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Higelin, la mort d’un ange

Ce Rimbaud de notre siècle vient de tirer sa révérence, et rejoindre le monde que nous ne connaissons pas.

Il avait 77 ans, et c’est en 1970 que j’ai eu le privilège de le rencontrer.

Témoignage.

J’animais tant bien que mal un hootenanny, dans la maison de la culture de Genève, lieu de rencontre, de création, et aussi de récréation, dans lequel les créateurs de tout genre venaient faire montre de leur éventuel talent…

La règle était claire : 3 morceaux, 3 chansons, ou 3 textes, bref 3 créations… dans un décor improbable, celui d’une salle froide et blanche, éclairée par des néons, devant un public intéressé, et prêt à toutes les surprises.

Il arrivait parfois qu’un inconnu débarque, toutes voiles dehors, envoyé par un média culturel, souvent la TV romande… et ce fut le cas un certain soir.

Peu avant minuit débarqua un drôle de type, apparemment sain d’esprit, bondissant, et demandeur d’un passage en scène, alors que la soirée finissait…

Le voici qui s’installait, et nous plongeait dans un étrange univers… celui de l’après mai 68, ce que je compris bien plus tard.

Sur les 4 mètres carrés de la petite scène, Higelin, car c’était lui, se mit à faire semblant de jouer de la contrebasse… les notes petit à petit étaient remplacées par des mots…

Puis, magiquement, le batteur, toujours Higelin, lui répondait… des notes, puis des mots…

Dialogue époustouflant, dans lequel les deux musiciens échangeaient en clair leurs pensées, parlant de tout et de rien, tout en continuant de jouer.

Petit à petit, c’était tout un big-band que nous avions sous les yeux, et pourtant, Higelin était toujours seul…

Brusquement, l’un dit à l’autre (le batteur/le bassiste) : fais gaffe, c’est bientôt le break !

Pour les non-initiés en matière de Jazz, c’est un moment très court où la musique s’arrête, pour reprendre quelques millisecondes après.

Mais, demandait le bassiste :  » ça dure combien de temps ? »

Dans la salle nous étions tétanisés… nous avions devant nous un escogriffe descendu probablement du ciel, mais aussi un orchestre de jazz au complet qui ne jouait plus !.

Après la question posée par le bassiste, un certain temps s’était écoulé… comme celui qui permet à un canon de se refroidir… un certain temps…

Et j’entendis cette phrase surréaliste, et si porteuse d’espoir du batteur… combien de temps, le break ?… je ne sais pas… s’il durait longtemps, peut-être que toute la musique pourrait changer !

Et je vis toute la salle, tendue, les poings serrés, semblant dire, il faut tenir…

Et alors que nous étions solidaires de cette pensée si prometteuse, Higelin quittait la petite scène sur la pointe des pieds…

Un lourd silence suivit, nous avions tous les poings serrés… et les cœurs aussi…

Et il revint, avec un sourire angélique.

Il n’était plus ni le bassiste, ni le batteur… il était le chef d’orchestre.

S’étonnant du silence, il s’adressa à ces musiciens que nous n’avions vu qu’en songe, ou qu’en rêve : « eh ben, les gars… qu’est-ce qu’il se passe ?  » …

Et il dit ces mots quasi magiques, et si troublants à la fois : « un, deux, trois »… et nous eûmes devant nous un big band qui stoppa le fameux break, et repris le morceau comme si rien ne s’était passé.

Je compris assez vite qu’il s’agissait d’une allégorie de MAI 68, et que tout avait repris sa place… des espoirs envolés,

Merci Jacques.

Je garderai au fond de moi ce moment si magnifique.

Comme dit mon vieil ami africain : « celui qui n’a pas de rêves ne risque pas de les réaliser ».

L’image illustrant l’article vient bistrobarblog.blogspot.fr

Olivier Cabanel

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