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Geronimo

Geronimo…

Georges STANECHY

??L’Apache est l’animal le plus vif et le plus rus? du monde, avec, en plus, l’intelligence d’un ?tre humain??.
Commandant Wirt Davis – 1885 (1)

Rien.

Neurones inertes.

Face ? l’avalanche de Ben Ladeniaiseries

Hyst?rie m?diatique succ?dant, sans souffler, ? celle du mariage princier, du cheval et de la cruche (The Horse & the Mug), surnomm?s ainsi par les britanniques lucides et hilares. Cadenc?e par le marteau-pilon de la propagande.

O? puisent-ils pareille ?nergie??…

Occultant minutieusement les multiples manifestations du 1er Mai, dans le monde, c?l?brant, revendiquant, une des valeurs fondamentales de nos collectivit?s?: « Le Travail ». Sous sa forme ?labor?e, civilisatrice, qu’est « L’Emploi », digne et ?panouissant. Une des plus impressionnantes ?tant le d?fil?, ? Madrid, de plus de 500.000 personnes.

Imagination temp?tueusement oc?anique, en plus?!… Narrative des anglophones, r?cit, roman, l?gende, ?pop?e, variant suivant les conteurs?: pr?sidentiables vendus, politiciens achet?s, « sp?cialistes » allum?s, chroniqueurs timbr?s, galonn?s « enfumeurs », tra?neurs de sabre « emm?daill?s », et autres griots en godillots. Versions aussi changeantes que rouleaux de houle au gr? des vents et courants.

L’assassinat h?liport? d’un zombie, en famille dans sa villa. Ex-associ? de ses futurs assassins… Un mort-vivant ne cessant de rena?tre au fil des ans. D’insuffisances r?nales en bombardements, de cavernes en compounds, comme disent les journalistes d’investigation et les « experts » qui leur tiennent le stylo…

En mati?re de zombie, je le confesse fonci?rement inculte, j’en suis rest? au Thriller de Michael Jackson. C’est vrai. ?a date un peu.

Dans une op?ration commando, franchissant « furtivement » les centaines de kilom?tres de l’espace a?rien d’un pays souverain et alli?. Pour atterrir pr?s de sa principale ?cole militaire. A son insu. Pas du zombie, du pays souverain.

170 millions d’habitants, millions de cr?ve-la-faim. Caste au pouvoir pourrie jusqu’au iPhone, complice de l’Empire dans le d?mant?lement et la paup?risation de sa propre nation. Dot?e d’une des meilleures couvertures radar de la plan?te, dans la crainte parano?aque d’une attaque surprise de son grand et mena?ant voisin. S’?tripant dans de r?cents conflits frontaliers, jusque dans la partie Himalayenne du Cachemire, ? plus de 5.000 m?tres d’altitude?: l’Inde…

Geronimo (? droite) et ses derniers guerriers

« Celui qui b?ille »

Soudain, j’apprends que la fin de l’op?ration s’est conclue par le message en anglais ‘chewingommesque’ du responsable du commando, un triomphal?: ??Geronimo KIA???!

KIA?: rien ? voir avec un marchand de meubles en tranches, de chiffons en paquets ou d’automobiles ? gadgets. C’est la contraction, l’euph?misme passe-partout?: Killed In Action. Traduction ? double sens?: « Tu? ou Mort au Combat« , lorsqu’il s’agit de ses propres soldats?; « Liquid?« , si c’est l’assassinat d’un »ennemi »par des services sp?ciaux.

Mais?: G?ronimo?!…

Nom de code donn? au mort-vivant?!

Me bourrer les narines de piment rouge, aurait provoqu? le m?me effet. Jets de fum?e ?vacu?s par les oreilles?! G?ronimo, un de mes h?ros depuis l’enfance, avec Cochise, Cheval Fou, Taureau Assis et tant d’autres Grands Chefs des Peuples Indiens?! (2) R?sistant ? l’invasion des colons d?barquant d’Europe, leurs massacres, leurs spoliations. Luttant, avec un courage aussi immense que leur d?sespoir, contre le g?nocide de leur Nation, l’?radication de leur civilisation. (3)

Dans une vie ant?rieure, j’ai d? ?tre Apache, Sioux ou Cheyenne, tant j’admire leur combat. Lectures ou westerns, toujours ? leurs c?t?s. Incapable de supporter la bonne conscience des g?nocidaires. Symbolis? par le caricatural « casseur » d’Indiens cin?matographique John Wayne (« casseur », aussi, de Vietnamiens dans le film Green Berets…), au d?hanchement de danseuse du Lido. Fantasmatique silhouette callipyge, en moins.

Geronimo appartenait ? la Nation Apache, mosa?que tribale et clanique, semi-nomade. Un Apache B?donkoh?, ??Ceux qui sont devant, ? l’extr?mit?, en fait aux confins de la fronti?re actuelle du Mexique – USA. N? en 1823, dans le sud-ouest du Nouveau-Mexique contemporain.

Il s’appelait Goyahkla, « Celui qui b?ille ». Le nom donn? aux enfants provenait d’observations, d’?v?nements, au moment de la naissance ou des premiers mois. Cheval Fou, membre de la Nation Sioux, a re?u son nom en souvenir d’un cheval emball? traversant au galop le campement, lors de l’accouchement de sa m?re. Geronimo, ?tait un b?b? repu, choy?, paisible. B?illant de bonheur…

Devenu adulte, vivant sereinement au sein de sa famille et de sa tribu. Au retour d’une journ?e de march? et de troc ? l’ombre de la palissade du fort de Janos dans l’Etat de Chihuahua, les hommes d?couvrent leur campement d?truit, incendi?, femmes viol?es, ?ventr?es, b?b?s d?membr?s, vieillards d?capit?s. Un raid de miliciens mexicains, les rurales, cow-boys au service des grand propri?taires. Goyahkla, en 1850, d?couvrit sa m?re, sa femme et ses 3 enfants, assassin?s.

Il devint implacable de vengeance. Avec les hommes rescap?s, il poursuivit les rurales, les exterminant, souvent arm? de son seul couteau, dans une gu?rilla m?thodique. Acqu?rant son nom de guerre mythique, de r?sistant?: Geronimo.

L’avanc?e de la colonisation europ?enne, telle une lente mont?e des eaux, se d?roulait, s’accentuait, dans le massacre des autochtones. Tuer un indien ?tait consid?r? comme un ??meurtre l?gitime??, donnant lieu ? l’octroi de primes pour les civils, de d?corations et de promotions pour les militaires. Mineurs, chercheurs d’or, ?leveurs, agriculteurs, se livrant souvent ? plus d’atrocit?s que les soldats.

Parmi les « chasseurs d’apache » les plus tristement pervers?: King S. Woosleyil. Adepte de la « guerre chimique », s’amusant ? d?poser en bord de piste des sacs de pi?ole (m?lange de farine et de sucre), simulant la chute d’un chargement. Au pr?alable, truff?s d’un poison foudroyant?: la strychnine. (4)

Il recruta sa propre milice, ramassis d’une trentaine de tueurs aussi sanguinaires que sadiques, et se sp?cialisa dans l’extermination de villages ou de groupes d’Indiens en transhumance. Dont le sinistre massacre de Bloody Tanks, en 1864. De pr?f?rence, pendant les moissons du ma?s et du bl?, les hommes partis ? la chasse. An?antissant femmes et enfants, ? leur aise. Ainsi, du massacre de Pi?al Creek, dans l’Arizona d’aujourd’hui.

Ou encore, William S. Oury organisateur du massacre de 150 villageois pacifiquement install?s au bord d’une rivi?re, le Camp Grant, le 30 avril 1871. Avec meurtre des femmes, pr?alablement viol?es, accompagn? du carnage des b?b?s et enfants. A l’?poque, ces ‘op?rations’ ?taient planifi?es non pas pendant la saison des mariages propices aux rassemblements, comme dans certains pays, mais durant les moissons o? les hommes quittent leurs villages pour chasser. Assurer la r?serve de viande fum?e pour l’hiver.

Saccages et tueries, occasions de s?ances de liesse b?nies par les ?vang?listes, c?l?br?es par les m?dias. D?j?… Citons, The Arizona Miner?:

??Hurrah pour les Rangers du Comt? Yavapai?! Nous sommes heureux de constater que nos rangers ne s’embarrassent pas de faire des prisonniers parmi les meurtriers peaux-rouges. La coutume pr?c?demment adopt?e, m?me par notre arm?e, de capturer femmes et enfants parait en voie de disparition??. (5)

Pris entre marteau et enclume?: grands f?odaux espagnols devenus mexicains, et yankees affairistes au nord du Rio Grande. Dialoguer, signer des trait?s, ?changer des promesses, ne suffisaient pas. Les chefs des communaut?s Apaches ?taient sid?r?s. Leurs propos, d’apr?s les t?moignages historiques, exprimant le d?sarroi?:

Mangus Colorado?:

??Les Am?ricains sont d’une race violente, pr?te ? exterminer les Apaches pour voler leur terre. Faut-il se battre ou parler avec eux??…??. (6)

Unojo?:

??Les Am?ricians nous ont pris nos champs de ma?s et de bl?. Que devons-nous faire????. (7)

Eskiminzin?:

?… Ils doivent ?tre fous. Ils ont agi comme s’ils n’avaient ni cervelle ni coeur… Ils doivent ?tre assoiff?s de sang. Ces gens ?crivent dans les journaux et racontent leur propre version de l’histoire. Les Apaches n’ont personne pour raconter la leur.?? (8)

Inconscient collectif

La guerre civile entre le nord et le sud des USA (1861 – 1865) une fois termin?e, tous les efforts du gouvernement am?ricain ont ?t? investis dans l’?radication, physique et culturelle, des peuples Indiens. Sans transition, c’?tait passer de l’ang?lique ??lutte contre l’esclavagisme??, ? l’impassible g?nocide Indien. Rayer de la carte. Sur l’ensemble des territoires. Dans une guerre ? outrance.

Les survivants ?tant d?port?s ? des centaines de kilom?tres de leurs lieux d’origine et parqu?s dans des ??r?serves??. V?ritables camps de concentration. Loin de leurs terres de cultures, de chasses et d’?changes commerciaux. Economie bris?e. Leur soci?t? pulv?ris?e, ne survivant que de la distribution de rations, d’aides, au bon vouloir de leurs ge?liers.

De pr?f?rence dans des zones insalubres et propices ? la propagation de maladies. Aujourd’hui, on parlerait sans l’avouer de ??guerre bact?riologique??… Visitant le Camp de concentration de San Carlos, le jeune Lieutenant Bretton Davis, encore impr?gn? de quelques principes humains, en est choqu??:

??En ?t?, une temp?rature de 44 degr?s ? l’ombre ?tait consid?r? comme fra?che. En toute autre saison de l’ann?e, des moustiques, des insectes inconnus infestaient le pays par millions??. (9)

Comme les autres peuples Indiens en lutte, les Apaches malgr? une h?ro?que r?sistance ne vont pas ?chapper au sort fix? par les colons. A bout de ressources, Geronimo apr?s des ann?es de r?sistance, de fuites et de combats, se rend l’?t? 1886. Pourchass?s par cinq mille hommes, le quart de l’arm?e des USA d’alors, et 3000 soldats mexicains.

Avec lui, ne survivaient plus que 34 hommes, femmes et enfants. Consid?r?s et trait?s en ??ren?gats??. Ils vivront la d?portation sur des centaines de kilom?tres, de camps de concentration en camps de concentration, pr?s des forts ou des casernements. Entass?s avec d’autres peuples, d?port?s d’autres territoires.

Leurs enfants, s?par?s de leurs parents, envoy?s eux-m?mes dans le nord des USA, en Pennsylvanie. Dans des ?tablissements religieux, forc?s d’oublier leurs langues et coutumes dans l’apprentissage par coeur de La Bible. En bons petits sauvages qui doivent dire merci d’?tre ?lev?s ? ??la civilisation??. Sous-aliment?s, beaucoup meurent de tuberculose.

D?portation, encha?n?s, au sud de l’Alabama, ? Mt Vernon Barracks pr?s de Mobile. Puis en Floride au bord des mar?cages et ?tangs insalubres du Golfe du Mexique ? Fort Pickens, Pensacola. Plus loin encore. Toujours en Floride, mais sur l’Atlantique, ? Fort Marion. Son exceptionnelle constitution permettra ? Geronimo de survivre l? o? beaucoup des siens seront emport?s par paludisme, tuberculose, sous-alimentation, ?puisement, d?sespoir.

Symbole de la r?sistance h?ro?que de la Nation Indienne, les colons feront tout pour l’humilier, le diffamer, le ridiculiser, jusqu’? l’exhiber, alors ?g?, comme une b?te de zoo devant la ??bonne soci?t?.

Ag? de quatre-vingt cinq ans, il meurt d’une pneumonie. Le 17 f?vrier 1909.

Rares sont ceux qui n’ont pas admis la calomnieuse propagande coloniale ? l’encontre des peuples peaux-rouges. Courageusement, en 1884, le Lieutenant Bretton Davis en d?non?ait l’argumentaire?:

??En ce qui concerne la perfidie, les engagements non tenus, les mensonges, les vols, les massacres de femmes et d’enfants sans d?fense, et tous les autres crimes figurant au catalogue des actes de cruaut? perp?tr?s par l’homme envers son prochain, l’Indien n’?tait qu’un simple amateur en comparaison du ??noble homme blanc??. Il commettait des crimes au d?tail, nous en commettions en gros??. (10)

Etiqueter la mission d’assassinat d’un zombie du nom de Geronimo n’a pas simplement choqu? les descendants des survivants du g?nocide de la Nation Indienne, quel que soit leur groupe ethnique, o? il est immens?ment respect? de nos jours. (11) C’est un acte r?v?lateur, une signature de l’inconscient collectif de la nomenklatura des USA.

Avec un double effet, fanatiquement stupide?:

=> Accoler Geronimo au nom de ‘l’ennemi le plus m?pris?’ c’est avouer que le g?nocide de la Nation Indienne n’est pas encore reconnu, regrett?, mais au contraire revendiqu? inconsciemment dans l’expression d’un racisme visc?ral.

=> Accoler Geronimo au nom de ‘l’ennemi le plus recherch?’, c’est reconna?tre et lui attribuer un statut de ??ren?gat??, r?sistant, rebelle, insurg?. Et, non pas celui de simple criminel.

T?moignage du niveau d’abrutissement des ganaches belliqueuses, assimilant dans leur analphab?tisme culturel le nom de G?ronimo, h?ros d’une r?sistance, symbole de la lutte pour la libert? et la dignit? d’un Peuple, ? un r?glement de compte entre services sp?ciaux…

??Justice est faite?! Bon boulot?!??, clament les Droits de l’Hommiste?! Incantation reprise par la chorale des veaux…

CIA

ACI?: Apoth?ose du Cynisme Imb?cile.

Georges STANECHY

(1) David Roberts, Nous ?tions libres comme le vent, De Cochise ? G?ronimo – Une histoire des Guerres Apaches, Albin Michel, Collection « Terre Indienne », 1993, p. 13.
(2) Superbe ouvrage, richement illustr??: Colin F. Taylor & William C. Sturtevant, Les Indiens d’Am?rique du nord, Editions Solar, 1992.
(3) Le regard d’un anthropologue sur les Am?rindiens du continent am?ricain, nord et sud?: Jack Weatherford, Ce que nous devons aux Indiens d’Am?rique, Albin Michel, Collection »Terre Indienne », 1993.

Consulter, aussi, un des meilleurs connaisseurs de la spiritualit? et de la civilisation Indiennes des Grandes Plaines?: Frithjof Schuon?: frithjof-schuon.com

(4) Jean-Louis Rieupeyrout, Histoire des Apaches – La fantastique ?pop?e du peuple de G?ronimo – 1520-1981, Albin Michel, 1987, p. 159.

(5) Jean-Louis Rieupeyrout, Op. Cit., p. 163.

(6) Jean-Louis Rieupeyrout, Op. Cit., p. 97.

(7) Jean-Louis Rieupeyrout, Op. Cit., p. 178.

(8) Jean-Louis Rieupeyrout, Op. Cit., p. 177.

(9) Jean-Louis Rieupeyrout, Op. Cit., p. 193.

(10) David Roberts, Op. Cit., p. 293.

(11) Charles McChesney, Onondaga Nation leaders blast ‘Geronimo’ codename for Bin Laden, The Post Standard, 4 mai 2011, syracuse.com

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    Comparer Ben Laden à Géronimo est peut-être de décrire la réalité de Ben Laden?