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François Ruffin: Le ch’ti gars à l’assemblée

Si l’on devait prendre 20 minutes pour résumer le marathon électoral de ces 10 derniers mois, rien ne serait plus efficace que de comparer tout ce cirque au choix épineux entre la poire à lavement et la tartine de merde.

En tout état de cause, nous avons à présent un gouvernement de forcenés qui comptent bien aller dans le mur (social, environnemental et économique) et en klaxonnant. C’est dommage quand on pense qu’on a réussi à avoir le parlement le plus féminin de notre histoire… dont l’écrasante majorité a signé un accord de soumission totale aux désidératas du roitelet.

L’opposition au rouleau compresseur libéral — qui a déjà annoncé bien clairement qu’il comptait vendre notre protection sociale à la découpe, enfoncer les pauvres et épargner les riches (à peu près comme d’hab’ depuis 35 ans!) — risque d’être, au mieux, symbolique, plus probablement inaudible.

Cela n’a pas empêché Mélenchon de se réjouir d’avoir, de justesse, de quoi créer un groupe parlementaire qu’il nous promet discipliné.

C’est à ce moment que j’ai éclaté de rire. Parce qu’en dehors du discours férocement optimiste qui tendait un peu au ravi de la crèche (il est vraiment si difficile d’admettre que La France Insoumise a été incapable de mobiliser ceux qu’elle prétend représenter, les prolos?), je me suis dit que pour le coup du groupe discipliné, il allait être salement surpris et que selon toute vraisemblance, il ne connait pas vraiment François Ruffin.

Ruffin, tu sais, le gars qui a démonté les arcanes de l’école de journalisme dont il venait à peine de franchir le seuil, Ruffin, l’auteur remarquable des sublimes chroniques sociales de la merde ordinaire chez Mermet, Ruffin, enfin, l’enragé froid qui a propulsé son petit canard d’empêcheurs de truander en rond de sa Picardie natale à l’échelle nationale, en y mettant ses billes, ses potes et pas mal de ses tripes, et bien, ce journaliste-là n’a pas acheté sa carte de presse à la braderie de Lille
Source : Le Fakir sort des clous – Le Monolecte

 

Itinéraire d’un sale gosse

Conférence de rédaction à Fakir

Je ne sais plus qui a écrit que pendant longtemps, les journalistes vivaient juste un peu mieux que leurs voisins, les ouvriers et les employés, alors que maintenant, ils vivent juste un peu moins bien que leurs voisins, les avocats et les architectes, mais c’est exactement à ça que je pensais pendant ces journées passées à Amiens. Ruffin a toujours fait les pires choix, la trajectoire qui fait blêmir les winners qui nous gouvernent à présent et pour qui, tout ce qui compte, c’est de faire les choix qui te catapultent le plus haut possible dans la pyramide alimentaire.

À côté, Ruffin, c’est la tête de lard, le bucheur de fond, le gars qui fait tout ce qu’il ne faut pas faire. Il décroche un diplôme de l’école de journalisme qui ouvre les portes des jobs à quatre 0 minimum dans les médias obséquieux? Il se dépêche de cracher dans la soupe avec son bouquin conspuant la fabrique de journalistes couchés et se ferme alors toutes les portes du succès. Il faut aller à Paris pour réussir? Il s’incruste comme une tique dans le tissu local picard. Il faut parler des riches et des puissants? Il raconte et vit au milieu des victimes de la désindustrialisation du Nord. Rien ne vaut les cocktails et les pince-fesses pour se faire bien voir des puissants? Il respire la merguez grillée des piquets de grève CGT du coin.

Et quand enfin il touche un art noble, le cinéma, au lieu de parler des affres sentimentales de la bourgeoisie du 16e, il défend le prolo et se paie la fiole d’une des plus grandes fortunes de France. Et s’offre le luxe d’avoir un véritable succès public.

Le besogneux

À Fakir, il y a des plumes, des gens qui ont un talent d’écriture que j’envie, parce que moi, je suis un besogneux. Un texte ne sort pas facilement pour moi, il faut que je bosse beaucoup pour sortir quelque chose de correct.

Un Fakir d’il y a 8 ans, toujours tristement d’actualité

C’était marrant d’entendre François parler ainsi de son travail, que dis-je, de son sacerdoce. Parce que j’avais été frappée par la justesse de ses chroniques, de sa vision, de ses reportages qu’il écrivait au cordeau pour Mermet. C’était tellement bon, de rencontrer un petit gars qui ne se la pétait pas et qui vivait comme il pensait, avec opiniâtreté, constance et humilité.

Parlant de son élection comme d’un « miracle » (il comptait 4000 voix de retard sur LREM au soir du premier tour), Ruffin a estimé que « c’est le travail de terrain qui a payé ». « Ce sont des dizaines voire une centaine de militants qui ont arpenté les villes, les villages et qui, au porte-à-porte, sont allés arracher les gens, non pas au vote Macron puisqu’on savait que, dans le coin, les gens ne voulaient pas de ça, mais simplement sont allées les arracher à l’abstention, à la résignation, à l’écœurement », a-t-il analysé.

« On dit que je suis spécialiste des coups médiatiques, mais d’abord je suis un gros bosseur », a-t-il par ailleurs prévenu. Soucieux d’être « un point d’appui pour tous ceux qui veulent que ça change dans le pays », il n’a concédé qu’ »une légitimité partielle » à une majorité élue avec un taux record d’abstention.

« Si on ne trouve pas des voix pour porter nos paroles à l’intérieur de l’Assemblée nationale, si c’est un bloc monolithique qui avance avec ses lois, sûr de soi, dominant, eh bien, c’est à l’extérieur de l’Assemblée nationale que ça se passera », a-t-il averti.

Source : Le député François Ruffin se paiera bien au SMIC

Alors oui, ça m’a fait plaisir que le besogneux l’emporte hier soir sur le marcheur de service, d’abord, parce que c’est bien la première fois que je suis dans le camp d’un gagnant, mais aussi parce que, non, cette victoire n’a rien d’un miracle, c’est une étape logique dans la vie d’un ch’ti gars engagé qui a fait de sa vie son combat.

Je lui ai envoyé des félicitations qu’il n’aura jamais le temps de lire, en espérant qu’il saura se prémunir des sirènes corruptrices du pouvoir, mais à la lecture de ses engagements dans les médias nationaux aujourd’hui, je me dis que c’est bon, je n’ai pas à m’inquiéter pour lui. Il tiendra le cap et, comme à son habitude, il va mettre le souk dans le ronronnant entre-soi bourgeois de l’Assemblée nationale.

 

Agnès Maillard

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