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Gouverner ? contrat ?

Dans beaucoup de pays, on s’interroge de plus en plus fr?quemment sur la repr?sentativit? de la d?mocratie que nous avons. Non pas seulement sur les d?rives ?videntes qu’elle permet – et qui sont de l’essence du pouvoir qui est donn? au peuple – ni sur les manipulations effront?es dont le processus ?lectoral peut faire l’objet, mais sur son sens m?me, maintenant que les techniques de manipulation de l’opinion sont devenues une science exacte.

La mise ? mal de la volont? d?mocratique est achev?e de deux (2) fa?ons. La premi?re, dans un syst?me bipolaire pur, comme aux USA, a lieu au moment m?me du choix. M?dias aidant, les choix ?lectoraux ne se font plus apr?s une campagne d’information proposant des projets alternatifs, mais apr?s une campagne-sondage dont le seul but est d’identifier le m?tacentre exact de la volont? inconsciente de l’?lectorat. Il s’agit de trouver les questions auxquelles il r?pondra OUI.

Cette volont? inconsciente identifi?e et traduite en rep?res s?mantiques, chaque candidat tente de se positionner le plus pr?s possible de ce m?tacentre qui est accept? comme le meilleur point de consensus. Posant l’hypoth?se d’un vote honn?te – ou ? manœuvres frauduleuses ?gales- c’est celui qui aura le mieux r?ussi ce positionnement qui sera ?lu. On pr?sume, ? raison, que le candidat est indiff?rent ? la teneur id?ologique de son message et qu’une bonne ma?trise du langage peut permettre de maquiller n’importe quel programme pour qu’il apparaisse comme n’importe quoi.

Les m?thodes de sondage s’am?liorant, les programmes offerts convergent vers ce point de consensus au point de se confondre. Les r?sultats d?pendent donc de facteurs marginaux, impr?visibles et simplement al?atoires, si serr?s que le choix fait n’est ni significatif, ni discriminant. Le choix « d?mocratique » se limite finalement ? celui du vocabulaire dont s’affublera une politique – la m?me pour les deux candidats – d?cid?e hors du processus d?mocratique bien avant la consultation populaire.

Dans un syst?me ? deux tours, comme les pr?sidentielles en France, cette proc?dure ?l?gante n’est pas possible. Il faut donc parfois contrecarrer ostensiblement la volont? populaire, l’exemple ?vident ?tant est celui de la constitution europ?enne, o? on remplace le NON du r?f?rendum par un OUI de d?cret. Ce qui n’est encore qu’un raffinement, car en l’absence d’un mandat imp?ratif au paliers d’?tats souverains dans une instance qui elle n’est pas souveraine, on n’a pas ? s’embarrasser de ces d?licatesses. En mati?res purement nationales, on peut dire n’importe quoi avant et faire n’importe quoi apr?s une ?lection.

Faut-?l en d?duire que la volont? populaire est r?duite ? rien et que nous vivons dans une dictature ? Non. Sur le point jug? fondamental de la r?partition de la richesse, le peuple n’est pas vraiment consult?. Sur tout le reste, cependant, l’impossible est fait pour le satisfaire. C’est l? qu’appara?t souhaitable une d?mocratie contractuelle, laquelle ne r?sout pas le premier probl?me, mais permet d’am?liorer grandement la lecture faite de ce « tout le reste », qu’il suffit de demander correctement pour qu’il nous soit donn?.

La lecture est meilleure, en d?mocratie contractuelle, parce qu’on demande aux gouvernants de tenir leurs promesses, ce qui impose une certaine retenue, mais aussi parce que l’on ajoute une autre dimension ? l’image de l’?lectorat. La d?mocratie actuelle qui d?ifie la moyenne a le probl?me des courbes statistiques dont on ne donne pas sigma et dont cette moyenne peut voiler de monstrueuses disparit?s.

Quand on parle simplement d’argent, on voit bien que, quoi qu’il en soit de leurs revenus moyens par t?te respectifs, un milliardaire du p?trole et cent immigrants y?m?nites ne donnent pas ensenble au Kowe?t une maquette sociale semblable ? celle du Luxembourg. Mais quand on parle d’ID?ES ? Comment tenir compte du fait qu’un extr?miste de droite et un extr?miste de gauche, qui s’entendent pour donner le pouvoir ? un candidat immobiliste au centre, ne sont pas aussi satisfaits que deux centristes de convictions pour qui ce r?sultat est pure b?atitude ?

Attention ! Il FAUT que l’on accepte un compromis au centre, si on ne veut pas qu’un peuple scind? en deux visions antagonistes de l’?volution de la soci?t? n’en vienne ? prendre la force pour arbitre et ? en d?coudre dans la rue, comme on est venu pr?s de le faire r?cemment avec ces r?sultats trop serr?s, en Italie et au Mexique. Bonne nouvelle que les extr?mistes de part et d’autre fassent preuve de civisme, en renon?ant tous deux ? leurs pr?tentions exorbitantes pour assurer la paix sociale.

Bonne nouvelles, mais ne voyant que le point de consensus de la moyenne, on occulte totalement qu’une population puisse se polariser et la courbe en cloche devenir une courbe en U. On ne voit pas la braise sous la cendre. … Les transactions entre partis se font toujours au sacrifice des ?l?ments novateurs de changements. La majorit? consensuelle globale tend donc ? rendre impossible tout ?cart significatif du statu quo ante, m?me dans les dossiers o? l’on approche le point de combustion spontan?e. Une d?mocratie contractuelle – (voir le lien en P.S) – qui met en ?vidence des individus et leurs opinions brutes, sert de r?v?lateur ? ces foyers potentiels de crise et nous ?pargnerait ? terme bien du sang et des larmes.

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2 Commentaire

  1. avatar

    @ TOUS : Un lien de référence a sauté dans mon texte. Pour qu’il ait tout son sens, il faudrait consulter les textes sur la Démocratie contractuelle qui sont ICI

    PJCA

  2. avatar

    Bonjour DW

    Serait-ce les effluves de ce langage encore cru, chez vos cousins, qui vous aurait alléché au pied de cet arbre, Maitre Demian ?

    Si j’ouvre un large bec, ce ne sera certes pas pour dire qu’il n’y a rien à voir…

    Alors que vous plongez hardiment dans le futur linguistique, je suis un nostalgique explorateur des ruines du français, langue aujourd’hui presque désertée, mais qui eut sa gloire et qui garde son charme…

    Si mon expression est comme la barbe du premier Grand Charles, c’est qu’elle trésaille à la pensée de la mèche que vous avec allumée à sa patronne homonyme dans les flancs du dernier paquebot idéovore et sophicide que vous fréquentâtes… 🙂

    Allons avec joie vers 2008. C’était pire en 1348.

    PJCA