Accueil / T Y P E S / Chroniques / Fantasmer en faisant la planche ?

Fantasmer en faisant la planche ?

Le vieil homme que je suis devenu vous le dis : pas d’?ge pour fantasmer. Imaginez-moi ? l’heure de l’ap?ro dans ce charmant h?tel spa, l’Excelsior. Imaginez ces couloirs clairs-obscurs o? s’activent d’accortes dames en blanc sarrau. Le lieu pour r?parer « les d?g?ts de l’?ge » ou pour conserver sa bonne sant?. Pour relaxer. Pour « la vie belle ».

Quand je m’ajuste le maillot de bain, hiver comme ?t?, tout autour d?ambulent ces expertes vestales souriantes qui entrent ou sortent de locaux ?-se-faire-bichonner. Offres de massages en tous genres, du haut du cou jusqu’au bout des orteils. Cela avec des cr?mes parfum?es, des plantes maritimes, des huiles ou des boues ! Myst?re pour moi qui vient venu d’un mode o? le bain public puait l’eau de javel. O? nous assourdissaient les cris des jeunes pataugeurs aux dents souvent cass?es ou bien ces stridents coups de sifflet du gardien.

? l’Excelsior, j’y vais pour nager et je fantasme. Je me sens comme replong? dans un film de Federigo Fellini. Atmosph?re paradisiaque. Jeunes gens, allez louer -comptoir marqu? « classiques »- « Huit et demi », l’ouvrage visuel du g?nial italien. « Huit et demi » car c’?tait son huiti?me -et demi- film. Vous y verrez Marcello Mastroiani au milieu des jolies femmes d?shabill?es, jouant le chef de harem, le bell?tre cheik se laissant caresser en toute licence. Fellini, avec talent, montre « le m?le » en mal de femme-m?re. Oh ! la mamma des Ritals ! Et le Qu?b?cois en vieil « enfant mal sevr?s » ?

R?VER EN ARABIE IMAGINAIRE

Au Excelsior de la route 117, je me surprend ? r?ver de tendresse tarif?e, en d’invitantes installations, on d?rive en des r?ves -inavouables ?- proches des « mille et une nuits ». Vais-je conseiller ? Jacques Allard, le proprio, d’y faire jouer des m?lop?es arabisantes ? Nager et les jolies plantes vertes autour de la piscine deviennent une palmeraie ! Mais, un peu S?raphin et ?tant du genre « d’anciens m?les qui r?sistent aux cajoleries », je me retiens de qu?ter de ces soins. La quoi…l’algologie ? J’y r?siste. Je viens d’un temps o? le vrai m?le d?daignait « les petits soins » et ne songeait qu’? s’endurcir. Je sais bien : des jeunes hommes se font ?piler, se maquillent parfois, m’assure-t-on, avant d’aller danser en discoth?que ! ? mores, ? tempora !

Pour ceux de ma g?n?ration, ces mœurs paraissent bien bizarres. Au nom de quoi, le m?le n’aurait-il pas droit ? autant d’embellissements et de « petits soins » que la femelle ? Notre conception d’un « vrai homme » a ?volu? ? Et on ne parle pas « travesti ou transexuel », non, on parle de vrais gars, tatou?s souvent !

SCANDINAVIE ? LA MODE

Je me contente de nager en zieutant derri?re les parois vitr?es ces gracieuses silhouettes v?tues de blanc aux mains ?duqu?es, qu’on dit…th?rapeutiques. Un bon jour, terrassant mes vieux pr?jug?s masculinistes, je sauterai la cl?ture et offrirai mon corps vieilli ? ces massages sophistiqu?s ? noms scandinaves ? En attendant de vaincre une timidit?, que certains qualifieraient de puritaine, je nage dans l’eau bleue et je fantasme : des na?ades dipl?m?es se glissent dans la jolie piscine se livrant sans vergogne ? des attouchements autoris?s. Me voil? donc comme Marcello dans « Huit et demi », un l?ger fouet ? la main, j’ordonne ? ces d?esses caressantes, ? ces f?es des frottements scientifiques, de me rajeunir.

Alors, je ris. De moi. Chaque fois je me moque de ce pacha laurentien, sultan de pacotille, et je me r?veille : je vois alors des vacanciers en robe serviette qui lisent sur les transats, d’autres qui remuent d’aise dans le bain ? tourbillons. Un gras chauve -ventre en l’air- se commande un jus frais au bar du fond. Dehors, partout, des ?piceas (?pinettes) enneig?s. Et pas un seul palmier ! J’aime l’eau et je suis bien en mes apr?s-midi. Duba?, c’est ? combien de kilom?tres de Sainte-Ad?le ? ? combien de kilom?tres l’Afghanistan o? un jeune beauceron vient de sauter dans la mort. ? l’abri de tout, ici, je me contente de fantasmer, de voir cette jeune maman en bikini rose qui enseigne patiemment ? sa mignonne fillette comment nager sur le dos. L’enfant m’observe en gigoteur fr?n?tiqueet je vois dans son sourire ing?nu qu’elle songe ? son grand-p?re, j’ai droit ? son beau sourire. Je flotte mieux, je chantonne du Trenet : La mer ? Berg?re d’azur. Infini… » Le bonheur ordinaire, sorti de l’onirisme oriental du film fellinien.

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

URUK, une ville légendaire

Uruk fut redécouverte par le géologue anglais William Kennett Loftus, qui entreprend les premières fouilles ...