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Feu sur les artifices

 

Qu’il s’agisse (de feux) d’artifices que les citoyens australiens contestent, au vu de leur périlleuse situation, ou de ceux proposés par le chef de l’état, en France, ils ne sont évidemment qu’une façon de montrer que « l’arbre cache la forêt ».

 

 

Que Bolsonaro, ou Trump, continuent d’occulter le changement climatique, pourtant évident aux yeux de tous, ne change rien.

 

Les forêts brûlent, pour produire un peu de Nutella, ou de soja transgénique, au point que des milliers d’australiens, piégés par les flammes d’un incendie qui a détruit l’équivalent de 2 fois la surface de la Belgique, pour l’instant, sont réfugiés sur les plages en attendant du secours.

 

 

Quant aux peuplades amazoniennes, chassées de leur territoire par des incendies, leurs innombrables démarches en Europe, ou ailleurs, n’ont pas inquiétés les autocrates brésiliens et d’autres.

Tout ça présage de nouvelles migrations, vers des territoires provisoirement préservés, et l’extrême droite devra chercher d’autres arguments pour contester l’arrivée prochaine de ces nouveaux migrants.

Sans vouloir noircir un tableau qui présage mal de l’année qui commence, il y a pourtant de quoi se poser quelques questions.

Artifices ? Vous avez dit artifices ?

Il en est aussi question pour la réforme des retraites,

Finalement, depuis la crise des gilets jaunes, « l’acte II » macronien a quelques plombs dans l’aile, et le discours des vœux présidentiels manque singulièrement de profondeur, s’assimilant plus à une opération de « com », qu’à une véritable volonté de dialogue.

Il semble bien qu’il n’ait pas réalisé la rupture qui existe entre lui et le peuple.

Cette réforme des retraites qu’il avait inscrit en lettres d’or dans son programme, et qui avait été validée électoralement, même si finalement, les français avaient voté plutôt « tout sauf Lepen » que « vive Macron », ne fait plus l’unanimité, loin s’en faut, car le diable est dans les détails.

Il ne s’agit plus d’une réforme égalitaire, afin de mettre un terme aux régimes spéciaux, puisque finalement, au fil des jours, elles sont déjà 14 corporations à avoir eu gain de cause, échappant à l’égalitarisme prôné par macron.

(rappelons qu’à ce jour, le système actuel comptabilise 45 dérogations)

Commençons par les militaires.

Macron a bien tenté d’agiter des rideaux de fumée, assurant qu’il ne s’agissait pas de « retraite », mais de « pension », en tout cas l’armée est rassurée : elle ne sera pas concernés par cette réforme. lien

Parmi les 1er à obtenir une dérogation, on compte les policiers, les gendarmes, les surveillants pénitentiaires, les contrôleurs du ciel : ils pourront tous partir à 52 ans… ont suivi les pompiers, les routiers, et les policiers municipaux, ainsi que les pilotes d’avions qui eux pourront partir à 60 ans

Quant aux hôtesses et autres stewards, ils pourront conserver leur caisse de retraite complémentaire…

Puis sont venus les marins-pêcheurs, qui au bout de 15 ans de navigation, pourront partir à 55 ans… lien

Les danseurs de l’Opéra ont aussi bénéficié de la clémence gouvernementale, et pourront partir à la retraite à 42 ans, mais cette clémence ne concernera pas ceux qui auront été recrutés après janvier 2022…ce qui a été ressenti comme une provocation, et la grève y continue dans de plus belle. lien

Pourtant, la grogne vient de s’inviter à nouveau chez les policiers, lesquels réalisent que les avantages consentis à la gendarmerie seront moins bénéfiques pour eux, et ils se mobilisent à nouveau. lien

Les enseignants, lesquels sont les plus durement touchés par ce projet de réforme, n’ont rien obtenu, à part la promesse d’une éventuelle augmentation de salaire. lien

On pourrait aussi s’interroger sur la logique de ces dérogations, qui font la part belle aux pilotes d’avions, aux chauffeurs routiers, mais pas aux chauffeurs de car, conducteur de TGV, ou de métro ?

Pour l’instant, les cheminots, fer de lance de la contestation n’ont rien obtenu…

Mais pour ces dérogations, ce n’est probablement qu’un début.

En effet, si on y regarde de plus près, elles sont nombreuses ces corporations qui pourraient y prétendre.

Prenons l’exemple d’un charpentier, il a 33 fois plus de risque d’être victime d’un accident de travail qu’un informaticien…tout comme un couvreur…

 

D’ailleurs le secteur du bâtiment est celui où l’on compte le plus d’accidents du travail mortel (94%)…

Et quid des élagueurs grimpeurs, des agriculteurs, cette profession exposée aux pesticides et aux engrais chimiques, profession ou le suicide est particulièrement élevé.

 

Et quid de ceux qui œuvrent en sidérurgie, ou creusent dans les mines ?

N’oublions pas ce dangereux métier qui est celui de la maintenance, par exemple ceux qui visitent les cœurs de centrales nucléaires…ni celui des éboueurs, ces travailleurs de rue, souvent accidentés par un conducteur distrait… lien

On pourrait aller encore plus loin en évoquant le statut de guides de hautes montagnes, des sportifs en tout genre, dont on comprend bien qu’il existe un moment ou les performances ne sont plus les mêmes avec l’âge…même si on pourra me rétorquer qu’avec leur notoriété, ils pourraient trouver d’autres débouchés…

Bien sûr, c’est vrai pour les premiers, mais quid des autres ?

Et quid de celui qui nettoie les vitres d’un building, de celui qui livre des pizzas, ou tout simplement d’un facteur, en proie à la hargne des chiens…et des voitures, prolongeant ainsi la liste des métiers à risque.

Finalement, c’est de la pénibilité, du danger ou de l’efficacité de l’intéressé qu’il faudrait regarder de plus près.

Dès l’instant ou des dérogations s’installent au cœur de ce régime de retraite qui se veut « universel, et égalitaire », que reste-t-il de légitime dans cette réforme ?

Delevoye a travaillé près de 2 ans sur un rapport, bourré de fautes de math qu’un enfant de 10 ans n’aurait pas fait…

Devant la levée de bouclier, des simulations viennent d’être proposées, sauf qu’elles aussi ne peuvent être validées, et pire, elles démontrent les failles de cette réforme. lien

Qu’est-ce à dire ?

Après avoir tenté en vain de tenter la division entre les français, suivant le vieil adage : « diviser pour régner », il semble bien que les français ne soient pas tous tombé dans le piège, et ont finalement compris qu’il s’agissait, à terme, de privatiser la retraite, incitant les générations qui viennent à construire, dans le secteur privé, leurs propres retraites, en investissant là où ils le désirent.

En effet si on prend un peu de recul, on pourrait découvrir sous peu que l’Elysée a mis au point un programme machiavélique, destiné à pousser les français à s’occuper de leur propre retraite, via les fonds de pension.

Nombreux sont ceux qui pensent que la nomination du président de Blackrock-France, promu récemment officier de la légion d’honneur, démontrerait bien que le projet macronien est assez éloigné de la volonté d’instaurer un régime égalitaire au cœur de la retraite des français, mais consisterait bien, au final, à pousser les français à financer eux-mêmes leur retraite. lien

Ils assurent que ce projet ne serait qu’un cheval de Troie préparant la retraite par capitalisationlien

Bruno Lemaire a beau crier sur tous les toits que les français sont tombés dans le fantasme en imaginant que le monde de Blackrock est intéressé par la retraite des français, il n’en reste pas moins qu’un doute profond s’est invité dans l’esprit des français. lien

C’est ce qu’expliquait Alexandra Bensaïd sur l’antenne de France Inter, le samedi 4 janvier, dans son émission « on n’arrête pas l’éco ». lien

Ce sentiment de défiance des français pourrait être renforcé suite aux lapsus révélateurs, notamment celui récent de la ministre du travail, Pénicaud en l’occurrence : « c’est une réforme résolument tournée vers le travail, vers l’emploi, contre le chômage et vers la précarité ». lien

Logique dès lors que les citoyens hostiles à la réforme n’aient toujours pas baissé les bras, puisque le 4 janvier, la mobilisation s’est perpétuée, et que d’autres dates de rendez-vous sont déjà connues, notamment les 9 et 11 janvierlien

L’année 2020 commence donc bien mal pour l’exécutif français, puisqu’il envisage un dialogue sans pour autant abandonner sa réforme, et comme dit mon vieil ami africain : « l’homme qui se noie s’accroche à l’eau ».

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Le dessin illustrant l’article est d’Ignace

Olivier Cabanel

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