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Gilles Cloutier: L’homme qui a fait naître la solidarité malgré lui

ll est maintenant retraité. Il a fait l’objet d’enquêtes qui ont conduit le fisc à lui réclamer des sommes pour lesquelles il a pris des ententes de paiement, lui évitant ainsi des accusations criminelles.

Il ne sera pas accusé de fraude, ni de corruption, ni de collusion. Il a témoigné à la Commission Charbonneau pour livrer des témoignages révélateurs, longue biographie de ses nombreuses années de carrière durant lesquelles il dit avoir vécu de collusion, de corruption. Il a tracé le portrait de ses activités et des gens qui faisaient appel à lui pour obtenir des élections clefs en main (qu’il s’agisse des futurs élus eux-mêmes ou encore de ceux dont la firme d’ingénieurs qui finançait le tout consentait à favoriser l’élection). Ces nouveaux élus, trop heureux d’être en poste grâce à M. Cloutier et à la firme d’ingénieurs qu’il représentait, favorisaient cette dernière par l’octroi de contrats qu’elle convoitait, par un subtil retour d’ascenseur.

Malgré le raz-de-marée que devraient créer ces révélations, lesquelles proviennent de quelqu’un qui n’a maintenant plus rien à gagner ni rien à perdre (sauf la dernière bouée qu’il a d’ailleurs saisie au passage car il se doutait bien qu’il risquait de faire l’objet d’enquêtes criminelles tant sa participation au système de corruption était grande et qu’au final l’immunité que lui procurait un témoignage à la Commission le mettrait définitivement à l’abri, se contentant dorénavant de rembourser quelques deniers, sans autre forme de procès), il n’y a pourtant pas eu les réactions que l’on serait en droit d’attendre de la part des élus qui n’étaient pas visés ou touchés personnellement par ces révélations. Y en a-t-il si peu?

On sentait une nervosité, pour ne pas dire une peur générale, car la grande influence qu’avait cet homme permet de croire qu’il a aidé directement ou indirectement plus d’élus que ceux qui furent nommés. Quelques jours avant qu’il soit accueilli à la Commission Charbonneau pour y faire des révélations choc, le gouvernement en place a fait part aux médias qu’il envisageait des solutions pour sauver la firme d’ingénieurs SNC-Lavallin. Puis, peu de temps après, nous apprenions que l’entrepreneur Tony Accurso, abondamment cité a la Commission Charbonneau, lequel allait être arrêté par l’UPAC et faire face à de nouvelles accusations criminelles quelques jours plus tard, aurait cédé ses entreprises, pour la somme de 150 millions $, à un consortium dont le gouvernement en place a félicité l’initiative, déclarant qu’avec la venue de nouveaux gestionnaires qu’il qualifiait de gens respectables, cette nouvelle compagnie serait désormais à l’abri de la malversation. On aurait pourtant cru qu’il y aurait eu là une opportunité pour geler les actifs de ces compagnies, sinon le produit de leur vente, puisque depuis des mois s’accumulaient contre M. Tony Accurso toujours plus de soupçons et de détails de la corruption et de la collusion auxquelles il aurait participé et que l’UPAC l’avait déjà arrêté à deux reprises, soit une première fois en avril 2012 et une seconde fois en août 2012.

On noie le poisson facilement. Que n’est-il venu à l’idée des élus, dont les principaux intéressés:  ceux de la Ville de Montréal, de ne pas s’opposer à la vente de ces entreprises, afin qu’elles soient mises en tutelle ou fassent l’objet d’un interdit de transaction. Où était l’AMF? Où étaient nos élus qui venaient d’avouer ainsi aux québécois que M. Tony Accurso pourra s’assurer une retraite dorée avec 150 millions $ provenant d’entreprises qui en doivent peut-être autant si ce n’est plus à l’ensemble des citoyens?

Tout cela montre de façon peu rassurante, mais pourtant de plus en plus évidente, que ceux qui disaient sortir la loupe et réclamaient (on parle de plus en plus au passé) la tolérance zéro à la corruption, ont mis les bouchées doubles pour éloigner plus de scandales à venir et de grogne de la part des citoyens en s’assurant que les entreprises ayant appartenu à M. Tony Accurso puissent obtenir des contrats, car la loi… (qu’ils avaient pourtant eux-mêmes mise en place avec tambours et trompettes) le leur aurait interdit.

Le gouvernement a mis de l’avant son idée de sauver le fleuron québécois SNC-Lavalin… Comment peut-on dire qu’une entreprise maintenant bannie au niveau international soit un fleuron?

Comment justifier qu’on se démène pour rencontrer des gens qui font maintenant honte au Québec, qui font l’objet d’enquêtes criminelles, qui n’ont pas encore terminé de répondre de leurs actes et à qui l’on reproche d’avoir empoché par collusion et corruption, des sommes astronomiques au dépens des contribuables? Ils mériteraient donc, selon ce que laisse voir ce soudain intérêt de nos élus à les sauver, qu’on déroule le tapis rouge et que le gouvernement fasse des pieds et des mains pour y parvenir. Comment ne pas penser que la firme SNC-Lavalin, potentiellement handicapée par de futures pertes importantes de revenus, ne demandera pas, si on lui tend la main, une aide financière visant à protéger les emplois au Québec, alors que si l’on veut être logique, si un besoin existe pour 5,000 de ces emplois, les personnes qui les occupent auraient la possibilité de travailler pour d’autres firmes, sans qu’il doive coûter encore des sommes considérables aux contribuables pour réparer les pots cassés?

Comment aussi ne pas craindre que certaines ententes pour sauver SNC-Lavalin ne placeront pas le Québec dans l’obligation de renflouer les pertes à venir et de supporter la firme dans ses périples judiciaires internationaux?

Comment croire qu’on nous ferait verser des larmes puisqu’au final il serait juste et raisonnable de penser qu’on en arriverait même à mettre la clef dans la porte si nécessaire en se faisant plutôt rembourser les sommes qu’elle aurait subtilisées aux contribuables au fil des ans et que les enquêtes en cours et les accusations déposées permettraient de réclamer?

Ce qui pue au point de ne pouvoir être caché, c’est cette énergie à protéger des gens et des entreprises au-delà de l’immunité dont ils bénéficient déjà. Demandons-nous pourquoi.

Doutons-nous vraiment que les élus agissent sans préméditation en réclamant un pré-rapport de la Commission Charbonneau, lequel leur permettra d’avoir un premier regard sur les recommandations à venir, aidant ainsi à mettre en place les mécanismes qui rendront moins pénibles les effets des futures mesures qui devront être adoptées lorsque le rapport final tombera?…

Depuis le témoignage de M. Gilles Cloutier tout particulièrement, nous assistons à un chassé-croisé. Il y a distribution de différentes formes d’immunité tant pour les intéressés que les accusés, laquelle s’étend aussi aux indécis.

Le discours «tolérance zéro» a lentement glissé vers le «refaire l’image». Seules l’UPAC et la Commission gardent le cap, mais rien ne garantit que, malgré leurs efforts, la marchandise arrive à bon port.

 

Elyan

 

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    Vous avez parfaitement raison, Elyan, au sujet du « refaire l’image ». Le gouvernement s’efforce de « sauver les meubles » et c’est loin d’être assuré que ce soit pour le bien-être de la population.

    Au lieu de sentences bonbons pour ces entreprises, la justice pourrait saisir 25% de leur capital ce qui leur permettrait de continuer d’opérer, mais les ferait réfléchir sur leur comportement.

    Quant à: « Seules l’UPAC et la Commission gardent le cap », je suis d’accord pour la Commission mais je garde un doute pour l’UPAC. Il y a eu trop d’arrestations « d’un seul coup » aussitôt que la commission s’est un peu rapproché du « Provincial » pour que je ne reste pas sceptique. Combien de celles-ci ont-elle « bloqué la voie » vers des corruptions au provincial?

    Il faut se rappeler que Cloutier est un fervent « Libéral » et qu’il n’a impliqué, et très peu, un ex ministre péquiste.

    André Lefebvre