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Football mixte : jusqu’à quel âge peut-on laisser jouer ensemble garçons et filles ?

La coupe du monde féminine de football qui se déroule actuellement dans notre pays connaît un grand succès et suscite un engouement que l’on ressent également dans les pays voisins. Très médiatisée, cette compétition donne lieu à de nombreuses réflexions sur l’avenir du football féminin et son rapport au football masculin. Est notamment posée la question de la mixité dans les équipes de jeunes. Est-elle possible ? Et si oui, jusqu’à quel âge ?

Avant toute chose, il convient d’être au clair sur les catégories de jeunes. Naguère, l’on parlait de débutants, de poussins, de benjamins, de pupilles, de minimes, de cadets et de juniors. Autant de noms dotés d’un charme certain, mais qui avaient le défaut d’engendrer des confusions dans le contexte international. Qui plus est, notre époque est à la normalisation dans tous les domaines. Dès lors, sous la pression de la FIFA (Fédération internationale de football), tous les pays de la planète ont dû adopter les nouvelles normes portant sur la dénomination des catégories et sur le référentiel d’âge. Il faut savoir, sur ce dernier point, qu’avant cette réforme certaines fédérations nationales fonctionnaient sur l’année civile, d’autres sur l’année scolaire, ce qui induisait d’évidents problèmes lors des compétitions internationales. Bref, toutes les fédérations nationales ont dû se caler sur l’année civile, et les catégories ont – depuis la saison 2009-2010 – changé d’appellation : les poussins sont devenus U9 (moins de 9 ans), les benjamins U11, les pupilles U13, les minimes U15, les cadets U17 et les juniors U19. Le football juvénile y a incontestablement perdu de la poésie, mais il a gagné en lisibilité internationale.

Ce préambule posé, revenons au sujet principal : dans les faits, la mixité garçons et filles existe déjà en France depuis de nombreuses années dans les écoles de football et dans les petites catégories de jeunes – U9, U11 et U13 – sans que cela pose de problème. Bien que la mixité soit autorisée par la FFF (Fédération française de football) jusqu’à la catégorie U15, c’est dans celle-ci que surgissent des difficultés. À ce moment de l’adolescence, la puissance musculaire et la vitesse de course des garçons s’imposent le plus souvent aux joueuses qui leur sont opposées, ce qui induit un avantage certain, y compris face à des filles techniquement de niveau égal, voire supérieur.

Rares sont d’ailleurs les spécialistes qui nient ces constats, rendus évidents en catégorie U15 par les effets de la puberté différenciée des garçons et des filles, laquelle développe nettement plus la supériorité physique des premiers aux dépens des secondes. Parmi celles et ceux qui préconisent une mixité étendue aux catégories supérieures de jeunes figurent des sociologues et des pédopsychiatres qui, dans le cadre d’une démarche purement intellectuelle, s’appuient sur la mixité du sport en milieu scolaire pour illustrer leur propos. Mais ces personnes se trompent de référentiel et n’ont manifestement jamais pratiqué de football de compétition. Si tel était le cas, ces experts, le plus souvent autoproclamés, sauraient qu’il n’y a pas grand-chose à voir, en termes d’engagement et de motivation, entre le sport scolaire, le plus souvent subi par les élèves, et le football de compétition, ardemment désiré par les pratiquant(e)s malgré des contraintes d’entraînement parfois rébarbatives mais qui débouchent sur une récompense : la convocation pour le match ou le tournoi du week-end.

2019-2020 : vers un afflux de filles

Dans l’article 155 de ses Règlements généraux, la FFF prend elle-même en compte cette différence entre garçons et filles au plan collectif en autorisant les équipes purement féminines U15 à participer à des compétitions de garçons U13 aux niveaux départemental et régional. Une manière d’équilibrer les chances des unes par rapport aux autres. À titre individuel, des joueuses peuvent également être sous-classées dans la catégorie masculine d’âge inférieure, là aussi pour équilibrer les potentiels physiques des filles relativement aux garçons. Une mesure en général plutôt bien acceptée.

L’avenir reste quand même à la différenciation des genres à compter de la catégorie U15, les possibles, et parfois nécessaires, sous-classements des filles étant la plupart du temps la résultante d’une mixité contrainte, faute d’équipes féminines et de compétitions dédiées dans les ligues (niveau régional) et les districts (niveau départemental) en nombre suffisant. Nul doute à cet égard que le succès rencontré par l’organisation de la Coupe du monde féminine de football 2019 sur notre territoire provoquera dès la rentrée un afflux de fillettes et de jeunes filles vers les clubs, et cela malgré l’élimination prématurée de l’équipe de France. Ce phénomène devrait entraîner, dans la plupart des districts, la création de sections féminines dans des clubs où elles n’existent pas encore, notamment dans les catégories U15 et supérieures.

Encore faudra-t-il pour cela que les filles viennent s’inscrire en grand nombre dans les clubs et parviennent à convaincre techniciens et dirigeants de leurs aptitudes à pratiquer – sinon immédiatement, du moins dans un délai raisonnable – le football de compétition. Les clubs sont en effet des structures dont les moyens financiers et humains sont limités par des budgets contraints. En outre, la grande majorité d’entre eux ne dispose pas d’installations extensibles en termes de terrains et de vestiaires différenciés. Enfin, les clubs n’ont pas vocation à être des garderies pour des gamins, aussi sympathiques et motivés soient-ils, incapables de dépasser le niveau de jeu des cours d’école ou de s’astreindre à une discipline collective. Une considération qui, cela va de soi, vaut tout autant pour les garçons que pour les filles.

À noter, autre élément important, que le nombre des licenciés était, lors de la saison qui s’achève, de 2,4 millions pour les footballeurs, et seulement de 165 000 pour les footballeuses. Même si la demande explose chez les féminines lors de la rentrée pour la saison 2019-2020, il faudra sans doute encore de longues années pour que la majorité des clubs aient une section dédiée aux filles et pour que les compétitions féminines soient structurées de manière satisfaisante en termes d’équilibre des équipes en présence dans les championnats de district. La fin de la mixité dans le football juvénile n’est donc pas pour demain. Est-ce une mauvaise nouvelle ? Pas forcément, car chez les jeunes enfants, et plus encore chez les préadolescents, cette mixité est de facto une école de respect mutuel !

Important : En 2019-2020, l’organisation des compétitions de jeunes va évoluer au niveau régional avec l’émergence des catégories U18, U16 et U14 en lieu et place des U19 (supprimée), U17 et U15. Les règles s’appliquant aux filles intégrées en équipe mixte resteront les mêmes, les licenciées pouvant désormais continuer à jouer avec les garçons jusqu’en U16. 

Autre article consacré au football :

Je hais le football ! (plus que jamais) (juin 2016)

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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