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Histoire spirituelle et intellectuelle de l’humanit?, de la Tradition primordiale ? nos jours

Apocalypse - CP

Ce texte est un essai, car c?est un sujet dont une d?monstration totalement rigoureuse n?est pas possible. Nous allons remonter trop loin dans le temps, sans m?me en conna?tre les dates exactes. Cette th?se admet l?existence de cycles, elle part du d?but du cycle en cours afin d?observer la d?cadence continuelle, malgr? quelques remont?es momentan?es possibles, d?une tradition spirituelle primordiale pure jusqu?? l??ge le plus sombre (le Kali Yuga de la tradition hindouiste) dans lequel nous sommes pr?sentement. Je d?crirai donc un processus qui ressemblera ? ceci?: au d?but de notre cycle les humains vivaient sainement, en harmonie avec les lois de la Nature. Ils ?taient libres, conscients et heureux. Ils v?n?raient la Nature, la Nature totale, et aussi plus sp?cialement la Nature terrestre et le principe f?minin qu?elle incarne. Leur d?votion ?tait orient?e vers la Grande D?esse, symbole de la Nature vivante de notre plan?te (le mythe de la D?esse Sophia dans la tradition gnostique des textes de Nag Hammadi). Leur mythologie ?tait matriarcale (culte de la Grande D?esse incarn?e par notre plan?te vivante, naturelle et f?minine, car porteuse de vie), ainsi que le fonctionnement de leur soci?t?. Ils ?taient en harmonie avec ce qui est naturel, ainsi leur sexualit? ?taient libre et aimante. Cette soci?t? ?tait vertueuse et pacifique, anim?e par un esprit d?amour universel, elle ?tait heureuse et naturelle. Pourtant une d?cadence s?op?rera graduellement vers l?ignorance, la haine, les guerres, le patriarcat, la r?pression sexuelle, le malheur, l?esclavage, la domination et la soumission, le mat?rialisme, le scepticisme et le vice dans lesquels baignent nos soci?t?s modernes actuelles. Cela se fera lentement, mais s?rement. Nous verrons que l??gypte semble avoir jou? un r?le majeur dans la pr?servation de la connaissance spirituelle dans un but ?thique en faveur du bonheur de l?humanit?. Nous verrons aussi le r?le destructeurs des trois grandes religions monoth?istes que sont le juda?sme, le christianisme et l?islam. Je terminerai avec des notions historiques et plus particuli?rement notre ?poque ? travers La crise du monde moderne de Ren? Gu?non.

Cette d?cadence s?op?rera de plusieurs fa?ons, mais elle est le r?sultat d?un ?loignement de l??nergie primordiale, de l??nergie subtile vers la densit? de la mati?re. Le point de bascule semble se situer ? l?arriv?e de la premi?re civilisation ? Sumer autour de 4000 ans avant J-C, car c?est le d?but du Kali Yuga. C?est l?arriv?e de l?urbanisation, des dieux patriarcaux violents et guerriers, des ?tats sans v?ritable autorit? spirituelle, des guerres d?envergure et des monarques repr?sentant de ??Dieu?? sur Terre. La d?cadence prendra une tournure encore plus dramatique ? l?arriv?e du juda?sme et des deux autres religions monoth?istes d?origine juive?: le christianisme et l?islam. Cette d?cadence s?ach?vera avec l?av?nement du protestantisme, du mat?rialisme, de l?individualisme, du pragmatisme philosophique et du capitalisme industriel. D?apr?s Gu?non, la civilisation occidentale a h?rit?e de la Tradition primordiale par l?entremise de l?hyperbor?e (extr?me nord). Selon la th?orie de la terre creuse, le p?le nord serait une ouverture vers l?int?rieur de la Terre, o? vivent des ?tres plus avanc?s spirituellement. Il y a aussi les hypoth?ses de l?Atlantide et de la L?murie, mais qui furent devanc?es par d?autres soci?t?s encore plus avanc?es spirituellement. Mais plus pr?s de nous et d?une fa?on encore perceptible de nos jours, l?Inde et la Chine furent deux importantes courroies de transmission de la Tradition primordiale ? travers l?hindouisme et le tao?sme, ainsi qu?? travers les m?decines traditionnelles ayurv?dique et chinoise. Il y a aussi plusieurs traditions am?rindiennes, aborig?nes et autochtones de toutes sortes qui nous transmettent des ?l?ments importants de la Tradition primordiale. Plusieurs d?entre elles ?taient encore r?cemment, ou sont encore, matriarcales. ??

Le mot ??religion?? signifie ??reli?. La religion authentique sert ? nous reli? au monde de l?esprit. C?est en quoi la th?orie enth?og?nique de la religion s?ins?re bien dans la Tradition primordiale. Elle stipule que ??l?exp?rience religieuse de l?esp?ce humaine proc?de d??tats alt?r?s induits par l?ingestion de substances m?dicinales sacr?es telles que l?Amanita muscaria ou d?autres champignons psychoactifs??. (1) D?apr?s Wasson, l?Amanita muscaria est la substance psychoactive nomm?e le Soma dans les textes sacr?s hindouistes que sont les Veda. Dans les ?coles de myst?res on ing?rait des substances psychoactives, ce qui permettait de percevoir ce qui existe derri?re le voile des apparences mat?rielles et d?en retirer des enseignements pour la gu?rison et pour contrer le contr?le de l?esprit des extra-terrestres qui sont appel?s les archontes dans les textes gnostiques de Nag Hammadi. Nous savons clairement, aujourd?hui, que les gnostiques avaient raison, car il est maintenant facile ? d?montrer qu?il y a un projet de contr?le spirituel mondial des populations par les gens au pouvoir.

La tradition des ?coles de myst?res, qui ?tait une perp?tuation de la Tradition primordiale, a graduellement ?t? d?truite par les premiers chr?tiens, mais il y a encore des chamans qui la perp?tue de nos jours, afin de rapporter des enseignements spirituels et des informations de gu?risons du monde des esprits. En plus de plusieurs sortes de champignons, les plantes psychoactives utilis?es actuellement comportent aussi l?ayahuasca et le LSD 25. Le LSD a ?t? test? pour ses effets th?rapeutiques par Stanislav Grof et d?autres, et les r?sultats ont ?t? si spectaculairement b?n?fiques que les autorit?s gouvernementales, aux USA et dans d?autres pays, se sont empress?es de le rendre ill?gal et d?arr?ter ces exp?riences vers 1966. Ce qui est vraiment bon pour le peuple doit ?tre interdit par l??lite dirigeante qui veut nous garder en esclavage. C?est pourquoi on interdit m?me la marijuana, qui est pourtant beaucoup moins dommageable que l?alcool quand on en abuse, autant pour notre sant? que par rapport ? la violence qui peut ?tre d?clench?e, car cette drogue douce aide ? la m?ditation et ? la relaxation, d?o? ses vertus th?rapeutiques.

Il y a une r?f?rence biblique sur l?importance d?emp?cher les humains d?acc?der ? l?arbre de la connaissance sous peine d??tre chass? du paradis. Serait-ce une allusion aux plantes psychoactives ou ? une sorte d?entre elles en particulier? Est-ce que le juda?sme ?tait une id?ologie politique sous couvert de religion au service de la domination spirituelle des peuples par une ?lite religieuse, ?conomique et politique?

Le dieu d?Isra?l est un archonte d?apr?s l?interpr?tation des textes de Nag Hammadi par John Lash. Les trois religions monoth?istes s?identifient ? ce dieu, c?est pourquoi elles s?ment la folie et la violence sur la Terre, m?me si une certaine partie des adeptes en font quelque chose de mieux dans leur vie en s?identifiant seulement aux passages de la bible qui sont les plus ?thiques ou ? un ?sot?risme plus universel, qui se d?tache en quelque sorte de l?exot?risme. Le passage du paganisme panth?iste et polyth?iste au monoth?isme (non pas conceptuel, ni une union v?cue de l?int?rieur en ?tat de conscience modifi? comme dans le panth?isme, mais personnel) des trois grandes religions s?est fait dans la violence, la guerre, la domination et la haine. Leur apparition semble avoir suivi un plan afin d?effacer le plus possible les traces de la spiritualit? pa?enne?: les sites hautement ?nerg?tique des pa?ens de toutes sortes ont ?t? d?molis, surtout par les chr?tiens, afin de construire des ?glises, des cath?drales, etc., sur leur emplacement. M?me le 25 d?cembre ?tait une f?te pa?enne pour le soleil qui recommen?ait ? ?clairer plus longtemps. Plusieurs th?mes ont ?t? christianis? afin de convertir plus facilement les anciens pa?ens.

Le panth?isme fait r?f?rence au dieu Pan, le dieu de la Nature. Dieu est immanent ? la Nature, Il est donc La Nature. Le polyth?isme, quant ? lui, provient de la mythologie, ses dieux sont soit des extra-terrestres, soit des entit?s du monde de l??invisible??. Les trois religions du livre professent un monoth?isme personnel, et cette personne/dieu est le dieu d?Isra?l, un dieu sanguinaire qui demande des actes d?une extr?me violence ? son peuple ?lu contre les autres peuples. Voici un texte que j?ai ?crit ? ce sujet?:

http://centpapiers.com/le-talmud-la-bible-et-jesus/

D?un point de vue purement m?taphysique je me consid?re comme ?tant panth?iste, donc monoth?iste, mais cela n?a rien ? voir avec une personne (extra-terrestre ou pas). Je suis monoth?iste parce que je consid?re que Dieu est en tout et que tout est en Dieu. Que Dieu c?est la Nature totale. Dieu est ?nergie et l??nergie est tout ce qui existe fondamentalement. Seul le degr? de vibration diff?re entre les choses, mais encore l?, c?est d?un point de vue seulement. Dieu est double, il est une seule et m?me chose sous deux angles diff?rents. ? l?instar de Spinoza je vais les nommer Nature naturante et Nature natur?e. Ainsi, la Nature naturante c?est Dieu du point de vue cr?ateur, Il est absolu et statique. Cet aspect de Dieu est indicible, on ne peut qu?en donner une image conceptuelle, mais pour l?appr?hender r?ellement il est n?cessaire d?atteindre un ?tat de conscience modifi?. La Nature natur?e c?est ce m?me Dieu, puisqu?Il est tout, mais du point de vue dynamique, de la cr?ation, du relatif, donc de l?universel et du particulier, car Dieu est cr?ateur et cr?ation en m?me temps, puisqu? Il est tout. Il serait m?me pr?f?rable de l?appeler Diesse, puisque nous appr?hendons la Nature par la Nature terrestre f?minine (porteuse de vie). Quant ? la Nature totale, qui est la vie du Tout, nous pouvons la concevoir par l?intuition intellectuelle qui est l?outil de la m?taphysique pure. Nous pouvons aussi la vivre plus directement par le sentiment d?unit? des ?tats de conscience modifi?s. L??tre humain doit harmoniser sa conscience individuelle avec la conscience universelle pour ?tre heureux. Autrement dit, il doit ?tre en harmonie avec les lois universelles de la Nature, donc de Dieu. Voil? en quoi consiste notre libert?, conna?tre ce qui importe pour ?tre heureux.

??Mais la puissance humaine est tr?s limit?e, et infiniment surpass?e par la puissance des causes ext?rieures. Et par cons?quent nous n?avons pas le pouvoir absolu d?adapter ? notre usage les choses ext?rieures. Cependant les choses qui nous arrivent et sont contraires ? ce que demande la raison de notre utilit?, nous les supporterons d?une ?me ?gale si nous prenons conscience que nous avons rempli notre fonction, que la puissance que nous poss?dons ne pouvait pas s??tendre assez loin pour les ?viter, et que nous sommes une partie de la Nature totale, dont nous suivons l?ordre. Si nous comprenons cela clairement et distinctement, cette partie de nous-m?me qui se d?finit par l?intelligence, c?est-?-dire la meilleure partie de nous-m?mes, en sera pleinement satisfaite, et s?efforcera de pers?v?rer dans cette satisfaction. En effet, en tant que nous comprenons, nous ne pouvons d?sirer que ce qui est n?cessaire, et nous ne pouvons trouver de satisfaction absolue que dans le vrai. Et par cons?quent, dans la mesure o? nous comprenons bien cela, l?effort de la meilleure partie de nous-m?mes est d?accord avec l?ordre de la Nature enti?re.?? (2)

La Tradition primordiale ?tait pa?enne, elle v?n?rait la Nature ? travers les lois universelles de la Nature, ainsi que la Nature terrestre et ses esprits, entre autres ? travers les plantes, certaines ?tant m?dicinale, mais aussi ? travers les plantes sacr?s psychoactives qui permettent de voir la r?alit? du monde des esprits, ce qui donne un grand pouvoir puisque en agissant sur le monde des esprits cela nous permet d?effectuer des changements favorables dans le monde mat?riel en faveur de notre sant? et de notre bonheur. Ce qui confirme la puissance de l?esprit sur le corps, sur la mati?re. Ceci contraste grandement avec les trois grandes religions monoth?istes qui v?n?rent une personne, un messie, un dieu personnel, donc qui vouent un culte de la personnalit? comme dans les dictatures sanglantes. D’ailleurs leur dieu est un dictateur sanglant.

La Tradition primordiale ?tait matriarcale. Elle vouait un culte ? la Grande D?esse, c?est-?-dire ? la Terre vivante elle-m?me. Elle ?tait en harmonie avec les lois de la Nature. La sexualit? ?tait consid?r?e comme ?tant naturelle et bonne, elle ?tait donc libre. Le contr?le par l?exclusivit? et la possessivit? n?existait pas, ce qui ?vite tous les malheurs reli?s ? la jalousie et au manque. Ce qui peut surprendre aujourd?hui, car les femmes sont maintenant celles qui d?fendent le plus ces fausses valeurs ? cause qu?elles subissent davantage la r?pression sexuelle que les hommes. Mais fondamentalement la libert? sexuelle est une valeur f?minine et la r?pression sexuelle un pouvoir masculin. Les femmes sont respect?es, elles ont m?me le pouvoir, mais pas un pouvoir hi?rarchique et autoritaire comme il est exerc? de nos jours, mais un pouvoir naturel?: les gens sont port?s naturellement ? consulter les femmes pour les soins par le toucher, l??nergie et les rem?des naturels. Les enfants sont naturellement ?duqu?s par les femmes avec des valeurs naturelles, f?minines, anti-autoritaire. Voici plusieurs liens ?clairants sur le matriarcat?:

http://centpapiers.com/la-societe-matriarcale-et-sa-liberte-sexuelle-au-service-de-la-paix-et-de-lamour-sur-terre/

https://sites.google.com/site/communautesdumonde/culte-de-la-deesse-mere-ou-le-feminin-sacre

http://www.onpeutlefaire.com/forum/topic/9155-matriarcat-primitiviste-naturel/

http://ordrededea.weebly.com/avant-yahveacute-la-culture-du-divin-feacuteminin.html

http://epanews.fr/group/le-feminin-sacre/forum/topics/le-matriarcat-hier-et-aujourd-hui?xg_source=activity

http://matricien.org/geo-hist-matriarcat/afrique/egypte/

http://matricien.org/geo-hist-matriarcat/afrique/place-femme-egypte-antique/

Le monde des esprits de la Nature, ou ?l?mentaux, a ?t? d?crit plusieurs fois dans la litt?rature ?sot?rique et fantastique de certaines cultures. Par exemple, le seigneur des anneaux semble vouloir d?crire ce monde de l???invisible?? comme nous le laisse penser le th?me central de l?anneau d?invisibilit?, un code pour nous aider ? comprendre que le monde d?crit est celui des esprits de la Nature qu?on ne peut pas voir dans un ?tat de conscience normal, d?o? l?utilisation du mot ??invisible??. On y parle des elfes et de plusieurs autres cr?atures fantastiques. Par exemple, l?esprit de l?eau est l?ondine, celui du feu est la salamandre et celui de la terre est le gnome. Voici un excellent documentaire alchimique qui traite de ce sujet?:

http://nemesistv.info/video/MMSGOBGS7ARR/le-voyage-alchimique-rocamadour-4-7#sthash.1zZ1D1RN.dpbs

D?ailleurs l?alchimie semble ?tre une voie sp?cifique de la Tradition primordiale. Elle comporte au moins deux voies?: la voie mat?rielle de la pierre philosophale, mais toujours dans un but spirituel, ?et la voie spirituelle de la transformation int?rieure bien d?crite par Carl-Gustave Jung. Je pense qu?il y a aussi la voie sexuelle d?crite dans le tantrisme et le tao?sme. L?alchimie semble avoir un lien avec l?herm?tisme. Une chose est certaine, certains rois de France de la renaissance ont voulu conserver les connaissances alchimiques de fa?on cod?e dans l?architecture des ch?teaux de la Loire et d?autres construit par Fran?ois 1er.

http://www.youtube.com/watch?v=ZeSYr7DrVuA

Il y a plusieurs raisons qui donnent ? penser que l??gypte a longtemps jou?e un r?le important pour la pr?servation de la Tradition primordiale.? Un indice nous vient de la bible, quand on voit ? quel point le dieu d?Isra?l ?tait obs?d? contre l??gypte, les rabbins juifs ont d?ailleurs r?cup?r?s beaucoup de connaissances occultes des ?gyptiens, afin d?en faire une utilisation diff?rentes sur le plan ?thique. Les pharaons ?taient des chefs d??tat pr?par?s au tr?ne par des enseignants spirituels, ils recevaient d?eux une initiation spirituelle, contrairement aux autres pays, du moins dans les derniers temps de leur dynastie. Il y a des raisons de croire que ce fait explique grandement l?avancement intellectuel et spirituel de l??gypte sur le reste du monde ? cette ?poque, surtout en ce qui a trait ? l??thique et ? la spiritualit?, car ils appliquaient une politique harmonieuse d?ordre spirituel.

??Nos historiens parlent des pharaons sur le m?me ton que des despotes de Ninive et de Babylone. Pour eux l??gypte est une monarchie absolue et conqu?rante comme l?Assyrie et n?en diff?re que parce qu?elle a dur? quelques milliers d?ann?es de plus. Se doutent-ils qu?en Assyrie la royaut? ?crasa le sacerdoce pour s?en faire un instrument, tandis qu?en ?gypte le sacerdoce disciplina la royaut?, n?abdiqua jamais, m?me aux pires ?poques, s?imposant aux rois, chassant les despotes, gouvernant toujours la nation; et cela par une sup?riorit? intellectuelle, par une sagesse profonde et cach?e, que nul corps enseignant n?a jamais ?gal?e dans aucun pays ni aucun temps? J?ai peine ? le croire.?? (3)

??Le pharaon qui recevait son nom d?initiation du temple, qui exer?ait l?art sacerdotal et royal sur le tr?ne, ?tait donc un bien autre personnage que le despote assyrien dont le pouvoir arbitraire ?tait assis sur le crime et le sang. Le pharaon ?tait l?initi? couronn?, ou du moins l??l?ve et l?instrument des initi?s. Pendant des si?cles, les pharaons d?fendront, contre l?Asie devenue despotique et contre l?Europe anarchique, la loi du B?lier qui repr?sentait alors les droits de la justice et de l?arbitrage international.?? (4)

Le r?gne spirituel des pharaons et des pr?tres ?gyptiens dura quelques milliers d?ann?es, mais ce gouvernement tomba face ? l?invasion ph?nicienne vers 2000 ans avant J-C. ? ce moment de vuln?rabilit? politique, l??lite intellectuelle et spirituelle r?ussit ? r?sister.

??Les rois schismatiques amenaient avec eux une civilisation corrompue, la mollesse ionienne, le luxe de l?Asie, les moeurs du harem, une idol?trie grossi?re. L?existence nationale de l??gypte ?tait compromise, son intellectualit? en danger, sa mission universelle menac?e. Mais elle avait une ?me de vie, c?est-?-dire un corps organis? d?initi?s, d?positaires de l?antique science d?Herm?s et d?Ammon-R?. Que fit cette ?me? Elle se retira au fond de ses sanctuaires, elle se ramassa sur elle-m?me pour mieux r?sister ? l?ennemi. En apparence le sacerdoce se courba devant l?invasion et reconnut les usurpateurs qui apportaient la loi du Taureau et le culte du boeuf Apis. Cependant, cach?s dans les temples, les deux conseils y gard?rent comme un d?p?t sacr? leur science, leurs traditions, l?antique et pure religion et avec elle l?espoir d?une restauration de la dynastie nationale. C?est ? cette ?poque que les pr?tres r?pandirent dans la foule la l?gende d?Isis et d?Osiris, du d?membrement de ce dernier et de sa r?surrection prochaine par son fils Horus, qui retrouverait ses membres ?pars emport?s par le Nil. On excita la foule par la pompe des c?r?monies publiques. On entretint son amour pour la vieille religion en lui repr?sentant les malheurs de la d?esse, ses lamentations sur la perte de son ?poux c?leste et l?espoir qu?elle pla?ait dans son fils Horus, le divin m?diateur. Mais en m?me temps les initi?s jug?rent n?cessaire de rendre la v?rit? ?sot?rique inattaquable en la recouvrant d?un triple voile. ? la diffusion du culte populaire d?Isis et d?Osiris, correspond l?organisation int?rieure et savantes des grands et petits Myst?res. On les entoura de barri?res presque infranchissables, de dangers terribles. On inventa les ?preuves morales, on exigea le serment du silence, et la peine de mort fut rigoureusement appliqu?e contre les initi?s qui divulguaient le moindre d?tail des Myst?res. Gr?ce ? cette organisation s?v?re, l?initiation ?gyptienne devint non seulement le refuge de la doctrine ?sot?rique, mais encore le creuset d?une r?surrection nationale et l??cole des religions futures. Tandis que les usurpateurs couronn?s r?gnaient ? Memphis, Th?bes pr?parait lentement la r?g?n?ration du pays. De son temple, de son arche solaire sortit le sauveur de l??gypte, Amos, qui chassa les Hyksos apr?s neuf si?cles de domination, restaura dans ses droits la science ?gyptienne et la religion m?le d?Osiris.?Ainsi les Myst?res sauv?rent l??me de l??gypte sous la tyrannie ?trang?re, et cela pour le bien de l?humanit?.? (5)

Schur? parle ici d?une religion m?le, mais je ne suis pas d?accord, selon ce qu?il indique lui-m?me plus haut. Le mythe d?Isis et d?Osiris indique que la d?esse (qui repr?sente la spiritualit? vraie et naturelle) est malheureuse de la perte de son ?poux,le pharaon, qui repr?sente le pouvoir politique. Le malheur est donc que l?autorit? spirituelle ne puisse plus se servir du pouvoir temporel pour le bien du peuple et de l?humanit?. C?est ainsi que l??lite spirituelle ?gyptienne pu continuer de transmettre l?h?ritage le plus pur de la Tradition primordiale qui fut conserv? ? cette ?poque. L??gypte a longtemps conserv?e cet h?ritage pour l?humanit?. Plusieurs traditions spirituelles, telle l?Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, se revendiquent des ?coles de myst?res ?gyptiennes pour donner de la cr?dibilit? ? leur mouvement. L??lite spirituelle d??gypte reprend donc le pouvoir vers 1100 avant J-C- jusqu?? sa chute finale au VIe si?cle avant J-C., apr?s avoir ?t? le rempart de la lumi?re spirituelle pour l?humanit? pendant des milliers d?ann?es. Ce fut la plus longue p?riode connue de ce genre dans l?histoire de l?humanit?. ? l??poque de Pythagore, alors qu?il ?tait en ?gypte et terminait son apprentissage aupr?s de son ?lite spirituelle, le gouvernement spirituel des pharaons subit sa chute finale, ce qui allait acc?l?rer la d?cadence spirituelle de l?humanit? et acc?l?rer l?emprise des mensonges du juda?sme et un peu plus tard du christianisme d?origine juive.

??Depuis longtemps les despotes de l?Asie m?ditaient la perte de l??gypte (ainsi que le dieu d?Isra?l et son peuple). Leurs assauts r?p?t?s pendant des si?cles avaient ?chou? devant la sagesse des institutions ?gyptiennes, devant la force du sacerdoce et l??nergie des pharaons.? Mais l?imm?morial royaume, asile de la science d?Herm?s, ne devait pas durer ?ternellement. Le fils du vainqueur de Babylone, Cambyse, vint s?abattre sur l??gypte avec ses arm?es innombrables et affam?es comme des nu?es de sauterelles, et mettre fin ? l?institution du pharaonat, dont l?origine se perdait dans la nuit des temps. Aux yeux des sages, c??tait une catastrophe pour le monde entier. Jusque-l?, l??gypte avait couvert l?Europe contre l?Asie. Son influence protectrice s??tendait encore sur tout le bassin de la M?diterran?e par les temples de la Ph?nicie, de la Gr?ce et de l?Etrurie, avec lesquels le haut sacerdoce ?gyptien ?tait en relation constante. Ce boulevard une fois renvers?, le Taureau allait se fondre, t?te baiss?e, sur les rivages de l?Hellenie. Pythagore vit donc Cambyse envahir l??gypte. Il put voir le despote persan, digne h?ritiers des sc?l?rats couronn?s de Ninive et de Babylone, saccager les temples de Memphis et de Th?bes et d?truire celui d?Ammon. Il put voir le pharaon Psammenit conduit devant Cambyse, charg? de fers, plac? sur un tertre autour duquel on fit ranger les pr?tres, les principales familles et la cour du roi.?Il put voir la fille du pharaon, v?tue de haillons et suivie de toutes ses filles d?honneur pareillement travesties, le prince royal et deux milles jeunes gens amen?s, le mors ? la bouche et le licol au cou, avant d??tre d?capit?s; le pharaon Psammenit refoulant ses sanglots devant cette sc?ne affreuse; et l?inf?me Cambyse assis sur son tr?ne, se repaissant de la douleur de son adversaire terrass?. Cruelle, mais instructive le?on de l?histoire, apr?s les le?ons de la science. Quelle image de la nature animale d?cha?n?e dans l?homme, aboutissant ? ce monstre du despotisme, qui foule tout ? ses pieds et impose ? l?humanit? le r?gne du plus implacable destin par sa hideuse apoth?ose!?? (6)

La parenth?se est de moi. La voie ?tait maintenant ouverte ? la destruction des pa?ens qui restaient, comme les gnostiques et leurs ?coles de myst?res, car ils ne pouvaient plus compter sur la protection du gouvernement ?gyptien. Les chr?tiens furent ma?tre dans cet art. Non seulement ils traqu?rent les gnostiques et en assassin?rent, comme Hypatia, ils en diabolis?rent, comme Simon le magicien, mais en plus ils prirent soin d??radiquer leurs ?crits, leurs enseignements. Les chr?tiens ont gagn?s par l?utilisation de la violence physique et spirituelle, donc par la terreur et le mensonge. Ils ont continuer longtemps d??tre les ma?tres de la violence et du g?nocide et les p?res de l??glise, l?institution chr?tienne et les missionnaires ont un r?le ? jouer dans cette catastrophe. Ils r?p?t?rent leurs exploits funestes contre les Celtes, ? travers l?empire romain, et contre les Am?rindiens apr?s 1492, avec une violence inou?e.

Un documentaire qui d?montre bien l?avance grandiose des connaissances scientifiques et math?matiques de l??lite intellectuelle ?gyptienne de l?antiquit?, et surtout de l??gypte pr?historique, est la r?v?lation des pyramides. Nous pouvons en d?duire une avance dans les domaines technologique et spirituel. Nous pouvons facilement pr?sumer que l??lite intellectuelle et spirituelle de l??gypte ancienne ?tait grandement sup?rieure ? celle d?aujourd?hui, m?me au niveau mondial. Les avantages ?taient sup?rieurs pour le peuple ?gyptien et l?humanit? de cette ?poque.

http://www.youtube.com/watch?v=-_RSEhaaozE

http://matricien.org/geo-hist-matriarcat/afrique/egypte/

http://matricien.org/geo-hist-matriarcat/afrique/place-femme-egypte-antique/

Ren? Gu?non nous dit que, selon la tradition de l?Hindouisme, nous sommes pr?sentement dans l??ge du Kali Yuga (?ge sombre) qui est la derni?re phase du cycle actuel. Et cela Gu?non le disait en 1927, alors que c??tait moins ?vident qu?aujourd?hui. Dans son livre, La crise du monde moderne, il ?crit ? propos de cet ?ge sombre?:

??La doctrine hindoue enseigne que la dur?e d?un cycle humain, auquel elle donne le nom de Manvantara, se divise en quatre ?ges, qui marquent autant de phases d?un obscurcissement graduel de la spiritualit? primordiale ; ce sont ces m?mes p?riodes que les traditions de l?antiquit? occidentale, de leur c?t?, d?signaient comme les ?ges d?or, d?argent, d?airain et de fer. Nous sommes pr?sentement dans le quatri?me ?ge, le Kali-Yuga ou ? ?ge sombre ?, et nous y sommes, dit-on, depuis d?j? plus de six mille ans, c?est-?-dire depuis une ?poque bien ant?rieure ? toutes celles qui sont connues de l?histoire ? classique ?. Depuis lors, les v?rit?s qui ?taient autrefois accessibles ? tous les hommes sont devenues de plus en plus cach?es et difficiles ? atteindre ; ceux qui les poss?dent sont de moins en moins nombreux, et, si le tr?sor de la sagesse ? non-humaine ?, ant?rieure ? tous les ?ges, ne peut jamais se perdre, il s?enveloppe de voiles de plus en plus imp?n?trables, qui le dissimulent aux regards et sous lesquels il est extr?mement difficile de le d?couvrir. C?est pourquoi il est partout question, sous des symboles divers, de quelque chose qui a ?t? perdu, en apparence tout au moins et par rapport au monde ext?rieur, et que doivent retrouver ceux qui aspirent ? la v?ritable connaissance ; mais il est dit aussi que ce qui est ainsi cach? redeviendra visible ? la fin de ce cycle, qui sera en m?me temps, en vertu de la continuit? qui relie toutes choses entre elles, le commencement d?un cycle nouveau.?? (7)

Il y a environ 6000 ans, donc autour de 4000 ans avant J-C, il semble y avoir eu une transition importante, d?cisive dans la d?cadence de l?humanit?. C?est le d?but de l??ge sombre selon la tradition hindouiste. C?est l?arriv?e de la civilisation sum?rienne avec ses dieux masculins qui ont supplant?s les d?esses, mais surtout la Grande D?esse, qui est un symbole de la Nature terrestre, autant la nature mat?rielle que celle du monde des esprits. C?est donc l?arriv?e du patriarcat et de toutes ses aberrations. C?est aussi l?arriv?e de l??criture. Il est possible qu?avant cette ?poque l??criture ait ?t? inutile, puisque l??lite spirituelle utilisait la t?l?pathie et les annales akasiques (source d?information infaillible contrairement ? l??criture) pour s?informer et communiquer l?information entre eux. Ainsi, l??criture est rendu n?cessaire pour une raison n?gative, mais elle a son importance dans les circonstances afin de conserver la connaissance d?une certaine fa?on, quoique inf?rieure ? la pr?c?dente. La date importante suivante dans la d?cadence spirituelle de l?humanit? semble ?tre le VIe si?cle avant J-C.

??Il est un fait assez ?trange, qu?on semble n?avoir jamais remarqu? comme il m?rite de l??tre : c?est que la p?riode proprement ? historique ?, au sens que nous venons d?indiquer, remonte exactement au VIe si?cle avant l??re chr?tienne, comme s?il y avait l?, dans le temps, une barri?re qu?il n?est pas possible de franchir ? l?aide des moyens d?investigation dont disposent les chercheurs ordinaires. ? partir de cette ?poque, en effet, on poss?de partout une chronologie assez pr?cise et bien ?tablie ; pour tout ce qui est ant?rieur, au contraire, on n?obtient en g?n?ral qu?une tr?s vague approximation, et les dates propos?es pour les m?mes ?v?nements varient souvent de plusieurs si?cles. M?me pour les pays o? l?on a plus que de simples vestiges ?pars, comme l??gypte par exemple, cela est tr?s frappant ; et ce qui est peut-?tre plus ?tonnant encore, c?est que, dans un cas exceptionnel et privil?gi? comme celui de la Chine, qui poss?de, pour des ?poques bien plus ?loign?es, des annales dat?es au moyen d?observations astronomiques qui ne devraient laisser de place ? aucun doute, les modernes n?en qualifient pas moins ces ?poques de ? l?gendaires ?, comme s?il y avait l? un domaine o? ils ne se reconnaissent le droit ? aucune certitude et o? ils s?interdisent eux-m?mes d?en obtenir. L?antiquit? dite ? classique ? n?est donc, ? vrai dire, qu?une antiquit? toute relative, et m?me beaucoup plus proche des temps modernes que de la v?ritable antiquit?, puisqu?elle ne remonte m?me pas ? la moiti? du Kali-Yuga, dont la dur?e n?est elle-m?me, suivant la doctrine hindoue, que la dixi?me partie de celle du Manvantara ; et l?on pourra suffisamment juger par l? jusqu?? quel point les modernes ont raison d??tre fiers de l??tendue de leurs connaissances historiques ! Tout cela, r?pondraient-ils sans doute encore pour se justifier, ce ne sont que des p?riodes ? l?gendaires ?, et c?est pourquoi ils estiment n?avoir pas ? en tenir compte ; mais cette r?ponse n?est pr?cis?ment que l?aveu de leur ignorance, et d?une incompr?hension qui peut seule expliquer leur d?dain de la tradition ; l?esprit sp?cifiquement moderne, ce n?est en effet, comme nous le montrerons plus loin, rien d?autre que l?esprit antitraditionnel.

Au VIe si?cle avant l??re chr?tienne, il se produisit, quelle qu?en ait ?t? la cause, des changements consid?rables chez presque tous les peuples ; ces changements pr?sent?rent d?ailleurs des caract?res diff?rents suivant les pays. Dans certains cas, ce fut une r?adaptation de la tradition ? des conditions autres que celles qui avaient exist? ant?rieurement, r?adaptation qui s?accomplit en un sens rigoureusement orthodoxe ; c?est ce qui eut lieu notamment en Chine, o? la doctrine, primitivement constitu?e en un ensemble unique, fut alors divis?e en deux parties nettement distinctes : le Tao?sme, r?serv? ? une ?lite, et comprenant la m?taphysique pure et les sciences traditionnelles d?ordre proprement sp?culatif ; le Confucianisme, commun ? tous sans distinction, et ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales. Chez les Perses, il semble qu?il y ait eu ?galement une r?adaptation du Mazd?isme, car cette ?poque fut celle du dernier Zoroastre. Dans l?Inde, on vit na?tre alors le Bouddhisme, qui, quel qu?ait ?t? d?ailleurs son caract?re originel, devait aboutir, au contraire, tout au moins dans certaines de ses branches, ? une r?volte contre l?esprit traditionnel, allant jusqu?? la n?gation de toute autorit?, jusqu?? une v?ritable anarchie, au sens ?tymologique d?? absence de principe ?, dans l?ordre intellectuel et dans l?ordre social. Ce qui est assez curieux, c?est qu?on ne trouve, dans l?Inde, aucun monument remontant au-del? de cette ?poque, et les orientalistes, qui veulent tout faire commencer au Bouddhisme dont ils exag?rent singuli?rement l?importance, ont essay? de tirer parti de cette constatation en faveur de leur th?se ; l?explication du fait est cependant bien simple : c?est que toutes les constructions ant?rieures ?taient en bois, de sorte qu?elles ont naturellement disparu sans laisser de traces ; mais ce qui est vrai, c?est qu?un tel changement dans le mode de construction correspond n?cessairement ? une modification profonde des conditions g?n?rales d?existence du peuple chez qui il s?est produit.

En nous rapprochant de l?Occident, nous voyons que la m?me ?poque fut, chez les Juifs, celle de la captivit? de Babylone ; et ce qui est peut-?tre un des faits les plus ?tonnant qu?on ait ? constater, c?est qu?une courte p?riode de soixante-dix ans fut suffisante pour leur faire perdre jusqu?? leur ?criture, puisqu?ils durent ensuite reconstituer les Livres sacr?s avec des caract?res tout autres que ceux qui avaient ?t? en usage jusqu?alors. On pourrait citer encore bien d?autres ?v?nements se rapportant ? peu pr?s ? la m?me date : nous noterons seulement que ce fut pour Rome le commencement de la p?riode proprement ? historique ?, succ?dant ? l??poque ? l?gendaire ? des rois, et qu?on sait aussi, quoique d?une fa?on un peu vague, qu?il y eut alors d?importants mouvements chez les peuples celtiques ; mais, sans y insister davantage, nous en arriverons ? ce qui concerne la Gr?ce. L? ?galement, le VIe si?cle fut le point de d?part de la civilisation dite ? classique ?, la seule ? laquelle les modernes reconnaissent le caract?re ? historique ?, et tout ce qui pr?c?de est assez mal connu pour ?tre trait? de ? l?gendaire ?, bien que les d?couvertes arch?ologiques r?centes ne permettent plus de douter que, du moins, il y eut l? une civilisation tr?s r?elle ; et nous avons quelques raisons de penser que cette premi?re civilisation hell?nique fut beaucoup plus int?ressante intellectuellement que celle qui la suivit, et que leurs rapports ne sont pas sans offrir quelque analogie avec ceux qui existent entre l?Europe du moyen ?ge et l?Europe moderne. Cependant, il convient de remarquer que la scission ne fut pas aussi radicale que dans ce dernier cas, car il y eut, au moins partiellement, une r?adaptation effectu?e dans l?ordre traditionnel, principalement dans le domaine des ? myst?res ? ; et il faut y rattacher le Pythagorisme, qui fut surtout, sous une forme nouvelle, une restauration de l?Orphisme ant?rieur, et dont les liens ?vidents avec le culte delphique de l?Apollon hyperbor?en permettent m?me d?envisager une filiation continue et r?guli?re avec l?une des plus anciennes traditions de l?humanit?. Mais, d?autre part, on vit bient?t appara?tre quelque chose dont on n?avait encore eu aucun exemple, et qui devait, par la suite, exercer une influence n?faste sur tout le monde occidental : nous voulons parler de ce mode sp?cial de pens?e qui prit et garda le nom de ? philosophie ? ; et ce point est assez important pour que nous nous y arr?tions quelques instants. »???? (8) (8)

Un autre fait important du VIe si?cle avant J-C est, comme nous l?avons vu plus t?t, la chute finale de la tradition des pharaons (dernier rempart d?une politique en accord avec les vrais principes essentiels et universels de la Tradition primordiale) et de la supr?matie spirituelle de l??gypte sur le monde. La domination politique dont fut victime l??gypte ? partir de cette ?poque fut plus brutale envers l??lite religieuse et son organisation, ce qui donna un coup plus dur ? la spiritualit? ?gyptienne que les neuf si?cles de domination des Hyksos. ? partir de ce moment c?est comme si tout ?tait permis envers la vraie spiritualit?, puisque son royaume n??tait plus en mesure de la d?fendre. Les attaques contre elles ?taient de plus en plus efficace, malgr? la r?sistance d?une ?lite spirituelle chez plusieurs peuples pa?ens, dont les Celtes et les Germains, ainsi que chez les Gnostiques.

L?apparition de la philosophie occidentale, en Gr?ce, autour de cette ?poque, avec le pr?socratique Thal?s de Milet, et un peu plus tard avec les trois philosophes anciens les plus c?l?bres?: Socrate, Platon et Aristote, est le r?sultat de la d?cadence spirituelle de l?humanit?. Ce point de vue pourra en surprendre plusieurs, mais il est parfaitement d?fendable. Voici dans quels termes le fait Ren? Gu?non?:

??Le mot ? philosophie ?, en lui-m?me, peut assur?ment ?tre pris en un sens fort l?gitime, qui fut sans doute son sens primitif, surtout s?il est vrai que, comme on le pr?tend, c?est Pythagore qui l?employa le premier : ?tymologiquement, il ne signifie rien d?autre qu?? amour de la sagesse ? ; il d?signe donc tout d?abord une disposition pr?alable requise pour parvenir ? la sagesse, et il peut d?signer aussi, par une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition m?me, doit conduire ? la connaissance. Ce n?est donc qu?un stade pr?liminaire et pr?paratoire, un acheminement vers la sagesse, un degr? correspondant ? un ?tat inf?rieur ? celle-ci ; la d?viation qui s?est produite ensuite a consist? ? prendre ce degr? transitoire pour le but m?me, ? pr?tendre substituer la ? philosophie ? ? la sagesse, ce qui implique l?oubli ou la m?connaissance de la v?ritable nature de cette derni?re. C?est ainsi que prit naissance ce que nous pouvons appeler la philosophie ? profane ?, c?est-?-dire une pr?tendue sagesse purement humaine, donc d?ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, supra-rationnelle et ? non-humaine ?. Pourtant, il subsista encore quelque chose de celle-ci ? travers toute l?antiquit? ; ce qui le prouve, c?est d?abord la persistance des ? myst?res ?, dont le caract?re essentiellement ? initiatique ? ne saurait ?tre contest?, et c?est aussi le fait que l?enseignement des philosophes eux-m?mes avait ? la fois, le plus souvent, un c?t? ? exot?rique ? et un c?t? ? ?sot?rique ?, ce dernier pouvant permettre le rattachement ? un point de vue sup?rieur, qui se manifeste d?ailleurs d?une fa?on tr?s nette, quoique peut-?tre incompl?te ? certains ?gards, quelques si?cles plus tard, chez les Alexandrins. Pour que la philosophie ? profane ? f?t d?finitivement constitu?e comme telle, il fallait que l?? exot?risme ? seul demeur?t et qu?on all?t jusqu?? la n?gation pure et simple de tout ? ?sot?risme ? ; c?est pr?cis?ment ? quoi devait aboutir, chez les modernes, le mouvement commenc? par les Grecs ; les tendances qui s??taient d?j? affirm?es chez ceux-ci devaient ?tre alors pouss?es jusqu?? leurs cons?quences les plus extr?mes, et l?importance excessive qu?ils avaient accord?e ? la pens?e rationnelle allait s?accentuer encore pour en arriver au ? rationalisme ?, attitude sp?cialement moderne qui consiste, non plus m?me simplement ? ignorer, mais ? nier express?ment tout ce qui est d?ordre supra-rationnel.?? (9)

La critique de la philosophie occidentale s?appuie aussi sur une critique de l?individualisme?:

??L?individualisme implique tout d?abord la n?gation de l?intuition intellectuelle, en tant que celle-ci est essentiellement une facult? supra-individuelle, et de l?ordre de connaissance qui est le domaine propre de cette intuition, c?est-?-dire de la m?taphysique entendue dans son v?ritable sens. C?est pourquoi tout ce que les philosophes modernes d?signent sous ce m?me nom de m?taphysique, quand ils admettent quelque chose qu?ils appellent ainsi, n?a absolument rien de commun avec la m?taphysique vraie : ce ne sont que constructions rationnelles ou hypoth?ses imaginatives, donc conceptions tout individuelles, et dont la plus grande partie, d?ailleurs, se rapporte simplement au domaine ? physique ?, c?est-?-dire ? la nature. M?me s?il se rencontre l?-dedans quelque question qui pourrait ?tre rattach?e effectivement ? l?ordre m?taphysique, la fa?on dont elle est envisag?e et trait?e la r?duit encore ? n??tre que de la ? pseudo-m?taphysique ?, et rend du reste impossible toute solution r?elle et valable ; il semble m?me que, pour les philosophes, il s?agisse de poser des ? probl?mes ?, fussent-ils artificiels et illusoires, bien plus que de les r?soudre, ce qui est un des aspects du besoin d?sordonn? de la recherche pour elle-m?me, c?est-?-dire de l?agitation la plus vaine dans l?ordre mental, aussi bien que dans l?ordre corporel. Il s?agit aussi, pour ces m?mes philosophes, d?attacher leur nom ? un ? syst?me ?, c?est-?-dire ? un ensemble de th?ories strictement born? et d?limit?, et qui soit bien ? eux, qui ne soit rien d?autre que leur oeuvre propre ; de l? le d?sir d??tre original ? tout prix, m?me si la v?rit? doit ?tre sacrifi?e ? cette originalit? : mieux vaut, pour la renomm?e d?un philosophe, inventer une erreur nouvelle que de redire une v?rit? qui a d?j? ?t? exprim?e par d?autres. Cette forme de l?individualisme, ? laquelle on doit tant de ? syst?mes ? contradictoires entre eux, quand ils ne le sont pas en eux-m?mes, se rencontre d?ailleurs tout aussi bien chez les savants et les artistes modernes ; mais c?est peut-?tre chez les philosophes qu?on peut voir le plus nettement l?anarchie intellectuelle qui en est l?in?vitable cons?quence.

Dans une civilisation traditionnelle, il est presque inconcevable qu?un homme pr?tende revendiquer la propri?t? d?une id?e, et, en tout cas, s?il le fait, il s?enl?ve par l? m?me tout cr?dit et toute autorit?, car il la r?duit ainsi ? n??tre qu?une sorte de fantaisie sans aucune port?e r?elle : si une id?e est vraie, elle appartient ?galement ? tous ceux qui sont capables de la comprendre ; si elle est fausse, il n?y a pas ? se faire gloire de l?avoir invent?e. Une id?e vraie ne peut ?tre ? nouvelle ?, car la v?rit? n?est pas un produit de l?esprit humain, elle existe ind?pendamment de nous, et nous avons seulement ? la conna?tre ; en dehors de cette connaissance, il ne peut y avoir que l?erreur ; mais, au fond, les modernes se soucient-ils de la v?rit?, et savent-ils m?me encore ce qu?elle est ? L? aussi, les mots ont perdu leur sens, puisque certains, comme les ? pragmatistes ? contemporains, vont jusqu?? donner abusivement ce nom de ? v?rit? ? ? ce qui est tout simplement l?utilit? pratique, c?est-?-dire ? quelque chose qui est enti?rement ?tranger ? l?ordre intellectuel ; c?est, comme aboutissement logique de la d?viation moderne, la n?gation m?me de la v?rit?, aussi bien que de l?intelligence dont elle est l?objet propre. Mais n?anticipons pas davantage, et, sur ce point, faisons seulement remarquer encore que le genre d?individualisme dont il vient d??tre question est la source des illusions concernant le r?le des ? grands hommes ? ou soi-disant tels ; le ? g?nie ?, entendu au sens ? profane ?, est fort peu de chose en r?alit?, et il ne saurait en aucune mani?re suppl?er au d?faut de v?ritable connaissance.

Puisque nous avons parl? de la philosophie, nous signalerons encore, sans entrer dans tous les d?tails, quelques-unes des cons?quences de l?individualisme dans ce domaine : la premi?re de toutes fut, par la n?gation de l?intuition intellectuelle, de mettre la raison au-dessus de tout, de faire de cette facult? purement humaine et relative la partie sup?rieure de l?intelligence, ou m?me d?y r?duire celle-ci tout enti?re ; c?est l? ce qui constitue le ? rationalisme ?, dont le v?ritable fondateur fut Descartes. Cette limitation de l?intelligence n??tait d?ailleurs qu?une premi?re ?tape ; la raison elle-m?me ne devait pas tarder ? ?tre rabaiss?e de plus en plus ? un r?le surtout pratique, ? mesure que les applications prendraient le pas sur les sciences qui pouvaient avoir encore un certain caract?re sp?culatif ; et, d?j?, Descartes lui-m?me ?tait, au fond, beaucoup plus pr?occup? de ces applications pratiques que de la science pure. Mais ce n?est pas tout : l?individualisme entra?ne in?vitablement le ? naturalisme ?, puisque tout ce qui est au-del? de la nature est, par l? m?me, hors de l?atteinte de l?individu comme tel ; ? naturalisme ? ou n?gation de la m?taphysique, ce n?est d?ailleurs qu?une seule et m?me chose, et, d?s lors que l?intuition intellectuelle est m?connue, il n?y a plus de m?taphysique possible ; mais, tandis que certains s?obstinent cependant ? b?tir une ? pseudo-m?taphysique ? quelconque, d?autres reconnaissent plus franchement cette impossibilit? ; de l? le ? relativisme ? sous toutes ses formes, que ce soit le ? criticisme ? de Kant ou le ? positivisme ? d?Auguste Comte ; et, la raison ?tant elle-m?me toute relative et ne pouvant s?appliquer valablement qu?? un domaine ?galement relatif, il est bien vrai que le ? relativisme ? est le seul aboutissement logique du ? rationalisme ?. Celui-ci, du reste, devait arriver par l? ? se d?truire lui-m?me : ? nature ? et ? devenir ?, comme nous l?avons not? plus haut, sont en r?alit? synonymes ; un ? naturalisme ? cons?quent avec lui-m?me ne peut donc ?tre qu?une de ces ? philosophies du devenir ? dont nous avons d?j? parl?, et dont le type sp?cifiquement moderne est l?? ?volutionnisme ? ; mais c?est pr?cis?ment celui-ci qui devait finalement se retourner contre le ? rationalisme ?, en reprochant ? la raison de ne pouvoir s?appliquer ad?quatement ? ce qui n?est que changement et pure multiplicit?, ni enfermer dans ses concepts l?ind?finie complexit? des choses sensibles. Telle est en effet la position prise par cette forme de l?? ?volutionnisme ? qu?est l?? intuitionnisme ? bergsonien, qui, bien entendu, n?est pas moins individualiste et antim?taphysique que le ? rationalisme ?, et qui, s?il critique justement celui-ci, tombe encore plus bas en faisant appel ? une facult? proprement infra-rationnelle, ? une intuition sensible assez mal d?finie d?ailleurs, et plus ou moins m?l?e d?imagination, d?instinct et de sentiment. Ce qui est bien significatif, c?est qu?ici il n?est m?me plus question de ? v?rit? ?, mais seulement de ? r?alit? ?, r?duite exclusivement au seul ordre sensible, et con?ue comme quelque chose d?essentiellement mouvant et instable ; l?intelligence, avec de telles th?ories, est v?ritablement r?duite ? sa partie la plus basse, et la raison elle-m?me n?est plus admise qu?en tant qu?elle s?applique ? fa?onner la mati?re pour des usages industriels. Apr?s cela, il ne restait plus qu?un pas ? faire : c??tait la n?gation totale de l?intelligence et de la connaissance, la substitution de l?? utilit? ? ? la ? v?rit? ? ; ce fut le ? pragmatisme ?, auquel nous avons d?j? fait allusion tout ? l?heure ; et, ici, nous ne sommes m?me plus dans l?humain pur et simple comme avec le ? rationalisme ?, nous sommes v?ritablement dans l?infra-humain, avec l?appel au ? subconscient ? qui marque le renversement complet de toute hi?rarchie normale. Voil?, dans ses grandes lignes, la marche que devait fatalement suivre et qu?a effectivement suivie la philosophie ? profane ? livr?e ? elle-m?me, pr?tendant limiter toute connaissance ? son propre horizon ; tant qu?il existait une connaissance sup?rieure, rien de semblable ne pouvait se produire, car la philosophie ?tait du moins tenue de respecter ce qu?elle ignorait et ne pouvait le nier ; mais, lorsque cette connaissance sup?rieure eut disparu, sa n?gation, qui correspondait ? l??tat de fait, fut bient?t ?rig?e en th?orie, et c?est de l? que proc?de toute la philosophie moderne.?? (10)

Voil? pourquoi la philosophie occidentale d?origine Grecque est un sympt?me de la d?cadence spirituelle de l?humanit?, malgr? le fait qu?elle soit parfois utile, compte-tenu des circonstances, ? nous pousser vers le haut, ? nous ramener vers certaines v?rit?s essentielles, ou du moins ? nous en montrer la direction. On pourrait faire une critique semblable de la philosophie morale et de l??thique, ? cause qu?elles se d?tachent graduellement de la m?taphysique traditionnelle pour se rattacher ? des constructions m?taphysiques qui proviennent de l?imagination individuelle, du besoin d??tre original et non de v?rit?s anciennes. Le besoin de rationaliser l?amour, les vertus, le bien, le mal et le bonheur qui en d?coule caract?rise une ignorance accrue de l?intuition et des principes essentiels universels de la m?taphysique pure. L??tre humain sain et naturel n?a pas besoin de comprendre comment et pourquoi agir moralement pour le faire, il le fait instinctivement, spontan?ment sans se poser de question, comme un ?lan naturel de son ?tre vers la joie, la libert? et le bonheur. Pour lui, le bien et le mal n?existent que d?une fa?on relative ? propos des choses qui contribuent ou non ? son bonheur. Il n?y a pas de bien et de mal en soi, absolu. Il n?y a que l?erreur ou la connaissance, l?ignorance ou la v?rit?. C?est pourquoi personne n?est m?chant volontairement, puisque les m?chants se font du mal sans savoir qu?ils en sont la cause. Cette fa?on de percevoir ?vite d??tre moralisateur, de tomber dans le m?pris et de faire ce que l?on reproche aux autres, c?est-?-dire ha?r plut?t qu?aimer. Encore une fois, m?me si la morale est un sympt?me de d?cadence spirituelle, elle devient n?anmoins n?cessaire pour freiner la chute vers le bas et nous ramener vers une morale intuitive rattach?e aux principes de la m?taphysique traditionnelle. ? force d?int?grer une compr?hension rationnelle, par la r?p?tition, nous en arrivons ? un automatisme, un comportement acquis qui devient instinctif, spontan?, naturel. Autant les morales chr?tienne, juive et musulmane sont anti-sexuelle, donc contre-nature, autant cette d?cadence morale en arrive au plus bas niveau avec le protestantisme, la morale la?que (mat?rialiste), le pragmatisme philosophique anglo-saxon et le capitalisme industriel.?? D?un autre c?t?, la morale protestante, ?liminant de plus en plus toute base doctrinale, finit par d?g?n?rer en ce qu?on appelle la ??morale la?que.???? (11) D?o? l?id?e de s?parer la politique de la religion (la la?cit?), donc d?enlever l?autorit? spirituelle? au pouvoir politique et ainsi le vouer au mat?rialisme le plus bas.

On peut faire une analogie avec la sant?. Autant la philosophie et la morale sont issues d?une d?g?n?rescence de la conscience humaine, ? l?image de la maladie dans le corps qui est issue d?un manque de conscience, autant cette maladie devient le tremplin vers une conscience plus ?largie par une compr?hension de son message dans le but d?une action appropri?e, ? l?image de la morale et de la philosophie qui peuvent servir de messagers vers une sagesse intuitive retrouv?e gr?ce ? l?int?gration et ? l?application d?une compr?hension rationnelle. Le sympt?me du mal, s?il est bien compris et utilis?, devient un outil vers un bien plus ?lev?. Une morale r?pressive cr?e davantage les probl?mes qu?elle s?imagine am?liorer, brime les instincts qui deviennent pervertis et qui vont justifier la morale (devoir de bien agir), mais par la contrainte, le devoir n??tant jamais une vertu. L??thique, la vraie, est sup?rieure, car elle est un amour des bonnes actions rattach?es ? une m?taphysique, ? une doctrine universelle traditionnelle qui la justifie. Mais cette ?thique est non-n?cessaire pour une personne ayant la conscience des principes purs, qui lui suffiraient pour les appliquer intuitivement de fa?on vertueuse, c?est-?-dire selon l?excellence propre de sa nature humaine. Le drame est que l?apparition de la philosophie grecque individualiste et des questionnements d?ordre ?thique socratiques ont permis leur d?g?n?rescence vers une morale sociale anti-sexuelle, mat?rialiste et m?me capitaliste, donc contre-nature, qui ne sont rien de moins qu?une vision de l?amour et du bonheur contraire ? la nature des enseignements traditionnels et de leurs cons?quences. La culture doit ?tre au service de la Nature, et non le contraire.

La philosophie occidentale d?origine Grecque et la morale socratique sont des sympt?mes de la d?cadence et permettent de l?acc?l?rer ? travers la d?naturation et la d?cadence de leur propre discipline, ce qui permettra la sp?cialisation de toutes les connaissances sous le nom de ??science??. Mais le probl?me est que cette division des connaissances ? d?g?n?r?e dans une dispersion o? elles ne sont plus li?es entre elles dans une unit? soumise aux principes de la m?taphysique pure. Elles deviennent donc int?ress?es seulement par des questions mat?rielles, superficielles et secondaires. On dit que la philosophie est la m?re de toutes les sciences, car elle a permis la division des connaissances profanes qui a suivie, plut?t que le retour ? l?unit? des connaissances sacr?es traditionnelles, et sa d?gradation subs?quente dans une optique mat?rialiste au service du commerce et de l?industrie. Aujourd?hui, la grande majorit? des philosophes sont mat?rialistes. Concernant la division des connaissances, prenons l?exemple de la physique?:

??Si l?on veut comparer la physique ancienne, non pas ? ce que les modernes d?signent par le m?me mot, mais ? l?ensemble des sciences de la nature telles qu?elles sont actuellement constitu?es, car c?est l? ce qui devrait y correspondre en r?alit?, il y a donc lieu de noter, comme premi?re diff?rence, la division en multiples ? sp?cialit?s ? qui sont pour ainsi dire ?trang?res les unes aux autres. Pourtant, ce n?est l? que le c?t? le plus ext?rieur de la question, et il ne faudrait pas penser que, en r?unissant toutes ces sciences sp?ciales, on obtiendrait un ?quivalent de l?ancienne physique. La v?rit? est que le point de vue est tout autre, et c?est ici que nous voyons appara?tre la diff?rence essentielle entre les deux conceptions dont nous parlions tout ? l?heure : la conception traditionnelle, disions-nous, rattache toutes les sciences aux principes comme autant d?applications particuli?res, et c?est ce rattachement que n?admet pas la conception moderne. Pour Aristote, la physique n??tait que ? seconde ? par rapport ? la m?taphysique, c?est-?-dire qu?elle en ?tait d?pendante, qu?elle n??tait au fond qu?une application, au domaine de la nature, des principes sup?rieurs ? la nature et qui se refl?tent dans ses lois ; et l?on peut en dire autant de la ? cosmologie ? du moyen ?ge. La conception moderne, au contraire, pr?tend rendre les sciences ind?pendantes, en niant tout ce qui les d?passe, ou tout au moins en le d?clarant ? inconnaissable ? et en refusant d?en tenir compte, ce qui revient encore ? le nier pratiquement ; cette n?gation existait en fait bien longtemps avant qu?on ait song? ? l??riger en th?orie syst?matique sous des noms tels que ceux de ? positivisme ? et d?? agnosticisme ?, car on peut dire qu?elle est v?ritablement au point de d?part de toute la science moderne. Seulement, ce n?est gu?re qu?au XIXe si?cle qu?on a vu des hommes se faire gloire de leur ignorance, car se proclamer ? agnostique ? n?est point autre chose que cela, et pr?tendre interdire ? tous la connaissance de ce qu?ils ignoraient eux-m?mes ; et cela marquait une ?tape de plus dans la d?ch?ance intellectuelle de l?Occident.

En voulant s?parer radicalement les sciences de tout principe sup?rieur sous pr?texte d?assurer leur ind?pendance, la conception moderne leur enl?ve toute signification profonde et m?me tout int?r?t v?ritable au point de vue de la connaissance, et elle ne peut aboutir qu?? une impasse, puisqu?elle les enferme dans un domaine irr?m?diablement born?. Le d?veloppement qui s?effectue ? l?int?rieur de ce domaine n?est d?ailleurs pas un approfondissement comme certains se l?imaginent ; il demeure au contraire tout superficiel, et ne consiste qu?en cette dispersion dans le d?tail que nous avons d?j? signal?e, en une analyse aussi st?rile que p?nible, et qui peut se poursuivre ind?finiment sans qu?on avance d?un seul pas dans la voie de la v?ritable connaissance. Aussi n?est-ce point pour elle-m?me, il faut bien le dire, que les Occidentaux, en g?n?ral, cultivent la science ainsi entendue : ce qu?ils ont surtout en vue, ce n?est point une connaissance, m?me inf?rieure ; ce sont des applications pratiques, et, pour se convaincre qu?il en est bien ainsi, il n?y a qu?? voir avec quelle facilit? la plupart de nos contemporains confondent science et industrie, et combien nombreux sont ceux pour qui l?ing?nieur repr?sente le type m?me du savant.?? (12)

Maintenant, prenons l?exemple de la? chimie qui provient de l?alchimie?:

??Le cas de la chimie est peut-?tre encore plus net et plus caract?ristique ; et, pour ce qui est de l?ignorance des modernes ? l??gard de l?alchimie, elle est au moins aussi grande qu?en ce qui concerne l?astrologie. La v?ritable alchimie ?tait essentiellement une science d?ordre cosmologique, et, en m?me temps, elle ?tait applicable aussi ? l?ordre humain, en vertu de l?analogie du ? macrocosme ? et du ? microcosme ? ; en outre, elle ?tait constitu?e express?ment en vue de permettre une transposition dans le domaine purement spirituel, qui conf?rait ? ses enseignements une valeur symbolique et une signification sup?rieure, et qui en faisait un des types les plus complets des ? sciences traditionnelles ?. Ce qui a donn? naissance ? la chimie moderne, ce n?est point cette alchimie avec laquelle elle n?a en somme aucun rapport ; c?en est une d?formation, une d?viation au sens le plus rigoureux du mot, d?viation ? laquelle donna lieu, peut-?tre d?s le moyen ?ge, l?incompr?hension de certains, qui, incapables de p?n?trer le vrai sens des symboles, prirent tout ? la lettre et, croyant qu?il ne s?agissait en tout cela que d?op?rations mat?rielles, se lanc?rent dans une exp?rimentation plus ou moins d?sordonn?e. Ce sont ceux-l?, que les alchimistes qualifiaient ironiquement de ? souffleurs ? et de ? br?leurs de charbon ?, qui furent les v?ritables pr?curseurs des chimistes actuels ; et c?est ainsi que la science moderne s??difie ? l?aide des d?bris des sciences anciennes, avec les mat?riaux rejet?s par celles-ci et abandonn?s aux ignorants et aux ? profanes ?. Ajoutons encore que les soi-disant r?novateurs de l?alchimie, comme il s?en trouve quelques-uns parmi nos contemporains, ne font de leur c?t? que prolonger cette m?me d?viation, et que leurs recherches sont tout aussi ?loign?es de l?alchimie traditionnelle que celles des astrologues auxquels nous faisions allusion tout ? l?heure le sont de l?ancienne astrologie ; et c?est pourquoi nous avons le droit d?affirmer que les ? sciences traditionnelles ? de l?Occident sont vraiment perdues pour les modernes.?? (13)

Deux derniers exemples, la psychologie et les math?matiques?:

??Nous nous bornerons ? ces quelques exemples ; il serait cependant facile d?en donner encore d?autres, pris dans des ordres quelque peu diff?rents, et montrant partout la m?me d?g?n?rescence. On pourrait ainsi faire voir que la psychologie telle qu?on l?entend aujourd?hui, c?est-?-dire l??tude des ph?nom?nes mentaux comme tels, est un produit naturel de l?empirisme anglo-saxon et de l?esprit du XVIIIe si?cle, et que le point de vue auquel elle correspond ?tait si n?gligeable pour les anciens que, s?il leur arrivait parfois de l?envisager incidemment, ils n?auraient en tout cas jamais song? ? en faire une science sp?ciale ; tout ce qu?il peut y avoir de valable l?-dedans se trouvait, pour eux, transform? et assimil? dans des points de vue sup?rieurs. Dans un tout autre domaine, on pourrait montrer aussi que les math?matiques modernes ne repr?sentent pour ainsi dire que l??corce de la math?matique pythagoricienne, son c?t? purement ? exot?rique ? ; l?id?e ancienne des nombres est m?me devenue absolument inintelligible aux modernes, parce que, l? aussi, la partie sup?rieure de la science, celle qui lui donnait, avec le caract?re traditionnel, une valeur proprement intellectuelle, a totalement disparu ; et ce cas est assez comparable ? celui de l?astrologie. Mais nous ne pouvons passer en revue toutes les sciences les unes apr?s les autres, ce qui serait plut?t fastidieux ; nous pensons en avoir dit assez pour faire comprendre la nature du changement auquel les sciences modernes doivent leur origine, et qui est tout le contraire d?un ? progr?s ?, qui est une v?ritable r?gression de l?intelligence ; et nous allons maintenant revenir ? des consid?rations d?ordre g?n?ral sur le r?le respectif des ? sciences traditionnelles ? et des sciences modernes, sur la diff?rence profonde qui existe entre la v?ritable destination des unes et des autres.

Une science quelconque, suivant la conception traditionnelle, a moins son int?r?t en elle-m?me qu?en ce qu?elle est comme un prolongement ou une branche secondaire de la doctrine, dont la partie essentielle est constitu?e, comme nous l?avons dit, par la m?taphysique pure. En effet, si toute science est assur?ment l?gitime, pourvu qu?elle n?occupe que la place qui lui convient r?ellement en raison de sa nature propre, il est cependant facile de comprendre que, pour quiconque poss?de une connaissance d?ordre sup?rieur, les connaissances inf?rieures perdent forc?ment beaucoup de leur int?r?t, et que m?me elles n?en gardent qu?en fonction, si l?on peut dire, de la connaissance principielle, c?est-?-dire dans la mesure o?, d?une part, elles refl?tent celle-ci dans tel ou tel domaine contingent, et o?, d?autre part, elles sont susceptibles de conduire vers cette m?me connaissance principielle, qui, dans le cas que nous envisageons, ne peut jamais ?tre perdue de vue ni sacrifi?e ? des consid?rations plus ou moins accidentelles. Ce sont l? les deux r?les compl?mentaires qui appartiennent en propre aux ? sciences traditionnelles ? : d?un c?t?, comme applications de la doctrine, elles permettent de relier entre eux tous les ordres de r?alit?, de les int?grer dans l?unit? de la synth?se totale ; de l?autre, elles sont, pour certains tout au moins, et en conformit? avec les aptitudes de ceux-ci, une pr?paration ? une connaissance plus haute, une sorte d?acheminement vers cette derni?re, et, dans leur r?partition hi?rarchique selon les degr?s d?existence auxquels elles se rapportent, elles constituent alors comme autant d??chelons ? l?aide desquels il est possible de s??lever jusqu?? l?intellectualit? pure. Il n?est que trop ?vident que les sciences modernes ne peuvent, ? aucun degr?, remplir ni l?un ni l?autre de ces deux r?les ; c?est pourquoi elles ne sont et ne peuvent ?tre que de la ? science profane ?, tandis que les ? sciences traditionnelles ?, par leur rattachement aux principes m?taphysiques, sont incorpor?es d?une fa?on effective ? la ? science sacr?e ?.?? (14)

Voici un portrait g?n?ral des sciences modernes, devenues exclusivement mat?rialistes, et de leur arrogance?:

??Cet ?tat d?esprit (le mat?rialisme), c?est celui qui consiste ? donner plus ou moins consciemment la pr?pond?rance aux choses de l?ordre mat?riel et aux pr?occupations qui s?y rapportent, que ces pr?occupations gardent encore une certaine apparence sp?culative ou qu?elles soient purement pratiques ; et l?on ne peut contester s?rieusement que ce soit bien l? la mentalit? de l?immense majorit? de nos contemporains.

Toute la science ? profane ? qui s?est d?velopp?e au cours des derniers si?cles n?est que l??tude du monde sensible, elle y est enferm?e exclusivement, et ses m?thodes ne sont applicables qu?? ce seul domaine ; or ces m?thodes sont proclam?es ? scientifiques ? ? l?exclusion de toute autre, ce qui revient ? nier toute science qui ne se rapporte pas aux choses mat?rielles. Parmi ceux qui pensent ainsi, et m?me parmi ceux qui se sont consacr?s sp?cialement aux sciences dont il s?agit, il en est cependant beaucoup qui refuseraient de se d?clarer ? mat?rialistes ? et d?adh?rer ? la th?orie philosophique qui porte ce nom ; il en est m?me qui font volontiers une profession de foi religieuse dont la sinc?rit? n?est pas douteuse ; mais leur attitude ? scientifique ? ne diff?re pas sensiblement de celle des mat?rialistes av?r?s. On a souvent discut?, au point de vue religieux, la question de savoir si la science moderne devait ?tre d?nonc?e comme ath?e ou comme mat?rialiste, et, le plus souvent, on l?a fort mal pos?e ; il est bien certain que cette science ne fait pas express?ment profession d?ath?isme ou de mat?rialisme, qu?elle se borne ? ignorer de parti pris certaines choses sans se prononcer ? leur ?gard par une n?gation formelle comme le font tels ou tels philosophes ; on ne peut donc, en ce qui la concerne, parler que d?un mat?rialisme de fait, de ce que nous appellerions volontiers un mat?rialisme pratique ; mais le mal n?en est peut-?tre que plus grave, parce qu?il est plus profond et plus ?tendu. Une attitude philosophique peut ?tre quelque chose de tr?s superficiel, m?me chez les philosophes ? professionnels ? ; de plus, il y a des esprits qui reculeraient devant la n?gation, mais qui s?accommodent d?une compl?te indiff?rence ; et celle-ci est ce qu?il y a de plus redoutable, car, pour nier une chose, il faut encore y penser, si peu que ce soit, tandis qu?ici on en arrive ? ne plus y penser en aucune fa?on. Quand on voit une science exclusivement mat?rielle se pr?senter comme la seule science possible, quand les hommes sont habitu?s ? admettre comme une v?rit? indiscutable qu?il ne peut y avoir de connaissance valable en dehors de celle-l?, quand toute l??ducation qui leur est donn?e tend ? leur inculquer la superstition de cette science, ce qui est proprement le ? scientisme ?, comment ces hommes pourraient-ils ne pas ?tre pratiquement mat?rialistes, c?est-?-dire ne pas avoir toutes leurs pr?occupations tourn?es du c?t? de la mati?re ?

Pour les modernes, rien ne semble exister en dehors de ce qui peut se voir et se toucher, ou du moins, m?me s?ils admettent th?oriquement qu?il peut exister quelque chose d?autre, ils s?empressent de le d?clarer, non seulement inconnu, mais ? inconnaissable ?, ce qui les dispense de s?en occuper.?? (15)

Voici le r?sultat de la d?ch?ance de la connaissance et des sciences ? notre ?poque, elle m?nent au mat?rialisme, ? l?esclavage du travail inutile et insignifiant, ? la surconsommation, ? la superficialit?, ? la haine, aux guerres, au malheur g?n?ralis??:

??Dans ces conditions, l?industrie n?est plus seulement une application de la science, application dont celle-ci devrait, en elle-m?me, ?tre totalement ind?pendante ; elle en devient comme la raison d??tre et la justification, de sorte que, ici encore, les rapports normaux se trouvent renvers?s. Ce ? quoi le monde moderne a appliqu? toutes ses forces, m?me quand il a pr?tendu faire de la science ? sa fa?on, ce n?est en r?alit? rien d?autre que le d?veloppement de l?industrie et du ? machinisme ? ; et, en voulant ainsi dominer la mati?re et la ployer ? leur usage, les hommes n?ont r?ussi qu?? s?en faire les esclaves, comme nous le disions au d?but : non seulement ils ont born? leurs ambitions intellectuelles, s?il est encore permis de se servir de ce mot en pareil cas, ? inventer et ? construire des machines, mais ils ont fini par devenir v?ritablement machines eux-m?mes. En effet, la ? sp?cialisation ?, si vant?e par certains sociologues sous le nom de ? division du travail ?, ne s?est pas impos?e seulement aux savants, mais aussi aux techniciens et m?me aux ouvriers, et, pour ces derniers, tout travail intelligent est par l? rendu impossible ; bien diff?rents des artisans d?autrefois, ils ne sont plus que les serviteurs des machines, ils font pour ainsi dire corps avec elles ; ils doivent r?p?ter sans cesse, d?une fa?on toute m?canique, certains mouvements d?termin?s, toujours les m?mes, et toujours accomplis de la m?me fa?on, afin d??viter la moindre perte de temps ; ainsi le veulent du moins les m?thodes am?ricaines qui sont regard?es comme repr?sentant le plus haut degr? du ? progr?s ?. En effet, il s?agit uniquement de produire le plus possible ; on se soucie peu de la qualit?, c?est la quantit? seule qui importe ; nous revenons une fois de plus ? la m?me constatation que nous avons d?j? faite en d?autres domaines : la civilisation moderne est vraiment ce qu?on peut appeler une civilisation quantitative, ce qui n?est qu?une autre fa?on de dire qu?elle est une civilisation mat?rielle.

Si l?on veut se convaincre encore davantage de cette v?rit?, on n?a qu?? voir le r?le immense que jouent aujourd?hui, dans l?existence des peuples comme dans celle des individus, les ?l?ments d?ordre ?conomique : industrie, commerce, finances, il semble qu?il n?y ait que cela qui compte, ce qui s?accorde avec le fait d?j? signal? que la seule distinction sociale qui ait subsist? est celle qui se fonde sur la richesse mat?rielle. Il semble que le pouvoir financier domine toute politique, que la concurrence commerciale exerce une influence pr?pond?rante sur les relations entre les peuples ; peut-?tre n?est-ce l? qu?une apparence, et ces choses sont-elles ici moins de v?ritables causes que de simples moyens d?action ; mais le choix de tels moyens indique bien le caract?re de l??poque ? laquelle ils conviennent. D?ailleurs, nos contemporains sont persuad?s que les circonstances ?conomiques sont ? peu pr?s les uniques facteurs des ?v?nements historiques, et ils s?imaginent m?me qu?il en a toujours ?t? ainsi ; on est all? en ce sens jusqu?? inventer une th?orie qui veut tout expliquer par l? exclusivement, et qui a re?u l?appellation significative de ? mat?rialisme historique ?. On peut voir l? encore l?effet d?une de ces suggestions auxquelles nous faisions allusion plus haut, suggestions qui agissent d?autant mieux qu?elles correspondent aux tendances de la mentalit? g?n?rale ; et l?effet de cette suggestion est que les moyens ?conomiques finissent par d?terminer r?ellement presque tout ce qui se produit dans le domaine social. Sans doute, la masse a toujours ?t? men?e d?une fa?on ou d?une autre, et l?on pourrait dire que son r?le historique consiste surtout ? se laisser mener, parce qu?elle ne repr?sente qu?un ?l?ment passif, une ? mati?re ? au sens aristot?licien ; mais aujourd?hui il suffit, pour la mener, de disposer de moyens purement mat?riels, cette fois au sens ordinaire du mot, ce qui montre bien le degr? d?abaissement de notre ?poque ; et, en m?me temps, on fait croire ? cette masse qu?elle n?est pas men?e, qu?elle agit spontan?ment et qu?elle se gouverne elle-m?me, et le fait qu?elle le croit permet d?entrevoir jusqu?o? peut aller son inintelligence.

Pendant que nous en sommes ? parler des facteurs ?conomiques, nous en profiterons pour signaler une illusion trop r?pandue ? ce sujet, et qui consiste ? s?imaginer que les relations ?tablies sur le terrain des ?changes commerciaux peuvent servir ? un rapprochement et ? une entente entre les peuples, alors que, en r?alit?, elles ont exactement l?effet contraire. La mati?re, nous l?avons d?j? dit bien des fois, est essentiellement multiplicit? et division, donc source de luttes et de conflits ; aussi, qu?il s?agisse des peuples ou des individus, le domaine ?conomique n?est-il et ne peut-il ?tre que celui des rivalit?s d?int?r?ts. En particulier, l?Occident n?a pas ? compter sur l?industrie, non plus que sur la science moderne dont elle est ins?parable, pour trouver un terrain d?entente avec l?Orient ; si les Orientaux en arrivent ? accepter cette industrie comme une n?cessit? f?cheuse et d?ailleurs transitoire, car, pour eux, elle ne saurait ?tre rien de plus, ce ne sera jamais que comme une arme leur permettant de r?sister ? l?envahissement occidental et de sauvegarder leur propre existence. Il importe que l?on sache bien qu?il ne peut en ?tre autrement : les Orientaux qui se r?signent ? envisager une concurrence ?conomique vis-?-vis de l?Occident, malgr? la r?pugnance qu?ils ?prouvent pour ce genre d?activit?, ne peuvent le faire qu?avec une seule intention, celle de se d?barrasser d?une domination ?trang?re qui ne s?appuie que sur la force brutale, sur la puissance mat?rielle que l?industrie met pr?cis?ment ? sa disposition ; la violence appelle la violence, mais on devra reconna?tre que ce ne sont certes pas les Orientaux qui auront recherch? la lutte sur ce terrain.

Du reste, en dehors de la question des rapports de l?Orient et de l?Occident, il est facile de constater qu?une des plus notables cons?quences du d?veloppement industriel est le perfectionnement incessant des engins de guerre et l?augmentation de leur pouvoir destructif dans de formidables proportions. Cela seul devrait suffire ? an?antir les r?veries ? pacifistes ? de certains admirateurs du ? progr?s ? moderne ; mais les r?veurs et les ? id?alistes ? sont incorrigibles, et leur na?vet? semble n?avoir pas de bornes. L?? humanitarisme ? qui est si fort ? la mode ne m?rite assur?ment pas d??tre pris au s?rieux ; mais il est ?trange qu?on parle tant de la fin des guerres ? une ?poque o? elles font plus de ravages qu?elles n?en ont jamais fait, non seulement ? cause de la multiplication des moyens de destruction, mais aussi parce que, au lieu de se d?rouler entre des arm?es peu nombreuses et compos?es uniquement de soldats de m?tier, elles jettent les uns contre les autres tous les individus indistinctement, y compris les moins qualifi?s pour remplir une semblable fonction. C?est l? encore un exemple frappant de la confusion moderne, et il est v?ritablement prodigieux, pour qui veut y r?fl?chir, qu?on en soit arriv? ? consid?rer comme toute naturelle une ? lev?e en masse ? ou une ? mobilisation g?n?rale ?, que l?id?e d?une ? nation arm?e ? ait pu s?imposer ? tous les esprits, ? de bien rares exceptions pr?s. On peut aussi voir l? un effet de la croyance ? la seule force du nombre : il est conforme au caract?re quantitatif de la civilisation moderne de mettre en mouvement des masses ?normes de combattants ; et, en m?me temps, l?? ?galitarisme ? y trouve son compte, aussi bien que dans des institutions comme celles de l?? instruction obligatoire ? et du ? suffrage universel ?. Ajoutons encore que ces guerres g?n?ralis?es n?ont ?t? rendues possibles que par un autre ph?nom?ne sp?cifiquement moderne, qui est la constitution des ? nationalit?s ?, cons?quence de la destruction du r?gime f?odal, d?une part, et, d?autre part, de la rupture simultan?e de l?unit? sup?rieure de la ? Chr?tient? ? du moyen ?ge ; et, sans nous attarder ? des consid?rations qui nous entra?neraient trop loin, notons aussi, comme circonstance aggravante, la m?connaissance d?une autorit? spirituelle pouvant seule exercer normalement un arbitrage efficace, parce qu?elle est, par sa nature m?me, au-dessus de tous les conflits d?ordre politique. La n?gation de l?autorit? spirituelle, c?est encore du mat?rialisme pratique ; et ceux m?mes qui pr?tendent reconna?tre une telle autorit? en principe lui d?nient en fait toute influence r?elle et tout pouvoir d?intervenir dans le domaine social, exactement de la m?me fa?on qu?ils ?tablissent une cloison ?tanche entre la religion et les pr?occupations ordinaires de leur existence ; qu?il s?agisse de la vie publique ou de la vie priv?e, c?est bien le m?me ?tat d?esprit qui s?affirme dans les deux cas.

En admettant que le d?veloppement mat?riel ait quelques avantages, d?ailleurs ? un point de vue tr?s relatif, on peut, lorsqu?on envisage des cons?quences comme celles que nous venons de signaler, se demander si ces avantages ne sont pas d?pass?s de beaucoup par les inconv?nients. Nous ne parlons m?me pas de tout ce qui a ?t? sacrifi? ? ce d?veloppement exclusif, et qui valait incomparablement plus ; nous ne parlons pas des connaissances sup?rieures oubli?es, de l?intellectualit? d?truite, de la spiritualit? disparue ; nous prenons simplement la civilisation moderne en elle-m?me, et nous disons que, si l?on mettait en parall?le les avantages et les inconv?nients de ce qu?elle a produit, le r?sultat risquerait fort d??tre n?gatif. Les inventions qui vont en se multipliant actuellement avec une rapidit? toujours croissante sont d?autant plus dangereuses qu?elles mettent en jeu des forces dont la v?ritable nature est enti?rement inconnue de ceux m?mes qui les utilisent ; et cette ignorance est la meilleure preuve de la nullit? de la science moderne sous le rapport de la valeur explicative, donc en tant que connaissance, m?me born?e au seul domaine physique ; en m?me temps, le fait que les applications pratiques ne sont nullement emp?ch?es par l? montre que cette science est bien orient?e uniquement dans un sens int?ress?, que c?est l?industrie qui est le seul but r?el de toutes ses recherches. Comme le danger des inventions, m?me de celles qui ne sont pas express?ment destin?es ? jouer un r?le funeste ? l?humanit?, et qui n?en causent pas moins tant de catastrophes, sans parler des troubles insoup?onn?s qu?elles provoquent dans l?ambiance terrestre, comme ce danger, disons-nous, ne fera sans doute qu?augmenter encore dans des proportions difficiles ? d?terminer, il est permis de penser, sans trop d?invraisemblance, ainsi que nous l?indiquions d?j? pr?c?demment, que c?est peut-?tre par l? que le monde moderne en arrivera ? se d?truire lui-m?me, s?il est incapable de s?arr?ter dans cette voie pendant qu?il en est encore temps.

Mais il ne suffit pas de faire, en ce qui concerne les inventions modernes, les r?serves qui s?imposent en raison de leur c?t? dangereux, et il faut aller plus loin : les pr?tendus ? bienfaits ? de ce qu?on est convenu d?appeler le ? progr?s ?, et qu?on pourrait en effet consentir ? d?signer ainsi si l?on prenait soin de bien sp?cifier qu?il ne s?agit que d?un progr?s tout mat?riel, ces ? bienfaits ? tant vant?s ne sont-ils pas en grande partie illusoires ? Les hommes de notre ?poque pr?tendent par l? accro?tre leur ? bien-?tre ? ; nous pensons, pour notre part, que le but qu?ils se proposent ainsi, m?me s?il ?tait atteint r?ellement, ne vaut pas qu?on y consacre tant d?efforts ; mais, de plus, il nous semble tr?s contestable qu?il soit atteint. Tout d?abord, il faudrait tenir compte du fait que tous les hommes n?ont pas les m?mes go?ts ni les m?mes besoins, qu?il en est encore malgr? tout qui voudraient ?chapper ? l?agitation moderne, ? la folie de la vitesse, et qui ne le peuvent plus ; osera-t-on soutenir que, pour ceux-l?, ce soit un ? bienfait ? que de leur imposer ce qui est le plus contraire ? leur nature ? On dira que ces hommes sont peu nombreux aujourd?hui, et on se croira autoris? par l? ? les tenir pour quantit? n?gligeable ; l? comme dans le domaine politique, la majorit? s?arroge le droit d??craser les minorit?s, qui, ? ses yeux, ont ?videmment tort d?exister, puisque cette existence m?me va ? l?encontre de la manie ? ?galitaire ? de l?uniformit?. Mais, si l?on consid?re l?ensemble de l?humanit? au lieu de se borner au monde occidental, la question change d?aspect : la majorit? de tout ? l?heure ne va-t-elle pas devenir une minorit? ? Aussi n?est-ce plus le m?me argument qu?on fait valoir dans ce cas, et, par une ?trange contradiction, c?est au nom de leur ? sup?riorit? ? que ces ? ?galitaires ? veulent imposer leur civilisation au reste du monde, et qu?ils vont porter le trouble chez des gens qui ne leur demandaient rien ; et, comme cette ? sup?riorit? ? n?existe qu?au point de vue mat?riel, il est tout naturel qu?elle s?impose par les moyens les plus brutaux. Qu?on ne s?y m?prenne pas d?ailleurs : si le grand public admet de bonne foi ces pr?textes de ? civilisation ?, il en est certains pour qui ce n?est qu?une simple hypocrisie ? moraliste ?, un masque de l?esprit de conqu?te et des int?r?ts ?conomiques ; mais quelle singuli?re ?poque que celle o? tant d?hommes se laissent persuader qu?on fait le bonheur d?un peuple en l?asservissant, en lui enlevant ce qu?il a de plus pr?cieux, c?est-?-dire sa propre civilisation, en l?obligeant ? adopter des moeurs et des institutions qui sont faites pour une autre race, et en l?astreignant aux travaux les plus p?nibles pour lui faire acqu?rir des choses qui lui sont de la plus parfaite inutilit? ! Car c?est ainsi : l?Occident moderne ne peut tol?rer que des hommes pr?f?rent travailler moins et se contenter de peu pour vivre ; comme la quantit? seule compte, et comme ce qui ne tombe pas sous les sens est d?ailleurs tenu pour inexistant, il est admis que celui qui ne s?agite pas et qui ne produit pas mat?riellement ne peut ?tre qu?un ? paresseux ? ; sans m?me parler ? cet ?gard des appr?ciations port?es couramment sur les peuples orientaux, il n?y a qu?? voir comment sont jug?s les ordres contemplatifs, et cela jusque dans des milieux soi-disant religieux. Dans un tel monde, il n?y a plus aucune place pour l?intelligence ni pour tout ce qui est purement int?rieur, car ce sont l? des choses qui ne se voient ni ne se touchent, qui ne se comptent ni ne se p?sent ; il n?y a de place que pour l?action ext?rieure sous toutes ses formes, y compris les plus d?pourvues de toute signification. Aussi ne faut-il pas s??tonner que la manie anglo-saxonne du ? sport ? gagne chaque jour du terrain : l?id?al de ce monde, c?est l?? animal humain ? qui a d?velopp? au maximum sa force musculaire ; ses h?ros, ce sont les athl?tes, fussent-ils des brutes ; ce sont ceux-l? qui suscitent l?enthousiasme populaire, c?est pour leurs exploits que les foules se passionnent ; un monde o? l?on voit de telles choses est vraiment tomb? bien bas et semble bien pr?s de sa fin.

Cependant, pla?ons-nous pour un instant au point de vue de ceux qui mettent leur id?al dans le ? bien-?tre ? mat?riel, et qui, ? ce titre, se r?jouissent de toutes les am?liorations apport?es ? l?existence par le ? progr?s ? moderne ; sont-ils bien s?rs de n??tre pas dupes ? Est-il vrai que les hommes soient plus heureux aujourd?hui qu?autrefois, parce qu?ils disposent de moyens de communication plus rapides ou d?autres choses de ce genre, parce qu?ils ont une vie plus agit?e et plus compliqu?e ? Il nous semble que c?est tout le contraire : le d?s?quilibre ne peut ?tre la condition d?un v?ritable bonheur ; d?ailleurs, plus un homme a de besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par cons?quent d??tre malheureux ; la civilisation moderne vise ? multiplier les besoins artificiels, et, comme nous le disions d?j? plus haut, elle cr?era toujours plus de besoins qu?elle n?en pourra satisfaire, car, une fois qu?on s?est engag? dans cette voie, il est bien difficile de s?y arr?ter, et il n?y a m?me aucune raison de s?arr?ter ? un point d?termin?. Les hommes ne pouvaient ?prouver aucune souffrance d??tre priv?s de choses qui n?existaient pas et auxquelles ils n?avaient jamais song? ; maintenant, au contraire, ils souffrent forc?ment si ces choses leur font d?faut, puisqu?ils se sont habitu?s ? les regarder comme n?cessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues n?cessaires. Aussi s?efforcent-ils, par tous les moyens, d?acqu?rir ce qui peut leur procurer toutes les satisfactions mat?rielles, les seules qu?ils soient capables d?appr?cier : il ne s?agit que de ? gagner de l?argent ?, parce que c?est l? ce qui permet d?obtenir ces choses, et plus on en a, plus on veut en avoir encore, parce qu?on se d?couvre sans cesse des besoins nouveaux ; et cette passion devient l?unique but de toute la vie. De l? la concurrence f?roce que certains ? ?volutionnistes ? ont ?lev?e ? la dignit? de loi scientifique sous le nom de ? lutte pour la vie ?, et dont la cons?quence logique est que les plus forts, au sens le plus ?troitement mat?riel de ce mot, ont seuls droit ? l?existence. De l? aussi l?envie et m?me la haine dont ceux qui poss?dent la richesse sont l?objet de la part de ceux qui en sont d?pourvus.?? (16)

La d?cadence intellectuelle et spirituelle de l?humanit? touche ? tous les domaines, nous allons maintenant examiner ses cons?quences au niveau politique. Ren? Gu?non fera donc une critique de la d?mocratie et de son principe d??galit?. ? propos de l??galit? il affirme?:

??Il serait trop facile de montrer que l??galit? ne peut exister nulle part, pour la simple raison qu?il ne saurait y avoir deux ?tres qui soient ? la fois r?ellement distincts et enti?rement semblables entre eux sous tous les rapports ; et il ne serait pas moins facile de faire ressortir toutes les cons?quences absurdes qui d?coulent de cette id?e chim?rique, au nom de laquelle on pr?tend imposer partout une uniformit? compl?te, par exemple en distribuant ? tous un enseignement identique, comme si tous ?taient pareillement aptes ? comprendre les m?mes choses, et comme si, pour les leur faire comprendre, les m?mes m?thodes convenaient ? tous indistinctement. On peut d?ailleurs se demander s?il ne s?agit pas plut?t d?? apprendre ? que de ? comprendre ? vraiment, c?est-?-dire si la m?moire n?est pas substitu?e ? l?intelligence dans la conception toute verbale et ? livresque ? de l?enseignement actuel, o? l?on ne vise qu?? l?accumulation de notions rudimentaires et h?t?roclites, et o? la qualit? est enti?rement sacrifi?e ? la quantit?, ainsi que cela se produit partout dans le monde moderne pour des raisons que nous expliquerons plus compl?tement par la suite : c?est toujours la dispersion dans la multiplicit?. Il y aurait, ? ce propos, bien des choses ? dire sur les m?faits de l?? instruction obligatoire ? ; mais ce n?est pas le lieu d?insister l?-dessus, et, pour ne pas sortir du cadre que nous nous sommes trac?, nous devons nous contenter de signaler en passant cette cons?quence sp?ciale des th?ories ? ?galitaires ?, comme un de ces ?l?ments de d?sordre qui sont aujourd?hui trop nombreux pour qu?on puisse m?me avoir la pr?tention de les ?num?rer sans en omettre aucun.

(…) L?argument le plus d?cisif contre la ? d?mocratie ? se r?sume en quelques mots : le sup?rieur ne peut ?maner de l?inf?rieur, parce que le ? plus ? ne peut pas sortir du ? moins ? ; cela est d?une rigueur math?matique absolue, contre laquelle rien ne saurait pr?valoir. Il importe de remarquer que c?est pr?cis?ment le m?me argument qui, appliqu? dans un autre ordre, vaut aussi contre le ? mat?rialisme ? ; il n?y a rien de fortuit dans cette concordance, et les deux choses sont beaucoup plus ?troitement solidaires qu?il ne pourrait le sembler au premier abord. Il est trop ?vident que le peuple ne peut conf?rer un pouvoir qu?il ne poss?de pas lui-m?me ; le pouvoir v?ritable ne peut venir que d?en haut, et c?est pourquoi, disons-le en passant, il ne peut ?tre l?gitim? que par la sanction de quelque chose de sup?rieur ? l?ordre social, c?est-?-dire d?une autorit? spirituelle ; s?il en est autrement, ce n?est plus qu?une contrefa?on de pouvoir, un ?tat de fait qui est injustifiable par d?faut de principe, et o? il ne peut y avoir que d?sordre et confusion. Ce renversement de toute hi?rarchie commence d?s que le pouvoir temporel veut se rendre ind?pendant de l?autorit? spirituelle, puis se la subordonner en pr?tendant la faire servir ? des fins politiques ; il y a l? une premi?re usurpation qui ouvre la voie ? toutes les autres, et l?on pourrait ainsi montrer que, par exemple, la royaut? fran?aise, depuis le XIVe si?cle, a travaill? elle-m?me inconsciemment ? pr?parer la R?volution qui devait la renverser ; peut-?tre aurons-nous quelque jour l?occasion de d?velopper comme il le m?riterait ce point de vue que, pour le moment, nous ne pouvons qu?indiquer d?une fa?on tr?s sommaire.

Si l?on d?finit la ? d?mocratie ? comme le gouvernement du peuple par lui-m?me, c?est l? une v?ritable impossibilit?, une chose qui ne peut pas m?me avoir une simple existence de fait, pas plus ? notre ?poque qu?? n?importe quelle autre ; il ne faut pas se laisser duper par les mots, et il est contradictoire d?admettre que les m?mes hommes puissent ?tre ? la fois gouvernants et gouvern?s, parce que, pour employer le langage aristot?licien, un m?me ?tre ne peut ?tre ? en acte ? et ? en puissance ? en m?me temps et sous le m?me rapport. Il y a l? une relation qui suppose n?cessairement deux termes en pr?sence : il ne pourrait y avoir de gouvern?s s?il n?y avait aussi des gouvernants, fussent-ils ill?gitimes et sans autre droit au pouvoir que celui qu?ils se sont attribu? eux-m?mes ; mais la grande habilet? des dirigeants, dans le monde moderne, est de faire croire au peuple qu?il se gouverne lui-m?me ; et le peuple se laisse persuader d?autant plus volontiers qu?il en est flatt? et que d?ailleurs il est incapable de r?fl?chir assez pour voir ce qu?il y a l? d?impossible. C?est pour cr?er cette illusion qu?on a invent? le ? suffrage universel ? : c?est l?opinion de la majorit? qui est suppos?e faire la loi ; mais ce dont on ne s?aper?oit pas, c?est que l?opinion est quelque chose que l?on peut tr?s facilement diriger et modifier ; on peut toujours, ? l?aide de suggestions appropri?es, y provoquer des courants allant dans tel ou tel sens d?termin? ; nous ne savons plus qui a parl? de ? fabriquer l?opinion ?, et cette expression est tout ? fait juste, bien qu?il faille dire, d?ailleurs, que ce ne sont pas toujours les dirigeants apparents qui ont en r?alit? ? leur disposition les moyens n?cessaires pour obtenir ce r?sultat. Cette derni?re remarque donne sans doute la raison pour laquelle l?incomp?tence des politiciens les plus ? en vue ? semble n?avoir qu?une importance tr?s relative ; mais, comme il ne s?agit pas ici de d?monter les rouages de ce qu?on pourrait appeler la ? machine ? gouverner ?, nous nous bornerons ? signaler que cette incomp?tence m?me offre l?avantage d?entretenir l?illusion dont nous venons de parler : c?est seulement dans ces conditions, en effet, que les politiciens en question peuvent appara?tre comme l??manation de la majorit?, ?tant ainsi ? son image, car la majorit?, sur n?importe quel sujet qu?elle soit appel?e ? donner son avis, est toujours constitu?e par les incomp?tents, dont le nombre est incomparablement plus grand que celui des hommes qui sont capables de se prononcer en parfaite connaissance de cause.

(…) Mais allons plus au fond de la question : qu?est-ce exactement que cette loi du plus grand nombre qu?invoquent les gouvernements modernes et dont ils pr?tendent tirer leur seule justification ? C?est tout simplement la loi de la mati?re et de la force brutale, la loi m?me en vertu de laquelle une masse entra?n?e par son poids ?crase tout ce qui se rencontre sur son passage ; c?est l? que se trouve pr?cis?ment le point de jonction entre la conception ? d?mocratique ? et le ? mat?rialisme ?, et c?est aussi ce qui fait que cette m?me conception est si ?troitement li?e ? la mentalit? actuelle. C?est le renversement complet de l?ordre normal, puisque c?est la proclamation de la supr?matie de la multiplicit? comme telle, supr?matie qui, en fait, n?existe que dans le monde mat?riel ; au contraire, dans le monde spirituel, et plus simplement encore dans l?ordre universel, c?est l?unit? qui est au sommet de la hi?rarchie, car c?est elle qui est le principe dont sort toute multiplicit? ; mais, lorsque le principe est ni? ou perdu de vue, il ne reste plus que la multiplicit? pure, qui s?identifie ? la mati?re elle-m?me.

(…) Cela dit, il nous faut encore insister sur une cons?quence imm?diate de l?id?e ? d?mocratique ?, qui est la n?gation de l??lite entendue dans sa seule acception l?gitime ; ce n?est pas pour rien que ? d?mocratie ? s?oppose ? ? aristocratie ?, ce dernier mot d?signant pr?cis?ment, du moins lorsqu?il est pris dans son sens ?tymologique, le pouvoir de l??lite. Celle-ci, par d?finition en quelque sorte, ne peut ?tre que le petit nombre, et son pouvoir, son autorit? plut?t, qui ne vient que de sa sup?riorit? intellectuelle, n?a rien de commun avec la force num?rique sur laquelle repose la ? d?mocratie ?, dont le caract?re essentiel est de sacrifier la minorit? ? la majorit?, et aussi, par l? m?me, comme nous le disions plus haut, la qualit? ? la quantit?, donc l??lite ? la masse. Ainsi, le r?le directeur d?une v?ritable ?lite et son existence m?me, car elle joue forc?ment ce r?le d?s lors qu?elle existe, sont radicalement incompatibles avec la ? d?mocratie ?, qui est intimement li?e ? la conception ? ?galitaire ?, c?est-?-dire ? la n?gation de toute hi?rarchie : le fond m?me de l?id?e ? d?mocratique ? c?est qu?un individu quelconque en vaut un autre, parce qu?ils sont ?gaux num?riquement, et bien qu?ils ne puissent jamais l??tre que num?riquement. Une ?lite v?ritable, nous l?avons d?j? dit, ne peut ?tre qu?intellectuelle ; c?est pourquoi la ? d?mocratie ? ne peut s?instaurer que l? o? la pure intellectualit? n?existe plus, ce qui est effectivement le cas du monde moderne. Seulement, comme l??galit? est impossible en fait, et comme on ne peut supprimer pratiquement toute diff?rence entre les hommes, en d?pit de tous les efforts de nivellement, on en arrive, par un curieux illogisme, ? inventer de fausses ?lites, d?ailleurs multiples, qui pr?tendent se substituer ? la seule ?lite r?elle ; et ces fausses ?lites sont bas?es sur la consid?ration de sup?riorit?s quelconques, ?minemment relatives et contingentes, et toujours d?ordre purement mat?riel. On peut s?en apercevoir ais?ment en remarquant que la distinction sociale qui compte le plus, dans le pr?sent ?tat de choses, est celle qui se fonde sur la fortune, c?est-?-dire sur une sup?riorit? tout ext?rieure et d?ordre exclusivement quantitatif, la seule en somme qui soit conciliable avec la ? d?mocratie ?, parce qu?elle proc?de du m?me point de vue. Nous ajouterons du reste que ceux m?mes qui se posent actuellement en adversaires de cet ?tat de choses, ne faisant intervenir non plus aucun principe d?ordre sup?rieur, sont incapables de rem?dier efficacement ? un tel d?sordre, si m?me ils ne risquent de l?aggraver encore en allant toujours plus loin dans le m?me sens ; la lutte est seulement entre des vari?t?s de la ? d?mocratie ?, accentuant plus ou moins la tendance ? ?galitaire ?, comme elle est, ainsi que nous l?avons dit, entre des vari?t?s de l?individualisme, ce qui, d?ailleurs, revient exactement au m?me.?? (17)

Il semble clair que nous sommes pr?s de la fin de cette d?cadence, que ce soit vers une transformation qui marquera le retour ? la Tradition primordiale, gr?ce ? des grandes catastrophes, ou tout simplement ? cause de notre auto-destruction. C?est pourquoi le mythe de 2012 a ?t? aussi populaire, car m?me si cette date ?tait fausse comme nous le savons maintenant, le processus vers une grande transformation du monde est r?el. Il y a deux possibilit?s, soit notre monde se transforme vers un monde meilleur, soit il se d?truit. C??tait les deux interpr?tations qu?on pouvait donner ? la th?orie autour du calendrier maya et de sa suppos?e fin de cycle le 21 d?cembre 2012.

R?sumons l?histoire spirituelle de l?humanit? dans ces grandes lignes. Il y a des dizaines de milliers d?ann?es l?humanit? ?tait au d?but du cycle actuel et vivait selon une spiritualit? pure, en harmonie avec les lois de la Nature. C??tait une soci?t? naturelle, donc matriarcale et pa?enne. Graduellement il y eut une chute de la conscience humaine, donc un obscurcissement de la connaissance spirituelle, parall?lement ? un ?loignement de la vibration originelle de l??nergie primordiale vers une vibration plus dense?: la mati?re. Les territoires indien et chinois, ainsi que l??gypte pr?historique semblent avoir ?t? des flambeaux de la lumi?re spirituelle pendant au moins des dizaines de milliers d?ann?es. Il y eut un point de bascule important il y a environ 6000 ans, le d?but de l??ge sombre avec l?arriv?e de la civilisation urbaine ? Sumer. L??gypte est le dernier pays dirig? par une autorit? spirituelle ? ?tre d?finitivement tomb?, au cours du VIe si?cle avant J-C. Ensuite la d?cadence s?est acc?l?r?e avec l?apparition du juda?sme et du christianisme qui serviront ? ?radiquer le paganisme. Il semble y avoir eu une remont?e de la conscience au moyen-?ge d?apr?s Gu?non, ce qui n?est pas surprenant ?tant donn? que l?enseignement en histoire nous parle plut?t du moyen-?ge comme d?une p?riode obscure. L??poque moderne qui commence officiellement en 1492, mais que Gu?non fait plut?t commencer au XIVe si?cle, est le d?but de la phase la plus d?cadente dans l?histoire spirituelle de l?humanit?, celle dans laquelle nous sommes pr?sentement. L?obscurcissement spirituel est actuellement g?n?ralis?, particuli?rement en occident, l?orient parvenant ? sauver quelques lumi?res spirituelles de la Tradition primordiale. ?Nous sommes pr?sentement dans un monde mat?rialiste, sans autorit? spirituelle qui guide les chefs d??tats, o? l??conomie domine presque tout, o? les sciences sont orient?es vers le commerce et l?industrie et ne voient pas au-del? de la mati?re dans leur compr?hension du monde. L?individualisme, le mat?rialisme, l?ignorance et la d?mocratie m?nent ? l?exploitation ?conomique, ? la rivalit?, ? la violence, aux guerres, donc au malheur g?n?ralis?. Nous sommes dans un tel chaos social et environnemental qu?une grande catastrophe semble in?vitable, et m?me salutaire si elle ne nous d?truit pas enti?rement. Nous avons d?passer le point de non-retour par la voie enti?rement positive d?un changement en douceur vers un monde spirituel de paix et d?amour universel. Le mot ??apocalypse?? est assez r?v?lateur ? ce sujet, puisqu?il signifie ? la fois ???catastrophe?? et ??r?v?lation??. Quand les gens ne pourront plus travailler ni surconsommer, ils devront alors se remettre en question, r?fl?chir et agir diff?remment s?ils ne veulent pas ?tre d?truit physiquement et spirituellement par leur soumission au syst?me qui sera ensuite implant? et qui ach?vera son auto-destruction, et/ou par leur propre r?signation d?pressive face aux changements difficiles qui d?truisent notre monde actuel afin de faire de la place pour un monde meilleur.

(1)?? Lash, John, Le Paradis Reconquis, ?d. Liberterre, 2011, p. 21.

(2)?? Spinoza, Baruch, L??thique, ?d. Gallimard, 1954, 4e partie, appendice, chapitre XXXII, p. 347.

(3)?? Schur?, ?douard, Les grands initi?s, ?d. Librairie Acad?mique Perrin, 1960, p. 156.

(4)?? Ibid. p. 165.

(5)?? Ibid. pp. 165 ? 167.

(6)?? Ibid.p p. 335-336.

(7)?? Gu?non, Ren?, La crise du monde moderne, ?d. Gallimard, 1946, p. 21-22.

(8)?? Ibid. pp. 25 ? 30.

(9)?? Ibid. pp. 30 ? 32.

(10)????????????????????? Ibid. pp. 102 ? 107.

(11)????????????????????? Ibid. p. 112.

(12)????????????????????? Ibid. pp. 83 ? 86.

(13)????????????????????? Ibid. pp. 91-92.

(14)????????????????????? Ibid. pp. 92 ? 95.

(15)????????????????????? Ibid. pp. 144 ? 146.

(16)????????????????????? Ibid. pp. 152 ? 163.

(17)????????????????????? Ibid. pp. 125-126, 130 ? 132, 134-135 et? 137 ? 139.

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  1. avatar

    C’est beaucoup trop pour un article. C’Est un livre.
    Le dernier paragraphe est très intéressant. Le reste est plutôt du domaine personnel de l’Histoire. Du moins du point de vue que vous voyez et que j’ai vu il y a longtemps.
    On pourrait résumer tout cela dans l’Histoire des tribus amérindiennes.
    Mais c’est à relire…
    Comme plusieurs livres en un. Pas facile de résumer.
    Merci!
    Je reviendrai….

  2. avatar

    Etant donné qu’il s’agit d’un essai, il est publié une première fois dans son intégralité.

    Il sera par contre repris par la suite en quelques parties, au rythme d’une par semaine, afin d’en rendre la lecture accessible à tous.

    Au plaisir,

    Elyan

  3. avatar

    Véritable travail de moine M. Beaudin :-))

    À première vue la similitude entre les sociétés existantes, lors de ce grand bouleversement vers 6000 ans avant JC est la notion élitiste de l’enseignement de la spiritualité.

    Pourtant le parasite spirituel est présent en chacun de nous. Beaucoup de matière à ingérer, excellent essais qui nécessite de le relire`à plusieurs reprises. Bravo!

  4. avatar

    Gaëtan Pelletier,

    Plusieurs tribus amérindiennes sont effectivement dépositaire de la Tradition primordiale, du moins de plusieurs éléments comme Mère Nature (la Grande Déesse Terre).

    Carl Monty,

    La séparation entre l’enseignement spirituel ésotérique pour l’élite spirituelle et l’enseignement exotérique pour le peuple semble être un symptôme de la décadence, mais nécessaire compte tenu des circonstances, la Vérité spirituelle devenant de plus en plus difficile d’accès, ce qui pourrait être décortiqué plus longuement.

    Cordialement,

    Nicolas