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France-Liban : ? propos des Maronites

Du voisin ha?ssable au voisin d?sirable ou les tribulations des Maronites en territoire ?voisin?

Beyrouth ? Bien avant que la francophonie ne soit ? la mode et qu?elle ne devienne sujet de c?l?bration plut?t que l?objet de d?nonciation qu?elle ?tait, bien avant que les ?tats -? d?faut de leur(s) peuple(s)- ne se r?concilient avec la langue de l??empire?, les Maronites du Liban (et non pas les Libanais, ni m?me tous ses Chr?tiens comme il est souvent dit et?cru) avaient depuis longtemps c?l?br? leurs noces avec le fran?ais et scell? leur sort ? celui de la France.

Si ?exception libanaise? il y a, il me semble qu?elle est ? chercher-l? m?me qui fait la singularit? de ce choix: pourquoi, seul (ou presque) parmi tous les peuples colonis?s, les Maronites ont-ils choisi d?lib?r?ment de se ?francophoniser? ? d?faut de se franciser?

Plus ?trange encore le concours des circonstances historiques qui a fait qu?? cet ?appel d?empire?, la France, ? l??poque en mont?e de puissance coloniale, devait y r?pondre. Les noces de la France et des Maronites pouvaient commencer. Et la francophonie devait advenir au Liban d?s lors que la strat?gie ?r?gionale? des Maronites rencontrait celle ?mondiale? de la France.

Le ?fond? maronite.

?Le comportement maronite est marqu? en permanence par deux aspirations contradictoires: une aspiration ? l?enracinement et ? la fusion dans le milieu ambiant et une aspiration ? la ?diff?renciation? li?e ? la relation avec l?Occident. Ces deux aspirations ont toutes deux leur l?gitimit?:

-La premi?re provient d?un refus de l??tat minoritaire qui non seulement expose les membres de la communaut? au danger permanent de pers?cution, mais aussi et surtout bloque toute possibilit? d??change avec le monde environnant;

-La seconde est motiv?e par le d?sir de pr?server son identit? et sa sp?cificit?. Ces deux aspirations se sont d?ailleurs exprim?es tout au long de l?histoire maronite, avec une constance jamais d?mentie suscitant en permanence des conflits et une volont? toujours renouvel?e de parvenir ? un d?passement de cette contradiction qui a ?t? per?ue par les Maronites comme le tribut ? payer en ?change de leur sp?cificit?.?

Longue citation que nous avons tenu ? reproduire en ce qu?elle rassemble tous les ingr?dients du ?fond?? qui devait nourrir l?imaginaire des Maronites et tisser la trame de leurs repr?sentations. Peu importe, au regard de notre propos, que ce sentiment de pers?cution fut r?el ou ?imaginaire? ? on utilise bien, comme le rappelait Bachelard, ?des ?l?ments ?imaginaires? pour cr?er du ?r?el?? ? l?important ?tant qu?aux yeux de l?imagerie populaire, ces pers?cutions ne devaient jamais se d?mentir? qui s?est engendr?e en une ?d?solation? qui les a fix?s dans l?impouvoir de nouer dialogue ou d??tablir contact avec ceux-l? m?mes au milieu desquels ils vivaient; c?est elle qui a command? l?exacerbation ? leur volont? de diff?renciation, tout comme elle a ordonn? leur repliement sur eux-m?mes.

En ce sens, elle n?avait d?autre consistance que de fournir la base symbolique sur laquelle ils devaient ?difier leur ?confessionnalit?? qui leur servira, de mani?re assez ?l?mentaire, ? diviser le monde o? ils vivaient en deux camps antagonistes: Eux versus leurs ?voisins imm?diats?.

Il n?est pas simple d?avoir des voisins, c?est m?me toute une histoire. Pour les Maronites ce fut une histoire impossible: ils n?ont pas su, pas pu ou pas voulu ?avoir des voisins?, les penser en ? termes de voisinage ?, vivre en ? bon voisinage ? avec leur environnement, milieu de leur enracinement.

D?s lors, la probl?matique de leur identit? s?est toujours pens?e et ?nonc?e dans les termes d?une ?singularit? d?connect?e? de son environnement imm?diat, d?marche d?autant plus ?trange que leurs principaux traits ne d?tonnaient pas dans le paysage social. La proximit? du voisin risquant de finir dans la promiscuit?, s?en ?loigner pour ?tre soi-m?me s?imposa comme imp?ratif.

Ainsi, finirent-ils par d?velopper la diff?rence pour elle-m?me, comme si ?tre soi-m?me, Maronite, ne pouvait se d?cliner qu?en termes d?alt?rit? radicale, et seulement. Or, la diff?rence pour elle-m?me n?est pas une relation, un phantasme ou une hallucination tr?s certainement! Se donnant en premier, relevant de l??attitude naturelle?, ce culte de la diff?rence ? son comble port?e n?a pas ?t? sans involuer la gen?se et la production de leur conscience de soi, ni sans ?travailler? leur imaginaire tout au long de leur histoire, engendrant une co?teuse exclusion des ?voisins imm?diats? avec lesquels ils n?ont pu entrer en dialogue ni ?tablir des relations de voisinage.

Car il leur ?tait impossible ?d?avoir des voisins ?, de les penser en ?termes de voisinage?, de vivre avec en ?bon voisinage?. La diff?rence pour elle-m?me n?est pas un rapport ! Un ?d?-rapport? plut?t qui les a conduit ? l??cart irr?ductible, au rabattement de leur identit? sur la seule relation d?opposition, ? se faire ?tranger ? leur milieu, et, en contrepartie mais compl?mentairement, ? d?velopper des liens de solidarit? qui seront autant de barri?res pour tenir les ?voisins imm?diats? ? distance et les Maronites s?par?s.

La rencontre d?un Occident en mont?e de puissance d?empire colonial

En butte donc ? leurs voisins, leur rencontre avec les Crois?s, au XIIe si?cle, fut comme une r?v?lation: la r?v?lation que le ?voisin lointain?, ? condition qu?il souscrive ? certains conditions : qu?il soit chr?tien-romain et lointain ? en l?occurrence Rome pour la religion et la France pour la politique, la culture, la langue et le reste ? pouvait servir de recours contre leurs ?voisins imm?diats?.

Il semble bien que cette rencontre ait, dans l?imaginaire des Maronites, jou? le r?le d?une ?sc?ne primitive?. La contradiction qu?interpr?te leur volont? de ?diff?renciation dans l?enracinement?, ce qui se traduit en fait par: comment ?tre d?ici (?aspiration ? l?enracinement et ? la fusion dans le milieu ambiant?) et r?ussir ? rester soi (?pr?server son identit? et sa sp?cificit??) contre le ?voisin imm?diat? (?une aspiration ? la ?diff?renciation??), a ?t? r?solue, dans le cas maronite, par une d?cision d??ali?nation? (?li?e ? la relation avec l?Occident?) lourde de cons?quences strat?giques.

Puisque, ce faisant, ils ont d?cid? ?tre d?ici, sans en ?tre tout en l??tant. C?est ? ce ?voisin lointain? qu?ils s?en sont remis pour prendre en charge la conciliation des termes de leur contradiction avec leurs ?voisins imm?diats?, dans le sens souhait? par eux: r?ussir ? ?tre d?ici en ?tant diff?rent ou, dans le cas qui nous int?resse, ?tre d??orient? tout en ?tant ?occidentalis?/francophonis??.

Et c?est bien cette rencontre qui permettra ? l??glise Maronite ainsi qu?aux Maronites dont elle pr?sidait aux destin?es, de briser leur ?d?solation?: leur ?isolement ? ainsi que leur ?isolation? dans lesquels ils s??taient confin?s. C?est bien elle qui leur a permis d?entrer en contact direct et assidu avec le si?ge apostolique ? l??gard duquel ils t?moigneront par l?interm?diaire de leur ?glise, d?une ind?fectible fid?lit?, affichant, d?s 1215, au Concile occidental de Latran IV, leur ?communion v?cue avec l??glise de Rome?.

D?s cette ?poque d?ailleurs commence la lente mais s?re ?occidentalisation? de cette ?glise. Elle se latinise dans un premier temps, malgr? parfois des tensions avec Rome, en adoptant une large part de sa propre discipline aux normes venues de l?Occident latin, en adoptant sous l??gide de l?gats j?suites, les institutions et des usages liturgiques latins, pendant que des g?n?rations de pr?lats sortis du Coll?ge maronite de Rome, fond? en 1584, renfor?aient ce m?me courant.

Mais Rome entrant g?opolitiquement en d?clin, un substitut se faisait cruellement sentir. Progressivement, les Maronites vont se tourner vers la France (?Fille a?n?e de l??glise? apr?s tout!) ? en mont?e de puissance d?empire -, pour r?ussir ? se faire mettre sous sa protection diplomatique qui s?exer?ait dans le cadre des Capitulations.

Bien que les relations avec la France ne fussent pas encore continues, et que le Liban n?exist?t pas encore comme entit? politique, il reste qu?elles marqueront durablement leur histoire? ?Et le souvenir de ces rencontres anciennes demeurera dans notre m?moire, comme une justification des ?relations privil?gi?es avec la France?.

Cette relation avec la France devait se renforcer et s?amplifier ? partir du XVIIIe si?cle, au moment o? le Proche/Moyen-Orient devenait, dans le ?Grand jeu? colonial qui opposait les grandes puissances d?Europe (la Grande-Bretagne et la France principalement, mais aussi la Russie et, dans une moindre mesure, l?Autriche, l?Italie et la Russie tsariste), un terrain privil?gi? de leur rivalit? ? qui devait pr?cipiter l?effondrement de l?Empire ottoman et sa balkanisation.

Les int?r?ts des Maronites, se trouvant au diapason des int?r?ts coloniaux de la France, se sont tout naturellement coul?s dans sa strat?gie imp?riale.

Car le ?Grand jeu? oriental se r?sumait ? l??poque ? la ?Question d?Orient?, entendre la balkanisation de l?Empire ottoman/musulman, laquelle a consist? ? prendre l??homme malade? de l?Europe en tenaille: de le prendre en son ?centre? et de lui prendre sa ?p?riph?rie?.

La prise du ?centre? se fit directement par les Grandes puissances, sans interm?diaire et ? tous les niveaux de l??tat : ?conomique, politique, id?ologique?

?conomique, par l?interm?diaire de la mainmise de la Banque ottomane (banque franco-anglaise fond?e en 1863) qui, par le d?cret de?Muharrem?(20 d?cembre 1881), obtint le pouvoir colossale de g?rer les finances de l?Empire: perception des imp?ts, administration de la Dette publique ottomane? mais surtout, sous le nom de Banque imp?riale ottomane, d??tre la ?Banque d??tat? tout en demeurant? soci?t? ?trang?re.

Politique, la mainmise se fit par le biais des ?R?formes? impos?s par l?Europe pour, d?j? ! -Bush le petit n?a rien invent?- contraindre l?Empire ? se ?moderniser? et se ?d?mocratiser?, comprendre s??occidentaliser?.

Appel?es Tanzimat, ces ?R?formes?, promulgu?es par le sultan Abdul-Medjid (Abd?lmecit) par l??dit auguste (hatt-i sherif) de G?l-Han? (3 nov. 1839), reprenaient pour l?essentiel les ?l?ments du droit europ?en puisqu?il y ?tait d?cid? ? nouveaut? radicale en ?Terre d?islam? ? que tous les sujets de l?Empire?sont ?gaux, sans distinction de religion?ou de nationalit?, que la loi est la m?me pour tous??;

Le pouvoir central est lui aussi r?organis? ? l??europ?enne?: d?partements minist?riels, ministres responsables, et pour comble, en mai 1868 sont cr??s un Conseil d??tat et une Cour supr?me de justice, tous deux compos?s de musulmans et de? chr?tiens.

Id?ologiquement, elle se fit par un enseignement r?form?/occidentalis? en profondeur, sur tout le territoire de l?Empire, (les missionnaires?), la diffusion des ?id?es europ?ennes de progr?s, de d?mocratie, de nation.? (M?dias, imprimerie?).

Or, tous ces bouleversements du ?centre? avaient lieu pendant que la ?p?riph?rie? de l?Empire ?tait elle-m?me travers?e par de graves crises, et plus sp?cifiquement par des soul?vements ? caract?re national: en Serbie, o? les Serbes obtiennent que leur province soit reconnue comme ?principaut? autonome? sous suzerainet? turque, en ?pire qui tient t?te aux Ottomans pendant vingt ans (1803-1822), en Gr?ce o? d?s 1821 une insurrection nationale visant l?ind?pendance totale est d?clench?e, en ?gypte o? Mehmed Ali (Muhammad ?Ali) se fait proclamer gouverneur, liquide le r?gime des Mameluks et impose son autorit? au Hedjaz et au Soudan, etc.

Crises ? r?p?tition qui permettront aux puissances europ?ennes, sous couvert de la ? Protection des Chr?tiens d?Orient? ou des ?nationalit?s de l?Empire?, de prendre pied dans la ?p?riph?rie? de l?Empire en se saisissant des ?communaut?s?, ?nationalit?s?, ?tribus?? en lutte contre lui mais le composant, pour s?en faire des clients ?outilisables? ? dessein dans le sens de leurs rivalit?s et de leurs ambitions politiques.

C?est sur ce fond de reconfiguration g?opolitique que les ?relations privil?gi?es? de la France et des Maronites prennent un de leur sens majeur et c?est sur ce fond que se mettra au travail leur strat?gie (locale/r?gionale). Elle consistera ? s?inscrire et leur destin dans la mont?e de la France en puissance d?empire pour lui faire prendre en charge ses int?r?ts ?nationaux? contre ses ? voisins imm?diats ?.

Ainsi, pendant que l?alliance de la France avec les Maronites s?inscrivait dans le ?Grand jeu? oriental de cette derni?re, celle des Maronites avec la France servira de support ? leur mont?e en puissance (confessionnelle), sur -ce qui n??tait pas encore mais le deviendra- la ?sc?ne libanaise?.

Pourquoi la francophonie en temps de manque?

Comme on s?en doute, cette guerre des empires se d?doublait d?une ?guerre des langues? qui mettait aux prises non pas deux mais trois langues d?empire: l?une, l?arabe, g?opolitiquement vaincue (d?membrement de l?Empire ottoman, balkanisation de la r?gion au prorata des int?r?ts occidentaux?), et deux autres en in?gale mont?e de puissance: l?anglo-saxonne en t?te, le fran?ais ? la tra?ne.

Mais ?guerre des langues? tout aussi d?cisive que les guerres militaires, politiques, diplomatiques ou ?conomiques, car la perdre signait la perte m?me de l?empire ? puisqu?il n?y a pas d?empire sans langue d?empire ? et la gagner consacrait l?empire en consacrant sa langue.

La bataille de la francophonie s?inscrivait malgr? ce qu?il en est, au dedans de cette bataille des empires coloniaux qui occupait le monde en ces si?cles. Satisfaisant ? l??appel de fran?ais? des Maronites, la France l?investissait dans les grandes man?uvres de son ?Grand jeu?.

N?anmoins, il serait faux de parler, dans le cas pr?cis des Maronites, de leur instrumentalisation par la France. Quand il y eut instrumentalisation, elle n?eut qu?un r?le limit? et secondaire, tactique plut?t que strat?gique. Il nous semble plus ad?quat de parler d?une ?communion d?int?r?ts? qui s??crira en termes de ?relations privil?gi?es? et de ?complicit? historique?.

S?il est vrai que c?est bien gr?ce ? ces ?relations privil?gi?es? que les Maronites conna?tront leur plus importante mutation anthropolitique puisqu?elles en feront une ?confession? ? au sens politique et non plus seulement anthropologique du mot, autrement dit: en une?a?abiyya?organis?e en ?force politique?ghaliba, et m?me la premi?re d?entre les ?confessions? qui peupleront un ?Liban? taill? ? leur ?id?es europ?ennes de progr?s, de d?mocratie, de nation.? (M?dias, imprimerie?).

Or, tous ces bouleversements du ?centre? avaient lieu pendant que la ?p?riph?rie? de l?Empire ?tait elle-m?me travers?e par de graves crises, et plus sp?cifiquement par des soul?vements ? caract?re national: en Serbie, o? les Serbes obtiennent que leur province soit reconnue comme ?principaut? autonome? sous suzerainet? turque, en ?pire qui tient

T?te aux Ottomans pendant vingt ans (1803-1822), en Gr?ce o? d?s 1821 une insurrection nationale visant l?ind?pendance totale est d?clench?e, en ?gypte o? Mehmed Ali (Muhammad ?Ali) se fait proclamer gouverneur, liquide le r?gime des Mameluks et impose son autorit? au Hedjaz et au Soudan, etc.

Crises ? r?p?tition qui permettront aux puissances europ?ennes, sous couvert de la ?Protection des Chr?tiens d?Orient? ou des ?nationalit?s de l?Empire?, de prendre pied dans la ?p?riph?rie? de l?Empire en se saisissant des ?communaut?s?, ?nationalit?s?, ?tribus?? en lutte contre lui mais le composant, pour s?en faire des clients ?outilisables? ? dessein dans le sens de leurs rivalit?s et de leurs ambitions politiques.

C?est sur ce fond de reconfiguration g?opolitique que les ?relations privil?gi?es? de la France et des Maronites prennent un de leur sens majeur et c?est sur ce fond que se mettra au travail leur strat?gie (locale/r?gionale). Elle consistera ? s?inscrire et leur destin dans la mont?e de la France en puissance d?empire pour lui faire prendre en charge ses int?r?ts ?nationaux? contre ses ?voisins imm?diats?.

Ainsi, pendant que l?alliance de la France avec les Maronites s?inscrivait dans le ?Grand jeu? oriental de cette derni?re, celle des Maronites avec la France servira de support ? leur mont?e en puissance (confessionnelle), sur ? ce qui n??tait pas, mais le deviendra ?la sc?ne libanaise?

S?il est vrai que c?est bien gr?ce ? ces ?relations privil?gi?es? que les Maronites conna?tront leur plus importante mutation anthropolitique puisqu?elles en feront une ?confession? ? au sens politique et non plus seulement anthropologique du mot, autrement dit: en une?a?abiyya?organis?e en ?force politique?ghaliba, et m?me la premi?re d?entre les ?confessions? qui peupleront un ?Liban? taill? ? leur mesure et o? ils ?tabliront leur?ghalaba.

Pour vrais et importants que soient les int?r?ts des Maronites dans cette alliance, ils ne sauraient se r?duire aux seuls enjeux politiques ? les seuls abord?s abondamment par les historiens de tous bords. Il en est de tout aussi fondamentaux, qui ont trait ? la culture et ? la langue.

Car il se trouve que dans leur longue travers?e du voisin imm?diat au lointain voisin, les Maronites ont perdu et leur langue et leur culture. En effet, le ?syriaque?, bien que ?langue maternelle? et ?langue liturgique?, cesse d??tre, sous les effets de la perc?e romaine, la ?langue culturelle? des Maronites pour lui voir se substituer comme langue culturel le latin/italien de Rome.

Le Fran?ais parach?vera la glottophagie de cette langue maternelle quand il prendra la rel?ve, ? partir du XVIIIe, pour finir par devenir la ?premi?re langue ? institu?e des Maronites et la seconde langue du Liban, apr?s l?arabe ? en d?pit des efforts entrepris par les Anglo-Saxons pour le supplanter.

Faire du fran?ais, la langue de l?empire, la seconde langue d??tat, aux c?t?s de l?arabe ne servait pas que les int?r?ts de la France. Car les enjeux de la francophonie, aux yeux des Maronites, rev?tent une importance qu?on pourrait qualifi? d?ontologique: elle sert, aux plans linguistique et culturel ? combler le manque d?une langue maternelle capable de monter en langue d??tat, contre l?arabe, langue de l?Islam et des Musulmans, et ? les doter d?une m?moire qu?ils pourront opposer ? celle de l?Islam.

? d?faut d?une langue maternelle qui serait d?positaire d?une culture ? transmettre, le fran?ais a eu pour vocation Maronite de combler ce manque et de fournir aux maronites une langue de culture et donc d?identification qui leur permettra de creuser leur diff?rence d?avec les voisins d?ici.

(Par Roger Naba?a, philosophe et universitaire libanais)

 

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