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H?ros, mais simples habitants !

ANDR? LEFEBVRE

Je continue a pr?sentation des premiers habitants de Trois-Rivi?res.

HERTEL, Jacques?de la Freni?re (1634 ou avant) ?Probablement arriv? en Nouvelle-France vers 1626 comme soldat. Apr?s la prise de Qu?bec par les fr?res Kirke en 1629, il refuse de rentrer en France et habite avec les Algonquins. Au retour des Fran?ais, on lui octroie une terre de 200 arpents ? Trois-Rivi?res dont il est le premier habitant avec Jean Godefroy de Linctot.

En 1633, on le voit r?appara?tre sur le?Saint-Laurent?et c?est Jacques Hertel qui apporte aux Fran?ais l?aide des tribus huronnes, essentielle ? la survie des colons de la Nouvelle-France. Il joue un r?le important dans les relations entre les colons et les autochtones, et il sert d?interpr?te et de m?diateur aupr?s des Indiens. En cette qualit?, il rend ? la colonie de pr?cieux services.

Il habite ??Trois-Rivi?res?depuis l?ann?e de la fondation de la ville, et ce?jusqu?? sa mort survenue en 1651.

Le roi de France r?compense Hertel de la Fresni?re en lui conc?dant de vastes terrains. Il obtient trois seigneuries. Son fils Fran?ois?est l?un des plus illustres r?sidents de la?ville de Trois-Rivi?res.

De 1645 ? 1648, Jacques Hertel est syndic des ?Habitants?.

La notion?d?habitant?s?oppose ? celle?d?hivernant. L?hivernant ?tait au service des compagnies de traite. Apr?s quelques ann?es, il retournait en France (Mauvaise interpr?tation de l?hivernant. AL). L?habitant ?tait celui qui prenait une terre, se fixait ? demeure au Canada et y laissait ses enfants.

Hertel servit d?interpr?te aux J?suites aupr?s des Indiens et fut syndic des habitants en 1647. Il mourut dans la force de l??ge, accidentellement, croit-on, le 10?ao?t?1651. Il avait ?pous? le 23?ao?t?1641 Marie Marguerie, s?ur de l?interpr?te, de qui il avait eu trois enfants?: Fran?ois, surnomm? le ??h?ros trifluvien??, qui fut baptis? par le p?re Br?beuf le 3?juillet?1642 et dont le parrain fut Fran?ois?Marguerie et la marraine Marguerite Couillard, ?pouse de Jean?Nicollet?; Madeleine, n?e le 2?septembre?1645, qui se maria en 1658 avec Louis?Pinard, chirurgien du fort ? Trois-Rivi?res?; Marguerite, n?e le 26?ao?t?1649, qui devint l??pouse de Jean?Crevier, seigneur de Saint-Fran?ois, en 1663. En 1652, Marie Marguerie ?pousa en secondes noces Quentin Moral de Saint-Quentin.

Jacques Hertel d?c?de accidentellement le 10 (ou le 14) ao?t 1651.

Dans l?histoire du Qu?bec on conna?t aussi son nom par l?un des premiers inventaires de biens?qui fut dress? apr?s son d?c?s et qui t?moigne des usages des habitants de la Nouvelle-France dans les premi?res ann?es d?existence de la colonie.

Son fils?est?:

HERTEL?DE?LA?FRESNI?RE,?JOSEPH-FRAN?OIS, officier, interpr?te, commandant, seigneur, baptis? ? Trois-Rivi?res le 3?juillet?1642,?Celui que ses contemporains ont surnomm? ??le H?ros?? a grandi dans une atmosph?re de guerres continuelles, son bourg natal de Trois-Rivi?res ?tant le principal poste avanc? contre les attaques iroquoises. Aussi fut-il form? d?s son jeune ?ge ? croire que le danger est toujours pr?sent et doit ?tre vaincu par la mani?re forte. Il fut ?lev? par une m?re admirable et courageuse, qui avait eu sa part d??preuves?: son unique fr?re, Fran?ois Marguerie, se noya en 1648 et son mari mourut accidentellement trois ans plus tard, laissant trois enfants en bas ?ge?: Fran?ois, l?a?n?, et deux filles.

Fran?ois Hertel ?crit dans son m?moire de 1712 qu?il commen?a son apprentissage de soldat en 1657, d?s l??ge de 15 ans. Un acte du 26?ao?t de cette ann?e le qualifie en effet de soldat. Il participa donc maintes fois ? la d?fense du bourg de Trois-Rivi?res qui, apr?s le massacre de ses principaux habitants le 19?ao?t?1652, devait compter sur tous ceux qui ?taient en ?tat de manier une arme. Entre-temps il se livrait au travail de d?frichement. Un acte du notaire Ameau du 21?janvier?1654 nous apprend qu?il abattit les arbres d?une ?le, h?rit?e de son p?re, qu?il voulait ensemencer pour nourrir sa m?re et ses jeunes s?urs. Du?m?me coup, il emp?chait les Iroquois de s?y cacher.

Dans la derni?re semaine de juillet 1661, ?tant sorti imprudemment de l?enceinte fortifi?e, il fut pris par quatre Iroquois en maraude qui l?emmen?rent dans leur village o? il fut soumis ? la torture. On conna?t les incidents de cette captivit? par les trois lettres qu?il r?ussit ? faire passer au p?re Simon Le Moyne, ? Onondagua, et qui ont ?t? reproduites dans la?Relation?de 1660?1661, tout comme le r?cit anonyme d?un Fran?ais captif dont on le soup?onne d??tre l?auteur. Une vieille Indienne l?adopte?; il apprend d?elle la langue iroquoise et en m?me temps il observe les m?urs de la tribu. Mettant ? profit une absence de sa protectrice, il parvient ? s??vader et gagne Montr?al, puis Trois-Rivi?res, alors que tous ses parents et amis le croient mort.

Fran?ois Hertel aurait ?t? captif environ deux ans. Il ?tait de retour avant le 3?octobre?1663 car ce jour-l? il assiste au mariage de Guillaume de Larue. Au cours des quelques ann?es qui suivent il m?ne la vie d?un habitant ordinaire. Il se marie ? Montr?al le 22?septembre?1664, puis revient ? Trois-Rivi?res o? il sert d?interpr?te en langue iroquoise en plus de faire partie de la garnison locale. Comme il l??crira lui-m?me plus tard, ??il s?est trouv? ? tous les partis qui ont ?t? faits tant par MM. les gouverneurs qu?autres officiers et ? quantit? de petits combats pour repousser les incursions qu?ils [les Iroquois] faisaient sur nos habitations??. Il faisait partie de l?inutile exp?dition du gouverneur?R?my?de Courcelle au printemps de 1666 et de celle, plus r?aliste, conduite par le lieutenant g?n?ral?Prouville?de Tracy ? l?automne de la m?me ann?e. Il accompagna?Buade?de Frontenac en 1673, dans une exp?dition au lac Ontario et participa ? la construction du fort Frontenac (Kingston, Ont.). En 1678, il est envoy? par les autorit?s en mission ? la baie d?Hudson. Il se laisse tenter par le commerce des fourrures et revient de cette exp?dition avec une cargaison importante qui est saisie ? son arriv?e ? Qu?bec. Par ordre du Conseil souverain, il est jet? en prison et condamn? ? 2?000 livres d?amende et ? la confiscation de ses fourrures. Faute de preuve d?un commerce illicite, il est bient?t rel?ch? et retourne dans son patelin (Je doute qu?il reprit ses fourrures Al). Comme il veut assurer l?instruction de ses enfants, il en confie le soin en 1681 ? l?instituteur Pierre Bertrand, qui a d?j? fr?quent? l?universit? de Paris.

Alors commence v?ritablement la s?rie de ses exploits militaires. Le?gouverneur?Le?Febvre?de La?Barre, sur la foi de ses conseillers, lui confie le commandement de toutes les tribus alli?es des Fran?ais, qu?il continuera d?assumer sous?Brisay?de Denonville. Devant les embuscades continuelles auxquelles sa famille et tous les colons sont en butte, Hertel imagine une tactique de guerre inspir?e des m?thodes indiennes et ? laquelle il initiera ses fils?: l?attaque-surprise. D?autres commandants de naissance canadienne l?utiliseront ?galement, mais jamais, semble-t-il, avec autant de fougue, de rapidit? et de succ?s. Ce que l?histoire appelle ??les raids des Hertel?? compte parmi les plus ing?nieux et les plus fructueux faits d?armes de cette ?poque.

Frontenac eut confiance en cette tactique et r?solut de la mettre ? l??preuve pour ch?tier les chefs de la Nouvelle-Angleterre d?avoir inspir? et encourag? le massacre de Lachine. On sait que le hardi gouverneur mit sur pied au d?but de 1690 trois groupes de militaires qui devaient partir de la capitale de chacun des trois gouvernements et, par une semblable attaque-surprise, d?vaster des bourgades diff?rentes.

L?objectif d?Hertel est Salmon Falls, plus pr?cis?ment le fort voisin de Rollinsford. Il a recrut? quelque 25 volontaires de son bourg natal, au nombre desquels sont ses trois fils a?n?s, son neveu Louis Crevier qui est aussi le filleul de sa m?re, et d?autres parents par alliance, dont Nicolas Gastineau Duplessis et Jacques Maugras p?re. Un nombre ?gal d?Indiens, soit 20 Socokis et 5 Algonquins, recrut?s ? Saint-Fran?ois-du-Lac, se joignent au groupe. Apr?s une p?nible marche d?hiver de deux mois, la petite troupe arrive aux abords de Salmon Falls dans la nuit du 27?mars. Hertel divise son d?tachement en trois groupes qui, profitant de l?obscurit?, foncent en m?me temps sur le fort et la bourgade. En l?espace de deux heures, tout est compl?tement an?anti. Les historiens et chroniqueurs ne s?entendent pas sur le nombre pr?cis des victimes. L?abb? Maurault, s?appuyant sur?Monseignat, note 43 Anglais tu?s, 54 prisonniers, 27?maisons br?l?es et 2?000 t?tes de b?tail perdues. Selon les chroniqueurs anglais, le nombre des morts ne d?passerait pas 30, des hommes pour la plupart. De plus le chiffre de 2?000 t?tes de b?tail serait grandement exag?r?. Du?groupe fran?ais, on compte deux morts dont Jacques Maugras, et un prisonnier.

Hertel est d?j?, avec ses survivants et ses prisonniers, sur la route du retour quand un ?claireur indien l?informe qu?une troupe de soldats et de colons s?avance vers eux. Selon Monseignat, ils seraient 250. Scales en fixe le nombre ??100, et Charles H.?Lincoln ? 140. Hertel dispose?ses (47) hommes dans les buissons et quand l?adversaire s?engage sur le pont ?troit qui enjambe la petite rivi?re Wooster, la troupe fait irruption. Une vingtaine d?Anglais sont tu?s et les autres, d?sempar?s par cette attaque soudaine et les cris de guerre des Indiens, s?enfuient. La?victoire fran?aise est assombrie par la mort de Louis Crevier et une blessure au genou de Zacharie-Fran?ois Hertel, blessure qui, faute de soins imm?diats, le laissera infirme pour la vie. Laissant ? quelques-uns de ses hommes le soin des captifs, la plupart des femmes et des enfants, Hertel se rend aussit?t aider le d?tachement qu?b?cois de Ren? Robinau de Portneuf qui se dirige vers le poste anglais de Casco (Falmouth). Pendant ce temps, Gastineau revient en toute h?te ? Qu?bec pour transmettre ? Frontenac le message de la victoire.

La?tactique a fait ses preuves et elle ne sera pas abandonn?e. Les Hertel, p?re et fils, deviennent vite la terreur des Anglais et des Indiens ennemis. Leurs exploits ne se comptent plus. On les rencontre partout. ? peine revenus du raid de Salmon Falls, ils sont ? Qu?bec, assi?g? par?Phips. Pendant ce temps, selon une remarque de Charlevoix, Fran?ois ??se distinguait dans toutes les occasions ? la t?te des Milices des Trois-Rivi?res??. Chaque ann?e les faits d?armes de la famille s?accumulent. Malgr? sa blessure, Zacharie participe en 1691 ? un combat au cours duquel il est fait prisonnier?; il restera trois ans aux mains des Iroquois. De 1708 ? 1712, il est commandant du fort Frontenac o? il rend de pr?cieux services car, selon Rigaud de Vaudreuil, ??il entend presque toutes les langues sauvages??. Fran?ois Hertel aura raison d??crire dans son m?moire de 1712 que ??pendant toutes les guerres il ne s?est pas fait de parti ni d?exp?dition dont le p?re et quelqu?un de ses enfants n?aient ?t?. ? un certain moment lui et sept de ses fils servaient en m?me temps dans les troupes. Apr?s sa retraite, il ?tait fier de dire que tous ses enfants ?taient sous les armes pour la d?fense du pays.

En raison de la bravoure et des ?tats de service d?Hertel, Frontenac tenta d?s 1689 de lui obtenir des lettres de noblesse. La?cour fit longtemps la sourde oreille. On les promit en 1691, mais le document ne vint pas. En compensation, on lui accorda une promotion militaire. L?humble nom Hertel ne disait rien en France. Dans une d?p?che royale du 30?juin?1707, Vaudreuil et Jacques?Raudot?pouvaient lire?: ??? l??gard de celles [les lettres de noblesse] qui ont este promises au Sr Hertel il est n?cessaire d?avoir pour les dresser un m?moire des raisons pour lesquelles elles doivent estre fond?es. Elles doivent estre grandes pour obtenir une pareille gr?ce, ses services ne sont pas assez consid?rables pour cela??. Puis on objecta que, ?tant pauvre, il ne pourrait jamais tenir son rang dans la noblesse coloniale. En 1716 enfin, plus d?un quart de si?cle apr?s la premi?re d?marche de Frontenac, le gouverneur Rigaud de Vaudreuil put lui remettre le parchemin tant d?sir? et m?rit?.

(J?ajoute, ici, au sujet de l?esprit religieux des Canayens de l??poque, que le fameux Raudot mentionne dans ses lettres, qu?il fallait prot?ger les cur?s de ??l?avanie?? des habitants. Il ?crit ?galement?: ??On aime point les Intendants dans ce pays-ci parce qu?ils sont charg?e de la police.? AL).

Fran?ois Hertel mourut en 1722 et fut inhum? ? Boucherville le 22?mai. Le?cur? Saladin ?crit laconiquement dans l?acte de d?c?s?: ?taient pr?sents ??le fr?re Louis, Mtre d??cole et plusieurs autres??. Telle fut l?oraison fun?bre d?un des plus grands h?ros de la colonie. Quelques mois auparavant Charlevoix lui avait rendu visite et avait remarqu? qu?il ?tait ??plein de force et de sant??; toute la colonie rendait hommage ? sa vertu et ? son m?rite??.

De son mariage avec Marguerite de?Thavenet, s?ur de la fianc?e de Jacques de?Chambly, Fran?ois Hertel avait h?rit? de la seigneurie de Chambly, pour laquelle il rendait foi et hommage le 11?octobre?1694.?Il la morcela par la suite en faveur de quelques-uns de ses fils. Le?19?mai?1701, il rendait ? nouveau foi et hommage pour deux lieues de front attenantes ? la seigneurie de Rouville. C?est vers cette ?poque qu?il alla y r?sider d?finitivement?; des colons, la plupart anciens soldats, s?y ?taient d?j? ?tablis depuis plusieurs ann?es. Le?surnom La?Fresni?re passa ? son fils a?n?, Zacharie-Fran?ois. Les autres adopt?rent divers noms, dont plusieurs subsistent encore?: Hertel de Rouville,?Jean-Baptiste?; Hertel de Cournoyer,?Jacques?et Lambert?; Hertel de Chambly,. Ren? et Michel?; Hertel de Beaulac, Claude?; Hertel de Saint-Louis, Louis?; Hertel de Moncours,?Pierre, n? en 1687, filleul du chevalier de?Troyes?; Hertel de Saint-Fran?ois, Joseph.

A joutons qu?une ?tude compl?te des exploits guerriers de Fran?ois Hertel et de ses fils reste ? faire. On a rarement pouss? plus loin les limites du courage pour la d?fense d?un peuple.

Raymond?Douville

 

Personnellement, j?ajouterai que l?histoire de notre nation se compose de trois caract?res d?individus quelque peu diff?rents?: les colons de Montr?al, les Canadiens-Fran?ais de Qu?bec et les Habitants de Trois-Rivi?res. L?environnement politique et ?conomique de chacun d?veloppera ces nuances de caract?re qui, ?tonnamment, restera grav? jusqu?? nos jours.

Les gens de Qu?bec sont sensiblement diff?rents de ceux de Montr?al et tous deux sont diff?rents des gens de la r?gion de Trois-Rivi?res. Il est int?ressant de s?y attarder dans l??volution de notre histoire pour comprendre quelque peu les ??r?actions?? de chacune de ces r?gions aux ?v?nements sociaux et politiques actuels. Sans leur d?finition, suivie de l?acceptation de ces ??diff?rences??, la m?sentente ??provinciale?? se perp?tuera de fa?on incompr?hensible.

Il est donc indispensable de r?acqu?rir ce respect de nos diff?rences qu?ont d?velopp? nos anc?tres, pour se respecter entre nous, afin de cesser d??tre ??manipul?s?? les uns envers les autres pour fin de contr?le. Songeons-y un ??ti-peu??!

? suivre

Andr? Lefebvre

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