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Il y a cinq ans, Obama rencontrait le monde: le Discours de Berlin (juillet 2008)

Obama en Allemange

PAUL LAURENDEAU?? Il est tr?s important de r?-?couter attentivement le tout premier Discours de Berlin de Barack Obama (Juillet 2008 – il y a cinq ans et un jour). On y retrouvait une mac?doine centriste fine et subtile: terrorisme, drogue, environnement, s?curit? internationale, tout cela dans le m?me bol ? salade. C??tait, hop l?, Gauche, Droite, faites passer le plat et servez-vous. Et finalement l?homme politique demeura assez ferme envers l?Europe, notamment avec une mention de la ?g?n?rosit? du plan Marshall? [sic], des vesses anti-sovi?tiques bien senties et une insistance assez pesante sur le pont a?rien berlinois de 1948. En un mot: l?Europe est notre meilleur partenaire et? on ne l?chera pas notre bout du b?ton dans l?affaire monde?

Le choix de Berlin fut crucial. C?est une prise de parti sur le caract?re non parisien ou londonien de l?Europe utile. L?Allemagne, troisi?me ?conomie du monde, est subitement prise tr?s au s?rieux. Les commentateurs politiques fran?ais du temps ne sont arriv?s, face ? ce discours tenu devant un quart de millions de berlinois, qu?? ?ructer pures fadaises de politologues pseudo-savants et retardataires. Apr?s le ?candidat noir? (racistes comme les fran?ais sont h?las devenus m?me sans s?en rendre compte, cela va leur prendre encore un bon moment pour comprendre que Tiger Wood et Oprah Winfrey ne sont ?plus? noirs), on avait eu droit au ?jeune candidat d?mocrate au programme vague sans plus?. Franchement l?: la barbe. Il reste parfaitement non avenu de pr?senter Obama comme une sorte de d?magogue ?clectique et semi-confus qui c?linait un peu tout le monde pour des votes. Cela proc?de d?une superficialit? d?analyse sid?rale ou pire, de la malhonn?tet? intellectuelle de l?objecteur de droite inavou?. ?coutons attentivement -et la t?te bien froide- ce Discours de Berlin, tout y est. On a affaire ? un centriste solidement m?thodique qui va faire le pari??improbable? [sic] suivant: travailler ? dissoudre les antagonismes politiques du si?cle pr?c?dent, amalgamer subtilement les probl?mes sociaux, accr?ditant les uns au risque des autres (le terrorisme, la pollution, l’inflation, c?est tout un? Comment? Simple: notre d?pendance aux carburants fossiles cause, dans une dynamique unique, r?chauffement climatique, crispation oligarchique des p?tro-lobbyistes, pouss?es inflationnistes et terrorisme international!), durcir en Afghanistan et mollir en Irak, en abandonnant la guerre truqu?e des lobbyistes p?troliers au profit d?une guerre ?morale? r?tablissant le Souverain Bien Imp?rial. Il parla donc d?encourager les musulmans mod?r?s ? se distancier des musulmans extr?mistes et la mission afghane viserait ? cela. Cela faisait bien plus justicier que la conflit p?tro-pillard d?Irak d’alors, tout en contentant bellicistes et pacifistes d?un seul coup de plumeau. M?thode, m?thode, m?thode. Proc?dure calcul?e finement pour recycler l?imp?rialisme am?ricain sur un modus operandi plus diplomatique, lui assurant un atterrissage en douceur.

Obama est aujourd?hui encore passablement populaire en Europe parce que le centrisme de m?thode qu?il instaura confirme un d?clin de la politique polaris?e traditionnelle, et de la cr?dibilit? des couleurs de parti, auquel l?homme et la femme de la rue s?identifient profond?ment, surtout, justement, en Europe. Le fameux syndrome suisse (faisons donc travailler tous les partis ensemble au bien commun en att?nuant le grondement des hiatus id?ologiques) est nettement aujourd?hui un syndrome europ?en. Tout le monde se rejoint en Obama. Il joue de synth?se. En effet, initialement en 2008, Obama ?merge ? gauche. La gauche politicienne classique reste un espace de conviction, un lieu o? on ne transige pas avec la doctrine sociale. Pour la gauche il faut (ramener les troupes, cesser la gabegie, financer les besoins sociaux criants, etc). Sauf que l’Obama d’alors devait d?abord gagner ses grosses petites ?lections locales. Politicien fonci?rement f?d?rateur op?rant depuis le tremplin d?une nation de retrait?s crisp?s, il se recentra donc en trois phases: l??lectorat de Madame Clinton d?abord, la frange centre des R?publicains ensuite, le monde occidental finalement. Il pouvait parfaitement le faire, mais pour ce faire, il devait composer sans se dissoudre, ratisser large sans se diluer politiquement. La politique traditionnelle ne permet pas de d?gager cela. Il fallut donc se fabriquer une sorte de Nouveau Centre. Il avait pr?vu ce recentrage depuis le d?but. ?coutez ses autres discours du temps, tout est l? aussi, depuis m?me avant la course ? l?investiture (r?former Washington, travailler ensemble par del? les clivages ? du grand syndrome suisse version Coca-Cola)… Sauf que la gauche sociale, la gauche r?formiste de la rue y vit ?et c?est imparable? une atteinte ? son sens de l?int?grit? et de l?int?gralit?. Son choix inexorable prit vite forme devant elle, hideux: un Obama articul?, organis? mais recentr? ou? la vieille droite. La gauche politico-sociale non-r?volutionnaire qui croit encore aux urnes ne pourra donc que dire ce jour l?: Votons Obama, h?las? Elle sera aspir?e pour un bon bout de temps dans la synth?se centriste d?Obama. Je m?affligeai alors de ce nouveau mirage, mais c?est un fait. La droite, rigide, foutue, de nouveau crisp?e et vieillotte, fut marginalis?e hors de la m?me synth?se. Son recentrage ? elle (John McCain tenta de se recentrer aussi ? c??tait dans l?air du temps) n?aura pas les dimensions de changement qualitatif de celui d?Obama, et mordra finalement la poussi?re… Septembre 2001 marqua la fin du vingti?me si?cle politique. Novembre 2008 marqua la d?but effectif du vingt-et-uni?me si?cle (n?o)politique?

Incontestablement, c?est un ?v?nement historique qui nous roula alors sous le nez. Depuis, il y a eu des r?veils difficiles des deux bords du plateau politique ? l?ancienne? mais cela proc?da tout de m?me de l?Historique. Ce fut, d?une certaine fa?on, aussi gros que la vente de feu de Gorbatchev du d?but des ann?es 1990. C?est que l’imp?rialisme am?ricain est un couteau plant? dans la chair du monde. Et, l’un dans l’autre, Obama annonce: bon ?a va faire, on sort le couteau de l?. Et il va le ?retirer de fa?on responsable? mais ?a va crier de toute fa?on? et le sang va pisser de partout. Et il va botter le train des ?alli?s?, europ?ens notamment – mais aussi tous les guignols des diff?rents th??tres, pour qu?ils ?fassent leur part? dans l?application du Nouveau Cataplasme. Un imp?rialisme en lent repli, ?a crie aussi, et ce n?est pas le paradis? Sans compter les divers int?r?ts bellicistes qui ne voulurent pas de ce mouvement de retrait de la lame et qui vont continuer de forcer pour la r?-enfoncer? ouille, ouille? Et de fait, maintenant que l?Am?rique manifeste de nouveau la duret? doctrinale de la nette constance dirigiste de ses choix post-imp?riaux face au monde, il faut se souvenir que la rigidit? bien envelopp?e, de la main de fer d?Obama dans son d?j? fameux gant de velours rh?torique, ?tait d?j? compl?tement en place lors du Discours de Berlin du 25 juillet 2008.

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