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Centpapiers

  • Haïti : notre complète immoralité

    28 novembre 2010 | 1 commentaire(s) | vu 1 402 fois

    Quel est le but de l’activité économique de l’homme? Pourquoi travaillons-nous? Si nous cessions tous du jour au lendemain d’effectuer un travail physique pour transformer la nature, nous n’aurions plus les moyens physiques de maintenir la vie humaine, encore moins sa reproduction dans le temps long. Cesserait la production agricole, cesserait la production d’énergie, cesserait toute production matérielle, cesserait le traitement et le transport de l’eau, cesserait les capacités médicales d’affronter les épidémies, limitant, voir rendrait nuls, les lieux possibles de peuplements humains, leurs nombres, densités et qualités de vie.

    Tout le génie humain, source réelle de notre richesse, nous permit de maîtriser les forces de la nature, d’en comprendre les principes afin de les appliquer à transformer notre univers pour en faire un monde meilleur où notre indépendance physique devient plus grande face aux forces souvent hostiles de la nature, fait souvent oublié par les bobos des grandes villes modernes.

    Cependant, une invention humaine fort utile se transforma en un couteau à double tranchant : la monnaie, oui, le putain de fric. Si vous avez répondu que nous travaillons pour de l’argent comme tout bon baby-boomer, c’est que le virus monétariste vous a déjà contaminé : mais de bon cœur, vous admettrez sûrement avec un peu de réflexion que vous ne voulez pas réellement de l’argent, mais ce que vous pouvez vous procurez avec celui-ci : nourriture, maison, vêtements, voiture ou bicyclette, voir un livre si vous n’êtes pas du genre à être glué en permanence sur votre écran plasma dernier cri, tous fruits du travail humain.

    Mais du cœur, en avons-nous? Qu’advient-il d’une société qui confond le moyen, l’argent, avec le but? Qu’advient-il d’une société où les «élites» s’empressent de vouloir sauver l’univers, l’univers financier s’entend, mais qui non plus aucun regard au maintien matériel des conditions physiques de la vie humaine? Qui au nom de sauver quelques banquiers rapaces et une cohorte de spéculateurs cupides complètement déconnectés du monde réel du processus de production, sont prêts à imprimer des milliers de milliards de dollars, d’endetter les États pour ensuite exiger des mesures drastiques de coupes budgétaires dans la santé, les pensions de vieillesse, l’éducation, l’annulation des projets d’infrastructures, baisses du salaire minimum (ie Irlande), bibliothèques, services de pompiers et polices (ie USA), etc. programme d’austérité digne de Hjalmar Schacht, ministre de l’Économie d’Hitler. Complète immoralité.

    Banques du «Inter Alpha Group»

    Tout cela, nous dit-on, pour sauver l’«économie». Mais comprenez bien, pas l’économie au service des hommes, maisl’économie au service de l’argent : qu’importe si nous détruisons les moyens de la vie, qu’importe si on abaisse la qualité de vie de millions d’hommes, il faut sauver JP Morgan, Goldman Sachs, la Royal Bank of Scotland du Inter Alpha group.

    Qu’importe si on laisse mourir des milliers d’Haïtiens, qu’importe si on laisse patauger 1,3 million d’hommes sans-abris dans une ville complètement détruite il y a dix mois par un tremblement de terre qui fit 300 000 morts, où 40% des gens n’ont pas accès à l’eau potable, 30% n’ont pas accès à une toilette et la moyenne des gens y ayant accès est de 273 personnes pour une toilette et où seulement 10% des familles ont accès une tente.

    Soyons clairs : en cumulant tous les renflouements pour sauver des paris spéculatifs d’Hedge Funds et de banques qui n’auraient jamais dû l’être, on arrive à des chiffres d’ordres inimaginables d’environ 30 billions de dollars. Ajoutons les centaines de milliards dans deux guerres (Irak, Afghanistan) au nom «de la démocratie» et des «droits humains». Mais est-il un droit humain plus fondamental que celui de vivre? Pourtant, pour Haïti, pas un sou des 1.15 milliards qu’Obama avait promis n’est arrivé à Haïti. Des 10 milliards que la «communauté internationale» avait promis, 1 seul est arrivé à destination.

    Dans des conditions de salubrité horrible, dans un climat tropical avec saison de forte pluie, l’apparition de maladies qui pourraient se transformer en épidémie fut que trop prévisible et prédite par tous les experts dans le domaine de la santé. Aujourd’hui, on apprend par des gens de l’ONU sur place que l’épidémie pourrait toucher jusqu’à 400 000 personnes. Rien ne fut fait en 10 mois, rien face à l’appel d’un Clinton an mars 2010, rien pour installer des moyens techniques pour fournir de l’eau potable (et pas seulement envoyer ici et là des pastilles pour l’eau). Rien. L’économie au service de l’argent. Complète immoralité.

    Tentes temporaires pour des milliers d'Haïtiens

    Mais que diable 300 000 personnes meurent-ils dans un tremblement de terre et des milliers d’autres mourront du choléra si rien n’est fait? Fatalité de la nature contre laquelle l’homme n’y peut rien? Pensée moyenâgeuse s’il en est une, remis au goût du jour par les catastrophistes du climat. Mais le désastre qui s’abat sur Haïti n’est point une catastrophe naturelle, mais une catastrophe humaine. Vous rappelez-vous qu’en octobre 1989 un tremblement de terre de 7 sur l’échelle de Richter frappa San Francisco, similaire à celui en Haïti? Le bilan? 63 morts, 3000 blessés, 12 000 sans-abris. Sans développement, sans la technique moderne de construction, sans un État moderne qui puisse rapidement intervenir, ce qui pourrait n’être que des problèmes mineurs se transforment en catastrophe.

    Haïti devrait être une source d’inspiration pour tous les hommes vraiment libres, non ceux qui proclament à tous vent la liberté pour imposer le «free market» qui était le nouveau nom du colonialisme de l’impérialisme britannique au 19e siècle toujours accompagner du contrôle par la dette; c’est-à-dire empêcher le développement de toutes les forces productives de la nation pour la cantonner dans la production de matière première ou dans des activités industrielles de troisième ordre dans sa version moderne, en bref, la route royale vers la servitude et la pauvreté.

    Haïti, source d’inspiration? Haïti déclara son indépendance le 1er janvier 1804 et fut donc la première rébellion réussie d’esclaves en Amérique, qui vainquit l’armée la plus puissante du moment, celle de Napoléon. La deuxième république continentale américaine était née, avec aux États-Unis l’appui d’Alexander Hamilton, premier secrétaire au trésor américain et auteur du Rapport sur les Manufactures, véritable plaidoyer pour l’indépendance économique contre les thèses libre-échangistes d’Adam Smith qui «conseillait» aux Américains de se cantonner dans l’agriculture. De son côté, Haïti qui était l’île sucrière la plus riche des caraïbes aida les indépendances latines, sans son financement, jamais Bolivar n’eut pu réussir l’indépendance de la Colombie, laquelle resta bien ingrate à son support à Haïti dans les années suivantes.

    Mais une telle lutte pour la liberté venant d’esclaves noirs fut impardonnable aux yeux des oligarchies européennes et des secteurs les plus réactionnaires d’Amérique, d’hier à aujourd’hui. La France imposa une dette illégitime à Haïti en 1825, une rançon contre l’indépendance, de 150 millions francs or, soit 21 milliards de dollars aujourd’hui, somme astronomique pour l’époque. Le procédé pour asphyxier le pays par la dette se répètera avec les prêts d’institutions financières internationales comme le FMI dans les 30 dernières années.

    Frederick Douglass, premier ambassadeur américain à Haïti, nommé par Lincoln, le premier président américain à reconnaître Haïti

    Aux États-Unis, la politique envers Haïti est comme le miroir de quels principes guident ce pays à divers moment de son histoire, soit les idées républicaines de progrès et développement ou les idées impériales libre-échangistes britanniques. Ainsi, les sudistes libre-échangistes exploitant les esclaves noirs, c’est l’essence du libre-échange «buy cheap, sell dear» ne voyaient pas d’un bon œil une telle émancipation et ce n’est qu’en 1863 que Lincoln reconnu officiellement cette nation en y envoyant comme ambassadeur Frederic Douglass. Et les révisionnistes du Von Mises Institute de faire de Lincoln le méchant qui voulait mettre des tarifs pour protéger et développer l’industrie américaine en imposant une taxe sur les «consommateurs» et privant ainsi les planteurs sudistes d’acheter moins cher à Manchester où ils vendaient leur coton très peu cher … Les voilà se faisant les défenseurs de l’esclavage au nom du libre-échange : ça ne semble pas leur importer que 4 millions d’esclaves ne fussent aucunement des «consommateurs». Entité fictive s’il en est une : il n’existe aucun consommateur «abstrait» dont le seul intérêt serait d’acheter pas cher : pas de salaire, pas de consommation. À quoi sert à un Haïtien travaillant dans un swanpshop de t-shirt pour Walt Disney d’avoir les produits moins chers de la planète en provenance de la Chine, du Bangladesh ou Dieu sait où, si son salaire horaire ne lui permet à peine de se nourrir, encore moins d’acheter une bicyclette? À quoi sert d’avoir accès à des produits «cheaps» s’il n’y a plus d’emploi détruit par la concurrence étrangère, comme dans l’agriculture détruite par l’ouverture commerciale imposée par le FMI et Clinton en son temps? Ce dernier reconnait aujourd’hui son erreur… Haïti produisait suffisamment de riz pour le pays, mais après l’ouverture commerciale forcée, le pays ne fut aucunement capable de concurrencer la production ultra technologique américaine et subventionnée (c’est correct les subventions, mais chaque pays doit avoir le droit de le faire et de se protéger!), laquelle détruisit la compétition locale. Et une fois gagné le marché local, les producteurs américains n’hésitèrent pas à relever les prix : c’est ça la «compétition»… On se rappelle la crise alimentaire de 2008 où grâce au libre marché si efficace pour les consommateurs les prix flambèrent comme jamais? Non, bien sûr…

    Vint en 1915 une invasion militaire des Américains par Wilson, qui comme son prédécesseur anglophile Théodore Roosevelt, n’hésita pas à employer la politique de la canonnière pour défendre les intérêts du «marché» et de JP Morgan… C’est seulement avec FD Roosevelt que se termina en 1934 cette occupation brutale et sa politique du «bon voisin» permit à Haïti de connaître un répit avant de connaître la longue dictature Duvalier et fils (1957-1986) soutenu par l’étranger et une élite locale ne vint encore entraver les possibilités de développement.

    On supporta le dictateur Duvalier et fils, ont lui octroya des prêts que le pays ne vit jamais, et on protège le fils Duvalier aujourd’hui «réfugié politique» en France avec un pactole évaluer à 900 millions de dollars, équivalent de la dette du pays quand il le fuit: mais on s’arrange bien sûr pour faire payer la dette au peuple haïtien sans jamais inquiéter les avoir de Duvalier fils… Dans une hypocrisie des plus complètes, la France, comme les États-Unis et le Canada, se font les défenseurs de la «démocratie», des «droits humains» et bla-bla, mais n’hésitent pas à renverser un dirigeant élu s’il n’applique pas les «bonnes» politiques économiques comme Aristide en 1991 ou  en 2004: libre-échange des biens et des capitaux, privatisations, dérèglementations et paiement rubis sur l’ongle de la dette, même si elle est frauduleuse, etc. On le réinstalla, à condition bien sûr qu’il abandonne toute velléité de vouloir améliorer le sort de ses concitoyens… Complète immoralité.

    Il faut non seulement aider Haïti d’urgence pour éradiquer une épidémie de choléra tout à fait contrôlable, mais en plus abandonner nos chimères de «bonne gouvernance» où se pays est submergé de NGO (3000, soit une ONG pour chaque 3000 habitants! plus que pour l’Inde entière!) qui si font un certain travail local utile, n’en demeure pas moins des armes des puissances néocoloniales qui imposent un modèle économique de libre-échange désastreux, qui préviennent les grands projets d’infrastructures dans le pays, qui étranglent l’État par les jeux de la dette et sape ainsi tout programme d’éducation massive, de réseau de santé décent, de capacité d’intervention en temps de crise, etc. On envoie les aident internationales aux ONG, souvent sous contrôle direct ou indirect de nos services de renseignements,  pour se donner bonne conscience en lieux de l’envoyer à l’État souverain, et de l’autre côté, on leur dit que pour se développer ils doivent travailler pour l’exportation, moteur de la croissance diront cyniquement les technocrates cravatés du FMI, dans des conditions de travaillent de misère pire que le capitalisme sauvage fin 19e siècle. Il ne sert à rien de construire un château de sable comme le font les ONG si la vague de la globalisation financière et son modèle économique emportent le tout dans la mer de pauvreté qu’elles génèrent constamment.

    Général Toussaint Louverture

    Général Toussaint Louverture

    Mais avons-nous encore la capacité morale de vouloir faire vivre la vie? Sommes-nous à ce point obnubilés par l’argent et ivres de spéculation financière pour sacrifier tout un peuple au Dieu dollar?  S’il est sûr que les Haïtiens doivent à nouveau prendre le flambeau de Toussaint Louverture au risque de terminer comme lui dans une froide prison du Jura français pour défendre l’indépendance et le progrès du pays, les conditions sont-elles aujourd’hui que si nous, Canadiens, Américains et Français n’abandonnons  pas notre politique néocoloniale (et un certain racisme sous-jacent) pour quelques vulgaires dollars de merde (et on pourrait en faire plus avec un pays complètement développer avec des gens ayant un grand pouvoir d’achat, aider par les ressources tant convoitées que contient le pays dans son sous-sol…), des milliers de morts inutiles nous aurons sur la conscience. Obama, Harper en premier lieu seront coupable d’un génocide annoncé.

    Pourquoi ne commencerions-nous pas une nouvelle ère avec Haïti, y faire revivre la «perle des Antilles», non pas pour quelques planteurs coloniaux, mais pour les Haïtiens, pour l’humanité?

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    Pour en savoir plus sur les conditions et l’histoire d’Haïti, toutes choses que vous ne trouverez pas dans vos journaux locaux comme La Presse :

    Tout sur l’évolution de la dette en Haïti, fiche synthétique des mesures imposées par le FMI et consorts sur le pays et une chronologie historique du pays : un minimum pour qui veut ‘opiner’ sur le pourquoi de la pauvreté en Haïti.

    http://www.cadtm.org/Fiche-Haiti

    Pour les dernières nouvelles sur Haïti et de nombreuses analyses économiques :

    http://www.cadtm.org/Haiti,159?lang=fr

    Un peu d’hypocrisie française, le cas de Régis Debray :

    http://www.voltairenet.org/article164005.html

    Comment ils ont ruiné Haïti par Ashley Smith, originellement sorti dans le site américain Conterpunch.

    http://balawou.blogspot.com/2010/01/comment-ils-ont-ruine-haiti.html

    De John Maxwell, où comment les USA (et la France) intervinrent complètement illégalement pour kidnapper le président élu d’un pays souverain (du moins, légalement), Aristide en 2004, avec bien sûr un barrage de propagande pour nous dépeindre Aristide comme un monstre (pas parfait certains… mais là n’est pas le point) dont nous, apôtre de la justice, de la liberté, de la démocratie nous devions sauver les Haïtiens de ce tyran…

    http://www.infowars.com/no-mister-you-cannot-share-my-pain/

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  • Un commentaire

    Beaucoup de bonnes informations, merci!

    Un petit complément:

    - 04 – Haïti – Épidémie de Choléra – Mais où est donc passé l’argent de l’aide humanitaire?

    Pour plus d’info:

    http://www.youtube.com/user/Stef2892#g/p

    L’Autre Monde, CHOQ FM

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