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Il y  a énormément de héros Canayens rattachés à l’origine de Trois-Rivières. Nous en avons vu quelques-uns, je vous en présenterai quelques autres, mais je ne pourrai pas tous vous les présenter. Ces hommes, passés à l’oubli, sont nos héros … Lire la suite

Habitants mais aussi h?ros


Il y ?a ?norm?ment de h?ros Canayens rattach?s ? l?origine de Trois-Rivi?res. Nous en avons vu quelques-uns, je vous en pr?senterai quelques autres, mais je ne pourrai pas tous vous les pr?senter. Ces hommes, pass?s ? l?oubli, sont nos h?ros nationaux que l?histoire officielle a refuser de souligner la personnalit? tellement ??hors normes?fran?aise? de l??poque.

Le NEUF du H?RISSON, Michel?(1636) Premi?re mention en Nouvelle-France en 1636; arriv? avec sa m?re. Seigneur, membre de la Communaut? des Habitants, syndic, gouverneur int?rimaire de Trois-Rivi?res, juge royal, n? vers 1601 ? Caen (Normandie) de Mathieu Leneuf et de Jeanne Le?Marchant, d?c?de probablement en 1672.

Michel Leneuf d?barque ? Qu?bec le 11 juin 1636 en m?me temps que d?autres membres de sa nombreuse parent??: sa fille adoptive ou naturelle, Anne?; sa m?re, Jeanne Le?Marchant, veuve de Mathieu Leneuf?; sa s?ur, Marie Leneuf (qui ?pousera le pionnier trifluvien?Jean?Godefroy?de Lintot)?; son fr?re,?Jacques?Leneuf de La?Poterie, qui emm?ne sa fille Marie-Anne et sa femme, Marguerite Legardeur de Repentigny?; Pierre?Legardeur, de Repentigny et?Charles?Legardeur de Tilly. Ils forment un v?ritable clan de famille, comme on le dira plus tard, qui pendant plusieurs ann?es cherche ? s?approprier le monopole de la traite des fourrures, et est ? l?origine de la Communaut? des Habitants.

La?famille Leneuf alla se fixer ? Trois-Rivi?res l?ann?e m?me de son arriv?e., Michel se fit accorder d?int?ressantes concessions de terres?: entre autres, le fief Dutort (plus tard B?cancour), le 1er?d?cembre 1637?; 50 arpents le long du fleuve Saint-Laurent ? Trois-Rivi?res, le 16?juillet?1638?; le fief de Vieux-Pont, le 29?mars?1649?; une partie de la seigneurie du Cap-des-Rosiers (le reste appartenant ? son fr?re, aux Le?Gardeur et ? quelques autres), le 9?mars?1652. Second? par son fr?re pu?n? Jacques, chez qui il demeurait, il en arriva ? diriger avec lui le bourg trifluvien. Le?recensement de 1667 inscrit ? son actif 100 arpents en valeur ? Trois-Rivi?res. Il poss?dait ?galement un moulin ? farine. Il faisait cultiver ses terres par des fermiers avec lesquels, ?tant donn? son temp?rament violent, il ?tait sans cesse en difficult?s et en proc?s, particuli?rement avec S?bastien Dodier (avec lequel il s?est battu au sujet de deux b?ufs et une charrette) et Guillaume Isabel. Il fut aussi continuellement en brouille avec les J?suites au sujet des bornes de leurs concessions limitrophes.

Sa vie publique fut ?galement fort active. Il profita du prestige de son fr?re Jacques, qui fut gouverneur de Trois-Rivi?res presque sans interruption de 1645 ? 1662. Michel Leneuf fut choisi syndic des habitants en 1648 et en 1649. En 1661, son fr?re ?tant toujours gouverneur et Charles Legardeur de Tilly, son beau-fr?re, ?tant membre du Conseil de la Nouvelle-France, Michel n?eut aucune difficult? ? obtenir le poste de lieutenant g?n?ral civil et criminel de la S?n?chauss?e de Trois-Rivi?res?; puis, ? partir de 1664, il rempla?a le juge royal Pierre?Boucher*, d?missionnaire. Lorsque les fr?res Leneuf eurent bien en main les postes de commande, ce qu?ils d?siraient depuis longtemps, l?abus qu?ils en firent leur cr?a de nombreuses difficult?s. En 1665?1666, une enqu?te sur la traite de l?eau-de-vie avec les Indiens prouva que l??pouse m?me du gouverneur, Marguerite Legardeur, ?tait une des t?tes dirigeantes de ce florissant commerce. Le?Conseil souverain suspendit Michel Leneuf de son poste de juge par un arr?t? du 29?mai?1665 et le rempla?a temporairement par le conseiller?Louis?Peronne de Maz?, nomm? pour l?occasion ??commissaire sp?cial?? (Ce dernier retourna en France, en 1665 pour ne plus revenir AL).

Peu apr?s, Michel Leneuf fut r?tabli dans ses fonctions. ? une audience du 19?mai?1666, il est qualifi? de lieutenant civil et criminel, et l?ann?e suivante, le 8?juin, une supplique ? lui adress?e par Michel Gamelain le nomme ??Juge Royal??.

Les archives du palais de justice de Trois-Rivi?res ont conserv? quelques-uns des jugements rendus par Michel Leneuf. De fa?on g?n?rale, ils sont empreints d??quit? et de bon sens. Ces archives conservent ?galement le r?cit savoureux des nombreux proc?s survenus entre le bouillant seigneur et ses fermiers. Il ?tait le type du v?ritable hobereau normand, intelligent et finaud, mais chicanier.

Les documents nous renseignent bien peu sur sa vie priv?e. ? son arriv?e en Nouvelle-France, il ?tait c?libataire, ou veuf, car il emmenait une fillette de quatre ans, toujours nomm?e Anne Du?H?risson, et non Anne Leneuf Du?H?risson. Il est possible, comme on l?a pr?tendu, qu?elle ait ?t? sa fille naturelle. Aucune pr?cision n?est donn?e dans le contrat de mariage de cette jeune fille avec Antoine Desrosiers, le 24?novembre?1647.

L?acte de s?pulture de Michel Leneuf n?est pas inscrit aux registres de catholicit? de Trois-Rivi?res, qui sont conserv?s intacts depuis 1634. Nous pouvons supposer toutefois qu?il mourut en 1672, car il fut remplac? ? son poste de juge par Gilles de Boyvinet, le 26?octobre de cette ann?e-l?.

Leneuf avait agi comme gouverneur de Trois-Rivi?res en 1668, rempla?ant temporairement ? ce poste?Ren? Gaultier de Varennes.

Raymond?Douville

FAFARD, Bertrand?dit Laframboise N? en 1620 en Normandie. Premi?re mention en Nouvelle-France en 1637. ? l??ge de 20 ans, il ?pouse Marie Sedillot (13 ans) et devient un riche propri?taire foncier avec cinq enfants. Il d?c?de le 3 novembre 1660 ?g? de 40 ans ? Trois-Rivi?res. Son ?pouse marie en seconde noces Ren? Besnard (36 ans) en 1661. Ce Ren? Besnard fut impliqu? dans une histoire de sorcellerie assez dr?le.

Vers 1656, l?Angevin Ren? Besnard dit Bourjoly, caporal de la garnison de Montr?al, courtise une jeune montr?alaise du nom de Marie Pontonnier. Mais elle d?cide plut?t d??pouser Pierre Gadois, 25 ans, fils du premier colon de Montr?al, un Percheron. Apprenant ce mariage, le malheureux soupirant court chez sa coquette amie pour lui apprendre qu?il est sorcier et qu?il va ??nouer l?aiguillette?? afin de rendre son prochain mariage st?rile.?Le sortil?ge du ? nouement de l?aiguillette ? a surv?cu ? travers les si?cles.

L?envout? dispose d?une vingtaine de moyens de se ? d?faire du sort ? qu?on lui a jet?, comme porter sa chemise ? l?envers, tenir une petite croix de bois ? la main ou mettre une bague sous le pied de la conjointe. D?autres mesures pr?ventives sont non moins pure fantaisie, telles frotter de graisse de loup la porte o? habiteront les nouveaux ?poux, percer un tonneau et faire passer le premier vin qui en sort dans l?anneau de l??pouse ou simplement uriner dans le trou de la serrure de l??glise o? le mariage a ?t? b?ni. Que ne ferait-on pas pour ?chapper ? l?humiliant sortil?ge

En Nouvelle-France, des mariages peuvent ?tre annul?s pour cause de mal?fices. Infailliblement, il s’agit du nouage d?aiguillette, ce qui emp?che les nouveaux ?poux de consommer leur union. Connue des Anciens, la pratique est courante en France, d?s le 16e si?cle. Aussi sera-t-elle s?v?rement condamn?e par les synodes et conciles provinciaux, notamment ceux de Rouen en 1245 ; d’Autun en 1503 ; de P?rigueux en 1536 ; de Melun en 1579 ; de Chartres en 1580 ; de Narbonne en 1609 ; de Saint-Malo en 1620. Plus tard, vers 1741, un docteur en th?ologie consid?re le liage de l?aiguillette comme ? une m?chancet? damnable, une action diabolique, un crime ?norme et capital ?. Le sortil?ge n??chappe pas non plus ? la rigueur des lois civiles. Pour Bodin, ? de toutes les ordures de la magie, il n’y a point de plus fr?quentes par tout, ni de guerres plus pernicieuses, qu’? l’emp?chement qu?on donne ? ceux qui se marient, qu?on appelle lier l’aiguillette ?.

Frisant la trentaine, ce Ren? Besnard, qui est le fils de Jean et de Madeleine Maillard, exer?ait la profession de n?gociant en France avant de devenir caporal de la garnison de Montr?al. Rappelons que les familles Pontonnier et Besnard sont d?origine angevine. Mais cette patrie commune ne favorisera pas un rapprochement entre les amoureux puisque Marie accorde subitement ses faveurs ? l?armurier Pierre Gadois, de quelque cinq ans son ain?, fils de Pierre Gadois et de Louise Mauger,

Que mijotera Besnard pour faire ?chec ? ces ?pousailles prochaines ? Rien d?autre que de se rendre chez son ancienne flamme pour lui annoncer qu?il est sorcier. De cette r?v?lation aux menaces, il n?y a qu?un pas que Besnard franchit vitement. Gr?ce aux pouvoirs diaboliques dont il dispose, l?union projet?e par Marie restera st?rile. La pauvre fille, toute affol?e, avertit aussit?t son fianc? et son cur? de la vengeance qui la guette. Malgr? cette surprenante r?v?lation, le mariage de Pierre Gadois et de Marie Pontonnier est b?ni ? Montr?al, le 12 ao?t 1657. Le Tout-Montr?al assiste ? ces accordailles. Mentionnons Barbe de Boulogne, ?pouse de Louis d’Ailleboust, seigneur de Coulonge et lieutenant g?n?ral au pays ; Jeanne Mance, administratrice de l?H?tel-Dieu, et Lambert Closse, commandant de l?ile.

Pour ?chapper au mal?fice, un ami a conseill? ? Gadois de r?citer le psaume Miserere, en latin et ? l?inverse, pendant qu?il recevra la b?n?diction nuptiale. En pareille circonstance, l??trange proc?d? est couramment utilis? en France. Ici, les r?sultats sont d?cevants. Malgr? les louables efforts du conjoint pour prononcer convenablement la pri?re, le ber familial reste au grenier.

L?inqui?tude des ?poux grandit avec les jours. Apr?s de bons mois, ils vont se confier ? leur cur? qui les exhorte ? se rendre ? Qu?bec pour y recevoir, une seconde fois, la b?n?diction nuptiale. Mais apr?s ce long voyage, la vie se poursuit, toujours aussi d?cevante. Malgr? d?actives recherches, Pierre Gadois ne r?ussit pas ? trouver la cl? des tr?sors de la jeune Marie.

La suite semble donner raison au rival. Accus? de mal?fice, Besnard comparait devant la justice seigneuriale de Montr?al, le 2 novembre 1658. La cause passionne l?opinion publique. Des t?moins accablent le suspect de sorcellerie et de mal?fices. Sur ces dires, le gouverneur de Maisonneuve somme le pr?venu, alors ?g? de 31 ans de se pr?senter devant le tribunal ? pour respondre sur les faits et charges, contenues aux plaintes faictes ? l?encontre de luy par Pierre Gadois armurier et Marie Pontonnier, sa femme; Jeanne Godard, femme de Simon Le Roy et Marie (Bidard) femme d?Honor? Dausny, pour les avoir sollicit?es et attent? ? leur honneur ?.

Cette proc?dure accomplie on passe ? l?interrogatoire. L?inculp? semble n?avoir de m?moire que pour les faits et choses qui font son affaire. S?il se souvient d?avoir parl? ? Marie Pontonnier, ? le jour des noces du nomm? La Verdure ?, il ne se rappelle pas de ce qu?il lui a dit. Incidemment, il s?agit des ?pousailles de Jean Valiquet dit Laverdure et de Ren?e Lopp, c?l?br?es ? Montr?al, le 23 novembre 1658.

Le proc?s pr?te ? de singuli?res r?v?lations. Pour ?chapper au sortil?ge, la femme Pontonnier aurait accept? de devenir la maitresse de son ancien soupirant.

L?interrogateur multiplie les questions. Besnard a-t-il vu la Pontonnier depuis l?aventure qu?on pensait? Oui, puisqu?il l?aurait rencontr?e chez elle, ? le mercredy de devant la St. Luc ?. Comme cette c?l?bration tombe le 18 octobre, le deuxi?me rendez-vous remonte ? une quinzaine de jours. Cette fois-l?, la femme Pontonnier demande au d?posant ? s?il ne se souvenoit pas, de ce qu?il luy avoit dit le jour des noces de Laverdure ?. Sur r?ponse n?gative, elle s?informe ? S?il ne savoit pas qui avoit mis empeschement ? leur mariage ?. Besnard n?en saurait rien.

Mais les questions se font plus pr?cises. ? un certain moment, l?officier de justice demande carr?ment au t?moin ? s?il n?avoit pas sollicit? ladite Pontonnier ? forfaire ? son honneur ?. Besnard commence d?abord par nier le fait pour ensuite admettre ? qu?il luy a dit (? la Pontonnier) que si elle vouloit qu?il eust jouissance d?elle, que ?a feroit qu?elle auroit jouissance avec son mary ?. Sous l??pouvantail d?un pseudo-pouvoir magique, Besnard tente de s?attirer ? nouveau les faveurs de son ancienne flamme. Des questions plus indiscr?tes feront suite ? cette singuli?re proposition. Comme, par exemple, si Besnard et la Pontonnier n?ont pas convenu d?un rendez-vous en l?absence du mari. Nouvelle n?gation de la part de l?accus? qui pr?tend, ? la fin, que la Pontonnier voulait plut?t l?attirer chez elle. Besnard aurait d?clin? cette galante invitation, pr?textant que semblables relations n’?chapperaient pas aux habitants, toujours friands de ce genre de nouvelles. Mais la Pontonnier ne se formalise pas des racontars ; elle demande ? notre homme de passer la voir ? son logis durant la grand?messe c?l?br?e le 20 octobre, jour de la f?te de Saint Luc. N?anmoins, Besnard aurait n?glig? de s?y rendre par la suite.

Poursuivons le questionnaire. Besnard a-t-il revu la Pontonnier? Oui, d?s le lendemain de la rencontre pr?cit?e, alors qu’il allait de son logis au jardin du sieur Le Moyne. La Pontonnier lui aurait demand? d?expliquer son absence de la veille. Comme d’habitude, Besnard craignait les mauvaises langues. Marie, qui ne s?en fait pas pour si peu, insiste pour que son ancien amant passe chez elle, cette fois le lendemain dimanche, durant la messe dominicale.

Devant des invitations aussi pressantes que r?p?t?es, Besnard accepte d?aller chez Marie Pontonnier avec ? dessein d?avoir jouissance d?elle ?. Derni?re pr?caution : le galant s?enquiert si sa future maitresse sera bien seule. Question qui sugg?re une autre requ?te. ? Me desnouerez-vous l?esguillette, s?enquiert-elle, si je vous donne jouissance de moy ?. Et Besnard de r?pliquer ? me prenez vous pour un sorcier? ?. L?enqu?teur voudrait bien savoir si le pr?venu n?a pas d?clar? ? la Pontonnier ? qu?il savoit bien, qui avoit nou? l?esguillette ? son mary ?. Mais Besnard ne se rappellerait de rien.

Aussi prudent qu?avis?, notre homme ne se souvient que ce qu?il veut bien. Si son ancienne flamme lui a sugg?r? d?avoir des relations charnelles avec lui dans le but de d?nouer l?aiguillette, il ne saurait pr?ciser, ni ? s?il ne luy a pas promis de lever l?empeschement de desnouer l?esguillette ?. Enfin, il n?a appris l??chec de son rival que par Marie ? elle m?me, et bruit publicq ?.

Besnard ne raconte pas la m?me chose ? tout le monde. ? Fran?oise Besnard, femme de Marin Janot dit Lachapelle, qui n?a aucun lien de parent? avec lui malgr? un m?me nom, il a bien parl? que ? l?esmpeschement susdit (l?impuissance du mari de la Pontonnier) pourroit durer dix-sept ans, et si elle ne luy avoit pas demand? si ce n?estoit pas luy qui l?avoit nou?e (l?aiguillette) ?

L?interrogatoire se poursuit pour savoir si Besnard s?est inform? du mariage de Marie Bidard et d’Honor? Dausny dit Tourangeau? Ou encore, quand on lui apprend que tout va bien de ce cot?, s’il n’a pas r?pliqu? ? ne vous resjouissez pas trop ?. Besnard se d?fend bien d’avoir prononc? ces propos. N?anmoins, il admet ? qu?estant ensanble chez Messire Gilber Barbier, dit Minisme, la femme dudit Minisme auroit dit Nous sommes tous affligez d?autant que voil? de jeunes gens (Besnard et la Pontonnier) qui n?ont point de contentement ensemble ?. En terminant, Besnard pr?cise que ces racontars sont ordinairement ? l?origine des esclandres de village. Par exemple, ? qu?il en estoit bien marry, et adjouta qu?il alloit dire ? lad Marie Bidard ce qui s?estoit pass? entre elle et son mary, d?autant qu?il l?avoit appris du nomm? Laverdure, ? qui le dit Touranjo l?avoit dit, mais, qui n?avoit jamais dit ? lad Bidard ny ? son mary, qu?ils ne se resjouissent pas trop, et qu?eux ne luy avoient point parl? que leur mariage allast mieux ?.

A l??poque, d’aucuns ne sont jamais ? court d?astuce ou d?esprit. Pour se disculper du crime dont on l?accuse, Besnard va se livrer ? un jeu de mot digne de l?imagination la plus fertile. Tant de tergiversations impatientent le tribunal qui veut finalement savoir si Besnard s?est bel et bien servi d?un pouvoir magique dans le cas de Marie Pontonnier. Bref ? s?il ne s?est pas vent?, de savoir nouer l?esguillette, et s?il n?a pas dit ? lad Pontonnier, qu?il savoit bien, qu?il luy avoit nou? ?. Accul? contre le mur, l?accus? va recourir ? toute sa d?brouillardise pour s?en tirer ? meilleur compte. S’il a tenu pareil langage, dit-il, ? S?estoit pour la faire condescendre ? son dessein, et de ce qu?il s?estoit vent?, de savoir nouer l?esguillette, qu?il entendoit l?esguillette de ses chausses ?. Le tribunal n?est pas dupe d?une explication si simpliste. Sur l?ordre du gouverneur de Maisonneuve, l?inculp? est imm?diatement men? au cachot. Convaincu d?avoir fr?l? de trop pr?s Marie Pontonier, ?pouse de Pierre Gadois, Besnard fut condamn? ? une amende de 300 livres, par un jugement du 4 novembre 1658.

Par la suite, le 31 ao?t 1660, apr?s les trois ann?es requises par les sacr?s Canons suite ? la c?l?bration du mariage, Mgr de Laval d?clara nul et invalide le mariage de Pierre Gadois et Marie Pontonier ? ? cause d?impuissance perp?tuelle caus?e par mal?fice obstruant l?orifice, et permit aux partyes de se marier ?.

Pour obtenir compensation contre son ancien mari, Marie Pontonnier va voir le gouverneur de Maisonneuve qui, le 13 septembre 1660, signe l?arr?t suivant au fort de Ville-Marie ? Nous ordonnons que pour toutes les pr?tentions que lad Pontonnier peut avoir ? l?encontre dudit Gadoys, luy rendra dans vingt quatre heures ses habits et hordes servans ? sa personne et en plus lui payera la somme de quatre cens livres en castor, bled et argent au prix du pays, savoir cent livres au jour de Saint-Michel prochain et trois cens livres au jour de Noel prochain ?. Quatre cents livres repr?sentent une petite fortune ? l??poque.

Deux mois plus tard, le 3 novembre 1660, Marie Pontonier s?unissait ? Pierre Martin, r?cemment arriv? de France. Plus heureux que son pr?d?cesseur, Pierre Martin trouva en un rien de temps la cl? qu?il fallait. Et Marie Pontonier devint la m?re d?une autre petite Marie qui devait ?pouser en 1685, Antoine Villedieu. Par malheur, Pierre Martin fut tu? par les Iroquois, le 23 mars 1661, avant m?me d?avoir vu na?tre sa fille, et Marie Pontonier devint veuve ( ?) une seconde fois.

Encourag?e par le succ?s ?ph?m?re qu?avait eu Pierre Martin, Marie Pontonnier ?pousa en troisi?me noces, le 5 d?cembre 1661, Honor? Langlois, dit Lachapelle qui lui donna 10 enfants. Elle mourut ? Pointe-aux-Trembles ? l??ge de 81 ans.

Pierre Gadois attendit jusqu?? l??ge de 33 ans pour se remarier, le 20 avril 1665, ? Jeanne Besnard, 23 ans, une cousine de Ren? Besnard, dont il eut 14 enfants.

Que le caporal Ren? Besnard s?estime tout de m?me chanceux de s?en tirer ? pareil compte, surtout si l?on songe aux peines que l?on inflige en France aux coupables de tels d?lits. Dans le pr?sent cas, le tribunal va bannir Besnard de Montr?al, malgr? que celui-ci pr?tende ? n?avoir fait que plaisanter pour effrayer Gadois ?. Le proscrit ira s??tablir ? Trois-Rivi?res o?, le 2 f?vrier 1661, il ?pouse Marie Cedilot, veuve de Bertrand Fafard dit Laframboise et fille de Louis et de Marie Charier, originaires de Montreuil en Picardie. Le couple aura 6 enfants. D?sormais, Besnard m?ne une vie rang?e et personne ne l?associe plus ? la moindre pratique occulte.

Source : S?guin Robert-Lionel ? La vie libertine en Nouvelle-France au 17?me si?cle ? Lem?ac, 1972.

Finalement seule Marie Pontonnier tira une petite fortune de cette histoire; ce qui ne fut jamais consid?r?.

Heureusement qu?il est dor?navant impossible de ??nouer l?aiguillette?? de quiconque gr?ce ? la science qui nous a donn? le viagra et cialis.

? suivre

Andr? Lefebvre

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