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Euro 2016 : les gazons maudits, une magouille de récidiviste ?

PELOUSE-CALIFORNIEDans ce monde actuel aux nouvelles déprimantes, le vieux principe du panem et circenses peut encore avoir une vertu, je pense. Quand on voit des supporters venus en famille, avec leurs loupiots ravis et hilares dans un énorme stade, parfois déguisés de façon fort amusante, on se dit que ces quelques instants de pur bonheur partagé peuvent être louables, n’en déplaisent à ceux qui ne voient dans le football qu’une gigantesque machine à sous. Les supporters irlandais ou islandais sont là pour nous monter que ça peut être très sympa et gentiment festif, cette communion générale. Oui, parfois c’est bien, un match de foot, avec son suspense, ses retournements d’actions, ses gestes fabuleux d’artistes véritables. Un Payet qui joue (on devrait dire qui jongle), un Messi qui marque, sont un pur régal d’adresse et de précision. Mais voilà, il y a toujours la moitié du monder pour emmerder l’autre, disait mon grand-père, et il y a ces faux supporters, ces néo-nazis ou le copain obstiné de Poutine (Alexandre Chpryeguine) qui se disent fans de foot pour venir gâcher la fête, ceux que vous a décrit ici en détail l’ami Cabanel. imagesMais ce ne sont pas de ces crétins là dont je vais vous parler, mais d’un autre gâcheur de fête. Car celui-là aussi est à blâmer pour avoir entaché cette fête. Et le pire, c’est de découvrir que c’est un récidiviste du fait. L’UEFA et la FIFA sont pourries jusqu’à la moelle, on le sait (il y en a plus beaucoup aujourd’hui pour défendre encore ses dirigeants). Car l’un de leurs « consultants » aujourd’hui sur la sellette n’en est pas à son premier fiasco. C’est le spécialiste du brin d’herbe paraît-il, à l’UEFA. Sa notoriété en la matière est telle qu’à Lille, dimanche dernier, on a fait comme l’avaient fait des richissimes propriétaires de gazon californien en pleine sécheresse : à défaut d’avoir de l’herbe, on a peint le sol en vert… Voici donc le énième scandale du foot, côté… pépiniériste. Ou une énième histoire de gâcheur de fête….

Dimanche soir 19 juin, à Lille, c’était presque les championnats du monde de patinage artistique. Les équipes avaient eu beau s’être cramponnées avec des chaussures dignes des rugbymen, on a assisté en effet à un festival ininterrompu de glissades, voire de labours. Dans le Nord, on connaît, il est vrai : début juin avait eu lieu « Terre en Fête », la célébration annuelle régionale de l’agriculture, avec… concours de labours (sans course de moissonneuses, rassurez-vous). Des labours, car au stade Pierre Mauroy, les équipes jouaient sur de la terre détrempée, et non sur du gazon. Pour d’aucuns, même, elle ont joué ur un « champ de patates » (« Pas de quoi donner la frite aux joueurs », me souffle mon pote Angelo, fan de foot lui aussi). Comment en-est arrivé là et quel est le responsable de ce fiasco, voilà ce que je vous propose de vérifier.

lezennesOccupons-nous d’abord de l’enceinte au gazon calamiteux, car une responsabilité existe aussi à ce stade (sans jeu de mots). Le stade lillois est l’objet de polémiques…  depuis longtemps. Elles ont démarré lors de l’attribution du chantier (on a choisi le projet le plus cher), et elles ont continué pendant sa construction. Comme l’a précisé la Voix du Nord le 5 juin 2014, c’est lors d’une dernière réunion houleuse où le projet jusque là retenu de Bouygues- Norpac se fait coiffer au poteau par celui d’Eiffage, à 108 millions d’euros de plus, pourtant. Henri Segard l’admet : « la contribution annuelle bondit de 10,7 M€ à 14 M€ pendant 31 ans en passant de l’un à l’autre. » La droite, avec Philippe Daubresse, a voté au finish pour le second projet, avec l’espoir, dit-elle  » des stratégies de recettes complémentaires « ». Celle de devenir une salle de spectacles, entre les matchs…

Financièrement, le stade retournera à la communauté urbaine de Lille en 2043 seulement. Entre temps, c’est une société privée, Elisa, (créée par Eiffage, son constructeur, qui a été aussi célèbre à Lille mais pour une toute autre histoire) qui devra le gérer… et tenter de rentrer dans ses frais en 31 ans de gestion (d’où son usage pour autre chose que du foot). Parmi ces rentrées d’argent prévues, le « naming », où Allianz a été retenu : le stade ne va pas longtemps encore s’appeler Mauroy, à mon avis. La construction elle-même à cet endroit (à Lezennes) a été critiquée : on l’a en effet bâti sur un réseau de carrières (je les ai visitées dans les années 70 lorsque j’étais étudiant, le campus étant juste à côté). Des trous et de galeries naturelles ou creusés par l’homme, parfois ayant servi de champignonnières, des effondrements de voutes calcaires (des catiches), qui n’ pas ont été rebouchées mais « consolidées » par un « coulis » de cendres de charbon provenant d’anciens terrils. Des cendres truffées « d’éléments radioactifs comme le polonium ou l’uranium »… avait-on appris (le jour où l’herbe deviendra d’elle-même lumineuse, on saura pourquoi…). Ce n’étaient pas des petits trous comme le montre ici cet article. Elles étaient jusque là surveillées par l’IGC (la section études et travaux de l’Inspection Générale des Carrières qui n’a pas réagi à l’installation semble-t-il. Pour combler les trous, on avait auparavant essayé des techniques surprenantes : « à noter une technique (nouvelle en 1998) : le comblement par injection de formol-urée. Cela donne un matériau très léger, un peu comme du polystyrène. Ce matériau a bonne portance connaîtra probablement un avenir dans les remblaiements de fontis. Les descriptions de cette lente agonie de la carrière ne peuvent être exactes qu’en évoquant la vie actuelle du lieu, aussi restreinte soit-elle. » On estimait alors à 1,4 millions de mètres cube de matériaux nécessaires pour tout combler. Loin de ce qu’a pu y déverser Effiage, la société qui a construit le stade : elle a admis en avoir déversé 72 000 tonnes seulement). « En résumé, les suisses ont donc joué… sur du gruyère », me souffle mon pote Angelo. Rendu radioactif ! Dans les catiches, on cultive aussi de délicieuses endives, appelées « Barbe de Capucin »… me rappelle-t-il : un bon supporter est aussi… gourmand !

stade arenaUn stade dont certains grincheux craignent l’effondrement, un jour, dans les fameuses catiches, et un stade condamné à la rentabilité obligatoire, et qui donc susceptible, pour l’être, de montrer autre chose que du foot voire du rugby. D’où sa configuration possible en salle de spectacles, voire de terrain de tennis, par retrait partiel… d’une moitié de la pelouse, qui vient se superposer à l’autre. Sur le papier, sa cinématique est parfaite (voir ici les 4 clichés de l’animation). En réalité, c’est plus contraignant qu’on ne pense, et ça prend du temps. Pour préparer la coupe Davis, ça aura pris quelques semaines pour apporter les cent-cinquante tonnes de calcaire et les trois tonnes de briques pilées. Six camions semi-remorque seulement, à amener mais des camions qui ne peuvent pas entrer directement et doivent déposer la terre à l’entrée… un oubli de l’architecte ? Et 200 personnes à s’activer, pendant trois semaines, pour un coût de 200 millions d’euros (la semaine d’avant la pelouse avait déjà été rétractée pour un Supercross, à la vue impressionnante). Pour au final par être battu par… les suisses (décidement ). Cette « Arena », lors des matchs (en novembre) avait été au moins chauffée, remarquez. Le cabinet d’architecte parisien avait en effet au départ oublié que dans le Nord, c’est souvent nécessaire à cette époque de l’année. Car cette salle devenue « Arena » avait aussi oublié ça en organisant le concert de Dépêche Mode en plein novembre 2013. Concert annulé par le groupe, laissant 28 000 fans dépités. On a estimé entre 4 à 5 millions le coût de ce chauffage… car on avait aussi oublié dans les plans initiaux de fermer les portes du stade (les accès aux tribunes, laissées à l’air libre)… « Viennent pas à mobylette au boulot à Lezennes en plein hiver, ceux-là ! », conclut mon Angelo de service, qui lui vient au boulot en « carrette à kiens« , façon Raoul). Au passage, on avait aussi remarqué que les gouttières du stade fuyaient. Heureusement, il ne pleut presque pas, dans le Nord... c’est bien connu.

tôle et pelouseVoilà pour le stade lui-même, passons donc à sa fameuse pelouse. Comme on a pu le voir précédemment, elle repose au moins sur un côté sur de la tôle (comme on peut le distinguer ici à gauche – photo Atelier Ferret Architectures / Max Lerouge). Un gros bout de tôle de 4500 tonnes, en forme de tablier de pont, soutenue par d’autres tôles pliées ou augets. « Sur ce plateau est installée une pelouse naturelle, avec couche drainante à drains en épis. Les pentes de 0 à 0,5 %, identiques sur les deux parties de la pelouse, sont homologuées pour accueillir des matchs internationaux.pose1 La qualité du gazon est strictement la même entre les parties fixe et mobile. Seul incidence sur le terrain de jeu, la présence d’une bande d’herbe démontable jusqu’à la couche filtrante de 80 cm de large qui court en parallèle de la ligne médiane du terrain. Un couvre-joint en acier galvanisé vient combler les quelques centimètres de vide entre le plateau mobile de la demi-pelouse nord et la partie fixe de celle du sud. Il permet ensuite la pose de la bande de pelouse naturelle. » nous explique le Moniteur.pose2 Tout le fond du stade étant en béton. Le sol fait 33 cm d’épaisseur, et les racines de l’herbe sont maintenues par chauffage à une température supérieure à 8°C. La pelouse elle-même est posés sur un fond de 2 couches de pouzzolane, une roche volcanique du Puy de Dôme qui logiquement facilité le drainage  : une première couche de 12 cm d’épaisseur et de 3 à 5 mm de granulométrie et une 2ème couche de 3 cm d’épaisseur composée de grains plus fins de 1 à 3 mm seulement. Au dessus encore est posée le réseau électrique de chauffage, surmonté lui-même de 15 cm d’épaisseur de terre nourricière. Les rouleaux de pelouse étant simplement posés dessus tout ça : à l’origine la toute première pelouse de Lille provenait de Barp, en Gironde (de chez Sitoflor-Covergarden, où l’on peut voir des « champs de pelouse »...). Au milieu, à la jonction des deux parties, on déroule un bout de 80 cm de large de gazon, posé sur le couvre joint en acier. La firme fournisseur originelle est celle qui a équipé le Barça.  ou les italiens de Milan et de l’Inter. Ses rouleaux de gazon avaient été expédiés par camions frigorifiques, pratique courante pour maintenir l’humidité. Il fait quel temps, en général, à Barcelone, au fait ?

dessoA Bordeaux, on a choisi un autre système (signé Sportingsols –  Natural Grass): du gazon (ray-grass) sans terre, mais planté pourtant et non pas amené en rouleau. Elle aussi est chauffée, à 6°c. Problème, elle aussi se transformerait facilement en patinoire, dixit un spécialiste plutôt du glissement sémantique. En fait Laurent Blanc était un peu jaloux, car elle tient beaucoup mieux, l’herbe, là bas, tout le monde le constate : « à Bordeaux, avec un tel nom pour le stade, on est assuré d’avoir un bon gazon » ne peut s’empêcher de me souffler Angelo), . La société a équipé Matmut Atlantique mais aussi La Beaujoire & la Jonelière au FC Nantes, ou le Roazhon Park à Rennes. En dessous de l’herbe, on a un « substrat synthétique composé de sable, de billes de liège et de fibres en polyéthylène » nous dit le dépliant. On y joue plutôt avec des semelles moulées et non en crampons. Ce n’est pas encore pour autant une pelouse hybride, mêlant des fibres synthétiques enfoncées profondément et qui servent à soutenir les racines du gazon planté et à retenir ce dernier, ainsi qu’à limiter son usure. guidées par les fibres, les racines du gazon s’enfoncent plus profondément. croatie espagnePour beaucoup un procédé très résistant « DESSO GrassMaster® est un système de pelouse hybride composé d’une pelouse 100% naturelle renforcée de millions de fibres de gazon synthétique mis en place par les machines Desso. Il s’agit d’une technique brevetée qui permet à des installateurs spécialisés d’injecter 20 millions de fibres artificielles Desso dans une pelouse naturelle à une profondeur de 20 cm. Les racines du gazon naturel, semé après les fibres synthétiques, poussent et se mêlent aux fibres synthétiques. Au final, cette technique permet de développer la durabilité du gazon par rapport au gazon naturel classique ». Le terrain étant plus lourd, on y joue plutôt avec des crampons vissés. Par terrain, ce sont pas moins de 20 millions de fibres qui sont enfoncées. Lors de l’Euro, la pelouse de Bordeaux a donné toute satisfaction comme on peut le voir ici sur cette image du match Croatie-Espagne… sans glissades (« Momo, tu pourrais mettre tes images à jour la Croatie a gagné 2 à 1 » me fait remarquer Angelo le pointilleux)…

mail photoDans le Nord, il pleut autant qu’en Angleterre, pays réputé pour ses « greens » de golf. Allons donc voir comment ils se débrouillent là-bas avec leurs stades bondés de spectateurs insubmersibles, car souvent il n’ont pas de toit, là-bas. Revenons en effet en 2009. en Angleterre, à Wembley. Lors de la demi finale de la Carling Cup avec Tottenham, les deux équipes jouent quasiment dans la boue. Deux ans auparavant,  déjà, en 2007, un match important de qualification de l’Angleterre contre la Croatie pour l’Euro, la pelouse s’était déjà quasiment transformée en tourbe. Le nouveau stade de Wembley avait coûté 800 millions de livres, et sa pelouse était pourtant un désastre depuis son inauguration. Le staff de Wembley avait alors songé d’avoir recours au système Desso décrit plus haut, à fibres insérées dans le sol. Le Daily Mail, le 28 juillet 2010 mettait en ligne cette impressionnante photo de plaques de gazon volantes…. arrachées par les footballeurs.

tapisMais un homme était venu écarter l’option pour imposer celui des rouleaux de gazon à installer et à changer régulièrement. Une vraie réussite, ses conseils : ce sera fait 11 fois en trois ans à Wembley  ! Avec à la clé une facture de 100 000 livres à chaque fois. La firme dérouleuse d’herbe était ravie… « bref, on lui avait déroulé le tapis, si je comprends bien » (d’herbe) ajoute mon fidèle pronostiqueur Angelo. Selon Arsène Wenger, le fiasco de Wembley avait commencé dès l’inauguration. Lui aussi avait préconisé le procédé Desso, sans être entendu… l’ancien responsable du stade du Millenium, David Saltman,, s’étonnant que l’on puisse avoir choisi une option à 500 000 livres annuelles minimum selon lui de coût de remplacement. Les émirs seraient-ils si dépensiers ? Oasis est son concert conduisant au scrappage complet du stade… une honte nationale, titre alors (en 2010) le Mail (avec à l’appui une autre belle photo de laboureurs rugbymen).

réistance horizontaleOr le consultant qui était intervenu très tôt pour pousser l’option du gazon en moquette déroulée s’appelait Richard Hayden, assisté alors par Andy Cole, deux responsables de la firme Sports Turf Research Institute (STRI, créée en 1929 !). Deux conseillés très liés à un fournisseur exclusif de gazon bien particulier. On verra en effet Hayden en personne tester en 2009 une portion de la pelouse de la firme Richter (une société autricho-slovaque), en tirant dessus horizontalement, avec Clive Richardson (photo ici à droite). Drôle de façon de vanter un produit devant résister à des coups de crampons verticaux !!! Le terrain d’où avait été extrait le bout de terre herbeuse étant bien slovaque. A Wembley, pourtant, la terre venue de Slovaquie a fait long feu : en 2010, les responsables du stade ont laissé tomber les recommandations de Hayden et ont fait tout scrapper pour installer le système Desso de Dura Sport, recommandé par J Mallinson (Ormskirk) Ltd.  Le stade de Manchester City (Etihad) et Old Trafford ont eux aussi choisi l’option de l’hybride, jugée bien plus résistante, comme Aston Villa, Everton FC et les Bolton Wanderers (en photo les tuyaux de chauffage du stade en cours de construction). En France aussi, on s’est tourné vers ce procédé. C’est le jardinier en chef d’Aston Villa (son « groundsmanager »), Jonathan Calderwood, et son assistant Jonathan Hewitt, que recrute le PSG pour soigner la pelouse du Parc des Princes.drainage Il y installe une pelouse… hybride, constituée d’herbe et de substrat synthétique. « Pour parfaire son terrain, déjà numéro un en L1 selon le classement de la LFP, Jonathan Calderwood, le jardinier anglais du PSG, reste fidèle au Néerlandais Desso, le leader mondial du secteur qui équipe la quasi totalité de la Premier League, Nantes (depuis 2001), Le Havre (2012) et… le Camp des Loges (2013) ». Avec un excellent résultat au final, malgré la météo de ces dernières semaines, déplorée par Calderwood. Car le résultat est là en effet : pendant Allemagne-Irlande, pas de mottes de terres soulevées et pas non plus de glissades… comme le dit mon pote Angelo, pas un seul pour « aller de près renifler les trèfles ». Un vrai gazon de golf ! Même chose le 12 juin pour voir les exploits du petit feu follet croate Luka Modric… ModricA Wembley, tout n’est pas pour autant devenu rose : en 2014, la pelouse accusait à nouveau une fatigue alarmante : elle avait déjà été ruinée, elle aussi, par la pratique du football américain (et ses imposantes marques au sol) activité récente appelée comme source de nouveaux revenus. L’hybride ne résiste donc pas à tout, non plus. Ou plutôt, d’avoir transformé les stades de foot en terrains de cirque n’arrange rien : les rentrées d’argent espérées partent dans la réfection des terrains !!! Un cercle infernal, ou le Grand Cirque du showbiz footballistique, à faire regretter ce bon vieux stade Grimonprez-Jooris à Lille… (et sa pelouse à taupes) ? Lui aussi, a été scrappé depuis. « Marrant », me souffle Angelo, qui à l’œil : « ils sont revenus aux shorts des années 30, après la mode des shorts-slips des années 80″... quand je vous dit qu’il a l’œil, mon consultant personnel…. Pour en revenir aux « Arenas », c’est bien le mélange gazon en rouleaux avec activités extra-sportives associées qui ne va pas. En résumé, les stades, ça n’est pas fait pour le spectacle (« à voir certaines équipes jouer à deux de tension et se recroqueviller devant leurs buts, ça semble évident, non ? » ajoute l’ineffable Angelo) !!!

jamaiqueCertes, c’est bien joli tout ça, mais Lille, dans ce cas ? On n’y a pas joué au football américain, non plus (y’en a, pourtant…). Mais un homme y est passé, quelques semaines avant le début de l’euro. Pour décider de tout changer, à la surprise générale… Alors que tout n’était pas si triste que ça…. En 2014, lors de l’avalanche de buts contre la Jamaïque (8 réalisations) le stade de Lille avait encore une pelouse fort correcte, pourtant. « Même pas peinte »  (cf Angelo, bien sûr). La photo de gauche le démontre (celle-là aussi). L’année suivante, elle s’était certes dégradée, les jardiniers lillois l’entretenant plutôt bien, cela aurait pu aller, le match de Rugby France-Argentine avait fait mieux qu’une dizaine de charrues, mais là encore ils avaient colmaté le mottes retournées. La Fédération française avait entre temps édité un classement des pelouses de ligue 1. Début 2015, Lille est alors classé en tête, le match de rugby calamiteux était bien oublié ! Le 9 octobre, on replie la moitié de terrain pour… Johnny (« ma pelouse, qu’est-ce qu’elle a ma pelouse ? » aurait-il entonné selon mon supporter attitré qui ne peut en rater une). Ce n’est pas Jojo qui la sabote, en tout cas. Il ne chante pas en crampons, en effet (mais il a changé de pompes sur le tard). En fait, durant l’année 2016, les spectacles tant vantés sont absents et seul le Losc joue sur place. La pelouse, quelques mois avant l’Euro n’est pas particulièrement belle (en raison des fortes pluies, le classement donne alors Lille en 15 ème place sur 19..), mais rien d’affolant, de l’herbe a de nouveau été semée… rugby2Même si le 26 mars, la rencontre de Rugby Racing 92 – RC Toulon, dans le cadre de la 19ème journée du TOP 14, a provoqué  à nouveau de sérieux dégâts. On ventile, on apporte des projecteurs pour alimenter en luminothérapie les brins d’herbe en devenir, bien chouchoutés par le staff de jardiniers.  car Supercross de 2015 a en effet eu comme effet secondaire de la refaire à nouveau cette pelouse (payée par les organisateurs du SuperCross)… on attend donc que ça repousse… sans trop de repliage de terrain… Laissée tranquille, au repos complet, ça aurait pu le faire, il semble (« tu rigoles, on dirait le dessus du crâne de Boucha », me dit Angelo : Boucha, son pote à lui, marseilleest en effet un peu dégarni…). A Marseille, c’est après le match de rugby France-Fidji de novembre 2014 que la pelouse avait déjà dû être changée intégralement Replantée, Hayden la fera pourtant changer elle aussi juste avant l’Euro…  « Je suis très agacé d’entendre que nous avons le plus beau stade mais aussi la plus mauvaise pelouse, s’enflamme Maurice Di Nocera, adjoint au maire (UDI) chargé des grands équipements. Nous n’y sommes pour rien. L’UEFA a voulu changer le gazon alors que le concessionnaire du stade ne souhaitait en remplacer qu’une petite partie. Après, elle a refusé la luminothérapie que nous lui conseillions… Ces gens-là n’en font qu’à leur tête. » lit-on le 21 juin après un match  joué sur un… champ de patates  (photo à gauche) ! Des champs de patate où AC:DC avait sévit aussi, le 13 mai dernier… alors qu’à Marseille la pelouse ne se rétracte pas devant les décibels (« c’est peut-être le son qui perturbe les brins, qui sait », me souffle Angelo, où la vision cauchemardesque d’un vieillard déguisé en collégien en short, ou un chanteur en fauteuil roulant, je dirais plutôt, voire celle du guitariste rythmique dégarni !). Le gag étant qu’à Marseille, c’est une pelouse hybride qui a été remplacée par les fameux rouleaux ! Au Vélodrome, le remplacement à coûté 200 000 euros… aux frais de l’exploitant du stade et non de l’UEFA. En somme me dit Angelo « c’est comme si tu prêtes ta voiture pour un mariage, et que le marié t’impose d’en acheter une autreà tes frais bien sûr » !

Quand déboule début juin à Lille Richard Hayden, devenu depuis « consultant délégué » de l’UEFA, il impose contre toute attente de tout racler à nouveau et en même temps de changer de fournisseur (français)… pour imposer sa marque de gazon slovaque favorite, bien entendu. A Lille, tout le monde est surpris, car on est alors… début juin et l’Euro approche à grands pas (cramponnés). L’équipe dirigeante du stade Mauroy, placée devant le fait accompli d’une décision irréversible l’annonce après coup, un peu gênée : ”dans la perspective d’accueillir dans les meilleures conditions ces 6 matchs et les entraînements des différentes équipes, le Stade Pierre Mauroy a fait peau neuve en changeant sa pelouse. Une nouvelle pelouse de type Richeter Rasen, spécialiste autrichien agréé UEFA, a donc été plaquée la semaine dernière.” Celui-là même qui avait déjà écarté le système hybride en 2009 à Wembley pour imposer sa fameuse marque autrichienne de pelouse déroulée calamiteuse !!!

pelouse séchéeventilosEn réalité, ces rouleaux venus de Slovaquie via l’Autriche vont arriver dans des conditions inimaginables. Ils débarquent à Lille début juin en effet encore à moitié… congelés. On en verra des morceaux étalés à l’extérieur du stade en train de se réchauffer, et lors de leur pose, leur décongélation produira de l’eau qu’il faudra assécher à coup de ventilateurs géants. « la nouvelle pelouse lilloise a aussi été mal acheminée » indique pudiquement la Voix du Nord. Posée à la va-vite, encore à moitié gelée, elle se retrouve en plaque de boue hirsute qu’il faudra peindre en vert par endroits pour les caméras de télévision (« L’image de France – Suisse ? Un champ de patates en mondiovision » écrit avec humour la VDN !). Le responsable de ce fiasco porte un nom : c’est bien Hayden, qui, tout aussi étrangement, a imposé la même chose à Nice et à Marseille, deux terrains n’ayant pas non plus tenu le choc, au contraire… des terrains hybrides restés en place. En prime, « la terre slovaque n’accroche pas sur le substrat du stade Mauroy », ont constaté entre temps des experts du terreau. La Société Fançaise des Gazons (regroupant des fournisseurs français) avait elle réagi sévèrement entretemps en pointant le seul responsable, selon elle : « Le consultant mandaté par l’UEFA a cru bon devoir intervenir en faisant replaquer du gazon non compatible en dépit de l’avis hautement défavorable des spécialistes français tenus à l’écart du système UEFA. (Nos) acteurs ne sont nullement responsables de l’incompétence et du sabotage de mercenaires mandatés pour l’occasion »… Du sabotage ? cut_rootzoneAvec qui comme responsable ? Un seul « mercenaire », qui a pour nom Hayden… il s’est occupé aussi du terrain du Zenit de StPeterburg, vite transformé par certains joueurs en zone d’aquaplaning. Mais il est vrai aussi que là-bas, le terrain doit pouvoir résister à autre chose... (ici on peut distinguer l’état réel du terrain). le plus étonnant c’est que Hayden lui aussi était  au début de sa carrière un partisan de l’usage de la fibre de polypropylène incorporée : pour le stade de l’Aviva à Dublin, dans sa patrie d’origine, il avait ainsi recommandé l’usage du procédé  Fibrelastic ou Fibreturf fourni par Mansfield Sand. (des fibres synthétiques sont disposée en vrac dans le sol où le gazon est bel et bien planté, un procédé parfois appelé rootzone). Un procédé démarré dans les années 90, utilisé à Newcastle ou à Bristol et développé de 2004 à 2006 avec le suivi du STRI. Cela semblait plus que prometteur : pourquoi donc avoir retourné sa veste pour ne plus préconiser que le gazon en rouleau ? L’appât du gain, le second procédé obligeant à un remplacement sans fin, à la place d’un procédé durable ?

pelouse

L’UEFA, sans pour autant dénigrer l’action de son envoyé saccageur a réagi depuis, elle aussi, en imposant à Lille (seule) de changer une nouvelle fois sa pelouse pourrie… mais sans retenir ou imposer cette fois la filière slovaque ; l’herbe viendra de Hollande (« c’est un peu normal, non ? » me souffle l’ami Angelo, hilare !). C’est la firme Hendriks Graszoden qui fournira cette fois le gazon en rouleaux. Son point fort : le changement en temps très court;, comme le dit son site Internet. Et en effet : elle déroulera ses rouleaux le vendredi pour un match qui aura lieu… le dimanche. N’importe quel jardinier vous dira que c’est une opération kamikaze et que même avec un toit pouvant se refermer rien ne promet en un délai aussi court une pelouse correcte. « On ne plante pas du gazon comme des tulipes, pourtant » (oui, c’est encore Angelo, désolé). On avait prévu d’en mettre une hybride, de pelouse, après l’Euro, elle attendra encore une fois… platiniMais ce n’est pas fini, au sein de l’UEFA : pour Jacques Lambert, organisateur du tournoi européen, l’UEFA n’y est pour rien, ben entendu… et donc pas Hayden non plus. Cela s’appelle clairement venir au secours de son propre clocher en feu. L’homme a aussi déclaré auparavant en réunion et devant les micros souhaiter garder la place de Platini au chaud…  en 2010 il avait claqué la porte de la FFF avec fracas. il y avait dénoncé un « milieu d’intrigants » avant d’aller rejoindre fissa Platini pour organiser l’Euro… A ce jour, on attend de sa part des éclaircissements sur les liens exacts entre le « conseiller » de l’UEFA et la firme autrichienne qu’il recommandait à chaque fois, et ce, quel que soit le stade ou le pays où il prodiguait ses précieux conseils. D’ici à ce qu’on apprenne que la terrasse de la villa de Platini à Cassis débouche sur un gazon signé Richter… avec un seul mois de salaire, il est vrai, il pouvait refaire le gazon complet d’un stade. Sacré Michel, va : il était bien venu voir la pelouse de Lille, le 3 mai 2013, comme le montre la photo… qu’avait-il donc en tête ce jour-là ? Le voilà donc aujourd’hui via son ami Lambert, haut fonctionnaire de l’ENA (promotion Guernica !) qui se défend d’avoir été son mentor, à nouveau le nez dans le brin (d’herbe, bien sûr, mais dans le Nord, ça signifie toute autre chose)…

 

Merci à Angelo, le meilleur pronostiqueur de la planète foot. Et à son pote Bouchta, en vacances… au soleil, le veinard.

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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    nouvelle moquette herbeuse installée ce jour à Lille

    http://www.sudinfo.be/1606848/article/2016-06-23/euro-2016-la-pelouse-du-stade-pierre-mauroy-de-lille-a-ete-changee-photos

    http://www.ouest-france.fr/sport/euro-2016/euro-2016-la-pelouse-du-stade-de-lille-changee-3-jours-dun-match-4320147

    combien de temps pour planter des Tulipes, Angelo ?

    Le précédent est à Dijon, le 25 mars 2016 avec la même firme hollandaise…

    http://www.bienpublic.com/edition-dijon-ville/2016/03/25/stade-gaston-gerard-le-gazon-n-est-plus-maudit

    on relèvera deux choses dans le texte :

    « Dans les jours qui viennent, le « brossage » permettra aux brins d’herbe de se relever. Après avoir passé six heures dans un camion, ils ont bien besoin d’un coup de peigne. La semaine prochaine, après la première tonte, le « piquage » du terrain assurera une bonne prise du végétal. Coût du chantier, 157 000 €, matériau et pose compris’

    Celle de Lille n’aura pas éé « brossée » et il n’y aura pas de « piquage » pour accrocher les racines au sol..

    Bref, on s’achemine vers un nouveau désastre… en un temps aussi court (depuis à Dijon ça a l’air d’aller

    https://www.youtube.com/watch?v=d22a_YBP-fY)

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