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Graignes, encore une fois oubliée…

Ce matin, à la radio, j’entendais le début des cérémonies sur le débarquement, pour son 75eme anniversaire, qu’il convient de célébrer, tant cet épisode a été vital, depuis… pour notre vie de chaque jour, ici en France.  Nous devons note liberté à ces gamins venus mourir à vingt ans sur nos plages (1).  On ne peut jamais oublier ça.  J’entendais parler ce matin-là, du rôle de la Résistance française qui aurait été minimisé. Certes, les manuels scolaires n’en font pas encore grand cas, pour la Normandie même. Or il se trouve qu’il y a dix ans déjà, j’avais écrit un texte ailleurs qu’ici, à ce propos, racontant la très belle histoire d’un événement en effet oublié. Ils été repris un peu partout depuis. A l’époque, j’avais souhaité que les présidents Nicolas Sarkozy et Barack Obama viennent célébrer le 65 eme anniversaire en un endroit précis, pour moi l’un des plus beaux symboles de cette guerre. Cette fois encore, il semble que l’on va passer à côté, et ça me désole véritablement. C’est de Graignes dont je parlais, un petit village martyr oublié de tous ici alors qu’aux Etats-Unis il est désormais célèbre, depuis au moins 2007.  Ce qui s’est passé là est en effet tout à fait extraordinaire…
Largués au mauvais endroit 
Mais tout d’abord, laissez-moi vous raconter l’histoire de Graignes, ce petit village martyr inconnu de ses compatriotes. Un village en effet oublié des français, où 32 soldats américains sont morts avec 31 civils qui avaient choisi de ne pas les laisser se faire massacrer. L’histoire terrible de Graignes commence le mardi 6 juin 1944 à deux heures du matin, avec l’atterrissage de 12 planeurs Horsa de 28 places, les planeurs anglais du 507 ème régiment PIR américain de la 82ème division aéroportée, qui, largués un peu trop tard par leurs avions convoyeurs gênés par des tirs de Flak, sont venus se vautrer n’importe comment dans les marais autour de Carentan, alors qu’ils étaient censés se poser à Amfreville, dans la Manche, (à 5 km à peine de St Mère Eglise, bien davantage connu comme fait de guerre notoire). Ils se retrouvent bien trop au sud du point souhaité par leur état major (ils ont atterri bien en-dessous de Carentan !). Destinés à protéger l’arrière des débarqués des plages de la Manche, qui surgissent quelques heures après des flots, ils ne pourront le faire.
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Quand les hommes sortent de leurs engins, dont beaucoup se sont séparés en deux ou trois morceaux dès l’atterrissage (la particularité du Horsa (2)), ils font le point et constatent que leur largage de nuit est un véritable fiasco : ils se sont enfoncés bien trop loin dans les lignes ennemies ! Encerclés, ils peuvent être à tout moment faits prisonniers ou massacrés et n’apporter aucune aide au débarquement proprement dit.
Des hommes isolés, en difficulté
Ce ne sont pas les seuls à être dans le pétrin : leur propre commandant du régiment, le Colonel Millett sera fait prisonnier trois jours après dans les environs d’Amfreville, en tentant sans succès de rassembler ses hommes !
Car avant tout, malgré l’éparpillement des largages défectueux, il faut impérativement se regrouper. Vers 10 heures du matin, un premier lot de 25 paras, dirigé par le capitaine Leroy D. Brummitt, émerge en plein milieu du petit village de Graignes. A midi un deuxième lot arrive, sous les ordres de Major Charles D. Johnson, qui prend le commandement de l’ensemble et décide de rester à Graignes (3), en attendant d’être rejoint par le gros de l’offensive : au Nord, les allemands sont bien trop nombreux, il serait vain de vouloir les attaquer, et Carentan est à 15 bornes au nord, cernée elle aussi par les allemands.
La situation est donc critique pour le bataillon ou plutôt ce qu’il en reste. Pour certains de leurs camarades c’est pire : alourdis par leur charge de matériel (ils devaient installer des positions défensives et étaient porteurs d’armes lourdes), certains se sont noyés dans les marais de la région dès le premier contact avec le sol français, ou plutôt avec ses eaux. Dans les premières heures du débarquement, avec la boucherie sans nom que sont les combats d’Omaha Beach, l’état major allié craint alors pour la suite du débarquement. Tout ne se passe pas comme prévu, loin de là. Les prochaines heures seront cruciales.
Tout le village qui décide de les soutenir

Heureusement, à Graignes, les villageois, tout de suite, ont pris fait et cause pour leurs libérateurs américains et les aident à se positionner au mieux dans le village. L’église est réquisitionnée comme poste d’observation et comme infirmerie. Les hommes disposent d’un très bon équipement de base, de 5 redoutables mitrailleuses lourdes Browning M1919 A-4 de 30 mm pesant 14 kilos, munies de balles perforantes, efficaces jusqu’à 1 000 m de distance, de mines antichars, et même de deux mortiers de 81 mm. Les balles spéciales des mitrailleuses chauffent tellement que seules de courtes rafales sont autorisées, mais leur efficacité est redoutable pour un calibre de ce genre. Vers 17 heures, un troisième groupe les rejoint. A la nuit, d’autres encore.  Au petit matin du jeudi 7 juin, Graignes se réveille avec 182 habitants de plus (170 soldats et 12 officiers – d’aucuns citant 168 et 14).  Les soldats s’entendent parfaitement avec la population locale grâce à leur arme secrète débarquée de loin : le Sergent Benton J. Broussard, un acadien de Louisiane, qui parle le cajun, ce vieux français du XVIII ème (capturé, il sera fusillé par les SS de la 17th SS Panzergrenadier Division. Ici à gauche le télégramme annonçant son décès envoyé à sa mère et là l’acte précisant où il a été enterré  : près de Saint-Lo, ses parent le rapatrieront à Crowley en 1949). L’homme fait merveille, servant d’interface entre les soldats et le dynamique maire Alphonse Voydie qui répartit avec autorité les tâches de ses concitoyens : ravitaillement, surveillance et ramassage des armes éparpillées un peu partout. Dans un discours flamboyant tenu au milieu de l’Eglise, le maire a en effet demandé à tous ses concitoyens d’aider le plus possible les américains. Et tous l’ont suivi dans un même enthousiasme, malgré les craintes évidentes de représailles en cas d’arrivée des allemands. Au premier rang d’entre eux, Germaine Boursier, l’épicière, qui organise dans sa « maison rouge » et en moins de deux toute la logistique du ravitaillement de troupes en recrutant toutes les cuisinières du village. Les soldats, dont on craint le sacrifice, sont choyés par tout le village. Les deux nations, par l’intermédiaire des paras et des villageois font bien cause commune contre l’occupant nazi. C’est peut être le meilleur exemple d’une unité bâtie sur l’instant, sans se poser de questions. Les deux acceptent de prendre tous les risques, en se les partageant sans jamais rechigner.  Graignes est bien en cela un symbole franco-américain fort, sinon le plus fort de tous ces événements tragiques liés au débarquement.

Retrouver d’abord les armes parachutées

Tous les villageois ont bien compris le problème des américains déjà encerclés avant même de bouger, et décident de les aider à défendre le village, et à en faire un vrai camp retranché, en partant à la pêche aux munitions perdues disséminées dans les environs : les américains leur ont expliqué qu’il leur manque des containers d’armes, largués sous parachutes par les bombardiers accompagnateurs et perdus dans les marais (ici ce sont ceux ramassés par le maquis de Saint-Marcel, près de Malestroit, dans le Morbihan). Bateaux, charrettes, tout est bon alors pour retrouver les cylindres magiques, les ouvrir, et prendre les armes ou les explosifs et les cacher dans des charrettes sous du foin, du fumier, ou de l’engrais. Et passer ainsi au nez et à la barbe des contrôles allemands qui eux aussi cherchent la même chose. Dans la pêche miraculeuse, les gens de Graignes ramassent même des parachutes : c’est de la soie véritable, et en pleine guerre c’est une denrée extrêmement rare (ici à droite un des parachutes retrouvés à Graignes). De la soie est collectée dans les deux jours qui suivent, mais aussi de nouveaux mortiers et d’autres mitrailleuses de 30mm qui pèseront lourd dans les heures à venir. Graignes devient un autre Fort Alamo, comme le disent avec fierté et patriotisme les historiens US.

Premiers heurts avec les allemands

Le samedi 10, au petit matin, quatre jours déjà après le débarquement, des accrochages se produisent avec les troupes allemandes sur des avant-postes de Graignes.  Sur l’un des cadavres de soldats allemands, les paras découvrent un document précisant le mouvement prochain d’une division blindée, la 17eme SS Panzergrenadier Division, ce qui n’augure rien de bon (c’est elle qui a ravagé Maillé, le ). Ce sont des Waffen SS, c’est-à-dire des nazis directement sous les ordres d’Himmler. Parmi les pires. Le lendemain, dimanche 11 juin à 10 heures, ils arrivent dans le village et la messe de 10 h qui se tenait en présence des soldats US est vite interrompue par des explosions et des tirs, et une énorme explosion, celle du pont à l’entrée de la route menant au village (à droite, c’est le prêtre le Blastier, un des deux qui seront assassinés). L’arrivée des allemands est repoussée, mais pas pour longtemps. En début d’après-midi, un déluge d’obus de mortiers s’abat sur le village. Le lendemain, à 7 h, ce sont des tirs de 88, venant de deux affûts visibles des jumelles du commandant américain (ici à gauche un 88 détruit et abandonné). Le signe précurseur d’un terrible assaut qui va durer jusqu’à la nuit. Les américains font plus que résister, à plus d’un contre dix, et infligent des pertes énormes aux allemands. On parle de plus de 800 victimes, voire 1200, dans leurs rangs. En fin d’assaut, les mortiers américains sont quasiment utilisés à tir rasant :  les paras du 507 ème se battent avec l’énergie du désespoir.  Ils perdent deux officiers, le lieutenant Farnham et le Major Johnson, celui qui dirigeait l’unité, tous deux tués par un tir d’obus de 88, ont des blessés et une dizaine de morts, et dans la nuit décident de quitter le village pour rejoindre les marais.

La fin et la sauvagerie allemande

Le lendemain, lundi 12, les nazis l’envahissent, foncent dans l’église et font tout d’abord prisonniers les blessés restés sur place. Ils sont tous emmenés, avec leur officier le capitaine Sophian (4), et tous fusillés ou noyés dans les canaux environnants.  Mais cela ne suffit pas à assouvir leur vengeance : ils entraînent les deux prêtres présents, le père Leblastier et le franciscain Lebarbachon et leur logent une balle dans la tête.  Une jeune fille de 18 ans, Madeleine Pezeril et une petite fille de huit ans, à peine, Eugénie Dujardin, sont tuées sauvagement dans leur lit. Ils fouillent toutes les maisons, les 44 otages retenus la veille ayant refusé de coopérer pour dénoncer les aides dont les américains ont bénéficié. Le mardi 13 juin, n’ayant rien obtenu des villageois restés muets, fous de rage, ils incendient l’église, brûlant les corps des deux prêtres, de la jeune fille et de l’enfant assassinés, et incendient 66 autres maisons du village et en endommagent irrémédiablement 159.

A leur départ, l’école et l’église de Graignes n’existent plus, le village n’est qu’une ruine fumante. C’est un autre Oradour et un autre Maillé, la signature des SS aux abois en 1944 dans le pays. Au total, ils laissent derrière eux 63 morts.  Seul le clocher du XIIème siècle resté debout défie toujours l’occupant.`

Les rescapés américains et la Résistance locale

Mais dans leur haine meurtrière, ils passent fort heureusement à côté d’un groupe de paras US fort de 21 hommes, réfugiés dans une grange, sous la protection d’une famille de Graignes, celle des Rigault. Elle contient ces soldats partis se réfugier dans les marais et revenus en espérant un soutien que la population, malgré les menaces de terribles représailles, leur offre instantanément. Ils y restent dans un silence total pendant 2 jours encore, interrompus par une visite des allemands, qui perce le plancher où ils se cachent à la baïonnette, mais sans succès. Le jeudi 15, dans la nuit, le maire leur propose de partir via les marais, sur un petit bateau à fond plat dirigés par un gamin courageux de 15 ans, Joseph Folliot (à gauche ici c’est Marthe et Jean Claude Rigault, enfants, qui chercheront avec leur père les containers dans les marais). Deux heures plus tard, ils abordent en territoire contrôlé par les leurs. Sur les 182 soldats présents à Graignes, 150 s’en sortiront vivants ! Grâce à l’incroyable solidarité des villageois qui ont perdu à une personne près autant d’habitants que les américains de parachutistes ! Mais leur belle et terrible histoire restera totalement inconnue du grand public pendant des années. Il faudra même attendre 1984 pour que les villageois apprennent que les 21 de la grange des Rigault s’en sont tous sortis vivants ! Deux années plus tard, deux anciens officiers rescapés du 507ème, Frank Naughton âgé à l’époque des faits de 24 ans seulement, et le premier lieutenant « Pip » Reed obtiennent des autorités américaines la reconnaissance de la bravoure des habitants de Graignes. Le 6 juin 1986, revenus sur l’emplacement même des vestiges de l’église du village, ces officiers américains décorent 11 villageois du Distinguished Civilian Service, dont Odette et Marthe Rigault (ici à gauche à sa communion), et 5 à titre posthume et inaugurent la plaque de marbre où sont inscrits les noms des 63 martyrs. Il aura fallu 42 longues années pour y arriver et saluer dignement le sacrifice du village.

Un oubli historique

Les autorités françaises, elles, semblent avoir quelque peu oublié l’héroïsme des habitants.  Seul un mémorial avait été inauguré dès le 12 juin 1949 en présence de l’ambassadeur américain de l’époque, David Brüce, après que l’état français ait accordé l’année précédente la Croix de Guerre au village pour sa résistance et sa bravoure.  Le fait est que ce sont les américains qui ont le plus évoqué le village martyr, en définitive.  Il y a quelques années de cela, le musée d’aviation de Georgie, dédié au 507ème, décide de réaliser un film pédagogique sur cet événement, après le film de 50 minutes réalisé en 2004 par History Channel, intitulé « D-Day, the secret massacre«  qui avait déjà fait connaître les faits aux USA. Les américains du musée contactent le maire, Denis Small, et une association française de férus d’uniformes militaires, les « Yankees« , pour jouer le rôle des soldats US.  Ils sont très crédibles, ayant depuis des années participé à moult rassemblements et commémorations et déjà participé à des films, dans un esprit qui n’a rien à voir avec ce qu’on avait décrit ici d’autres groupes du même genre et leurs déviations condamnables.

Un film en hommage

Le tournage a eu lieu les 20 et 21 juin 2007. La post-production va prendre environ une année au réalisateur David Druckenmiller. Utilisé comme support pédagogique au musée de l’aviation Warner Robins, le DVD «  Papa said, “We should never forget.” est mis en vente le 11 février 2009 au grand public. En 24 minutes, une petite habitante des lieux raconte dans un anglais (c’est la fille du maire !) parfait l’odyssée de la 507ème ; en jouant le rôle d’Odette Rigault, alors âgée de 19 ans, celle qui avec sa sœur Marthe, à peine 12 ans, était allée à la pêche aux munitions à la barbe des SS. Un petit chef d’œuvre pédagogique pour tous publics, plein de respect et sans sentimentalité excessive. A la fin du film, Odette His et Marthe Lelavechef apparaissent réellement. Au cas où des esprits mal intentionnés auraient pu être tentés d’imaginer que tout cela n’était que fable (il en existe, hélas !). Dignes, très dignes, elles saluent la mémoire de tous les habitants, et de leurs descendants, qui ont rejoué avec enthousiasme en ce mois de novembre 2007 l’histoire qui a été la leur. Très émouvant !

Désormais connue aux Etats-Unis (enfin pas par tous encore), Graignes reste toujours ici une inconnue.  En France, il faudra en effet attendre 2005 et le colloque de Saint-Amand-Montrond (dans le Cher) tenu par la Fondation de la Résistance pour qu’apparaissent visiblement les noms de Maillé et de Graignes.  Son compte rendu ne sera mis en ligne qu’en 2007.  L’endroit du colloque avait été soigneusement choisi : en juillet 1944, des dizaines de juifs de Saint-Amand-Montrond y avaient été massacrés, et 36 jetés vivants dans les puits de Guerry par des gestapistes mais aussi par La Milice française qui les avaient arrêtés (lire ici le dossier de « La Shoah dans le Gers », à droite, c’est Charles Krameisen, le seul rescapé). Des français ayant choisi l’idéologie des nazis et qui ont commis avec eux les pires atrocités : « En somme parmi les dix plus grands massacres de l’été 1944, dans neuf cas les auteurs provenaient de la Waffen-SS ou de la Sipo/SD » (la Sicherheitspolizei ou Police de sûreté, créée dès 1936, dont fait partie la Gestapo) dit le rapport. Sur Graignes, le colloque retient surtout les exactions : « à Graignes, dans la Manche, le 9 juin, un détachement de la 17 division SS achève une dizaine de parachutistes américains blessés qui n’avaient pu évacuer à temps le village, ainsi que deux femmes et deux prêtres qui leur avaient porté assistance » confirme sobrement le compte-rendu du colloque. C’est tout ce qu’on en saura (en se trompant de date !). Graignes reste toujours ignoré du grand public. Comme avant lui Maillé, redécouvert et salué, enfin, par le Président de la République de l’époque, Nicolas Sarkozy.

Le drame de Graignes a été l’objet seulement de chapitres de livres dont un survivant du 507ème, inclus dans la 82ème division, Frank P. Costa, Sr (âgé de 91 ans en 2009) qui en évoque la teneur dans un émouvant témoignage noté par son fils, la santé de son père déclinant. L’homme, en particulier, y explique l’histoire du pont qu’il fera sauter au dernier moment pour ralentir l’avancée de la colonne blindée allemande, son dégoût d’avoir dû tuer des ennemis, et ce qu’il est advenu des si précieux parachutes : « un costume de communiante…celle de Marthe Rigault, et une superbe robe de mariée, qui ont servi juste après guerre, et qui existent toujours ! « . La robe de mariée d’Odette Rigault, que le parachutiste appelle par mégarde « Yvette ». « Nous avons appris, un an après la guerre, qu’Yvette s’est mariée. Elle a cousu sa robe de mariée à partir du nylon blanc d’un parachute sauvé de la bataille de Graignes. Elle nous a montré les photos de son mariage. Elle a toujours la robe de mariée ». Formidable dénouement pour cette extraordinaire et si tragique page d’histoire ! Pour préciser, deux robes de mariée ont été taillées dans les parachutes retrouvés après le départ des troupes US :

La guerre n’était pas finie pour autant

Après Graignes, le 507ème qui a rejoint les troupes américaines le 15 juin, continuera son chemin, repartira en Angleterre après 33 jours de combats sans relâche, et repartira pour une autre incroyable opération aérienne après s’être basé et entraîné à Reims, près de Mourmelon, puis à Châlons, et ce, après avoir sécurisé le Luxembourg pour protéger la poche des Ardennes. C’est l’opération Varsity, le parachutage sur les rives du Rhin, la plus grande opération aéroportée de tous les temps. Les planeurs américains Waco (moins bien conçus, beaucoup plus légers !) se mêlant davantage aux Horsa anglais. Un vrai cas d’école militaire : en quatre heures et demi de violents combats, le chemin de la Ruhr était ouvert, et un autre Omaha Beach évité. Le 10 avril 1945, le 507 ème était à Essen, au siège de chez Krupp. Plus que quatre mois de guerre, et Hitler tombait.

 

Complément : un des acteurs du film interviewé :

En complément du texte sur l’incroyable histoire de Graignes, je vous propose cette interview de l’équipe nordiste des « Yankees », qui a gentiment accepté de revenir sur sa participation (fort réussie) au film de David David Bruckenmiller, sur la base du livre de l’historien Eric Groce, qui participe dans le film en faisant visiter Graignes et en interviewant deux des héroïnes de l’histoire. Cette interview nous éclaire sur les motivations de ces groupes de reconstitution historiques, parfois mal perçus par certains en raison d’excès notoires de groupuscules à l’intérieur de certains.  C’est un peu le même problème que d’autres ont évoqué ici avec le pillage véritable de certains haut lieux de l’histoire des combats, auxquels se livrent des gens équipés de matériel de détection de matériaux ferreux.  Re-jouer l’histoire est-il une nécessité ?  Au vu de la méconnaissance de certains écoliers, c’est une évidence, dans une société ou le ludique a pris le pas sur l’apprentissage contraignant.  Nos désormais célèbres « yankees » vivent une passion, et participent à un devoir de mémoire que tout pays civilisé doit maintenir.  Ils prennent sur leurs loisirs pour le faire, et ne sont pas pour autant des militaristes à tout crin comme on pourrait le croire à les voir soigner autant leur uniforme ou les détails de leur reconstitution.  Ils font œuvre d’histoire, à leur façon, et viennent d’être reconnus par les aînés qu’ils représentent avec pas mal d’humilité, à les entendre.  Ecoutons-les donc nous raconter comment ils en sont arrivés là, et à nous rappeler cet événement exceptionnel qu’a été le martyr du village de Graignes.  A vrai dire, sans eux, personnellement, j’en serais encore à ignorer totalement ce qui s’y est passé, et qui nous rappelle d’une certaine manière ce qui s’est passé à Maillé ou à Oradour.

-Depuis quand existez-vous, et avez-vous des anecdotes sur vos rencontres au début ?

« Le groupe est né d’un rassemblement de membre d’une autre association qui voulait aller plus loin dans le respect et la reconstitution. Nous étions 6 passionnés. Lors de notre premier voyage en Normandie en 1994 pour le cinquantième anniversaire, nous voulions faire plus que d’exposer le véhicule sur une place ou à coté d’un monument. Nous avons commencé par nous trouver les uniformes. On ne trouvait pas de reproduction à cette époque. Les expositions s’étoffaient alors de matériels et d’équipements qui plaisaient au public. Les sorties se multipliaient et notre formation commençait à être connue et reconnue. En 1998, nous avons participé à l’avant-première du film de Steven Spielberg, « Il faut sauver le soldat Ryan ». En tenue, nous avions accueilli les premiers spectateurs et avions eu la primeur de voir le film qui devait être un tournant dans l’histoire du cinéma. Durant le premier quart d’heure, nous étions mal à l’aise, nous posant même la question de savoir si nous méritions de porter cet uniforme. La réponse nous l’avons eu plus tard lorsque nous avons rencontré des vétérans du jour le plus long. En 2004, notre souhait, pour notre grand retour en Normandie, était de faire de notre déplacement un souvenir plus instructif à celui fait 10 ans plus tôt. Le groupe s’était agrandi depuis, nous étions une quinzaine et un tel périple coûtait cher. Plusieurs jeunes nous avaient rejoints jusqu’au point de former une troupe d’infanterie et il fallait trouver le moyen d’emmener un maximum de monde. Nous souhaitions que chacun puisse profiter du voyage. Les plans de l’association de l’époque ne le permettaient pas. Nous avons donc, en parallèle, fait le déplacement en Normandie pour trouver une Municipalité qui voudrait bien nous accueillir. C’est là que nous avons fait la connaissance de Longueville, petite commune du Calvados située sur la RN13, qui n’avait jamais rien organisé depuis 60 ans. Le pari d’organiser une marche commémorative et une cérémonie était osé mais fût une réussite qui restera un point fort dans nos souvenirs. En partenariat avec une association de La Madeleine pour l’occasion, le groupe d’infanterie manquera même le 6 juin pour prendre la route en bus en direction de l’Aisne pour rehausser une cérémonie dont le budget permettra de contribuer à nos frais de déplacements ».

-Parlez-nous de Graignes, si vous le voulez-bien : c’est une portion d’histoire exceptionnelle a laquelle vous avez été invités à participer…

« Les YANKEES commencent à être reconnus dans le Nord de la France. Chaque année, nous nous rendons en Angleterre afin de participer au plus grand rassemblement de collectionneurs de véhicules et de groupes de reconstitutions d’Europe. Nous nous rapprochons d’un groupe organisateur britannique et d’année en année, nous permettant de participer aux spectacles et expositions qui nous permirent d’avoir les honneurs de la presse spécialisée. C’est par ce biais que nous avons été contactés pour participer à un tournage de docu-fiction en Normandie pour la télévision américaine History Channel. Le tournage eut lieu en février 2004 dans le village Graignes dans la Manche. L’histoire, alors inconnue du public, nous toucha particulièrement. Alors que la série « Band of Brothers » était annoncée, les uniformes aux couleurs de la 101ème division et surtout du 506ème régiment fleurissaient. Nous avons pris le parti d’honorer le 507ème régiment, celui qu’on appelle régiment oublié. Avec la compagnie C du deuxième bataillon de Rangers, ce sont les couleurs que nous portons au plus haut pour que chacun sache que le sacrifice des jeunes de 20 ans pour libérer un pays qu’ils ne connaissent pas, se doit d’être ancré dans les mémoires afin que jamais de tels événements ne se reproduisent. En 2005, sur invitation d’un historien qui accueillait des vétérans, nous escortions la délégation durant leur pèlerinage. Durant la cérémonie d’adieu, nous avons rendu les honneurs aux anciens combattants. L’un d’entre eux s’est alors adressé à nous au nom de tous en disant : « Laissez nous à notre tour vous saluer, messieurs, car grâce à vous nous savons que vous contribuez à ce que l’on ne nous oublie pas ». Ils se mirent au garde à vous et nous saluèrent tous et nous pouvons alors dire que c’est à cet instant que nous avions la réponse à nos doutes ressentis en 1998. Chacun sait maintenant pourquoi il porte cet uniforme. Ce jour restera l’un des plus émouvants que nous ayons connu. Notre structure devenait imposante et la question de créer notre propre association se posait. Suite à la réussite de notre partenariat en Normandie avec l’association U.S.A.R.G. de La Madeleine (près de Lille), l’offre d’intégrer l’association en tant que département indépendant fût acceptée à l’unanimité. Les YANKEES sont aujourd’hui environ soixante, de tous types sociaux et âges confondus. Ces graphistes, commerciaux, psychiatres, étudiants, patrons et autres sont bien déterminés à rester dans l’esprit de départ sur l’amitié et le respect de l’histoire ».

– Qu’est ce qui vous motive ? L’histoire, les uniformes ou le goût de l’armée ?

« Les motivations sont diverses. L’état d’esprit reste le moteur du groupe. Le goût de l’Histoire est pour beaucoup l’intérêt premier, mais c’est surtout la passion de pouvoir la transmettre aux autres en présentant aux jeunes et aux moins jeunes ce qui nous anime : l’Histoire Vivante. L’histoire est une base sur laquelle des recherches sont sans cesse faites. En 2009, soixante-cinq ans après le débarquement, nous trouvons encore des informations, nous faisons des rencontres qui nous permettent d’enrichir notre savoir et ainsi le communiquer au plus grand nombre. Chacun arrive chez les YANKEES avec sa source d’inspiration. Un casque trouvé dans le grenier du grand-père, un livre, un film ou tout autre voyage… La diversité des membres vers un même objectif laisse à penser que celui qui connaît les véhicules sur le bout des doigts ou celui qui connaît les uniformes apporte autant au groupe que celui qui n’apporte que sa motivation ».

– Si l’on vous critique en vous taxant de militaristes, que répondez-vous ?

« Que pourrions-nous répondre ? Il est bien difficile de répondre à telle accusation car il s’agit, le plus souvent d’une accusation plutôt que d’une critique. La critique est constructive. Il nous est arrivé d’être critiqué et nous avons corrigé nos défauts sur la qualité de nos prestations. Aujourd’hui encore, nul n’est parfait. Pour l’accusation de militarisme, il n’y a pas de meilleur moyen que l’action pédagogique que nous faisons lors de nos prestations ».

– Comment faites-vous si dans votre groupe débarque un admirateur d’Hitler ?

« Une période probatoire de un an est prévue dans nos statuts. Pour tous les motifs contraires à notre déontologie, nous avons mis en place un règlement strict permettant de nous séparer d’une personne qui ne correspondrait pas à notre esprit ».

– Comment cela se passe-t-il pour vous ? Combien de temps cela vous prend de vos loisirs ?

« La gestion d’une association est la même que pour entreprise à la seule différence que cela doit rester un loisir pour tous. C’est une gestion permanente. Heureusement, il y a un noyau dur sur lequel on peut compter à chaque instant ».

– Travailler avec un réalisateur américain, c’est facile ?

« Il est nécessaire de faire ses preuves avant de pouvoir être contactés. Le sérieux d’un groupe est sa meilleure carte de visite. Sur un tournage, les plateaux américains et les directeurs en particulier sont stricts. Ils savent où ils vont sans détours comme les français. Seuls les moyens changent. C’est la patience qui doit être de mise lors d’un tournage. 90% d’attente pour 10% de tournage, dans tous les cas ».

– Vous ont ils faits des remarques sur votre souci du détail ?

Les directeurs sont très reconnaissants du travail fait pour leur œuvre. Ils ne manquent pas de remercier chacun des figurants à la fin du tournage. Jamais nous n’avons été déçu d’un tournage et réciproquement.

– En moyenne, un tournage c’est combien de temps ?

« Un tournage peut durer une journée ou un mois pour un long métrage mais en moyenne c’est sur un week-end pour un docu-fiction ».

– Est-ce possible cette passion en famille ? Qu’en pensent vos épouses ou vos compagnes ?

« Sans un accord familial, la passion est impossible. Certains ont leur compagnes qui les « accompagnent », d’autres ne partagent pas la passion mais viennent lors de réunions plus familiales. D’autres encore sont passionnés et recherchent activement des documents ou des informations pouvant concerner le rôle des femmes dans la seconde guerre ».

– Quelles sont vos relations avec les anciens combattants ? Vous critiquent-ils ? Pourquoi parfois ça coince ?

« Nous avons un soutien particulier avec les anciens combattants du Nord (UNC – Mémoire Vivante). Les responsables partagent au plus haut point notre action pédagogique et nous sollicitent à plusieurs occasions. Pour les anciens combattants américains, tout est dit plus haut. Pour nous tous, leur témoignage oral est une priorité. Les détails qu’ils peuvent nous transmettre sur ce qu’ils ont vécu n’apparaissent dans aucun livre. C’est à la fois pour eux mais surtout par eux que nous exerçons notre activité ».

– Est-ce un loisir coûteux ?

« C’est un loisir, et comme beaucoup de loisirs… On ne peut pas cacher que ça coûte de l’argent. Depuis quelques années, le « business » est florissant et fluctuant laissant le champ libre aux marchands qui surfent sur la vague de la demande. Nous disons toujours aux jeunes qui débutent, ne vous pressez pas vous y laisseriez votre argent. Il y a toujours quelqu’un pour prêter du matériel de sa collection à un jeune qui débute dans la mesure du raisonnable bien-sûr ».

– Comment faites-vous ? Pendant les vacances, des congés, des week-ends ?

« Chacun gère son temps comme il le peut. Généralement, nos sorties se font le WE. Il n’y a que les plus gros déplacements qui nécessitent de prendre des congés. Ces déplacements sont toujours à date fixe, ce qui nous permet de prévoir à l’avance » .

– Citez des livres, des films ou des émissions qui vous ont donné le goût de le faire :

« Ce sont les films à gros budgets avec un un énorme renfort de pub qui ont le plus la côte. Le film « Le jour le plus long » reste la référence des quadra comme « Ryan » ou « Band of brothers » pour les plus jeunes. De nombreuses productions moins connues sont très interessantes, on peut citer notamment la série « The War » diffusée il y a peu sur nos écrans ».

– Avez-vous suivi l’affaire « Vent d’Europe » (5), qu’en pensez-vous ?

« L’affaire était prévisible depuis plusieurs années. Celui qui est dans le « milieu » et qui se serait étonné de découvrir ce qui est arrivé devrait revoir ses convictions ou ses attentes. Depuis plusieurs années, les reconstitutions de batailles avec des groupes allemands voyaient le jour. Le plus impressionnant c’était de voir que ces groupes choisissaient de porter les insignes SS. Ce choix-là devait déjà être une alerte. Le port de l’uniforme nazi est très délicat. Le moindre écart est punissable. A la limite de la légalité, le jeune qui choisit de constituer une tenue allemande rejoindra tôt ou tard un groupe. Souhaitons-lui de bien tomber car des bons groupes, il y en a. Le fin mot de l’histoire, c’est que tous les groupes et collectionneurs sont touchés par l’affaire. Il fallait être en Normandie en juin 2008 pour s’en rendre compte ».

– Que peut-on faire pour l’empêcher ?

« Ça peut paraître bizarre, mais le fait d’autoriser en encadrant pourrait être bénéfique pour tous. L’interdit attire les extrêmes ».


– Quels sont vos projets ou vos prochains contacts ?

« Nous préparons depuis plusieurs mois notre prochain déplacement pour le 65ème anniversaire en Normandie. Un périple d’une semaine avec un programme qui s’étoffe encore aujourd’hui ».

– Que dire à des jeunes qui voudraient vous rejoindre ?

« Nous dirions à un jeune qui souhaite nous rejoindre que nous sommes, avant tout, à son écoute. Mais c’est à lui de nous prouver sa et ses motivations car, on est YANKEES par son état d’esprit pas par envie ».

(1) certains sont morts hélas, avant même de traverser la Manche dans l’effroyable désastre de la plage de Slapton Sands, expliquée ici.

(2) si vous voulez en voir un, il faut vous rendre en Bretagne au célèbre Pégasus Bridge, où est exposé un de ses fuselages de l’équipe fort courageuse du major John Howard, arrivée 6 heures avant le débarquement :

 

(3) le maire du village (devenu Graignes-Mesnil Angot) depuis 1995 est anglais d’origine, il s’appelle Denis Small. C’est aussi une autre caractéristique étonnante de ce village extraordinaire ! On le salue ici au passage pour ses quatre mandats d’affilée !!! C’est sa propre fille, Justine, qui avait joué dans le film le rôle d’Odette Rigault.

(4) Ici dans Warfare History, le récit des actions allemandes : « à la fin de l’assaut final, les hommes du 1er bataillon, SS Pz. Gren. Rgt. 38 ont pris d’assaut l’église et ont trouvé le poste de secours du capitaine Sophian. Ils ont ensuite forcé le capitaine et tous les blessés à l’extérieur, où ils ont été divisés en deux groupes et ont quitté l’église. Un groupe (neuf soldats) a été emmené vers le sud et l’autre groupe de cinq soldats a été emmené au bord d’un étang peu profond derrière le café de Madame Boursier. Au bord de l’étang, les Allemands ont attaqué les blessés à la baïonnette et jeté leurs corps dans l’eau. L’autre groupe de 507e parachutistes a été contraint de marcher deux milles plus au sud jusqu’à un champ situé près du village de Le Mesnil Angot. Là-bas, les neuf hommes ont été abattus puis enterrés dans des fosses peu profondes. Lorsque le 1er bataillon de SS Pz. Gren. Rgt. 38 a fait des prisonniers sur la colline à la fin de la bataille, trois de ces prisonniers étaient des officiers. Le capitaine Sophian (ici à droite) a été capturé non blessé à son poste de secours et le capitaine Bogart et le major Johnston ont été retirés, blessés mais toujours en vie, des décombres de l’École des garçons. Les trois hommes ont été conduits à trois milles au sud-ouest du village de Tribehou, où ils ont été interrogés pendant plusieurs heures, puis exécutés. Leurs corps ont été jetés le long de la route de la Terrette (aujourd’hui J57). Les restes du major Johnston n’ont été retrouvés qu’après la guerre. Mais l’exécution de parachutistes n’a pas été la fin des atrocités qui ont suivi la conclusion de la bataille de Graignes. Une fois au sommet de la colline, les soldats de la 17e SS se rendirent au presbytère pour imposer une punition pour avoir aidé les Américains. Ils savaient que le clocher de l’église avait été utilisé comme poste d’observation pendant toute la bataille et ils sont partis à la recherche des personnes qui l’avaient permis. Quand ils ont trouvé le père Leblastier et le père Lebarbanchon dans leurs quartiers, ils les ont traînés dans la cour et les ont abattus tous les deux. Les Allemands n’ont pas fini. Ils ont ordonné à tous les civils encore présents dans le village de l’évacuer. Eugenie Dujardin et Madeleine Pezeril, toutes deux gardiennes au presbytère, avaient prévu de laisser Graignes ensemble dans une charrette tirée par un cheval, mais le 6 juillet, en quittant le village, leur vieux cheval malade est mort et elles ont échoué. Une patrouille allemande, traversant le village le lendemain, a retrouvé les femmes et les a abattues toutes les deux parce qu’elles n’avaient pas obéi à l’avis d’évacuation. Malgré la violente bataille, l’exécution brutale de prisonniers américains et le meurtre des deux prêtres français et des deux femmes, plus de 100 parachutistes ont survécu. Les troupes du capitaine Brummitt ont traversé le marais sans incident cette nuit-là et ont pris position dans une haie dissimulée au sud de Carentan peu avant l’aube du 12 juin. Peu de temps après, un autre groupe dirigé par le capitaine Richard H. Chapman et le lieutenant Frank Naughton (ici à gauche dans les Ardennes) les rejoignit, portant le nombre total à 80 soldats du 3ème Bataillon, 507ème PIR, 7 de la Compagnie B, 501ème PIR, 101ème Division, plus les deux Espagnols et un citoyen français. Ils ont atteint la sécurité des lignes américaines le lendemain matin ».

Les SS allemands commettront d’autres crimes de guerre, et le 507th Parachute Infantry Régiment a payé un autre tribu : largués vers Sainte-Mère-Eglise, sur la Drop Zone T. à 2h44 du matin les, 14 paratroopers du 1/507th ont atterri dispersés aux abords du Ham, dont Ashton J. Landry. Ils viennent d’être largués par le C-47 N°42-92382, piloté par un dénommé Moynihan (il deviendra OK-WDC après guerre et il s’écrasera à Prague en 1948), l’avion portant le « chalk number » 17. Près d’Hémevez (il l’apprendront plus tard), Landry partit en patrouille avec Charles L. Wright et Paul D. Moore pour retrouver le reste du « stick ». Ayant entendu des tirs au loin, il découvrent un massacre : sept des leurs, faits prisonniers et désarmés avec certains encore les mains sur la nuque qui viennent juste d’être abattus à la mitrailleuse. Ce sont Daniel B. Tillman, Robert G. Watson, Anthony J. Hitztaler, Robert E. Werner, Delmar C. McElhaney, Andrew W. Kling, et Elsworth M. Heck. Ils retrouveront un habitant, Pierre Renault, qui a assisté au massacre. En discutant à Graignes avec Henri Thiebot, ils auront confirmation du nom du village et de l’endroit précis où ça s’est produit: Hémevey. Le maire d’Hémevey, Emile Lainé, avec Ernest Mouchel, Ernest Esnouf, Roland Robiole et Jeanne Lequertier extrairont après les corps de la fosse où ils avaient été jetés pour les ré-enterrer plus dignement.  Il accompagnera ce jour-là (ici à gauche) les enquêteurs américains lors de leur recherches sur leurs assassins en l’occurrence les hommes du major Félix, mais le sort demeure de ce dernier demeurera très flou : il aurait été exécuté, pense-t-on.  En 1994 on installera une stèle à leurs noms dans le cimetière du village.

(5) c’est une autre histoire, celle de personnes d’extrême droite admiratrices d’Hitler venues proposer de participer aux défilés en arborant des uniformes allemands, par souci de diversité selon elles. Ça avait tourné à la foire d’empoigne, ou à des beuveries en vert de gris et l’organisateur de la journée du souvenir à Omaha Beach, l’avocat Olivier Brane, avait été contraint de les exclure définitivement. Le slogan de l’époque était aussi « France will never forget » … Peu de temps après (en 2007) ses bureaux parisiens (Boulevard Malesherbes et non rue Malesherbes !) recevaient une bombe qui avait tué sa secrétaire et l’avait gravement blessée.  Ses bureaux jouxtant à la fois ceux du musée parisien de la Shoah et ceux de Sarkozy (pour qui il travaillait aussi), ça avait affolé tous les policiers de France et les fascisants montrés du doigt. Trois ans après en 2010 l’enquête n’avait toujours rien trouvé... mais en 2013 une piste semblait s’ouvrir.  Le colis piégé portait un papier sur lequel était inscrit « En souvenir d’une affaire immobilière compliquée »…  Depuis, rien n’a avancé en fait et l’avocat a sorti un livre en 2018 sous sa plume intitulé : « Copropriétés en difficulté Constats et Solutions France/Québec/Belgique ».  L’article avait eu aussi d’autres conséquences, dont je vous parlerai peut être ici un jour.

A la fin je citais le détective privé de Sarasota, Bill Warner, devenu chaud partisan de Trump depuis (il a néanmoins trouvé de bonnes pistes entre-temps: celle notamment des reventes de voiture d’occasion de Floride aux Emirats, un commerce juteux, qui dérive vite vers la fourniture à des extrémistes, et a très suivi aussi le cas de Ruddy Dekkers, l’avionneur de Floride de Mohammed Ata !!) . Or ce même Warner a révélé une chose assez extraordinaire sur son blog.  Son propre père, Robert, parachutiste à la 82nd Airborne, justement (ici à droite) était lui aussi à Graignes, en 1944 !  Mieux encore :  ils étaient 4 frères Warner à se battre à cette époque : outre Robert, il y avait James, Harry et William Warner, trois participants au D-Day !  C’était Band of Brothers avant l’heure (cf ci-dessus).  Or le père n’en avait jamais parlé à son fils !!!

 

Comme sources, outre celles citées, on peut aussi évoquer le film « D-DAY : « Down to Earth, return of the 507th » en 2004 déjà de David Druckenmiller et Phil Walker (à voir ici aussi). On peut citer aussi les ouvrages de Dominique François « The 507th Parachute Infantry Regiment  » et « Down to Earth » de Martin K. Morgan.  Trois documentaires américains ont été tournés à Graignes en 2004, auxquels ont participé des habitants, dont François et Nathalie Guillaumont. En France, le groupe historique des Yankees a choisi de représenter et d’honorer le 507ème en véhiculant le message de son sacrifice. Graignes, village martyr, oublié des français, mais pas des américains ?

On peut compléter avec la lecture de « Tragedy at Graignes »  l’histoire du capitaine Bud Sophian, sorti en 2011 (après la rédaction initiale de ce texte), signé Margaret R and Dennis S O’Leary,  l’histoire du médecin qui avait refusé de quitter ses blessés et qui sera lâchement abattu par les SS, avec tous ses soldats.

 

 

 

Les rendez-vous prévus :

http://www.ot-baieducotentin.fr/d-day-1944/75eme-anniversaire-debarquement-programme-juin-2019/

http://www.dday-anniversary.com

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2 Commentaire

  1. avatar

    Le Pegasus Bridge est à Bénouville, dans le Calvados en Nomandie, non en Bretagne.

  2. avatar

    erreur en effet, désolé…. j’ai confondu chouchen et calva !

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