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François Hollande, vous éteindrez la lumière en sortant…

« L’enfance, c’est de croire qu’avec un sapin de Noël et trois flocons de neige, toute la Terre est changée. » (André Laurendeau, intellectuel canadien).

Ce fut la capitulation ! Et un véritable miracle des sondages, impossible à observer depuis quatre ans : 82% des sondés approuveraient une décision du Président de la République François Hollande ! Et probablement que sa cote de popularité va maintenant remonter comme celle de Jacques Chirac après le 11 mars 2007. Jusqu’à maintenant, tout allait mal pour lui. La pétition contre le Hollande bashing avait fait un flop. La liste des parlementaires PS prêts à signer un appel de candidature à François Hollande était ultramaigre. Les intentions de vote étaient nanoscopiques.

Annoncée quelques minutes auparavant, l’allocution télévisée de François Hollande de ce jeudi 1er décembre 2016 à 20 heures a surpris par le ton et par le fond. Après avoir brossé un bilan élogieux de son quinquennat, il a annoncé purement et simplement qu’il renonçait à se présenter l’élection présidentielle de 2017 : « Je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d’elle. Aussi, j’ai décidé de ne pas être candidat à l’élection présidentielle. ».

Presque la larme à l’œil, François Hollande a déclaré forfait dans une élection qui s’annonçait très mal pour lui puisque les sondages le classaient régulièrement en cinquième position dans les intentions de vote. Elle a néanmoins surpris car souvent, les hommes politiques ont suffisamment de ressources personnelles pour croire en leurs chances et aux miracles, contre vents et marées.

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François Hollande avait en effet plusieurs raisons d’être candidat à l’élection présidentielle : son optimisme légendaire (qui aurait parié sur lui en 2010 ?) ; son égocentrisme très sarkozyen qui pensait qu’on lui reconnaîtrait les bienfaits de sa politique et qu’il resterait le meilleur pour concourir ; la baisse du chômage en octobre 2016 (mais forte hausse en septembre 2016) ; la désignation de François Fillon qui permettrait, selon lui, de recliver le débat entre la droite et la gauche (du reste, au détriment du FN). Et la victoire de François Fillon, placé en quatrième position dans les sondages, qui a montré aussi que ce n’était pas parce qu’on était mal placé dans les intentions de vote qu’on ne gagnerait pas le sprint final…

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Mais le principe de réalité l’a emporté à l’Élysée. Cela a tourné à une véritable capitulation. En ce sens, ce renoncement est un événement politique historique : aucun Président de la République de la Ve République n’a renoncé, à la fin de son premier mandat, à se représenter pour un second mandat quand il en avait physiquement la possibilité (c’est-à-dire, à l’exception de Georges Pompidou). Mais ce n’est pas la première allocution présidentielle de retrait, puisque Jacques Chirac, le 11 mars 2007, avait fait une véritable déclaration d’amour aux Français en confirmant, ce qui était une évidence, qu’il ne solliciterait pas de troisième mandat.

Cette décision a été prise sous la pression permanente, depuis plusieurs mois, du Premier Ministre Manuel Valls, et cela s’est accéléré ces derniers jours.

Le couple de l’Exécutif

La bataille a effectivement fait rage entre François Hollande, dont l’intérêt était de taire ses intentions le plus longtemps possible (pour préserver un semblant d’autorité), et Manuel Valls, qui ne voulait pas se retrouver dans la position de Michel Rocard face à François Mitterrand en 1981 ou en 1988, dans un rôle de candidat suppléant.

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Manuel Valls, qui bouillonne d’ambition présidentielle, s’est d’ailleurs dit que la désignation de François Fillon pouvait rebattre les cartes pour 2017 et verrait bien un second tour entre eux deux. Et dans tous les cas, l’objectif de Manuel Valls serait de reprendre le PS après 2017.

Avec la complicité de Claude Bartolone, qui ferait mieux de garder un peu plus de hauteur due à son titre de Président de l’Assemblée Nationale, Manuel Valls a ainsi laissé entendre dans le « Journal du dimanche » du 26 novembre 2016 qu’il pourrait se présenter à la primaire PS, même contre François Hollande. Dès le lendemain, des rumeurs faisaient état de sa démission, et même de la nomination de Bernard Cazeneuve à Matignon.

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C’est vrai que de « hollandistes », il n’en restait plus beaucoup au PS : Stéphane Le Foll, Michel Sapin, Jean-Yves Le Drian, Bernard Cazeneuve, et les autres préféraient ne pas trop se mouiller. Alors que les ambitieux étaient plus du côté de Manuel Valls, considéré comme une valeur d’avenir, voire d’Emmanuel Macron.

Résultat, au sommet de l’État, il y a eu une véritable tragi-comédie de boulevard indigne d’un pays en si grandes difficultés sur le front de l’emploi, de la sécurité, de la géostratégie, etc. Le 28 novembre 2016, Manuel Valls et François Hollande ont finalement déjeuné ensemble à l’Élysée et se sont « réconciliés ». Manuel Valls a ensuite foncé vers la Tunisie et a expliqué qu’il n’y aurait pas de crise institutionnelle. Le conseil des ministres du 30 novembre 2016 a clos la crise entre Matignon et l’Élysée.

Manuel Valls

Le Premier Ministre Manuel Valls sera probablement candidat à l’élection présidentielle, et probablement à la primaire socialiste. Il est en déplacement ce vendredi 2 décembre 2016 à Nancy sur un sujet très important, les personnes qui ont un handicap, et le lendemain, il devait prononcer un discours à la convention nationale de la « belle alliance populaire » (voir plus tard).

Le 1er décembre 2016, Manuel Valls s’était contenté de prendre note que la voie était libre : « C’est le choix d’un homme d’État. Je veux dire à François Hollande mon émotion, mon respect, ma fidélité et mon affection. ». Il faut noter que François Hollande, de son côté, n’a pas cité Manuel Valls durant son allocution.

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Les opposants au gouvernement, sur l’aile gauche, en particulier les mélenchonistes et les communistes, ont déjà commencé, dès ce 2 décembre 2016, la riposte face à ce changement profond du contexte préélectoral. Pour eux, pas question d’exonérer le quinquennat de toutes ses erreurs, et surtout, pas question de ne pas reporter sur Manuel Valls toutes les fautes politiques de François Hollande !

Le journaliste Daniel Schneidermann, dans sa chronique du 2 décembre 2016, l’a ainsi donné sa perspective : « Le spectaculaire (et lucide) aveu d’échec de Hollande, qui a affolé hier la meute en renonçant à briguer un second mandat, risque fort d’emporter Valls avec lui. Pour le meilleur ou pour le pire, les temps sont aux tranchants. Les peuples veulent des convictions fortes, et affirmées. ».

La primaire du PS

Le 1er décembre 2016 s’est d’ailleurs ouverte la période de dépôt des candidatures pour la primaire socialiste. En fait, François Hollande n’aurait eu aucune raison de se présenter en passant par cette primaire. Ses sbires, à commencer par Stéphane Le Foll, étaient d’ailleurs très réticents à l’idée de faire deux campagnes si rapprochées. Et surtout, quelle aurait été l’autorité du chef de l’État si le 29 janvier 2017, il avait échoué ? Il aurait eu pourtant encore quatre mois à gouverner.

Surtout que l’idée majeure de la primaire PS est caduque. L’objectif était de désigner un seul candidat de la gauche pour 2017. Mais de nombreuses candidatures se sont déclarées hors du cadre de cette primaire qui la rend complètement inefficace : Bastien Faudot, membre du Mouvement républicain et citoyen créé par Jean-Pierre Chevènement, est candidat de son mouvement depuis le 7 février 2016 ; Sylvia Pinel, radicale de gauche, est candidate à l’élection présidentielle depuis le 26 novembre 2016 ; le candidat écologiste Yannick Jadot a été désigné le 7 novembre 2016 ; Emmanuel Macron s’est déclaré le 16 novembre 2016 ; sans compter l’autoproclamé candidat Jean-Luc Mélenchon, plus ou moins voulu par les communistes (je reparlerai des deux derniers plus tard).

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De plus, les rares proches de François Hollande expliquaient que la tenue d’une primaire, qui étalerait les très profondes divisions au sein du Parti socialiste à moins de trois mois de l’élection présidentielle, créerait un climat de désunion qui serait préjudiciable au PS. Toute la question était donc de savoir comment emballer le renoncement à la primaire pour éviter la débandade de 2017.

Finalement, on a emballé le renoncement de François Hollande lui-même. Après l’éviction de Cécile Duflot, de Nicolas Sarkozy, d’Alain Juppé, l’éviction de François Hollande dans le jeu de 2017 va apporter un changement majeur dans le contexte de la prochaine élection présidentielle avec cette conclusion surprenante mais pourtant réelle : les deux candidats anciens et récurrents qui n’ont pas encore été balayés par le vent du renouveau ne proviennent plus des partis gouvernementaux, mais sont Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon . À quand leur tour ?

Sylvain Rakotoarison (02 décembre 2016)

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  1. avatar

    J’ai l’impression que Hollande n’a jamais eu autant d’appui pour une de ses décisions.