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Gr?ce : d?ni de d?mocratie

MICHEL KOUTOUZIS:
Je disais souvent?concernant la Turquie et ? l?adresse des technocrates europ?ens, qu?ils devaient choisir entre une d?mocratie r?elle qu?ils souhaitaient mais qui aboutirait?in fine?? un conflit interne opposant les ??occidentalis?s?? ? la Turquie profonde et profond?ment religieuse, et une d?mocratie formelle, sous tutelle de l?arm?e garante de la la?cit? k?maliste. Je leur disais que l?on ne peut pas avoir le beurre et l?argent du beurre. Et que surtout, que l?on n?impose pas, ? marche forc?e, notre vision du progr?s et de la d?mocratieA l??poque, j??tais ? des lieues d?imaginer que ces m?mes technocrates iraient jusqu?? bafouer la d?mocratie r?elle grecque (avec les d?fauts qui lui sont attach?s), produit d?une gen?se douloureuse issue de la rencontre du mythe grec et de la dure r?alit? d?un pays cr?? au forceps et qui, de tout temps, subissait les interventions ?trang?res au point qu?elles sont devenues partie de son patrimoine g?n?tique.La d?mocratie grecque, souvent confisqu?e par des rois impos?s, s?est affirm?e comme un processus ? la fois lib?rateur et spoli? par ceux qui le dirigeaient.Que ce soit les marchands ou pirates iliens (aujourd?hui armateurs), par des intellectuels, hommes politiques, ou militaires venus d?ailleurs (Italie, Allemagne, Angleterre, Russie etc.), que se soit par les grands propri?taires terriens ou l??glise (et qui devaient leur richesse ? leur collaboration avec la porte sublime), les grandes fortunes compradores f?rues des Lumi?res?; que ce soit par les bandits et autres seigneurs de la guerre qui lanc?rent la r?volution finissant par guerroyer quelques mois plus tard entre eux, que ce soit, bien plus tard, par les adorateurs des r?gimes totalitaires, imp?rialistes ou communistes, les va-t-en guerre, les agents de la City, de Wall Street ou les fournisseurs de la sixi?me flotte am?ricaine ??garantissant?? la ??s?curit? en m?diterran?e, la vie politique grecque, sous influence, n?a rien ? voir avec un long fleuve tranquille.

De 1821 jusque en 1973, le jeune Etat grec n?a connu que la guerre, les coups d?Etat, les r?gimes autoritaires, l?arriv?e massive des refugi?s de la Turquie, la guerre civile, et c?est dans cet environnement guerrier qu?elle a vu son territoire tripler mais la gr?cit? s?effilocher avec l?invasion de Chypre, et, pr?c?demment, la mort soudaine des communaut?s grecques en Turquie, en Egypte, en Tunisie, en Afrique noire et ? Madagascar.

Tant bien que mal, depuis la chute de la dictature des colonels (1967-1073), l?Etat grec a su endormir ce pass? douloureux, en finir avec les s?quelles de la guerre civile, int?grer les centaines de milliers de refugi?s et instaurer un Etat de droit, loin des dictats internes ou externes, sans jamais faire abstraction de la complexit? g?opolitique et des dangers sous-jacents, que les guerres en ex-Yougoslavie ont raviv?. En effet, sa relation avec l?Europe, et surtout avec l?Allemagne, idyllique dans un premier temps, fut perturb?e par cette guerre, le d?mon nationaliste (Mac?doine) allant de paire avec une incompr?hension mais aussi une crainte inavou?e g?n?r?e par le r?le que joua Berlin dans le d?mant?lement de ce pays voisin, avec qui la Gr?ce a toujours eu une relation privil?gi?e, souvent perturb?e par ses alli?s de l?OTAN. C?est ? ce moment pr?cis qu?Ath?nes int?riorisa le fait que dans cette Union Europ?enne son avis ne comptait pas.

L??largissement, pr?cipit? et b?cl?, renfor?a cette perception, ainsi qu?un sentiment pour la premi?re fois carr?ment anti-europ?en renforc? par le retour de la certitude que ??m?me membres de l?Union??, les grecs ?taient seuls et isol?s sit?t qu?ils pensaient autrement. Qu?une machine technocratique totalisatrice (comme jadis les ??grandes puissances??), imposerait ses choix quel que soit l?avis (et l?int?r?t) de la Gr?ce et surtout des grecs.?D?autant plus que Chypre entrait dans l?Union sans int?grer la partie nord de l??le, et que l?Europe ? et ce jusqu?? aujourd?hui ? d?laisse cette situation pour le moins oxymore.

La crise des?subprimes?suivies de celle des dettes souveraines ?clate dans ce contexte de d?fiance (r?ciproque). D?s lors qu??clate la ??crise grecque??, et d?s l?apparition de la fameuse Tro?ka, il devient ?vident que la ??solidarit? europ?enne?? n?est qu?un mythe suppl?mentaire, un de ceux qui travaillent la soci?t? grecque. Sa gestion, qui aboutit ? l??viction d?un premier ministre ?lu et ? son remplacement par un technocrate de la finance internationale appara?t comme un d?ni de d?mocratie r?elle, cette arl?sienne pour laquelle tant de sang a ?t? vers? dans ce pays. D?s lors, tout ce qui advient ? ce pays appara?t comme une offense ? la d?mocratie, engendr?e par Bruxelles.

Les partis traditionnels du bipartisme ?clatent, et des?combinazione?? la romaine court-circuitent la vraie repr?sentation populaire qui se divise depuis entre une majorit? r?elle hostile aux?plans de ??restructuration?? de l??conomie et de la soci?t? grecque et une majorit? parlementaire fid?le aux diktats europ?ens qui sont, ? juste titre, identifi?s ? Berlin, ce qui, entre autres, ravive la m?moire populaire sur l?occupation nazie, la r?sistance et la guerre civile.?D?autant plus que la crise g?n?re une force n?o-nazie (aux d?pends d?une extr?me droite???classique??).

La technostructure europ?enne et les crois?s n?olib?raux berlinois exigent des chiffres pour cette normalisation qui vise avant tout non pas tant l?orthodoxie budg?taire mais la baisse du prix du travail, des services et l?annihilation de ce qui faisait la force de l??conomie grecque, le petit commerce, les petites entreprises vivant essentiellement du march? int?rieur. Pour y aboutir, l?Europe ferme les yeux sur les moyens?: l?gislation par d?crets, lois sp?cifiques ??d?urgence?? ent?rinant les accords entre la tro?ka et le gouvernement, d?cisions arbitraires et anticonstitutionnelles, etc.

Venue pour mettre une fin ? la fraude fiscale des ??puissants?? elle ordonne d?sormais (toujours pour l?orthodoxie des chiffres et faute de pouvoir s?en prendre ? ces ??riches??) une saign?e fiscale des couches les plus d?favoris?es de la population, ? une paup?risation sans pr?c?dent de l?Etat qui doit se d?mettre de ses pr?rogatives ?l?mentaires (sant?, s?curit?, ?ducation, autorit?s locales) et exige le d?mant?lement ? prix cass? des entreprises et services de l?Etat, dont pour l?instant personne ne semble ?tre preneur, sauf, bien entendu, ces fameux ??riches?? et dont la fortune est issue de la pr?dation syst?matique et corruptive de leur propre pays.

Cette modernisation de la Gr?ce prend de plus en plus, du moins pour les Grecs, l?allure d?un Etat entropique, ??? la botte des ?trangers??, qui renforce l?ins?curit?, bafoue les institutions, l??ducation, la justice, la sant? en d?molissant tout ce qui avait ?t? b?ti durant les derni?res cinquante ann?es. La voix de la Gr?ce est d?sormais inaudible, et le peuple grec, pour la premi?re fois de son histoire est t?tanis? par la peur.

Comme en Espagne, en Italie ou au Portugal, comme pour les pays nouveau venus et dont personne ne parle ? commencer par la Roumanie, la Hongrie ou la Bulgarie, il y a un basculement ?vident de la d?mocratie r?elle ? une d?mocratie non plus formelle mais peinant ? en garder la forme. Quant ? l?esprit, il s?est perdu dans les m?andres de la technostructure europ?enne, sacrifi? aux int?r?ts des banques europ?ennes qu?elles soient allemandes, fran?aises ou grecques et immol? par le manque de clairvoyance et de volont? politique du couple Franco-Allemand, de la City des armateurs et du fameux d?ficit de d?mocratie des institutions europ?ennes?

KOUTOUZIS

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    La Grèce n’est, actuellement, que le premier pays à l’avant du futur défilé de la « fierté démocratique ».

    Défilé qui devrait se manifester dans quelques années, organisé par le FMI et la BM sous la musique de la fanfare de l’OTAN ayant à sa tête un sergent major des USA.

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