Accueil / L O C A L I S A T I O N / ASIE / Grandeurs et limites du principe syncr?tique en Indon?sie
Trois semaines plus tard, deux sympathiques travailleurs de la compagnie, ROY LIVRAISON SHERBROOKE au num?ro de t?l?phone 1-877-493-7446 et affili?e ? ce projet RECYC-FRIGO, viennent chercher mon vieux frigo directement ? mon domicile. S'il produit encore un minimum de froideur, je recevrai la somme de $60. de Hydro-Qu?bec, approximativement dans 4 semaines.

Grandeurs et limites du principe syncr?tique en Indon?sie

Jakarta (capitale de l?Indon?sie)

Jakarta (capitale de l?Indon?sie)

UN OEIL SUR L?ISLAMIE
Paul Laurendeau

Le plus grand pays musulman au monde c?est l?Indon?sie, 240 millions d?habitants r?partis dans un immense archipel de 13,000 ?les au gouvernement cependant tr?s unifi? et centralis? (capitale: Jakarta). Les grandeurs et les limites du syncr?tisme religieux indon?sien se formulent comme suit, si on les r?sume. T?as pas le droit d??tre officiellement ath?e l?-bas. Tu dois avoir une religion d?affiliation (que tu choisis par contre librement. Il n?y a pas de religion d??tat). Et pas seulement ?a, tu dois explicitement d?clarer une religion sur ta fiche d?identit? obligatoire. Et, aux vues de la loi indon?sienne, il y a que six religions reconnues. Tu dois donc choisir une de celles-ci aux fins de ton identification ? l??tat civil. Les choix sont les suivants (les pourcentages ont ?t? arrondis) :

Islam (87% de la population)
Protestantisme (7% de la population)
Catholicisme (3% de la population)
Hindouisme (2% de la population)
Bouddhisme (0.75% de la population)
Confucianisme (0.05% de la population)
R?sidu non d?clar? (0.2% de la population)

Carrefour de commerce maritime fort ancien, le tr?s vaste territoire qui constitue aujourd?hui l?Indon?sie a d?abord produit son lot de religions contemplatives vernaculaires locales dont la pr?gnance se perp?tue en partie jusqu?? nos jours, dans certaines ?les, notamment ? Java. Ces cultes n?ont aucun statut officiel ou l?gal mais ils forment le fond ?clectique ondoyant et mouvant sur lequel se configurera graduellement la culture de tol?rance confessionnelle de l?archipel. Pour tout envahisseur ou ?d?couvreur?, c??tait une nouvelle ?le, un nouveau culte, un nouveau lot de f?tiches, une nouvelle aventure interactionnelle.

Indonesie

La premi?re grande religion historique ? p?n?trer en Indon?sie fut l?Hindouisme (aujourd?hui 2% de la population). Les premi?res traces de cette religion datent des ann?es 400 ? 500 de notre ?re. Corps de croyances polyth?istes ?litaires, circonscrit, peu implant?, elle articula le syst?me de repr?sentations des dirigeants de certains royaumes insulaires. On la retrouve aujourd?hui surtout ? Bali et un petit peu ? Java. Vers 600, le Bouddhisme (aujourd?hui (0.75% de la population) fait son apparition, relay? par des moines indiens ou chinois. Il ne s?implantera pas en profondeur, lui non plus.

Pour l?Islam on peut citer trois dates jalons. La plus vieille st?le musulmane connue date de 1082 (? Lehran, ? l?est de Java). Le navigateur Marco Polo fait escale dans le nord de Sumatra en 1292 et constate que le roitelet local est musulman. En 1770, le dernier prince Hindou de Blambangan (sur la pointe orientale de l??le de Java) se convertit ? l?Islam. Ces trois dates indicatives s?associent au fait que toutes les traces arch?ologiques et ethnologiques connues attestent une p?n?tration lente, feutr?e et graduelle de l?Islam dans l?immense archipel et ce, sur 700 ans environ. Rien de fulgurant, d?abrupt ou de spectaculaire mais plus d?un demi-mill?naire pour s?installer et s?impr?gner en profondeur. Et surtout, capital, c?est le premier des trois monoth?ismes classiques ? se positionner dans L?Asie du Sud-Est insulaire. Pour cet immense groupe humain diversifi?, le passage au monoth?isme, toujours hautement sensible intellectuellement, fut islamique, point barre. Le tr?s ancien port malais de Malacca, situ? dans un d?troit g?ographiquement crucial, au nord de l??le de Sumatra et au sud de la Malaisie, est un passage oblig? du commerce venu d?Arabie, de Perse, d?Inde (notamment vers la Chine). Les activit?s de commerce portuaires sont choses subtiles et sp?cifiques et les musulmans sont des signeux de contrats patent?s et m?thodiques. Toute une culture commerciale accompagne leur vision du monde et l?Indon?sie s?en impr?gnera tout doucement, sans assimilation linguistique cependant, les initiateurs musulmans parlant d?j?, de fait, des langues diverses. Il est net que l?essor indon?sien de l?Islam s?associe intimement au commerce maritime, ? l?import-export et ? l?organisation marchande des villes portuaires. Les musulmans qui implantent leur doctrine en Indon?sie sont principalement des sunnites soufistes (arabes ou, surtout, indiens) dont la vision sapientale, contemplative et imbue de moralit? pratique est fort compatible avec les cultes locaux. Une deuxi?me ?tape du fameux syncr?tisme indon?sien se met donc alors subtilement en marche. Apr?s l??clectisme tranquille, c?est la lente unification sans heurts.

Les premi?res pouss?es colonialistes occidentales sur l?Indon?sie viendront des Portugais catholiques qui prennent Malacca en 1511 (3% de la population de l?Indon?sie est encore catholique). Sans surprise, de par une culture de r?sistance vernaculaire assez courante face ? ce nouveau type d?invasion, c?est l?Islam comme facteur identitaire beaucoup plus anciennement implant? qui va se trouver avantag? par les premi?res offensive occidentales. Les Portugais ne l?auront pas facile avec les chefs locaux indon?siens. Un autre moment syncr?tique crucial va se disposer avec les occupants coloniaux hollandais. De 1602 ? 1945, les Pays-Bas vont mettre en place les Indes Orientales N?erlandaises ou Insulinde. En 1641, ils prennent Malacca aux Portugais et stabilisent, pour pr?s de 340 ans, leur puissant dispositif colonial, configurant de fait solidement la future identit? nationale de cet immense espace maritime pas tout de suite ?vident. Les Hollandais sont protestants (aujourd?hui 7% de la population de l?Indon?sie l?est encore) mais ce ne sont pas des sectateurs. Au contraire, leur capitale, Amsterdam, patrie de Spinoza, est une des places religieuses les plus tol?rantes d?Europe. Les Hollandais sont des gars de comptoirs commerciaux. Ce sont des extorqueurs fermes et m?thodiques mais ethno-culturellement translucides. Ce qui compte pour eux, c?est de tenir les cruciales ?les aux ?pices et les routes commerciales maritimes sensibles vers l?Asie profonde et notamment vers le Japon (qu?ils contr?leront commercialement pendant 120 ans, sans s?y implanter culturellement, encore une fois). Les Hollandais, l?impact d?mographique de leur nation ou de leur langue, le pr?chi-pr?cha, le sectarisme, c?est pas leur truc. Ils sont les champions des ?changes commerciaux avec les peuples plus articul?s d?Asie, qui r?sistent sourdement ? l?assimilation coloniale classique (comme en Indon?sie), ou la rejettent s?chement (comme au Japon). Ce sont les premiers grands affairistes occidentaux quasi-invisibles de l?histoire moderne. La culture de tol?rance religieuse des n?erlandais va insidieusement compl?ter le tableau syncr?tique indon?sien et durablement influencer, sans tambour ni trompette, l?intendance de l?Islam local pour en faire un des plus sp?cifiquement tol?rants et ?multiculturels? du monde.

Apr?s 1945 (d?faite de l?envahisseur japonais en Indon?sie), la dictature de Suharto va graduellement se d?ployer, d?coloniser l??le, sortir les Hollandais, et s?installer comme premier grand nationalisme indon?sien. Dictateur adul? mais brutal, Suharto, en place officiellement de 1967 ? 1998, est musulman certes (de la m?me fa?on que Pinochet est catholique, si vous voyez ce que je veux dire) mais l? s?arr?te son ardeur doctrinale. Ce n?est ni un int?griste, ni un islamiste, ni un th?ocrate. Il est bien trop occup? ? militariser la soci?t? civile, servir les grands conglom?rats compradore am?ricains et casser du communiste menu pour s?occuper de religion. En ce temps l?, en Indon?sie, la mairie est un lieu de rigidit? doctrinaire et constabulaire, la mosqu?e est un lieu de souplesse intellectuelle et de combines feutr?es. La riche tradition syncr?tique et tol?rante des multi-insulaires indon?siens s?accommode mal de militarisme et d?autoritarisme. Ces gens sont pauvres, exploit?s. Ils travaillent dur, gagnent leur vie modestement et ne se comportent pas comme des sectateurs. C?est Suharto, sourcilleux face aux ?ventualit?s de mise en place de diasporas commer?antes non-nationales (notamment de souche chinoises) dans ses villes portuaires, qui va instaurer la fiche d?identit? obligatoire incorporant les religions ? cocher. Son administration autoritaire le fera tout prosa?quement, y voyant un indicateur d?mographique stable, parlant, et commode ? g?rer, sans plus. Peu ouverte aux variations et fluctuations historiques, cette fiche n?inclura notamment pas le confucianisme, ce qui fait que maints chinois desdites villes portuaires vont devoir, un temps, se d?clarer ?bouddhistes? pour ne pas faire de vagues involontaires face au court corpus des choix religieux obligatoires d??tat. Cette habitude de recensement un peu boiteuse finira par s?installer et survivra au r?gime Suharto.

Dans l?Indon?sie hautement urbanis?e d?aujourd?hui, tout comme dans ses nombreuses r?gions et sous-r?gions rest?es sauvages et naturelles, l?Islam se modernise et mobilise toute cette tradition de repr?sentations syncr?tiques implicites typiquement indon?sienne qui fait, entre autres, que la charia, malgr? quelques tentatives apr?s la d?colonisation, ne fut jamais retenue comme formule juridique ou gouvernementale. La d?r?liction chemine aussi, compagne sereine de toutes modernit?s, sans faire de bruit, comme ? son habitude. Il faut faire observer que les ?attentats islamistes? contre des int?r?ts touristiques compradore ? Bali en 2002 (ayant tu? 202 personnes, principalement des touristes australiens ? L?ambassade d?Australie fit aussi l?objet d?un attentat ? ceci NB) font un peu tache ici. D?aucun ont voulu y voir le p?tard mouill? d?une internationale islamiste mal implant?e localement et peu enracin?e dans l?hinterland des musulmans indon?siens. On verra ce que l?avenir de la ci-devant Jemaah Islamiyah indon?sienne (fond?e en 1993 par un marchand de batik javanais de souche y?m?nite) nous dira mais, personnellement, j?ai tendance ? fortement seconder cette hypoth?se d?un terrorisme islamiste mais non musulman et pas vraiment trop indon?sien non plus? sauf, quand m?me, dans sa touche assez nettement anti-australienne (plus nationaliste qu?islamiste, donc), bien plus indicatrice, elle, d?enjeux g?opolitiques locaux que nos m?dias d?intox veulent bien nous le laisser croire. C?est ? suivre.

L?int?grisme, comme la tol?rance religieuse, sont affaires historiques, ?conomiques et socio-politiques bien longtemps avant d??tre des affaires religieuses (ou ?th?ologiques?, ayoye). Encore gripp? par le souvenir d?un dispositif politique autoritaire un peu toc, chamarrant ses l?gislations civiles, le syncr?tisme religieux indon?sien, de fait dense, ancien, original, historiquement configur?, n?en reste pas moins souple et sans acuit? conflictuelle effective. Non, l?Islamie ne porte pas ici la burqa odieuse que l?intoxidentale propagandiste lui colle malhonn?tement ? la peau partout ailleurs. M?ditons et observons ce qui se joue et s?annonce, l?-bas, dans les ?les du plus grand pays musulman au monde.

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

« en marche », c’est mal parti !

Se mettre « en marche » avec un caillou dans la chaussure, n’est pas chose facile, mais ...