre 1967. Cette image GAMBIT était la première image acquise par les États-Unis des trois premières étapes de la fusée N1. Alors que la première image américaine de l’empilement N1-L3 n’a été capturée que le 11 décembre 1967 par CORONA. Les deux images étaient plutôt médiocres mais de meilleures images suivraient, mais cela donnait à la communauté du renseignement américaine un aperçu de la différence entre cet engin et ce à quoi on s’attendait ».

 

(5) Selon The Space Review, il savait : « Lorsque Jim Webb est devenu administrateur de la NASA au début de 1961, il a obtenu les plus hautes autorisations de sécurité – non seulement un accès aux données de renseignement, y compris des photographies de satellites, mais également à des informations techniques sur les satellites espions eux-mêmes. La relation entre la CIA et la NASA s’était tendue sous le prédécesseur de Webb, T. Keith Glennan, qui estimait que la réputation de la NASA avait été mise à mal lors de l’incident de la destruction de l’avion-espion U-2 de Gary Powers en mai 1960. Webb assurait La direction de la CIA a voulu travailler avec eux et, en retour, ils lui ont donné accès à toutes les meilleures informations. Cependant, dans les années qui ont immédiatement suivi l’établissement du but lunaire par Kennedy, il n’y avait pratiquement aucune information indiquant que les Soviétiques avaient un programme lunaire. En été 1963, un scientifique soviétique déclara à un scientifique britannique que les Soviétiques n’avaient pas prévu de faire atterrir des humains sur la lune. Cette information était exacte à l’époque, mais elle a touché les cercles du gouvernement américain. Pourquoi les États-Unis ont-ils dépensé des milliards pour faire rouler les Soviétiques sur la Lune si les Soviétiques ne prévoyaient pas d’y aller eux-mêmes? »  En fait cela avait commencé dès 1963 : « À partir du printemps 1963, les satellites d’espionnage américains photographient un vaste projet de construction à Tyura-Tam, la zone de lancement soviétique. Ils ont rapidement désigné ce «complexe de lancement J» – la dixième installation de lancement détectée à Tyura-Tam – et ont supposé qu’il était destiné au lancement d’une nouvelle fusée spatiale massive. Un gros problème était que les analystes qui se concentraient sur le Complexe J ne pouvaient pas comprendre pourquoi, si les Soviétiques fonçaient les Américains vers la Lune, il leur avait fallu si longtemps pour terminer l’installation de lancement. Pendant les six premiers mois environ, jusqu’à l’automne de 1963, la construction n’était que du logement ouvrier. Ensuite, les ouvriers du bâtiment, dont beaucoup d’e l’armée de l’armée soviétique, ont commencé à construire des centrales à béton, des installations techniques et des appartements, et ce que la CIA a appelé «bâtiment de montage de missiles» ou MAB, où ils construiraient la fusée. En 1964, ils ont commencé à creuser des fosses pour ouvrir deux rampes de lancement et les analystes du renseignement américain ont commencé à spéculer sur la taille de la fusée qui serait lancée à partir de là, pensant à tort que la fusée pourrait être assemblée verticalement à l’intérieur ou à proximité du long bâtiment ».

(6) « Dans l’un des scénarios de vol formulés vers la fin de 1962 et le début de 1963, une paire de tankers 21K précéderait le complexe expéditionnaire lunaire géant 19K  sur la basse orbite terrestre. Les trois véhicules (le remorqueur spatial et les tankers) seraient lancés sur les fusées N1, qui à l’époque étaient censées pouvoir envoyer 75 tonnes en orbite terrestre basse en un seul lancement.  Une fois les trois engins spatiaux en orbite, les deux pétroliers 21K accostaient un à un dans l’engin 19K et pomperaient entre 125 et 128 tonnes de carburant dans les réservoirs de l’engin 19K. Ce n’est qu’alors que le véhicule de transport 7K avec un équipage décollerait pour un prochain rendez-vous et accosterait avec le complexe  19K en orbite terrestre. La pile assemblée s’engagerait alors dans un vol direct vers la surface lunaire sans entrer dans l’orbite lunaire ».  Dans un autre scénario appelé «podsadka» («montée en puissance»), le vaisseau Soyouz amenait trois cosmonautes pour en transférer deux dans un des deux véhicules lancés par la N1, Les Soyouz 7 et 8 (lancé le ) auraient préfiguré cette variante «podsadka». Les deux avaient été rejoints par le Soyouz 6, premier rendez-vous spatial à trois capsules de cosmonautes (il y en avait 7 alors en l’air !).

(7) Ce qu’oublieront de dire les russes, c’est que la rentrée de Soyouz 5, avec Boris Volynov seul à bord (parti avec Yevgeny Khrunov et Aleksei Yeliseyev au décollage, il était revenu seul le 18 janvier 1969, ses deux coéquipiers ayant rejoint Soyouz 4 lors d’une sortie orbitale.  Il est ici à droite et il repartira avec Soyouz 21) avait failli se transformer en catastrophe, le module arrière de service de son Soyouz n’ayant n’a pas réussi à séparer de sa capsule:  au lieu du bouclier thermique dirigé vers le bas, le vaisseau spatial a présenté le haut de la capsule pour la rentrée. Boris Volynov, au lieu d’être poussé contre son siège pour la rentrée, s’est retrouvé suspendu dans l’autre sens, avec comme résultat sa trappe de sortie supérieure et même le pourtour de son hublot qui ont commencé à gonfler par la chaleur. Au dernier moment le module de service s’est enfin détaché (il était carbonisé !) et enfin le bouclier thermique s’est présenté dans le bon sens.  Les problèmes de Volynov n’étaient pas terminés pour autant, car ses parachutes s’étant partiellement enchevêtrés et il est arrivé au sol brusquement, sans que ses rétrofusées non plus ne se déclenchent : résultat, projeté en haut de sa capsule, il s’y était cassé des dents !  Rien, bien sûr, ne filtrera de ses déboires :  l’omerta soviétique habituelle.

(8) selon l’excellent CaPCom, « le NK-43 (version réutilisable modifiée NK-15B) est le plus puissant moteur de fusée à oxygène au kérosène au monde: installé au deuxième étage de la fusée H-1. » « Les moteurs à kérosène et oxygène liquide NK 33 et 43 sont les plus performants jamais construit. Versions améliorés des NK 15 et 15b qui ont volé sur la première N1, ils ont été construit par Kuznetsov Joint Stock Company. 30 NK 33 équipent le premier étage de la N1 lors des trois autres tirs de 1970-72. Après annulation du programme N1 en 1974, l’ordre est donné de détruite le matériel de la N1. mais les ingénieurs qui ont travaillé sur ces moteurs décident de cacher une centaine de moteurs dans un hangar près de Samara à 100 km de Moscou pour une future utilisation. Après la chute du mur de Berlin et la dissolution de l’URSS, les russes prennent contact avec les américains et proposentce moteur à flux intégré. La technologie du flux intégré permet de gagner 20% de puissance en plus par rapport aux flux dérivée des moteurs RL 10 et SSME qui équipent les étages Centaur et le Shuttle ».   

 

sur Boris Chertok lire ceci :

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/boris-chertok-des-regrets-eternels-106299

l’indispensable visite est ici :

http://www.npointercos.jp/Energiamuseum.html

doc en russe :

http://www.astronaut.ru/bookcase/article/article04.htm?reload_coolmenus

sur la carrière d’Evguéni V. Khrounov :

http://cepaes.over-blog.com/article-3431686.html

super site ici :

http://www.starbase1.co.uk/n1/index.html

Tableau des moteurs russes

http://www.b14643.de/Spacerockets_1/East_Europe_2/N-1/NK/index.htm

Sur la N1

http://www.starbase1.co.uk/pages/n-1.html

http://www.astronautix.com/n/n1.html

 

Article précédent:

Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (8)

Commentaires

commentaires

A propos de ghostofmomo

avatar

Check Also

Les enseignants saignés

Les enseignants seraient les grands perdants dans la réforme voulue par le gouvernement, basée sur ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.