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Gilets jaunes : Macron est-il sorti du guêpier ?

La conférence de presse donnée par Macron le jeudi 25 avril à l’Élysée a été scrutée avec une grande attention par les observateurs de tous bords, français et étrangers. Dans le contexte de conflit social qui, sous l’impulsion des Gilets jaunes, agite notre pays depuis le mois de novembre, l’exercice s’annonçait délicat, voire périlleux pour la capacité du président à garder la main sur l’agenda politique…

Un exercice d’autant plus difficile, et potentiellement hasardeux, que de fortes attentes avaient été exprimées par nos compatriotes dans les cahiers de revendications et lors des très nombreux débats organisés par les municipalités et les associations sur l’ensemble du territoire national. Quelques jours après son « grand oral » élyséen, Macron peut-il s’estimer tiré d’affaire ou, au contraire, doit-il encore craindre une paralysie de sa capacité d’action ? À ce jour, nul ne peut le dire. Mais le fait est que, dans l’entourage du chef de l’État, les crispations qui prévalaient avant la conférence de presse, ont laissé la place à des attitudes nettement plus confiantes et détendues.

Sur la forme, force est de reconnaître que Macron, après un discours liminaire trop dilué et, de ce fait, quelque peu soporifique, a été plutôt bon durant la longue séance de questions-réponses à laquelle il s’est prêté face aux représentants des médias, présents en grand nombre dans la salle des fêtes rénovée de l’Élysée. Il est vrai que le président, constamment animé par une feinte empathie, affectionne tout particulièrement ces échanges qui en réalité n’en sont pas, faute de possibilité de relance de la part des questionneurs. À cet égard, les 80 heures de « débat » auxquelles Macron, dans des conditions le plus souvent similaires, s’est soumis lors de ses rencontres avec les maires de France ont été pour lui autant de profitables séances de média-training.

Sur le fond de sa prestation, Macron – en bon héritier de ses prédécesseurs – nous a fait du Sarkozy ou du Hollande en affirmant droit dans les yeux des téléspectateurs qu’il avait non seulement écouté mais entendu les revendications émanant des classes populaires et moyennes. Un désir de changement si fortement exprimé par nos compatriotes – qu’ils soient ou non porteurs d’un gilet jaune – que le chef de l’État a, par nécessité pour le bien de notre pays, décidé au terme d’une intense réflexion de… garder le même cap ! Ce même cap néo-libéral, émaillé de régressions sociales et de détricotage insidieux des acquis des salariés et des retraités, qui a conduit au blocage des ronds-points et suscité un très fort soutien des Français au mouvement des Gilets jaunes.

Certes, il y a eu de la part d’un président au pied du mur quelques avancées positives ici et là, notamment en matière de fiscalité pour les classes moyennes. Merci les Gilets jaunes et tous ceux qui ont apporté leur contribution au Grand débat ! Mais le compte n’y est pas et l’on reste évidemment très loin des attentes exprimées par les Français, tant sur le plan socio-économique que sur le plan institutionnel. Et que dire de l’écologie, presque totalement absente de cette grand-messe élyséenne, exception faite de la création d’un « Conseil de défense écologique » dont l’influence risque d’être anecdotique ?

Faut-il être surpris des insuffisances criantes qui caractérisent les annonces de Macron ? Non, car l’on n’attendait pas grand-chose de cet exercice, et l’on n’a par conséquent pas été surpris du contenu étique de l’emballage présidentiel. Manifestement, le président n’a pas entendu les Français dans leur diversité, ou du moins ne leur a prêté qu’une oreille délibérément sélective. La réalité qui se dégage de sa prestation est en effet évidente de cynisme : Macron a choisi de brosser dans le sens du poil son électorat et ses soutiens oligarchiques de 2017 en ne cédant qu’à la marge aux revendications de nos concitoyens.

Dans de telles conditions, les manifestations du samedi 27 avril ont, pour Macron et ses amis, pris une allure de test. Rejoint par de nouvelles troupes, le mouvement des Gilets jaunes aurait démontré que le chef de l’État a perdu son pari. Cela n’a pas été le cas : le ministère de l’Intérieur a dénombré 23 600 manifestants sur le territoire national, dont plus de la moitié à Paris étaient venus des rangs cégétistes. Quant aux Gilets jaunes, ils ont eux-mêmes évalué la participation à 60 000, autrement dit très en-deçà des cohortes attendues de Français mécontents des annonces présidentielles.

 

Macron n’a donc pas perdu son pari, mais il est évident qu’il ne l’a pas gagné non plus car les frustrations sont vives chez nos concitoyens, et la colère d’une partie significative d’entre eux n’est pas retombée, quoi que l’on puisse en penser dans les sphères du pouvoir. Ces sentiments à l’égard de l’exécutif s’exprimeront-il dans les manifestations du 1er mai sous la forme d’une participation massive ? Rien n’est moins sûr, et c’est plus probablement le 26 mai dans les urnes du scrutin européen que le mécontentement s’exprimera, malheureusement sans la moindre chance que le résultat soit de nature à changer ce fameux cap néolibéral. À moins que les Français ne saisissent cette opportunité de sanctionner Macron ? On n’ose y croire…

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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4 Commentaire

  1. avatar

    Bonsoir Fergus,

    E. Macron a fait ce qu’il sait le mieux faire: du Macron. Beaucoup de mots sujets à interprétation, même ceux qui ne le seraient pas (si l’on se contentait d’appeler un chat un chat), telles ses petites phrases assassines, et beaucoup de Je veux et de Je crois lorsqu’il s’agit pour lui de contourner et même de tourner le dos aux aspirations de la population. Des excuses qui n’en sont pas, puisqu’il les accompagne aussitôt d’un motif… et des concepts souvent flous et décalés dans le temps qui tiennent lieu de route de l’espoir, sinon de quitte ou double, pour les plus désespérés.

    Macron avance, malgré les dégâts suscités. Au terme de ce mandat, il aura probablement réussi à faire ce pourquoi il est devenu président: privatiser tout ce qui peut l’être en France et, pour ce faire, il fallait effectivement faire des réformes capables d’annihiler nombre des droits et privilèges des possédants… qu’il est inutile de nommer.

    Quant aux gilets jaunes, il semble que leurs nombreuses présences dans les médias les ont plutôt desservis. Là aussi, il se pratique trop souvent un dialogue de sourds. C’est une perte de temps et d’énergie. Cela les a rendus d’autant plus vulnérables, qu’ils ont alimenté ainsi la machine à potins.

    Elyan

    • avatar

      Bonjour, Elyan

      Je partage totalement votre vision d’un Macron qui n’a pas dévié de sa ligne et persiste à enfumer la population, mais également votre regard sur les Gilets jaunes que la trop grande dispersion revendicatrice et les querelles internes – interdisant de facto toute structuration – ont condamné probablement à une disparition progressive.

      Macron parviendra-t-il à atteindre tous les objectifs qui lui ont été assignés par ses soutiens oligarchiques ? Sans doute pas, fort heureusement, car s’il se tire du « guêpier » actuel – et je pense que ce sera le cas -, il restera malgré tout fragilisé, faute d’alliés hors de son propre parti, et face à des Français dont les frustrations n’auront pas disparu.

      Cordialement

  2. avatar

    Bonsoir Fergus,

    Vous avez raison, Macron est fragilisé. Il semble toutefois avoir pris des dispositions en conséquence. Ses pions sont dispersés aux européennes et aux municipales, et d’autres lui servent plutôt d’ambassadeurs, tout en n’étant plus officiellement liés au pouvoir (par exemple: Emelien, co-auteur de Le Progrès ne tombe pas du ciel, qui semble à l’origine de En Marche et qui a participé à la campagne de…. Maduro). Et, dans la même veine, on le dirait bien, Le Drian a aussi formé un parti dont le nom est: Progressistes bretons-Breizh Lab. Le libéralisme ayant fini par faire perdre des appuis à E. Macron, celui-ci devrait parvenir à récupérer ceux qui croiront voter pour une politique différente, parce que progressiste… Après, il n’aura plus qu’à faire comme au casino, lorsque le croupier rafle les mises. Il obtiendra des soutiens indirects, comme cela s’est produit avec le Modem au début de son mandat. Pour ce qui est du reste de son mandat, il dispose de suffisamment de députés pour se permettre d’en perdre au passage, tout en demeurant majoritaire.

    http://www.lefigaro.fr/politique/2018/09/10/01002-20180910ARTFIG00301-quatre-piliers-pour-defendre-le-message-presidentiel.php

    Ci-contre, une courte vidéo plutôt sidérante dans le contexte actuel. Voilà qui risque de créer encore plus de confusion et de torpiller le droit de manifester: une start-up offre de louer les services de manifestants…
    https://youtu.be/EBEaIMTlZnc?t=24

    Bonne soirée,
    Elyan

    • avatar

      Bonjour, Elyan

      S’il a moins de soutiens directs, Macron est en effet suffisamment habile pour placer ses pions à gauche et à droite afin de consolider son assise, fut-ce en s’appuyant, comme vous le soulignez, sur des influences porteuses de masques trompeurs aux yeux du public. Mais en l’état actuel de la situation politique en France, ce qui fait sa force pour les prochaines échéances est aussi qu’aucun leader d’opposition n’est en mesure de s’imposer dans l’opinion comme un recours. A sa place, je commencerais néanmoins à me méfier de Xavier Bertrand qui, en cas de persistance des difficultés de Macron, pourrait être une menace pour 2022.

      Pour ce qui est des manifestants de substitution, je connais cette boîte, mais très franchement je ne crois pas un instant qu’elle ait un avenir sérieux.

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