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Françafrique: le franc CFA

Franc CFA, clé de voûte de la Françafrique

 

Insulte à la souveraineté de quatorze nations africaines, le franc CFA (FCFA) est un système anachronique car la France est le seul pays au monde qui se paie encore le luxe de gérer la monnaie de ses ex-colonies, et ce plus d’un demi-siècle après leur indépendance. Créé en 1945, le CFA signifiait dans un premier temps « colonies françaises d’Afrique » avant de devenir « communauté française d’Afrique » dès 1958. Ayant changé de nom au gré des aléas de la décolonisation et des évolutions politiques, rebaptisé dans les années 1960 suite à l’indépendance des colonies en « communauté financière africaine » pour Afrique de l’Ouest et en franc de la « coopération financière en Afrique centrale » pour l’Afrique centrale, le FCFA reste néanmoins intégralement sous la tutelle du ministère français des finances. Et pour cause puisque la parité FCFA/euro nous permet – à nous français – de continuer à acquérir des matières premières africaines (cacao, café, bananes, bois, or, pétrole, uranium…) sans avoir à débourser la moindre devise étrangère, tout comme elle autorise nos entreprises investir dans cette zone franc sans risquer de dépréciation monétaire.

Le FCFA est donc une aubaine car la libre circulation des capitaux qui est son corollaire permet aux entreprises françaises implantées dans ces 14 pays d’Afrique de rapatrier leurs bénéfices en Europe sans aucun risque de change, ce qui profite naturellement à des multinationales comme Bolloré, Bouygues, Orange ou encore Total… Outrageusement avantageux à l’économie française car nos entreprises bénéficient gratuitement de cette authentique assurance à l’encontre des fluctuations monétaires susceptibles d’affecter leurs marges, le FCFA coûte en revanche aux citoyens africains qui paient le prix de cette stabilité de leur taux de change à la faveur des ponctions opérées par le Trésor français sur leurs réserves monétaires placées en France. Cet arrimage à l’euro est malsain pour les pays sous la coupe du FCFA et entièrement tributaires d’une zone (euro) qui présente un contexte et un cycle économiques totalement décorrélés des fondamentaux africains.

Comment justifier une obédience, notamment envers la Banque Central Européenne dont la mission principale est la lutte contre les pressions inflationnistes, quand les priorités de ces nations africaines se déclinent plutôt en termes d’emplois et d’investissements dans les infrastructures et dans les capacités de production, précisément promoteurs d’inflation ? Cette servitude monétaire – et par delà économique – n’est-elle pas confirmée même au sein du Fonds Monétaire International où c’est le représentant de la France – et non de ces pays africains – qui élabore le rapport annuel dédié à la zone franc ? Cette insulte à la souveraineté de ces nations n’est-elle pas consacrée par leur impossibilité d’imprimer leurs propres billets de banque qui sont fabriqués exclusivement sur territoire français, manière pour l’Hexagone de démontrer qui a la maîtrise et qui peut tout moment cesser l’approvisionnement en FCFA ? Ce néocolonialisme subtil où la France dispose du droit de vie et de mort sur des économies et sur des pays dits « indépendants » perpétue en fait sa domination sous des formes plus insidieuses, soit dit en passant à son plus grand avantage car notre pays serait probablement relégué au rang de 20 ème puissance économique sans l’argent des africains.

Comme le colonialisme ne cesse à l’évidence pas par la vertu d’une déclaration d’indépendance, les citoyens de ces 14 pays d’Afrique soumis au FCFA devraient méditer cette citation bien connue s’appliquant parfaitement à leur contexte qui dit en substance : “donnez moi le contrôle sur la monnaie d’une nation, et je n’aurai pas à me soucier de ceux qui font ses lois.» A moins qu’une part notoire de ces africains ne se complaisent dans ce que l’homme politique et économiste togolais Kako Nubukpo caractérisait de « servitude volontaire », tant il est vrai que nulle voix forte et crédible ne plaide au Sénégal, en Côte d’Ivoire et ailleurs pour la souveraineté monétaire.

 

Michel Santi

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