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Fukushima, 4 longues années

Le 11 mars 2015, la centrale nucléaire dévastée soufflait ses 4 vilaines bougies, et alors que certains sont convaincus que tout danger est écarté, en creusant un peu, on découvre qu’il n’en est rien.

peinture_fukushima

 

J’ai publié le premier article sur le sujet, le 12 mars 2011, à 8h29, évoquant le risque de fusion d’un ou de plusieurs réacteurs…le premier réacteur explosera à 8h53, un peu plus tard les 3 réacteurs étaient en fusion, et depuis, malgré tous les efforts de communication de l’exploitant et des lobbyistes nucléaires qui tentaient de faire croire que tout était réglé, la pollution radioactive continue inlassablement de se déverser dans l’eau, l’air, et la terre, sans qu’il soit possible d’inverser la situation.

À l’époque, quelques commentateurs, (dont un certain Kernkraft, me traitant par la même occasion de facho et d’autres joyeusetés), me reprochaient de « faire du catastrophisme », affirmant sans humour que le site le plus sûr à consulter pour avoir des infos fiables était celui de Tepco, et ajoutant que « le refroidissement ne semblait pas si désespéré  »…en déniant la possibilité d’explosion des cœurs des réacteurs.

On sait aujourd’hui l’étendue du mensonge que colportait l’exploitant, tentant de faire croire que tout était sous contrôle, alors que 3 réacteurs étaient déjà en fusion…et n’avouant la cruelle vérité que plusieurs mois après.

Fukushima ce sont aussi des chiffres : la tragédie nucléaire coutera au pays très cher : 36 milliards d’euros selon les autorités… 80 milliards selon deux professeurs d’économie environnementale (Masafumi Yokemoto et Kenichi Oshima) 80 milliardauxquels il faudra ajouter 36 milliards pour dédommager les victimes et plus de 15 milliards pour l’impact environnemental. lien

Au total, 131 milliards

Au passage, rappelons qu’il reste encore 53 familles vivant dans la zone évacuée, malgré une exposition externe qui peut dépasser les 50 mSv/an, soit parce que leurs conditions de vie comme évacués étaient trop difficiles, soit pour prendre soin du bétail qui est resté sur place, alors que la police leur demande régulièrement de partir. lien

Aujourd’hui, la situation continue de se dégrader, il n’est même plus question de s’inquiéter des fuites radioactives qui se multiplient, ni de l’eau polluée qui continue de s’accumuler dans les plus de 800 réservoirs, ni des milliers de sacs de terre souillée qui s’entassent sur des hectares, atteignant bientôt les 200 000 tonnes, ni des dizaines de milliers de japonais privés de leur habitation, installés dans des baraquements de fortune, dans des zones encore polluées pour longtemps, alors que l’état japonais les encourage à retourner dans leurs maisons…mais d’un fait récent : la base de la centrale nucléaire est sous l’eau.

En effet, on a appris le 13 mars dernier que, suite aux fortes pluies, le niveau des eaux souterraines est si élevé qu’il se trouve 4 mètres au dessus du niveau de la mer, ce qui signifie que la base du bâtiment nucléaire est noyée, et qu’il est donc impossible d’empêcher la pollution radioactive de se propager à toute la nappe phréatique, et de se déverser en continu dans la mer. lien

Le rapport de l’exploitant est à découvrir sur ce lien.

Vu le niveau élevé de la radioactivité qui continue de se dégager du site dévasté, il est impossible de s’approcher au plus près, et pour l’instant, alors que le discours officiel évoque « une phase de démantèlement », l’exploitant ne peut que tenter de gérer l’eau déversée sur le site, afin de maintenir une température la moins élevée possible. lien

La contamination de l’eau de pluie qui a rejoint la nappe phréatique atteint 11 000 Bq/L en béta total, et la terre contaminée atteint jusqu’à 35 millisieverts par heure au contact, et 120 microsieverts par heure à 1cm dans la zone située en dehors des murets supposés retenir l’eau. lien

Depuis le début de la crise, 41 170 travailleurs sont intervenus sur le site, et durant les 3 mois qui viennent de s’écouler, près de 90% sont des sous-traitants, dont beaucoup de sdf, et ce sont eux qui prennent les doses les plus fortes, jusqu’à 16,74 mSv en un mois. lien

Pourtant la désinformation continue de plus belle, comme on peut le constater dans les déclarations d’un certain Kelvin Kemm, PDG de Nucléar Africa.

Il vient de déclarer dans un article « nombre de tués par les radiations de Fukushima : zéro, nombre de propriétés privées endommagées par les radiations : zéro, effets à long terme attendus : zéro »…

Sauf que des statistiques officielles, relayées par l’AFP évoque 1656 personnes mortes dans la préfecture de Fukushima, de stress, de suicides, ou de complication de santé…mais si l’on se base sur les conséquences, 30 années après, de la catastrophe de Tchernobyl, on sait que le bilan final sera beaucoup plus lourd. lien

Kelvin Kemm n’en est pas à sa première provocation ayant publié en 2013 un article expliquant « qu’il n’y avait pas eu de catastrophe nucléaire à Fukushima  ». lien

Dans la foulée, il a assuré sans hésitation que « la principale leçon que l’on puisse tirer de Fukushima est que le nucléaire est sûr ». lien

Au-delà de ces propos hallucinants, il faut s’intéresser aux pratiques de décontamination discutables, puisqu’on apprend que les travailleurs chargés de ce dur labeur n’ont pas de protection individuelle, que des déchets ont été rejetés dans la rivière, et que, comme ces chantiers font régulièrement l’objet de sous-traitance, une partie des travailleurs est considérée comme « nomades de la décontamination » échappant à toute la législation en vigueur, et pour lesquels il est impossible de savoir quelle dose de radioactivité ils ont reçu. lien

Rappelons que la France a une part de responsabilité dans la catastrophe, car c’est elle, par le biais de l’entreprise Areva, dont la France est actionnaire à 80%, qui a fourni le Mox, ce « carburant » nucléaire dans lequel on trouve du plutonium, lequel plutonium a une période (demi-vie) de 24 000 ans, et qui a été relâché un peu partout à la suite de la catastrophe. lien

Ce Mox « providentiel », dont Areva prétendait qu’un seul assemblage pourrait alimenter en électricité 100 000 habitants pendant une année, ambition qu’il fallut revoir à la baisse selon leCEA qui parle de 15 736 habitants, est maintenant dispersé un peu partout dans la nature, et pour longtemps. lien

Areva est aussi impliquée dans l’échec patent de tentative de dépollution de l’eau, (lien) ce qui ne fera pas remonter les actions de l’entreprise nucléaire, au plus bas comme l’on sait, suite à cesEPR, réacteurs qui se voulaient « révolutionnaires », et qui, en Finlande, ou à Flamanville, ont vu leurs délais exploser, tout comme leur factures.

Flamanville devait être opérationnel en 2012…on envisage aujourd’hui 2017…et la facture est passé de 3 milliards d’euros à plus du triple. lien

Ce dépassement de facture est d’autant plus grave que le contrat signé avec la Finlande stipulait que tout dépassement des 3 milliards convenus serait à la charge d’Areva, donc de la France

Toujours au sujet d’Areva, l’entreprise vient d’être épinglée pour une vilaine histoire : Stéphane Lhomme, responsable de « l’observatoire du nucléaire  » avait dénoncé le cadeau, un avion valant25 millions d’euros (lien) qu’avait fait l’entreprise au président nigérien, pourvoyeur de l’uranium indispensable à Areva, et à la France, puisque celle-ci dépend de ce minerai pour faire tourner ses centrales, ce qui a comme un parfum de corruption.

L’entreprise nucléaire porta donc plainte contre le pourfendeur anti-nucléaire, et elle vient d’être déboutée par la justice, donnant finalement raison à Stéphane Lhomme. lien

En France, au gré des élections qui s’approchent, ou qui passent, François Hollande, tentant manifestement de récupérer des voix écologistes, pour échapper au naufrage annoncé lors des élections départementales, a réaffirmé récemment qu’il entendait bien fermer Fessenheim avant la fin de son mandat, promesse qui ne pourra être tenue, car dès l’instant ou une décision ferme serait actée, il faudra, selon l’ASN, compter un délai d’environ 5 ans pour une fermeture effective.lien

Les politologues ne s’y sont pas trompés, et dans un article récent, ils constatent « la reculade qui illustre les atermoiements de l’exécutif face aux enjeux de la filière nucléaire  », d’autant que la fermeture de la centrale ne figure même pas dans la loi sur la transition énergétique. lien

Il est vrai qu’entre un Valls qui jure que le nucléaire est l’énergie de l’avenir, (lien) et une Royal qui veut remplacer une vieille centrale par une neuve, (lien) il y a de quoi s’interroger sur le désir de changement du gouvernement en matière énergétique.

D’ailleurs le Sénat pense de même.

Dans une communication récente, il regrette une occasion manquée, constatant l’échec : «  cette issue était attendue dès lors que le Président de la République avait annoncé son refus de tout compromis sur la seule question de l’échéance de la réduction de la part du nucléaire dans le mix électrique  ». . lien

Comme dit mon vieil ami africain : « à quoi sert la lumière du soleil si on a les yeux fermés ? ».

La peinture illustrant l’article est de Christian Seebauer

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

Sites à consulter

L’info au jour le jour sur le site acro

L’observatoire du nucléaire

Greenpeace

Fukushima-blog

 

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