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Centpapiers

  • Il n’y a pas que le foot qui rend fou

    14 mars 2010 | 2 commentaire(s) | vu 874 fois

    shirt-beitar-front-smallAh la belle histoire d’un patron et d’une réussite exemplaire : qui n’en a pas entendu, de celles du genre « parti de rien, il hérite aujourd’hui d’un empire« . Celle que je vais vous conter aujourd’hui est presque de ce type, à quelques exceptions près à vrai dire. Et j’ai comme d’avis qu’elle ne pourra pas non plus faire l’objet d’une adaptation Hollywoodienne mais je peux me tromper : maintenant que j’ai vu du Tarantino, je m’attends à tout.

    L’histoire commence en 2008 : elle est donc récente. Cette année là, aux Etats-Unis le prestigieux trophée du « Oil and Gas Investor Excellence Award » est remis à un jeune investisseur nommé « Executive of The Year ». L’individu a fondé Leor Energy il y a alors 5 années, en 2003, et l’a revendu 2,55 milliards de dollars en novembre 2007 à EnCana Corp. Le coup de bol du siècle, celui que G.W.Bush n’avait jamais réussi à faire : en trouvant une nappe en plein Texas, dans le comté de Robertson, dans le champ de pétrole d’Amuroso Field. L’homme s’était fait aider à partir de 2005 pour développer sa production et étayer son entreprise par des fonds extérieurs que des grands noms de la finance, à 29 ans seulement : 45 millions de dollars de Goldman Sachs & Co, un prêt revolving de 150-millions en 3 ans par la JPMorgan Chase Bank (auquel est venu se greffer BNP Paribas), plus 150 millions provenant de 150-million Merrill Lynch PCG, l’individu y a joutant 243-million des parts détenus jusqu’alors chez Amuroso vendues à EnCana Corp lié au fond d’investissement Amaranth Capital LLC. Bref, le pactole, en cinq années seulement ! Le conte de fées !

    Lesté de 2,5 milliards (enfin pas tout à fait, nous allons le voir), voilà notre entrepreneur riche, immensément riche. Une réussite fulgurante dans un secteur en perdition, ça devient rare. Le champ proprement dit est celui du phénomène géologique du jurassique du Deep Bossier, qui s’étend à l’Est du Texas en profondeur, entre 15 000 et 20 000 pieds (4500 à 6000 m !). Le champ d’Amuroso avait été découvert en 1963 par… John Amoruso, un géologue indépendant et plutôt avisé. Pour arriver à sortir la première goutte, il avait fallu injecter 20 millions de dollars en recherches géologiques, fournis par les prêts bancaires, mais Amuroso n’avait jamais douté de son flair, à juste raison ! En 2007, on affirmait que la découverte du champ d’Amuroso était la plus belle découverte pétrolifère des Etats-Unis, pas moins ! En 2007 toujours, c’est la production de gaz qui doublait. Comme le dit la presse, juste au moment où l’économie s’écroule, lui fait fortune à 32 ans ! Presque l’âge du Christ ! Le jeune tycoon se retrouve auréolé d’une gloire inattendue et tout le monde loue sa gloire !

    Une fois fortune faite, tout dépend de ce qu’on a envie de faire avec. Et là, très vite, ça va se dégrader à une vitesse vertigineuse. Autant John Amuroso coule une retraite paisible, autant Guma Aguiar, puisque tel est le nom de l’heureux milliardaire, va s’engager dans la philanthropie. Une philanthropie plutôt particulière. L’homme est brésilien de naissance, né à Rio et arrivé aux Etats-Unis à deux ans. Formé après une scolarité normale au New York Mercantile Exchange (NYMEX) de New York, il s’est trouvé une passion pour la vente de gaz et de pétrole, grâce un oncle, Thomas Kaplan, un multimilliardaire fondateur du Tigris Financial Group Ltd.

    Un oncle qui dépense lui son argent dans l’Université d’Oxford pour un projet de sauvegarde des derniers Tigres de la planète. L’homme adore les animaux et avait déjà fondé auparavant Panthera, un organisme similaire d’échelle mondiale pour d’autres animaux . Selon la presse, il aurait même convaincu le président Musharraf de sauver les Léopards des Neiges. A ce stade d’être fortuné, on dispose en effet de quelques contacts politiques… Kaplan a fait fortune dans le minerai d’Afrique du Sud, dans le platine notamment, et a co-fondé Leor avec son neveu… Guma Aguiar (ils se partagent donc la vente de leur entreprise de pétrole, voilà ce qu’il ne faudra pas oublier un peu plus loin dans le récit).

    Thomas Kaplan, issu d’une grande famille juive est également le directeur du 92nd Street Y, une fondation juive très influente, et a fondé la Lillian Jean Kaplan Foundation, une association caritative du nom de sa mère. Il a aussi construit la Lillian Jean Kaplan Renal Transplantation Center de l’University of Miami. Notre homme est au conseil d’administration du Mount Sinai Hospital, à New York. Avec pareil oncle, on comprend que notre ami Guma Aguiar va bien devoir s’apercevoir de sa judaité : son oncle le bombarde en effet responsable de la  Lillian Jean Kaplan Foundation. Un centre caritatif plutôt généreux qui a distribué en 2006 près de 4,9 millions de dollars ! Selon la presse, c’est alors un choc, car ses parents n’en n’avaient pas fait cas parait-il ! Arrivés à Fort Lauderdale alors qu’il n’était encore qu’un bébé, ils s’étaient convertis à la chrétienté ambiante et ne lui avaient rien dit des origines de sa famille. Le choc.

    Le Brésil, à vrai dire, est un beau cas d’espèce dans le genre : pendant des siècles des juifs ont effectivement pratiqué en cachette leur religion en se faisant passer pour des chrétiens !. Aujourd’hui ils sont encore 120 000 là-bas et forment la communauté Marrane. L’homme n’avait rien su de son histoire : une chose visiblement à ne pas faire quand on voit les dégâts après. On ne sait si c’est à la tête de la Lillian Jean Kaplan Foundation qu’il prend l’habitude de donner de l’argent, mais il semble bien… qu’il n’hésite pas à le faire.

    En Floride toujours, il rencontre alors un rabbin, Tuvia Singer, un orthodoxe tendance dure qui le convainc de revenir à sa foi « d’origine » . Singer est « spécialisé » dans les conversions dans ce sens : son site s’intitule « judaism’s responses to christian mercenaries« . Radical, quoi : le hic c’est qu’il va exercer sur lui une énorme influence. L’homme a tout un stock de réponses sur ordinateur à lui vendre : le post adolescent attardé (il a 26 ans déjà !) succombe aux belles paroles du gourou. Résultat, c’est le choc, ni une ni deux, le voilà qui part directement s’installer en Israël et se fait appeler désormais Yehuda Dovid. Direction le quartier Yemin Moshe de Jerusalem. Le vieux quartier, le plus beau. Dans sa nouvelle maison, « on rencontre des professeurs, des rabbins, des artistes, et des membres de la Knesset« , dit un site tout à sa gloire (comme ont les riches !). Lesquels, on ne l’a pas su. On peut penser qu’il s’agit des représentants des groupes religieux du Parlement hébreu. Il habite là où s’est installé également son mentor, qui l’influence visiblement énormément. Et qui donne des exposés, toujours selon le thème « comment quitter les églises pour remplir les synagogues« . C’est le « Tuvia Show » en quelque sorte… Evidemment, avec une telle emprise, notre milliardaire va commencer à déconner. Et là, en effet, il commence à distribuer son argent comme bon lui semble, se taillant très vite une réputation de philanthrope. Une philanthropie qui va suivre bizarrement les idées de son rabbin… en arrosant allègrement un bon nombre d’institutions ou d’associations religieuses.

    Choqué, paraît-il par l’attentat de Mumbai et l’attaque de la synagogue, il verse son obole à un centre religieux de Floride dirigé par le Rabbin Moshe Meir Lipszyc, et reverse encore un demi-million de dollars au Chabad Lubavitch de Fort Lauderdale, qui se rebaptise aussitôt « Guma Aguiar Family Campus« . L’heureux bénéficiaire parle du « cœur d’or » du généreux donneur. Aguiar lui déclare : « je n’étais jamais rentré dans une synagogue orthodoxe auparavant ». La frénésie de dons commence. Puis c’est le versement de 8 millions de dollars en trois fois au Nefesh B’Nefesh, un mouvement pro-alyah. Il vient jusre de faire la sienne en décidant d’habiter Jerusalem. Puis un autre, à la « March of the Living« , qui permet à de jeunes juifs polonais de retourner sur les lieux des camps de concentration. Tout en donnant allégrement, l’homme commence de plus en plus à faire des discours avec une certaine emphase. Sur l’alyah, il commence à dire que l’objectif des 100 000 retours est « proche« , alors que le mouvement qu’il soutient financièrement en est qu’à 18 000. Sur le March of the Living, il déclame « Avec la la vague montante de l’antisémitisme et du démi d’holocauste qui se répand dans le monde entier, les trois kilomètres de la marche d’Auschwitz à Birkenau est une expérience d’unification qui devrait inspirer les dirigeants du peuple juif ». Le voilà devenu politicien ! Il devient facilement lyrique… et d’aucuns commencent à trouver que ses propos, parfois, ne sont plus trop cohérents : il est loin, le tycoon calculateur au propos un peu sec. Et ça n’arrête plus, et beaucoup de gens, attirés sans doute par sa faculté à donner facilement, viennent le voir et lui décernent en sortant un titre honorifique en échange de subsides. Et lui commence à dire n’importe quoi.

    L’une des dernières en date est la Aish HaTorah Yeshiva dont on vous a déjà parlé ici. Ses liens avec une organisation telle que le Carion Fund sont connus, je n’y reviens pas. L’auteur du DVD Obsession, distribué à des millions d’exemplaires pendant la campagne de McCain contre Obama. Avec comme directeur le Rabbin Raphael Shore, un des deux frères du réalisateur de Docteur House ! Une école talmudique orthodoxe de Jerusalem, qui le déclare alors « Fondateur de Jerusalem«  carrément, lors du dîner annuel de 2009 de l’école, le Boneh Yerushalayim Awards. C’est le vice-ministre des affaires étrangères controversé Danny Ayalon qui lui remet le trophée. C’est le second d’Avigdor Lieberman. Les deux autres lauréats, ce jour-là sont Shai Agassi, le fondateur de Better Place, et fabricant de la première voiture électrique israélienne (« l’homme qui veut nous guérir du pétrole«  !), et Arnold J. Goldman, celui qui a créé BrightSource Energy, une compagnie de panneaux solaires qui construit des centrales du même nom. Notre tycoon joue désormais dans la cour des grands.

    Le problème, depuis quelques semaines maintenant, c’est que sans doute grisé par tous ses honneurs ou toutes ses personnes, notre homme commence vraiment à décarocher et tenir en public des propos de moins en moins cohérents. Il affirme notamment être le nouveau messie, celui que les juifs attendent tous. Mais continue à jouer au philanthrope. Il possède déjà un petit club de basket, l’HaPoel Yerushalayim, mais évidement rêve de diriger comme tout entrepreneur fortuné un grand club de football le Beitar Jerusalem F.C. L’éternel rival du Maccabi Haifa.

    Un club de foot étroitement associé depuis toujours à la droite extrême israélienne. Mais il se heurtait jusqu’à une époque récente à son rival, Harkadi Gaydamak, qui en était devenu propriétaire. Gaydamak poursuivi par la justice française (et israélienne) s’étant expatrié en Russie (car étant en banqueroute), le voilà qu’il se déclare propriétaire en décembre 2009 alors qu’il n’est que le principal sponsor, à 4 millions de dollars, il est vrai : personne n’ose plus le contredire. De même quand il affirme avoir largement le niveau pour jouer dans l’équipe, ce que nous avait épargné Bernard Tapie quand même ! Il achète le club en n’ayant vu qu’un seul de ses matchs, mais bon. Il a tous les droits, ceux que lui donne son immense fortune. Seul son oncle ne le prend pas comme tel : en dispute avec lui sur la somme qui lui revenait à la vente de leur compagnie de pétrole, il lui a intenté un procès depuis plusieurs années maintenant. Notre tycoon dépense sans compter de l’argent qui ne lui appartient pas totalement ! Et s’affirme patron d’un club que l’Israel Football Association ne reconnaît pas : ambiance !

    Il est en réalité surtout devenu par ses dons en quelques mois une star des mouvements orthodoxes qui lui ont jeté le grappin dessus : le journal de droite Israel National News l’interviewe et le blog Daas Torah lui dresse un portrait absolument dithyrambique. Toute la presse s’intéresse à lui, c’est le chouchou de la droite, sinon de l’extrême droite religieuse, et les politiciens de tout bord l’approchent. Aux Etats-Unis, Mick Huckabee devient même son interviewer ! Après le maire de Jerusalem ! On se l’arrache ! A la Shimon Peres Conference, il est là. On l’invite aux cérémonies les plus diverses (filmée ici par son mentor en religion !). Il remet un tableau à un gouverneur américain, Rick Perry. Celui du Texas, bien entendu ! En fait c’est le « Defender of Jerusalem Award« , un prix remis à celui qui a défendu par ses paroles israël, un prix créé par lui-même et remis aussi à Huckabee ! Devenu défenseur forcené du judaïsme, qu’il a finalement découvert fort tard, il se dépense sans compter pour en faire la promotion partout dans le monde. Il allume la Menorah publique sur le Mamila Mall à Jerusalem. Rajoute un petit 700 000 dollars au Lubavitch World Headquarters en l’honneur de la Chanukah 2009 . Il participe aux fêtes religieuses traditionnelles ! Bref, notre tycoon se fait tirer le portrait dès qu’ll le peut ! Pourquoi 770 pour l’association Lubavitch ? Parce que la date actuelle pour un croyant orthodoxe est en 5770 pardi ! Tout geste devient religieux désormais avec lui ! Et même en plus haut lieu : Guma Aguiar se retrouvait même avoir été invité par Shimon Peres lors de sa rencontre avec Benoit XVI ! Et ce malgré toujours ses propos comme quoi il serait le messie, ce qui ne manque pas de sel !! Ou malgré surtout son gourou et ses thèses sur le rapatriement des chrétiens dans le giron de la judaïcité ! Il décaroche, mais fort peu de gens lui font remarquer et beaucoup profitent de sa présence.

    Mais l’épilogue de cette rapide dérive vers la folie pure et simple ne va pas tarder. Le 19 octobre 2009, il se fait arrêter par la police de Floride : consommation de marijuana et possession de drogues prohibées. Emmené au poste, il se dit avoir été victime de violences policières. Scandale. Une vidéo tente de montrer sa thèse, qu’il fait déposer sur Internet : c’est plutôt une arrestation bien menée avec un individu plutôt récalcitrant. Il tente alors les attaques antisémites, ce qu’apprécie moyennement le shérif local et le juge chargé de l’affaire : l’un des policiers lui balance ses menaces, comme quoi il a de l’argent et des connaissances, etc… Bref, cette histoire plombe irrémédiablement le jeune entrepreneur et brise une image, encore davantage celle d’un messie : ce soir là il se comporte en geek fortuné bien ordinaire. En septembre 2009, déjà, un rabbin, Leib Tropper, directeur de la Kol Yaakov Yeshiva de Monsey à New York l’accusait de l’avoir molesté. Tropper avait été déclaré comme témoin par son oncle Kaplan ! Le prétendu « messie » avait déjà quitté les chemins vertueux. Mais l’histoire est plus compliquée : Tropper vendait clé en mains des conversions chrétiens-juifs pour quelques milliers de dollars : le même marché que le mentor d’Aguiar en fait. Les deux étaient sur les mêmes marchés ! Devenir juif estampillé pour les plus orthodoxes contre quelques milliers de dollars ! En résumé, l’un ou l’autre allaient décider pour les plus orthodoxes qui serait juif ou pas, résume The Roshe Pina Project. Les conversions de Tropper ayant été annoncées comme étant des « conversions Cadillac »… une organisation qui rapporte énormément, avec la folie de la montée du sentiment religieux fondamental dans le pays.

    Mais ce n’était rien encore. Samedi 13 janvier dernier, lors du match du Beitar, il arrive avec 70 minutes de retard avec une excuse qui laisse tout le monde pantois : il ne pouvait arriver plus tôt, affirme-t-il, il était en train de discuter avec Gilad Shalit ! Et lui d’expliquer tranquillement qu’ll l’a bien rencontré et qu’ils ont discuté longuement ensemble de sa libération, qu’il était bien entendu en train d’organiser et même de réussir. Encore un peu Shalit serait venu voir la fin du match. Le lundi qui suit, sa famille envoie un communiqué à la presse : elle vient de le faire interner (évidement en termes plus journalistiques : il souffre de « dépression », en raison de son « procès américain » – celui avec son oncle). En réalité c’est un juge qui a décidé de son enfermement à la suite de ses propos incohérents comme quoi il allait sauver le monde… et Shalit ! La famille, pas avare d’expression, parle cependant de « terrorisme émotionnel » à son égard, de la part des médias ou des avocats ! Le tycoon du pétrole, flatté de partout, a bel et bien disjoncté, entraîné par son mentor en religion et par une pression médiatique énorme. Il se prenait pour Dieu, le revoilà bien humain. Il en a trop fait. Il redescend enfin de son nuage.

    Restent ceux qui ont bénéficié de ses largesses, dont on peut dire aussi aujourd’hui que pas mal ont profité de son état de faiblesse psychologique évidente. Et ce, pendant au moins deux bonnes années ! La liste est longue… de ceux qui ont profité de lui.

    La religion serait-elle si mauvaise conseillère ?

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  • 2 commentaires

    • avatar
    • Reyvolt

    Vous savez Momo, il parait que ça peut arriver a tout le monde.
    D’ailleur moi en ce moment je n’arrête pas d’entendre une musique bien ringarde dont les paroles disent « Que la montagne est belle … »
    Deviendrais je fou ???

    • avatar
    • momo

    Oh comme vous y allez, Reyvolt avec les moustachus. Y’a eu bien pire, et ils sont encore vivants. Prenons Sardou par exemple….

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