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« Front républicain » : un concept dépassé

Le Parti Socialiste étant menacé d’une nouvelle et sévère raclée électorale, Manuel Valls s’est récemment exprimé sur la conduite à tenir en vue du 2e tour des Régionales. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il a fait preuve d’une rare hypocrisie en évoquant sans le nommer la possibilité d’un « front républicain »…

Invité du Bondy Blog le mardi 27 octobre, Manuel Valls a bien évidemment été interrogé sur la possibilité d’un succès du FN dans une ou plusieurs régions aux Élections régionales de décembre. « Tout devra être fait pour l’empêcher », a affirmé le Premier ministre.

Eu égard à l’état de déliquescence de la gauche socialiste, entraînée vers les grands fonds par la mise en œuvre d’une politique contraire aux engagements de campagne de 2012, ce n’est pas à l’illusoire victoire, dans les régions menacées, du PS sur le FN que faisait allusion Manuel Valls, mais bel et bien à la mise en œuvre d’un « front républicain » destiné à barrer la route du pouvoir régional aux listes du FN.

En l’occurrence, Manuel Valls se garde bien d’expliciter ce qu’il a véritablement en tête. Ce qui ne manque pas, soit dit en passant, de susciter une belle confusion avec les commentaires de Jean-Christophe Cambadélis, ci-devant « patron » du PS – du moins le croit-il ! – et inénarrable promoteur d’un récent référendum en forme de gag qui n’a pas été sans rappeler le regretté Coluche : entre les électeurs de gauche et ceux de droite, « La France est divisée en deux, je veux qu’elle soit pliée en quatre ! » a semblé dire le boss du PS, l’homme au look de conseiller général de la 4e République visitant un Comice agricole. Mission réussie, Camba ! Merci pour ce moment de franche rigolade.

Mais revenons à Valls et ses moutons électoraux. En réalité, deux scénarios sont possibles :

1) Le front républicain classique : Valls demande, entre les deux tours des Régionales, aux candidats des listes socialistes arrivées en 3e position derrière le FN et LR dans les régions menacées de sortir du jeu pour laisser le champ libre aux candidats de droite et battre ainsi le Front National. Inconvénient pour le PS : il n’aura plus d’élus durant 6 ans et ne pourra plus peser, ni dans les débats, ni dans les réseaux locaux ! Avantage attendu pour le PS : il conforte son image – on ne rit pas ! – de « seul adversaire sincère » du FN.

2) Le front républicain d’union : Valls propose à la droite LR-UDI une fusion de leurs listes avec celles du PS entre les deux tours dans les régions où le FN a de réelles chances de l’emporter, soit au détriment de la gauche, soit à celui de la droite. Inconvénient, et il est de taille dans l’optique des rendez-vous électoraux de 2017 : donner du grain à moudre au FN et à son discours sur la consanguinité des deux grands partis « de gouvernement » qui ont accaparé le pouvoir depuis des décennies en privilégiant le capital à l’intérêt des classes populaires ; « l’UMPS » n’ayant plus cours, vive « L’herpès* », encore plus dévastateur ! Avantage escompté : les compères LR et PS écartent le danger FN et se partagent le gâteau régional : la présidence et la majorité régionale pour la droite, la minorité pour la gauche socialiste. Elle n’est pas belle, la vie politique ?

Christian Estrosi, clone de Marion Maréchal-Le Pen

Tout cela est évidemment du cirque pour électeurs naïfs : à droite comme à gauche, l’on veut avant tout conserver les postes de pouvoir dans le giron d’un bloc politique plus ou moins libéral, et plus ou moins soumis aux exigences du grand patronat, selon les sensibilités (affichées à défaut d’être réelles !). Avec, à la clé de ce manège, une alternance de connivence tacite visant à écarter toute voie politique alternative.

Or, clairement, dans le contexte socio-économique actuel la voie de l’alternance la plus plausible est celle que propose le Front National. Ce n’est pas réjouissant pour tous ceux qui, comme moi, rejettent le contenu d’un discours nationaliste et démagogique, principalement centré sur la désignation de boucs émissaires, et pour le moins avare de propositions crédibles. Mais le FN fait désormais partie de la vie politique française, au point d’en être devenu un acteur incontournable, au centre de toutes les manœuvres, de toutes les stratégies des partis traditionnels.

À cet égard, l’agitation des caciques de ces partis a quelque chose de pathétique : plus les uns tentent de décrédibiliser le FN, plus celui-ci monte, porté par l’exaspération des cocus d’un système doux pour les puissants et dur pour les faibles ; et plus les autres tentent, a contrario, de copier sa ligne politique, notamment en matière de sécurité et d’immigration, plus ils confortent eux aussi le vote Front National.

Dans de telles conditions, en appeler à un « front républicain », quelle qu’en soit la nature, n’a plus guère de sens au moment où un nombre croissant de Français se tourne vers le FN. Sauf à démontrer que ce parti ne respecte pas les règles démocratiques en vigueur, ce qui n’est pas le cas. Qui plus est, qui peut croire qu’une éventuelle alliance LR-PS au 2e tour en Paca n’aurait pas pour but de préserver coûte que coûte le gâteau – pouvoir et avantages afférents – à la lecture et à l’écoute du discours de Christian Estrosi, quasiment calqué sur celui de Marion Maréchal-Le Pen ?

Certes, le Front National peut l’emporter dans une ou deux régions au soir du 13 décembre 2015, et ce sera incontestablement le symptôme d’une grave maladie de notre système politique, gangréné par les dérives libérales et la course déraisonnable aux profits, au détriment des classes populaires et des droits sociaux. Rien d’étonnant pourtant dans cette probable avancée du FN : depuis longtemps, les caciques de la droite et de la gauche socialiste jouent avec le feu en méprisant le peuple de France.

Dès lors, de deux choses l’une : soit le FN fait la démonstration en région qu’il est capable de bien gérer, dans le respect des droits de tous, une entité politique dotée de responsabilités importantes et d’un budget significatif, et nombre d’entre nous devrons reconnaître notre erreur de jugement ; soit il n’est pas à la hauteur de ses nouvelles missions, et il disparaitra très vite de la vie politique. Mais au moins cet épisode aura-t-il ouvert la voie à l’urgente nécessité d’inventer un nouveau modèle politique, plus respectueux des attentes populaires et débarrassé des hideuses combines politiciennes qui ont prévalu jusqu’ici.

Sorte d’acronyme phonétique sur les sigles LR et PS, de plus en plus utilisé sur les réseaux sociaux.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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3 Commentaire

  1. avatar

    Dès lors, de deux choses l’une : soit le FN fait la démonstration en région qu’il est capable de bien gérer, dans le respect des droits de tous, une entité politique dotée de responsabilités importantes et d’un budget significatif, et nombre d’entre nous devrons reconnaître notre erreur de jugement ; soit il n’est pas à la hauteur de ses nouvelles missions, et il disparaitra très vite de la vie politique.

    le problème c’est qu’on le sait déjà, mais que beaucoup attendent la Lune… et n’auront que cratères et désolation avec le FN, dont le principe est simple : ils se servent d’abord en priorité et n’ont aucun sens de la communauté. Les gens ont trop été écœurés par les deux derniers élus : un fou de pouvoir et un indécis de nature…

  2. avatar

    « Dès lors, de deux choses l’une : soit le FN fait la démonstration en région qu’il est capable de bien gérer, dans le respect des droits de tous, une entité politique dotée de responsabilités importantes et d’un budget significatif, et nombre d’entre nous devrons reconnaître notre erreur de jugement ; soit il n’est pas à la hauteur de ses nouvelles missions, et il disparaitra très vite de la vie politique.  »

    le problème c’est qu’on le sait déjà (ils ont assez ravagé de villes en tant qu’élus, style ce crétin de Ménard), mais que beaucoup attendent la Lune… et n’auront que cratères et désolation avec le FN, dont le principe est simple : ils se servent d’abord en priorité et n’ont aucun sens de la communauté. Les gens ont trop été écœurés par les deux derniers élus : un fou de pouvoir et un indécis de nature…

    on pourrait éviter cette injection de crétinerie pou savoir vraiment ce que c’est… non ?

    • avatar

      Bonjour, Momo

      En fait, je ne crois pas un instant que le FN, très largement phagocyté au niveau de ses instances dirigeantes par des nationalistes sans compétence gestionnaire, puisse administrer de manière pertinente et dans le respect des droits de tous, une entité régionale et a fortiori le pays. Ma formule était par conséquent purement théorique, mais nécessaire car on ne peut, dans un travail d’analyse qui se veut objectif, s’appuyer sur des procès d’intention, aussi justifiés soient-ils par les expériences passées ou en cours.