Inscrivez-vous pour participer au site : commentez, rédigez et communiquez !

http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie

Centpapiers

  • États de Grace

    11 mai 2007 | 0 commentaire(s) | vu 438 fois

    Amazing Grace ! Viola Léger, la légendaire interprète de la Sagouine, confirme son statut de grande dame du théâtre dans un rôle à sa mesure.

    Présentée dans le cadre inhabituel du Jardin Botanique, Grace et Gloria est l’œuvre du dramaturge américain Tom Ziegler, observateur attentif des mœurs de ses contemporains. La transcription en français du verbe coloré des personnages est assurée par un Michel Tremblay presque toujours inspiré. Il faut préciser que ces représentations montréalaises font suite à une tournée qui a conduit la pièce du Manitoba à l’Outaouais. C’est dire que la mécanique est bien rodée.

    Pièce contemporaine, donc, reposant sur un ressort classique : la confrontation de deux personnages que tout sépare, sauf un moment de vie – en l’occurrence l’approche de la mort. Duo féminin, œuvre à deux voix, rencontre entre une quadragénaire urbaine auréolée de réussite sociale et une vieille redneck illettrée en fin de parcours. La première est là pour aider la seconde à mourir, mais elle va recevoir une leçon de vie qu’elle n’attendait plus. Grace et Gloria s’enrichiront de leurs différences pour se retrouver dans ce qu’elles ont en commun : le partage d’une expérience humaine douloureuse. Et celle qui avait peur de mourir apaisera celle qui avait peur de vivre.

    En nonagénaire ratoureuse, Viola Léger est tout simplement renversante. Laissant en coulisses tous les artifices, elle se glisse sous la couette de Gloria avec une humanité et un naturel qui nous rendent complices de ses humeurs et nous promènent du rire aux larmes pendant deux bonnes heures. Avec ses yeux perçants et son terrible accent acadien, la comédienne incarne au vrai sens du terme cette grand-mère à la fois universelle et unique. Face à elle, Danielle Grégoire défend son personnage de bourgeoise blessée avec une conviction fragile, poussant parfois son jeu vers une sophistication artificielle. Avouons qu’elle enfile un costume bien exigeant en reprenant un rôle auparavant tenu par Linda Sorgini, récipiendaire du Masque de l’interprétation féminine en 2001, ex-aequo avec Viola Léger. Il faut dire que le personnage de Gloria n’évite pas les clichés de la bourgeoise proprette qui hyperventile à la simple vue d’une poule et regarde le poêle à bois comme si c’était un OVNI. Serait-ce une question de transposition ? Si le personnage de la vieille existe chez nous, peut-être Gloria est-elle un pur produit de l’American way of life ?

    À contre-courant de la tendance actuelle au dépouillement, cette production prend vie dans un décor réaliste et fonctionnel : il y a de l’eau dans les bouilloires, de vraies lettres dans les enveloppes et du beurre dans le frigo. Trop descriptif ? Peut-être pas… mais quand les accessoires volent la vedette, comme ce lit qui s’est à moitié écroulé le soir de la première, il est temps de revenir à l’essentiel.

    Témoignage d’un parcours humain émouvant, Grace et Gloria est à recommander d’urgence à qui n’a pas d’aïeule pour maintenir ce lien vital avec ses propres racines…

    Mots-clés :
    vu 438 fois   Voter

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Tous droits réservés, Cent Papiers 2006-2011 | Roule sous Wordpress




Bad Behavior has blocked 3787 access attempts in the last 7 days.

Premium Wordpress Plugin