La débâcle n’était que trop prévisible, du fait de l’absence de tout contrôle sur leur taux d’intérêt comme sur leur monnaie. Dans ces conditions, comment les diverses économies nationales des membres de l’euro auraient-elles pu ne pas diverger ? Quel aurait été le levier qui aurait permis d’y harmoniser la consommation et l’activité économique ? Et que faire pour éviter les écarts – souvent massifs – de compétitivité qui devaient par la suite –et qui ne pouvaient – être corrigés qu’à force de sacrifices ? Il était certes tout à fait possible de mettre en place une politique budgétaire et
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Euro: le p?ch? originel

La d?b?cle n??tait que trop pr?visible, du fait de l?absence de tout contr?le sur leur taux d?int?r?t comme sur leur monnaie. Dans ces conditions, comment les diverses ?conomies nationales des membres de l?euro auraient-elles pu ne pas diverger ? Quel aurait ?t? le levier qui aurait permis d?y harmoniser la consommation et l?activit? ?conomique ? Et que faire pour ?viter les ?carts ? souvent massifs ? de comp?titivit? qui devaient par la suite ?et qui ne pouvaient ? ?tre corrig?s qu?? force de sacrifices ? Il ?tait certes tout ? fait possible de mettre en place une politique budg?taire et fiscale contre-cyclique qui aurait eu pour effet de lisser ces diff?rences, et de combler les foss?s qui r?gnaient entre Nord et Sud, entre ? coeur ? et p?riph?rie. ?ventualit? balay?e d?un revers de main, tout ? la fois par ignorance des m?canismes macro-?conomiques, mais ?galement du fait d?un esprit moralisateur exigeant de remettre sur le droit chemin les nations incons?quentes du Sud?ayant pourtant largement contribu? ? la prosp?rit? du Nord et de ses banques ? l?or?e du si?cle.

C?est de ce refus obstin? d?utiliser certains instruments ? disposition, et c?est de ce m?pris de faire appel ? cette politique (qui aurait pr?sent? le d?faut d??viter d?infliger une bonne ? correction ? aux cigales) que d?coule l?obsession des d?ficits et les politiques d?aust?rit? ayant ravag? l?Union europ?enne. Pas tout ? fait, en fait, puisque la liqu?faction europ?enne est n?e ? en m?me temps que le lancement de l?euro ? tout bonnement du ? chacun pour soi ? induit par un Pacte de Stabilit? qui autorisait les nations ? regarder dans des directions diff?rentes. L?honneur n??tait-il effectivement pas sauf tant que les fameux crit?res ?taient respect?s ?

Le lancement de la monnaie unique fut donc le point de d?part de la formation de d?s?quilibres et d??carts de comp?titivit? d?sastreux entre nations, ou blocs de nations, membres. Autant de graines de discorde, de bulles sp?culatives en gestation et de dysfonctionnements qu?il aurait ?t? ais? de r?duire ou de r?guler par l?entremise d?une politique budg?taire et fiscale commune, harmonieuse et coordonn?e. Ce n?est donc pas les exc?s des nations europ?ennes p?riph?riques, ni leur mauvaise gestion, qui ont engendr? ?carts de comp?titivit?, d?s?quilibres et d?ficits par la suite stigmatis?s par le Nord. Non, car ce tout premier choc asym?trique ayant percut? violemment l?euro et ses pays membres est la s?cr?tion naturelle de la cr?ation de l?euro. En tout cas de cet euro-l? !

Le cauchemar europ?en est ainsi ? et en tout premier lieu ? le fiasco d?une politique mon?taire parfaitement inadapt?e. La cr?ation de l?euro ne fut-elle en effet pas imm?diatement pr?c?d?e ? et suivie ? d?une baisse g?n?ralis?e des taux d?int?r?t et de financement des pays p?riph?riques ? L?aujourd?hui tristement fameuse ? et d?raisonnable ? convergence ne put, de fait, avoir lieu en douceur qu?? la faveur d?une perception aberrante des march?s financiers, qui consid?r?rent que le risque aff?rent aux nations du Sud ne diff?rait pas notablement de celui de l?Allemagne. D?s lors, les liquidit?s afflu?rent en direction de ces nations, qui b?n?fici?rent de facto d?une politique mon?taire largement expansionniste. Conditions mon?taires qui furent d?autant plus d?stabilisantes que ces pays ? qui avaient consenti des privations pour remettre leur maison en ordre comme condition ? leur int?gration ? furent graduellement inond?s de liquidit?s selon une amplitude diam?tralement oppos?e, voire inversement proportionnelle, aux conditions ayant r?gn? avant leur int?gration dans l?euro.

La r?ponse des divers gouvernements en charge de ces nouveaux eldorados financiers fut globalement inadapt?e puisque, selon les travaux de l?O.C.D.E., la contrainte fiscale y fut ? peine plus lourde entre les ann?es 2000 ? 2007. Voire plus laxiste dans des pays, comme la Gr?ce, qui se ? l?ch?rent ? donc ? tous les niveaux, c?est-?-dire tant du point de vue de la politique mon?taire hyper expansionniste que de la politique fiscale nationale qui devait revenir ? ses d?ficiences d?avant son int?gration. Il est donc fondamental de dresser un constat troublant : ? savoir que nombre de pays d?Europe p?riph?rique auraient de toute mani?re ?t? aujourd?hui en r?cession, avec ou sans crise de l?euro. Le p?ch? originel de l?Union europ?enne ?tant pr?cis?ment et nomm?ment ce Pacte de Stabilit? qui, contre toute attente, a ?clips? la discipline fiscale ! Effectivement, en focalisant leurs attentions et leurs efforts ? le respecter ? ou ? tenter de s?en approcher ?, les gouvernements successifs sont pass?s ? c?t? de politiques contre-cycliques pr?cieuses. En axant leur politique sur la seule lutte contre les d?ficits publics afin de satisfaire au Pacte. En se focalisant sur leurs seuls comptes publics, exc?dentaires pour nombre de ces nations du Sud. Leurs dirigeants ont ainsi omis de faire usage du levier fiscal cens? mod?rer les enthousiasmes, calmer les ardeurs sp?culatives et contr?ler l?envol?e de la consommation.

Du reste, pourquoi ces ?tats auraient-ils mis en place de telles politiques, qui se seraient traduites par un tassement de leur croissance, alors m?me que leurs ratios dettes/ P.I.B. ne faisaient que s?am?liorer entre 2000 et 2007 ? Apr?s tout, du fait m?me de ce Pacte de Stabilit? qu?ils respectaient, nulle pression ne s?exer?ait sur eux dans le sens d?une mise en place de mesures menant ? une contraction de leur ?conomie. Ce Pacte a donc brouill? la vision et le jugement de nos autorit?s qui ne juraient plus que par ces crit?res, et qui jaug?rent l?ensemble des donn?es et des statistiques de leurs ?conomies nationales respectives au prisme de ce Pacte. ? l?exclusion de tout esprit critique, de toute analyse qualitative, comme de toute anticipation macro?conomique ?l?mentaire.

Pour autant, ce sont sensiblement les m?mes erreurs qui sont r?it?r?es aujourd?hui. En concentrant leurs tirs sur les seuls d?ficits de ces pays, les autorit?s europ?ennes (et l?Allemagne) pensent se payer le luxe d??viter toute politique fiscale contre-cyclique, dont l?objectif et dont les effets seraient de relancer la croissance. Tandis que le levier de la fiscalit? avait ?t? n?glig? afin de mod?rer des ?conomies en surchauffe ? l?occasion du lancement de l?euro, ce m?me levier est aujourd?hui encore ignor?, alors m?me qu?il serait ? m?me de neutraliser la r?cession. Comme il n?est pas dans les attributions de la Banque centrale europ?enne de plaider en faveur de telle ou de telle mesure fiscale dans tel ou dans tel pays. L?id?al serait donc que l?Union europ?enne soit ?galement une union fiscale o? les citoyens d?un pays membre ? forte croissance paient des imp?ts qui iraient aux citoyens de pays ? la croissance molle. Comme de tels m?canismes automatiques sont aujourd?hui impossibles ? mettre en place pour des raisons essentiellement politiques, les membres de l?Union n?ont donc aucun autre choix, si ce n?est celui de mesures fiscales contre-cycliques afin d??viter ? l?Union et ? ses citoyens des crises r?currentes.

Ce p?ch? originel de l?euro a donc conduit les responsables politiques et ?conomiques des divers pays membres de l?Union ? focaliser leurs attentions sur le quantitatif, c?est-?-dire sur ces fameux crit?res qui ?taient pr?cis?ment respect?s dans nombre de nations p?riph?riques. En effet, pourquoi se lancer dans une analyse qualitative d?s lors que les comptes sont exc?dentaires ? Et pourquoi se creuser les m?ninges ? faire un travail de discernement macro-?conomique si le sacro-saint Pacte est respect? ? Dans le cas de l?Espagne ou de l?Irlande, il aurait pourtant ?t? basique de reconna?tre que les exc?dents budg?taires dont ces deux pays jouissaient ?taient quasi obligatoires en p?riode de boom immobilier. En mettant l?accent sur l?orthodoxie budg?taire, le Pacte a donc forc? ? regarder dans la mauvaise direction et ? analyser les mauvais indicateurs. En fait, les architectes du Pacte de Stabilit? et de croissance n?ont fait qu?envoyer de mauvais signaux.

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