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Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (8)

Les voici dont arrivés sur la Lune après un alunissage épique comme on l’a vu.  Leur premier travail est de préparer… leur départ, car il faut faire vite pour ramasser le maximum de roches lunaires dans un minimum de temps :  la mission ne prévoit pas de s’éterniser, car on ne connaît rien de l’environnement et tout doit être prêt pour repartir en cas de pépin.  C’est pour cela que l’on attendra 6 heures leur sortie après leur atterrissage !  Et ils ont à faire, en effet avec un nombre importants d’expérimentations à mener et le nombre de matériel à mettre en place manuellement.  Il sont d’autant plus sous pression qu’un engin rôde autour d’eux :  un vaisseau russe, dont on ignore à peu près tout, et qui est parti trois jours avant eux… les américains font vite, car ils craignent aussi de se faire griller sur le fil (1) !

Un ramassage express

En scaphandre, Aldrin et Armstrong doivent faire vite, en réalité, pour collecter des pierres lunaires,  (sans se baisser !) et prendre des photos (avec leurs trois Hasselblad 500 EL 70 mm).

Pour la première expédition, les deux américains ne dépasseront pas 2 heures de sortie totale ! Tout a été repensé ou imaginé : les caméras sont chargées de films plus fins pour prendre plus de clichés que la normale.

Les pierres sont enfermées dans des petits coffres, (ici à gauche) enfermés dans l’embase du LEM, et remontés dans le module du haut grâce à un astucieux système de mini-téléphérique manipulé par deux ficelles.  Les ficelles, on y tient à la NASA :  c’est en tirant sur deux cordes qu’on va réussir à déployer plus tard le rover lunaire, replié mais facilement déployable grâce des ressorts.
Deux heures seulement pour déposer des instruments scientifiques, donc, que seuls des êtres humains et non des robots peuvent mettre en place (1)

Plusieurs, regroupés sous le nom générique d’Alsep (Apollo Lunar Surface Experiments Package) ou EASEP (Early Apollo Scientific Experiment Package) pour Apollo XI.. Et il y en a, à déballer et à installer consciencieusement.
Des vrais touristes de luxe débarquant à l’hôtel (ci-dessous Buzz Aldrin vu de dos avec ses « bagages »). Beaucoup de ces engins reliés à une source nucléaire de courant, le générateur isotopique, lui-même relié à une station de répartition de courant.  Car il faut les installer avec précision et les orienter… vers la terre, pour le réflecteur laser en particulier.  Avec un moyen très simple : celui d’un cadran solaire  !

 

Les outils débarqués comme preuve de l’alunissage humain

Un réflecteur lunaire dont les miroirs vont être visés par un laser…. terrestre.  Ou plutôt deux : l’ Observatoire de la Côte D’Azur (OCA) et le McDonald Observatory au Texas. Les petits miroirs ont été fournis par des français, en effet : c’est l’Aerospatiale située à Cannes qui les a polis, sous la direction de Jean-Francois Mangin. Une sommité méconnue.  A la pointe du développement des lasers.  Les miroirs (3) vont devenir la preuve essentielle de la présence d’Armstrong et d’Aldrin, et ils le feront de manière exceptionnelle des années après, dans des circonstances elles aussi exceptionnelles : lors de l’éclipse du 13 avril 2000, jour particulier car sans aucune interférence lumineuse, le Dr. Jean-Francois Mangin et son équipe de l’OCA vont en effet réussir en envoyant un faisceau vers le laser d’Apollo XI de calculer la distance Terre-Lune avec une acuité de…1.3 millimètres.  Ne serait-ce que cet exploit, réalisé par l’équipe française qui a participé à la recherche spatiale américaine, il devrait faire taire définitivement tous les racontars entendus sur la conquête lunaire.  Ce jour-là, à Caussols, à l’observatoire de Calern, les gens ont pu observer les traits de lumière partant vers la Lune, pour en revenir.  Le laser YAG (Yttrium, Aluminum, Garnet) est tiré à travers un télescope Cassegrain de 1,04 m de diamètre, au travers d’un miroir tournant à 10 tours secondes pour « casser » le faisceau.  Chaque tir de paquet de lumière met 1,5 seconde pour arriver sur la Lune. Une horloge atomique associée compte les tirs et leurs renvois, donnant la distance exacte.  Cela fait cinquante ans que ça fonctionne  !  Sous la direction toujours de Farrokh Vakili, pour Caussols.  On a ainsi découvert que la Lune bouge de 10 cm, selon l’attraction relative de la Terre et du Soleil, la Terre bougeant d’un mètre, avec ses océans !  Le troisième observatoire laser est situé à Hawaï : or, lui, en 35 ans, en raison de la dérive des continents, il a bougé de 2,5 cm en remontant direction la Sibérie.  L’observatoire de Cannes remontant moins vite… vers la Suisse.  La Lune, elle, s’éloigne de la Terre de 3,7 cm par an. Résultat :  le jour terrestre s’allonge de 1/100 ième de seconde par an. La distance Terre-Lune varie elle selon l’orbite lunaire :  entre 353 880km et jusqu’à 421 690km.  Les atterrissages suivant ajouteront à l’Alsep un détecteur.. de poussière lunaire. Finalement, il y en avait très peu qui circulait...comme on s’y attendait, faute d’atmosphère : « L’accumulation de poussière s’est avérée beaucoup plus faible que prévue et les résultats de cette expérience ont également été utilisés pour surveiller la dégradation à long terme des cellules solaires due aux effets thermiques et à la radiation. Cela a été considéré comme une expérience d’ingénierie plutôt que scientifique. (2) « 

Un matériel nombreux déposé sur place et activé manuellement

D’autres expériences suivront. Apollo XI avait déjà essayé de calculer le taux de poussières, mais cela n’avait pas été probant. Apollo XVII recherchera la radioactivité avec une sorte de bâton en deux éléments, chargé à l’uranium 235 enfoncé dans le sol et récupéré après 49 heures d’exposition.  Plus tard, avec Apollo XV et XVI, on effectuera des mesures de résistance du sol avec une tige à enfoncer munie de capteurs : le penetrometer.  Les négationnistes y verront un bout de drapeau…. ils s’y ridiculiseront, faute de connaissances sur les outils utilisés.  Le dénommé Ted Twietmeyer, notamment, qui fera paraître ses élucubrations sur un site… purement négationniste, soutenant ouvertement des gens comme Zundel ! Ce fondu complet voit dans les roches martiennes des vestiges archéologiques et autres fariboles !!! (on finira par percer le sol aves Apollo XV, ici à droite avec à la manœuvre de l’Astronaute David Scott (4) en train de tester sur Terre sa foreuse).  Les rayons cosmiques seront aussi piégés, sur le bord d’un des pieds du LEM. Des expérimentations plus simples sur le creusement seront photographiés, montrant que la poussière lunaire, sèche, s’accroche davantage que du sable mouillé, avec une indispensable mire à côté.  Bref, les cosmonautes ne vont pas chômer un seul instant.  A peine le temps de se reposer, et ça repart le lendemain (ci -dessous l’installation du séismomètre).

Tout sauf de l’improvisation 

Tous ces gestes avaient été évidemment répétés, répétés, et répétés. Détacher les outils retenus par du Velcro,inventés pour l’occasion pour l’astronautique.  Vérifier la caméra sur le côté du LEM.Transporter les éléments.  Ouvrir ses poches avec de pareils gants en double épaisseur !  Faire les prises de vues au sol, en se penchant, par exemple.  Y compris refaire la scène du téléphérique, bien entendu. Ou pour déployer l’antenne haut gain… avec une bonne vieille ficelle à tirer ! Un dernier tour de simulateur, dont celui suspendu sur une fausse surface lunaire, et ce sera bon pour de vrai cette fois.  Pas un seul des gestes d’Aldrin ou d’Armstrong ne sera donc improvisé. Les répétitions furent exténuantes en fait.
Les images des répétitions datent toutes d’avril 1969. Elles sont toutes visibles ici et démontrent avec éclat qu’elles ont eu lieu en pleine lumière, sur des sols non préparés, ce qui fiche en l’air un peu plus encore de « films » créés en studioTout avait été répété, mais avant de remonter dans le LEM, Buzz Aldrin, en toute initiative personnelle, dépose un écusson représentant la mission Apollo I, en l’honneur des ses confrères Grissom, White et Chaffee, morts sur leur pas de tir, mais aussi deux médailles à l’effigie des cosmonautes russes Youri Gagarine et Vladimir Komarov. Aldrin et de la classe des grands hommes, que le décès de Komarov avait autant touché que celui de Grissom. A droite ici une photo de McDivitt et Schweickart dans le lunar module simulator d’Apollo 9 montrant l’exigüité du LEM dans lequel on ne peut que se tenir debout !  Ci-dessous un plan dans lequel est montré l’espace réservé aux cosmonautes à l’intérieur du LEM : restreint, fort restreint (le rond blanc au milieu est le sommet du propulseur de remontée)  !  Mais comment-ont-ils fait, comme leurs 5 successeurs pour se retourner là-dedans ou ajuster leurs scaphandre de sortie !!!

Accroc au moment de repartir

Et voilà déjà le jour et l’heure de repartir. Les américains sont énormément confiants dans leur matériel : leur étage de remontée est unique (cf lia tuyère noir ici à droite) et n’a aucune solution de rechange à bord. En fait, pendant plusieurs années, les américains ont été tentés d’incorporer dans la base du LEM un radeau de secours, le LESS, pour Lunar Escale Systems. Plusieurs propositions seront faites de deux sièges juchés sur des bonbonnes de carburant.  Une chaloupe de l’espace qui ne sera ni construite ni testée :  les moteurs sont devenus très fiables et ils le seront lors des six expéditions lunaires.  Il déposeront aussi un petit disque souvenir en silicium sur le sol lunaire.  Confiants, certes, mais maladroits quand même, nos deux larrons. En remontant dans le LEM, Buzz Aldrin, en se retournant avec au dos son module de survie, casse plusieurs boutons de commande. Parmi ceux-ci, ceux de l’allumage de la fusée de redécollage.  Aïe, catastrophique incident !  Même pas : Aldrin comme Armstrong sont deux pilotes chevronnés qui connaissent toutes les histoires de pilotes.

Le coup du trombone salvateur

L’une d’entre elles, en particulier, qui va leur sauver la vie.  Le 30 avril 1966, alors qu’Al White et Joe Cotton volent à bord d’un immense bombardier ayant coûté 750 millions de dollars, le superbe XB-70.  Ce dernier avait vu son diabolo avant rester coincé lors du décollage : pas moyen de le faire rentrer et encore moins de le laisser retomber pour qu’il se verrouille en position d’atterrissage. lls tourneront deux heures ainsi autour de leur base, à vider les réservoirs et à s’apprêter à s’éjecter dans leurs capsules, avant que Cotton n’ait une lueur : ayant retrouvé un trombone qui tenait ses feuilles de plan de vol, il décide d’arracher le capuchon qui protège le bouton de descente du train, sur le tableau de bord, y introduit résolument son trombone et provoque un bel éclair bleu… et quelques secondes après un bruit sourd : celui du verrouillage du train, descendu d’un seul coup ! L’avion magnifique, qui pèse son poids en or, ou presque, est sauvé !  Rôdé au techniques de bricolage aérien, Aldrin va faire de même avec la pointe de son stylo ! Et les deux redécolleront, cette fois sans court-circuit, ce n’était que le bouton qui s’était arraché ! Chez Apollo XII, toute la rampe de boutons sera aussitôt protégée par des arceaux d’acier. Pour mémoire, Joe Cotton mourra dans l’accident idiot du XB-70, crashé pour avoir voulu faire une photo publicitaire ! Al White, qui avait été aussi le pilote de réserve de l’X-15, est décédé en 2006.  Le 12 août 1960, son collègue Robert White, était devenu le pilote le plus haut au monde avec 41 605 m, avant… Gagarine !  Il grimpera à 95,94 km le 17 juin 1962, juste sous la barre des 100 km, considérée comme celle de la satellisation.  A ce moment-là, l’US Air Force pensait bien toujours satelliser son X-15…  Le 20 avril 1962, Armstrong atteindra 63 246m à son bord, à son avant-dernier vol, juste avant de rejoindre le corps des cosmonautes, le 26 juillet 1962 !  Finalement, un seul pilote de X-15 montera au dessus des 100 000 m, mais à deux reprises : Joseph Walker, le 19 juillet (106.01 km) et le 22 août 1963 (107.96 km). Gagarine évoluera entre 180 km et 327 km d’altitude. Walker, pilote de X1-E, sera le pilote de test du dangereux LLRV, et mourra tragiquement à bord de son F-104, à l’origine du désastre du XB-70. Pour Aldrin, un coup de stylo et hop… (c’est la dernière visite là, celle d’Apollo XVII filmée par la caméra disposée à 100 mètres et pilotée…. de Houston !).  A signaler qu’en réparation de fortune, celle de la rover d’Apollo XVII avec un rouleau de Scotchtape n’est pas mal non plus !

L’ultime crainte : les russes ont activé un plan C !

Pourquoi faire aussi vite ? Et ne pas rester plus longtemps ? Au départ, pour une raison simple.  Si les cosmonautes US sont partis guillerets en apprenant que la N-1 était en miettes, une autre information a gâché leur départ du 16 juillet. Trois jours avant, le 13, les russes ont lancé quelque chose.  Avec une de leurs fameux Proton, un lanceur lourd.  Mais personne ne sait quoi. L’engin se met tout d’abord en orbite autour de la Terre, puis se dirige… vers la Lune.  Manque de chance pour les russes, qui semblent bien avoir leurré les américains, ce ne sont pas ces derniers qui le découvrent, mais l’observatoire anglais de Jodrell Bank.  Le 3 juillet 2009, ce laboratoire avait révélé qu’il avait tout enregistré, les changements de trajectoire, les 4 jours pour arriver dans la banlieue lunaire, etc. et avait tout balancé aux américains.  Sans arrière pensée aucune :  son directeur, Sir Bernard Lovell, mort le 6 août 2012, avait été l’objet d’une tentative d’assassinat par le KGB lors d’une visite à Moscou en 1963 !  Selon la méthode éprouvée de la sur-radiation qui en a tué plus d’un.

Un énorme engin automatique pour ramener quelques grammes

L’engin russe s’est mis depuis en orbite autour de la Lune, si bien que ces derniers demandent officiellement aux russes d’en donner les coordonnées, afin qu’Apollo XI ne soit pas gêné par la sonde.  A leur grande surprise, les russes communiquent les coordonnées. L’engin fera 52 révolutions et enverra 83 messages en russie avant de modifier sa trajectoire, un phénomène capté aussi par Jodrell Bank. Le 21 juillet, alors qu’Aldrin et Armstrong sont déjà posés, Luna 15 amorce sa descente elle aussi. Les russes, arrivés avant en orbite, ont attendu que les américains se posent !  Les russes essaient en fait de se poser à proximité du site américain ! « Dans les deux premières minutes de l’enregistrement, Lovell a déclaré que la sonde avait radicalement changé de cap et d’altitude, pour tenter de se rapprocher du site d’atterrissage d’Apollo 11. Mais les entrées du 21 juillet sont les plus excitantes. Lovell partage une » rumeur de source bien informée à Moscou, selon laquelle ce Luna va atterrir ce soir.  »  Jodrell Bank capte la descente et calcule qu’elle est bien trop rapide. A 15H47 temps universel, la sonde s’écrase dans la Mer des Crises (ici à droite l’engin complet, à gauche sa tête, une sphère dans laquelle on introduit des prélèvement de sol) . Les russes ont raté leur dernier baroud d’honneur : on apprendra plus tard ce qu’était ce fameux Luna XV : une sonde automatique énorme, conçue pour carotter le sol lunaire, prélever des éléments, les enfermer dans un tube, lui-même déposé dans une capsule juchée au dessus de l’engin. Cette capsule redécollant de la surface Lunaire, avec les échantillons… direction la Terre.  Les américains, ne sachant pas à quoi s’en tenir, avaient donc donné l’ordre à Armstrong et à Aldrin de faire vite :  l’engin russe aurait pu les doubler (ici à droite il est figuré ne train de remonter) ! Selon Jodrell Bank, les craintes des américains étaient infondées : « Il a été calculé depuis que même si elle avait atterri en toute sécurité plutôt que de perdre le contrôle de la surface lunaire et si elle avait atteint ses objectifs de récupération d’échantillons de sol et de roches de la Lune, sa trajectoire signifiait qu’elle aurait été capable de battre Neil Armstrong et son équipage qui auraient alors  perdu, quelle que soit la valeur de propagande limitée que Moscou aurait pu tirer de la situation. «  Reste une seule possibilité, pas vraiment à l’honneur des soviétiques : ils se savaient perdus d’avance, mais avaient clairement décidé de mettre la pression sur les techniciens US.  C’était de la très mauvaise guerre, même froide (à gauche la sphère contenant les prélèvements revenus sur terre après Luna XVI de retour le 24 septembre 1970).

Le retour triomphal des américains 

Les deux héros, qui ont passé 21 heures seulement sur la Lune, rejoignent Collins, qui tourne autour de la Lune en les attendant, et repartent direction la terre… Le LEM est abandonné en orbite lunaire, il devrait logiquement s’écraser quelques jours plus tard.. Pour vérifier si le séismographe installé fonctionne !  Le module Apollo rentre sur terre à 40 000 km/h avec précision, à 13 miles du porte-avions USS Hornet, qui dépêche ses hélicoptères.  La cabine est bien abîmée… par l’intensité phénoménale de la température de rentrée.  Une bonne partie de sa résine ablative a fondu, une partie est en lambeaux.  Le voyage total a duré 195 heures, 18 minutes et 35 secondes. Les trois héros sont placés en quarantaine, avec leurs boîtiers d’Hasselblad dont un est tombé par terre, enfin sur la Lune, noir de poussière. Ils seront félicités par Nixon en personne et feront un tour du monde de félicitations.  Le Hornet récidivera quatre mois après en récupérant le 24 novembre Apollo XII !  A la fin de l’année 1969, les américains sont les immenses vainqueurs de cette incroyable course de 12 ans.

La guerre est finie, dernier baroud des russes

Les américains posés, les russes battus, on s’attend à ce que ces derniers laissent tomber définitivement leur projet N-1.  C’est très mal les connaître:  le 11 avril 1970, ils reprennent espoir en apprenant qu’Apollo XIII est à la dérive.  L’échec d’Apollo, l’explosion de son module de commande,et son sauvetage miraculeux dans un LEM devenu radeau de la Méduse spatial, leur laisse l’espoir que le programme américain a du plomb dans l’aile.  Le 26 Juin 1971, ils effectuent une nouvelle tentative de lancement. Mais vont connaître eux aussi un nouveau désastre humain : quatre jours à peine après l’explosion de la troisième N-1, trois cosmonautes, Georgi Dobrovolsky, Viktor Patsayev, et Vladislav Volkov meurent asphyxiés au retour de leur mission Soyouz 11.  Les sauveteurs tenteront vainement de les ranimer par le bouche à bouche. Une minuscule fuite avait dépressurisé leur vaisseau.  C’est la consternation et la véritable fin des espoirs russes. Une dernière tentative pour l’honneur aura lieu néanmoins, le 23 Novembre 1972, alors que Apollo XIV, XV et XVI sont déjà retournés sur la Lune sans encombre.  La quatrième fusée explosera et le programme N-1 sera définitivement clos en 1974.  Mais ce n’était pas pour autant fini, connaissant l’astronautique russe et ses multiples facettes.
Les russes ont depuis le 10 juin 1969 lancé leur programme automatique de secours, qui a même déjà sévi le 21 juillet 1969 :  le 12 septembre 1970, Luna XVI (ici à droite) réussit ce que les russes avaient tenté avant Armstrong. Luna XVI (Luna Ye-8), envoyé par une fusée Proton, se pose sur la Lune, prélève automatiquement des échantillons et revient les déposer sur terre le 24 septembre 1970.  Les russes, battus sur le terrain politique, l’emportent après coup sur le terrain technique et scientifique.  L’aller-retour après prélèvement automatique est une rare prouesse technologique. Luna XVII dépose un nouveau Lunakhod le 10 novembre 1970, dans la Mare Imbrium, pour y faire 10 km et prendre 20 000 clichés.  Les russes démontrent après coup, que purement scientifiquement, la présence de l’homme sur la Lune ne s’imposait donc pas. C’était bien le dernier avatar de la guerre froide.  A gauche le rover Lunokhod 2 de la mission Luna 21 qui emporte lancée le

Il avaient pourtant tout développé : véhicule d’orbite et véhicule de descente.  Mais avec une énorme différence : chez les russes, ils seraient vaillamment partis à deux seulement, ce qui signifie qu’un seul kamikaze allait descendre…. le pauvre.  La fin de la N-1 privera Leonov du rôle de kamikaze lunaire auquel on l’avait destiné. Leonov ne mettra jamais le pied sur la Lune, mais se consolera en devenant un peintre de talent !

(1) demain et après demain on apprendra qu’ils savaient déjà que ça ne pouvait pas être des cosmonautes russes, leur inquiétude…

(2) la liste de tous les instruments déposés est ici: et c’est fou ce qu »il y en a eu durant les 6 missions !

(3) un phénomène nouveau est en cours : la découverte récente de présence d’eau sur la Lune et l’analyse de la caméra retirée à Surveyor 3 semblent montrer que de la poussière circule, malgré le manque d’atmosphère, selon des courants électromagnétiques dus aux vents solaires et au bombardement de protons qui en suit.  Cette poussière fortement abrasive, on le sait, serait en train de rendre les réflecteurs laser moins performants en s’attaquant à leur surface.  C’est ce qui dit en tout cas ici un chercheur Tom Murphy de l’Université  Californie.

(4) « Scott sera également le premier à réaliser une expérience pédagogique en direct de la Lune ; lâchant simultanément un marteau et une plume qu’il tenait dans chaque main, ceux-ci touchent le sol en même temps, démontrant qu’en l’absence d’atmosphère, la gravité agit de façon égale sur tous les corps. » Les deux ici sont au sol..

 

 

Addendum. Documents consultés :

Ciel et Espace Hors-Série N°1 1999

Ciel et Espace Hors-Série 2007

Ciel et Espace N° 7 juillet-août 2004

Les Cahiers de L’Express N°22 « La conquête de L’Espace » Juillet 1993

Aviation Magazine décembre 1965 N°432

Aviation Magazine N°447 15 juillet 1966

Jours de France N°153 19 octobre 1957

France-Soir Spécial 4 pas sur la Lune juillet 1969

La Recherche N°365 Juin 2003 « Où va la NASA ? »

Document indispensable

https://www.hq.nasa.gov/office/pao/History/SP-4205/contents.html

Avec tout ça comment suivre les fêlés qui parlent de « fake » ? Le Canard Enchaîné du 10 juillet fait le constat : il y en a toujours… trop :

 

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Il y a cinquante ans, le premier pas sur la Lune (7)

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