Accueil / T H E M E S / ECONOMIE / Finance / Gagner moins pour emprunter plus

Gagner moins pour emprunter plus

gagner moins

?ROBERT GIL :

Si l?on soustrait?les milliardaires et autres millionnaires, les excessivement riches et les amuseurs trop bien pay?s juste pour nous raconter des fables et promouvoir un monde d?nud? de sens (martelant un message dict? par la logique de la dette : vous devez gagner moins pour que l?on puisse emprunter plus), le reste des citoyens sait qu?il d?p?r?t.

Ce message?en cache un autre, encore plus pervers : vous devez??vous serrer la ceinture pour que nos milliardaires puissent emprunter au plus faible taux possible. Par ailleurs, ce que ces m?mes magnats empochent est de moins en moins le produit de leur ing?niosit? industrielle ou commerciale, et de plus en plus le r?sultat d?une politique financi?re qui transforme la dette en une vache ? lait pour les (d?j?) nantis. Les ? r?voltes fiscales ? qui apparaissent un peu partout en Europe sont le r?sultat de la politique de la fatalit? qui elle-m?me dissimule l?impossibilit? du politique de taxer les plus riches. La paup?risation des classes moyennes, des PME, du monde agricole de moins en moins subventionn?, rend en effet toute r?forme fiscale impossible d?s lors que, par des justifications ?minemment immorales, on s?abstient ? imposer les tr?s hauts revenus, issus g?n?ralement de plus-values financi?res et/ou d?immunit?s fiscales pr??tablies.

On revient ainsi au galop ? des m?canismes ?conomiques propres au Tiers Monde, ceux-l? m?me que les soci?t?s occidentales ?taient cens?es corriger et qui avaient comme premi?re cons?quence une accumulation gigantesque du capital comprador chez les ?lites et une paup?risation extr?me des populations et des Etats post-coloniaux. Pour dire les choses plus clairement, nos milliardaires financiers et nos ?lites politiques font exactement ce que l?on reprochait ? N?Guesso, Marcos et consort tandis que la politique des banques centrales (f?d?rale et BCE) singent les pratiques d?un Mobutu ou d?un Per?n, mais ? une ?chelle autrement plus cons?quente. Quelle diff?rence en effet entre l??mission ? volont? de nouveaux za?res et les 80 milliards de dollars que, tous les mois, la banque f?d?rale am?ricaine ? injecte ? au march?, c?est ? dire aux banques, ou l?impunit? totale et le manque de contr?le des g?ants bancaires allemands, britanniques ou n?erlandais qui, en des circonstances moins ? libertaires ? auraient d?pos? leur bilan depuis longtemps ? Six ans apr?s la crise financi?re, ces derni?res ? qui normalement sont ? mortes ? du fait qu?elles ne peuvent ni pr?ter ni emprunter -, passent leur temps ? encaisser, via la BCE et leurs Etats respectifs, les dividendes de la dette des pays du sud, c?est-?-dire ? transformer en ?cus sonnants et tr?buchants les d?cisions politiques de la Tro?ka.

Il suffit de relire?Mill ou Ricardo, pour comprendre que ? plus le volume du capital augmente, plus le rendement d?un nouvel investissement se r?duit ? (Loi g?n?rale de la productivit? marginale d?croissante?chez Marx). Au lieu de pavoiser sur les milliers de nouveaux milliardaires, nos experts devraient s?en inqui?ter : cette concentration de capital, mort pour les investissements productifs et vivant uniquement pour s?auto-alimenter par des m?canismes de pure pr?dation est une mauvaise nouvelle, laquelle, non seulement explique l?irr?versibilit? du ch?mage au sein de ce syst?me, mais surtout le nourrit. Le ? stade supr?me ? de cette concentration ?tant la ??dette souveraine?? : tandis que le tsunami fiscal d?truit quotidiennement la Gr?ce et paup?rise les grecs, ceux-ci doivent d?sormais le double (300 milliards) de ce qu?ils ? devaient ? il y a cinq ans. Cela s?appelle, d?apr?s Merkel, Hollande, et tutti quanti ? ?tre sur le bon chemin ?, celui-ci consistant, invariablement, ? pouvoir emprunter.

Parfois ? tort,?au d?but de la crise souveraine, la gauche hors gouvernement avait consid?r? le processus grec comme une r?p?tition g?n?rale d?un plan visant ? amputer le salariat europ?en de droits durement acquis pendant pr?s d?un si?cle. A tort, car le malheur des grecs garantissait les retraites des allemands, et que la ruine de l?Etat grec se faisait au nom de la sauvegarde des banques fran?aises, allemandes ou n?erlandaises, expos?es ? la dette de ce pays.

Cependant, aujourd?hui, la mod?lisation de ce processus par ceux qui l?imposent ne fait plus de doute, ? entendre (et comprendre) les v?ux du pr?sident de la R?publique, ou les d?clarations de son ministre des finances qui consid?re ? excessives ? les propositions de la Commission pour la fiscalisation des transferts financiers. En effet, tant que la concentration endog?ne du capital n?est pas tax?e, l??conomie r?elle suffoquera. D?autant plus que l??conomie financi?re ne trouve aucune raison objective (c?est ? dire hyper-rentable) pour y investir. La dette ?tant, et de loin, l?investissement le plus lucratif, suivi par les secteurs ?conomiques qui n?ont pas besoin de capitaux et dont le secteur financier s?y accroche comme un tique sur une vache saine, d?formant ses bilans, mais aussi ses capacit?s strat?giques d?anticipation, ce qui renforce inexorablement les taux de ch?mage, tout en gonflant les r?sultats des bourses. Le probl?me se r?sumant, dans le syst?me ?conomique actuel, ? la question : comment mieux d?figurer ses r?sultats pour attirer, au jour le jour, l?argent de la bourse. En d?autres termes, les plans de licenciement ne sont que de la communication visant le secteur financier. Peu importe si l?on produit moins ou moins bien, l?essentiel ?tant, l? aussi, de pouvoir emprunter mieux?

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

Vous avez dit destitution ?

Au moment où la destitution de Trump tourne à la farce, une autre destitution vient ...